‹ La Réglementation LégaleChapitre 2 sur 122 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le droit pour l'Etat de réglementer le travail des enfants est à l'heure actuelle reconnu à peu près universcllement. Le besoin s’en est fait sentir bien avant que ce droit ne fut établi. Il fallait que les abus fussent bien grands, la nécessité bien évidente, pour que les premières lois réglementaires pussent triompher de l'opposition. Et cette dernière était au commencement d'une force et d’une ardeur redoutables. Sa force était longtemps assez grande pour faire échouer les meilleures propositions, son ardeur d'autre part, décourageait les meilleures intentions. Les éléments dont elle était composée furent nombreux et variés. La plupart des mdustriels, dont la réglementation heurtait les vieilles habitudes, opposèrent au mouvement une résistance farouche ; les économistes classiques, adeptes : convaincus de l'Ecole de Manchester, y étaient très défavorables. En matière économique, ils préconisaient la liberté la plus complète, et ils avaient en horreur toute intervention gouvernementale ou législative. Une réglementation si bénigne ou si nécessaire qu'elle soit,

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était contraire à leurs savantes déductions. D’après leurs calculs, il n'y avait pas de bonheur que sous un régime de liberté économique, et tout ce qui pourrait la diminuer ou l’entraver devait être prescrit comme contraire aux intérêts nationaux. Les hommes politiques avaient peur de compromettre la prospérité du pays, de tuer l'industrie nationale en rendant toute exportation impossible, et en ouvrant les portes toutes larges à l'importation des produits étrangers. Puis, c'était au tour des moralistes de se révolter. Comment ! remplacer l’autorité paternelle par celle de la loi? Est-ce que ceux auxquels la nature à confié les soins de l'enfance doivent en être écartés ? Est-ce que les parents ne sont pas les meilleurs etles seuls véritables amis de leurs enfants; ne savent-ils pas le mieux ce qui est pour eux bon ou mauvais ? Si l’on a l'intention de supprimer la famille, qu'on le dise carrément.

Mais ces temps sont passés. Tempora mutantur et nos in ts. Les industriels les plus intelligents ont fini par reconnaitre que la réglementation, tout au moins en ce qui concerne le travail des enfants, ne les a pas ruinés. L'expérience leur a abondamment prouvé que l'intérêt national n’était point exclusif de leur intérêt personnel. Or, les jeunes enfants sont de futurs ouvriers, et en abusant d'eux on diminuait les forces vitales du pays. L’Economie politique a cessé pour beaucoup d’être une science purement abstraite. En yapportant un peu de réalité, les économistes sont arrivés à la conclusion que

le régime de liberté excessive aboutit souvent à l’oppression, à l'exploitation des gens faibles par les forts. En complétant les déductions scientifiques par l’observation de ce qui se passe, en a été forcé de reconnaitre que l'intervention était non seulement légitime, mais bien indispensable jusqu’à un certain point.

« Le but de la société, disait Rossi (1), n’est pas seulement d'être riche. Supposons que ce fût un moyen de richesse nationale que de faire travailler les enfants

15 heures par jour, la morale dirait que cela n'est pas

ermis : la politique aussi nous dirait que c’est une ?

chose nuisibe là l'Etat. Pour avoir des ouvriers de 11 ans, on aurait de chétifs soldats de 20 ans. La morale fait valoir ses préceptes et la politique ses exigences et quand même il serait prouvé que le procédé serait utile comme moyen de richesse, on ne devrait pas l'employer... Quand l'application du travail est contraire à un but plus élevé que la production de la richesse, il ne faut pas l'employer. »

Rossi prononçait ces paroles à l’époque où l'expérience ne venait pas encore contredire les allégations plus ou moins intéressées des personnes-qui prédisaient la ruine fatale de l'industrie nationale, si l'Etat réussit à à imposer sa réglementation. Mais, l'expérience faite prouvait le contraire et les hommes auxquels était con-

fié le soin des intérêts supérieurs, ne pouvant fermer les

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