ACTE PREMIER
CÉSAR SFORZA
à Pompeo Cortez.
Le quatorzième après Hughes de Vermandois J étais alors prieur des moines Trinitaires.
DAXIELO
Le cloître me reçut dans les mornes mystères
Du silence, de l'ombre, et du recueillement.
Comme un mal que la main calme en le comprimant.
Ma douleur s'engourdit, sourde, sous l'habitude
De l'oraison qui courbe et de la règle rude;
Des pointes de cilice aux reins, le froid devoir
De vous oublier, frère, afin de vous revoir.
Dessécha dans mes yeux les larmes maîtrisées,
Comme un matin d'hiver gèle aux fleurs les rosées;
Et j'adorai le Dieu dont le jaloux appui
Mate toute autre peine en qui souffre pour lui.
Mais ce Dieu, qui console ici-bas et réserve
Dans la gloire céleste un trône à l'âme serve.
Règle l'excès des biens sur l'excès des tourments.
Et veut que les élus de ses commandements
Mettent au mur sacré du ciel qui les attire,
La sanglante et sublime échelle du martyre!
C'est pourquoi, dévouant mes jours prédestinés,
Je m'offre à l'œuvre dure, et je dis : « Ordonnez! »
CÉSAR SFORZA
Bien, fils. Prends donc cette arme.
DANIELO
Un meurtre !
m LA UFASK I'IAM.MKT'ri<:
CÉSAR SFOIîZA
A la Pierre, ointe Du sang de saint Janvier, j'en ai sacré la pointe. Tous se sont inclinés, Danielo a salué plus bas.
DANIELO
Soit. Qui dois-je tuer?
CÉSAR SFORZA
Vois ce palais charmant!
Une hérétique, avec le diable pour amant, Y triomphe, impudique et sanglante! Et sa honte. En exemple étalée à tout un peuple, affronte Les vertus en détresse et l'Église en péril. Toi, le vengeur élu, le sixième d'avril. Entre, dans une fête, et, d'un éclair de lame Juste et prompt comme la foudre, frappe!
DANIELO
avec un cri, ou jetant le poignard sur la table.
Une femme!
Vous voulez que je tue une femme? Pitié! Grâce! Le ciel par qui l'impie est châtié A bien quelque autre voie à soutenir sa cause! Je ferai tout, hormis cela! Que l'on m'impose, J'y consens, de lutter sans armes, corps à corps, Contre un peuple en fureur, dussé-je, entre les morts, Blessé, mourant, râler, trois jours, en mordant l'herbe! Pour le bien de l'Église et la gloire du Verbe J'accepte de porter ma tête à l'échafaud Ou de livrer mes os à la roue! et, s'il faut