‹ La reine Fiammette, conte dramatiqueChapitre 18 sur 105 · ACTE PREMIER 3:î · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER 3:î

N'allait pas jusqu'aux temps premiers de notre histoire.

Mais, du plus loin qu'il nous souvenait, nous avions

Chaque jour cheminé, côte à côte, en haillons,

Frêle enfance appuyée à Tenfance qui tremble ;

Chaque jour aux passants tendu la main, ensemble;

Partagé chaque soir notre pain mendié,

Et, la nuit, sous le ciel d'astres incendié

Qu'on voit luire à travers les vantaux de la grange,

Nos sommeils avaient eu pour gardien le même ange!

Cette communauté de faiblesse et de maux,

Frères ou non, enfin nous avait faits jumeaux.

Une fois, sur la paille où l'on dort de bons sommes,

— En ce temps nous étions déjà de jeunes hommes.

Seize ans, peut-être plus, car nous ne savions pas, —

Je sentis, en rêvant, se dénouer les bras

Que mon frère avait mis à l'en tour de ma tète...

Puis, des gens, dans un bruit de menace et de fête,

L'emportaient... J'entendais à travers le linceul

Du sommeil, et l'horreur m'éveilla! J'étais seul,

Seul. Un tumulte, au loin, s'enfuyait, invisible...

Alais ce rêve n'était qu'une chimère horrible!

Mon frère était allé cueillir, c'était certain.

Aux sauvageons des bois le repas du matin

Ou bien, là-bas, emplir sa gourde à quelque source;

Il allait revenir, allègre de sa course.

Dispos, joyeux, et, comme hier, sur le chemin

Nous irions, tout à l'heure, en nous donnant la main...

Non! Il ne revint pas! jamais! ni tout à l'heure

Ni plus tard, non, jamais! Oh! je comprends qu'on pleure

Lorsqu ayant père, frère et des fils de sa chair

S'en va l'un deux, qui, mort, vous semble le plus cher;

Mais comme il est heureux, ce deuil, près de l'épreuve

D'une âme qui, n'ayant qu'un amour, en est veuve!

Hélas ! ne l'avoir plus, moi qui n'avais que lui !

Me l'avait-on tué? Pourquoi? M'avait il fui?

Pourquoi? Comme le chien perdu qui se harasse,

Va, revient, je cherchais mon frère. Aucune trace.

Sans doute ces routiers qui vont par monts et vaux,

Lourds de bronze, en un bruit d'armes et de chevaux,

L'avaient pris pour en faire un soldat de leurs guerres ;

Ou bien, jaloux d'un fruit cueilli, qui ne vaut guères,

Le maître du verger le gardait en prison.

Je le cherchais toujours! Au hasard. Ni maison.

Ni terre hélas vers qui nous eussions la coutume

Du retour. Seul, farouche, et buvant l'amertume

De mes larmes, aux bourgs, aux champs, dans les bois, prêt

A tuer qui l'eût pris, pour qui me le rendrait

Prêta mourir, j'errais, l'espérant! Là, ce reître.

Si c'était lui? J'allais enfin le voir paraître

A la fenêtre close où je frappais du poing !

Et, suivant les passants, qui ne répondaient point,

Acharné, dans l'angoisse oubliant la misère.

Au lieu de pain hélas ! je mendiais mon frère!

Après un silence :

Un homme qui marchait, en lisant, sur le seuil D'une très large porte, austère, comme en deuil, Me dit : « Ceux que l'on perd en l'humaine patrie Dieu les rend dans son ciel, mon fils, à qui le prie... )) Et je vis, au-dessus de la porte, une croix!

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