ACTE PREMIER
Elle aurait dans des yeux pareils les mêmes larmes.
Et j'entendrais râler sous le couteau fumant
Cette voix qui me berce en un ravissement!
Car toute femme, enfin, avec celle qu'on aime,
A comme un air de sœur, et c'est presque elle-même...
La tuer, elle! Ah! ciel!
CÉSAR SFORZA
Va donc. Suis ton chemin.
Qu'un jour de joie, avec l'enfer pour lendemain, Te soit l'infâme prix d'avoir pu te soustraire Au devoir de venger Dieu, l'Église,
Il s'interrompt, il songe, on devine qu'il combine un mensonge, qu'il forme tout un dessein ; il achève :
Et ton frère.
DANIELO
Mon frère! Veus parlez de mon frère?
CÉSAR SFORZA
Va-t'en!
Que t'importe!
DANIELO
Mon frère? Expliquez-vous.
CÉSAR SFORZA
Satan Verse tous les oublis dans la coupe d'ivresse.
10 I.A \{\\\\K FIAMMETTF.
Ah! je veux !...
DAXIELO, suppliant.
CHSAn SF'ORZA
Qu'est uu Irère auprès d'une maîtresse?
Qu'il donne dans sa tombe et toi dans les cheveux De ta belle!
DAXIELO
Je \eux tout sa\oir! Je le veux!
CÉSAIÎ SFORZA
Au fait, tu ne a aux plus que ma pitié t'exempte D'un tourment. — Vous dormiez, à l'aurore naissante, Ton frère et toi. Des gens — tu ne l'as pas ré^ é — Sont venus en tumulte et te l'ont enlevé; Piqueurs, veneurs avec leurs chiens qui voulaient mordre ; Et ces hommes, gaiement, ont fait cela sur l'ordre D'une femme qui. par les bois, quand le jour point. Passe, l'arc à l'épaule ou l'oiseau sur le poing. Chasseresse en habit de n} mphe ou de morisque !
DAXIELO
Cette femme?
CÉSAR SFORZA
C'était la Reine. A présent, ri-que A l'épargner encor, faible âme, ton salut.