ACTE DEUXIEME
Oh ! les douces rumeurs : u Dans l'éclatant gala Rien ne vaut la dentelle ou le ruban quelle a; Sa façon de traîner sa longue robe est telle Qu'elle est d'une déesse et non d'une mortelle ; Elle fait, en parlant, un mouvement de cou, Comme une oiselle, et si joli qu'on en est l'on ! » Mais ce qui la ravit surtout, c'est que l'on dise Que pour la grâce lente ou pour la mignardise Dans la danse mêlée ou les pas à l'écart. Pour montrer à propos sous un flot de l)rocart Le petit soulier d'or dont la pointe étincelle. Nulle dame ne vaut la reine, et qu'elle excelle A faire, après un tour que suit un demi-tour, La révérence au son des violes d'amour !
f HIARIXA
Elle danse! Mes sœurs, la reine danse! et dire Que pour gagner le ciel, — où, sans doute, j'aspire Moi qui sens tous les bals en moi se trémousser, Je dois n'avoir, hélas! d'autre maitreà danser Que le roi David, en peinture, devant l'arche !
Résolue.
Madame, instruisez-nous !
ORLANDA,
après une petite résistance, vaincue par les cajoleries des nonnes, et faisant conuiic elle dit :
Pour commencer, on marche Très lentement, la dame au bras du cavalier Posant le irant.
LA RKIXK FIAMMl-lTTE
CHIARINA
Je suis la dame !
ORLANDA
Il doit plier Le genou devant elle, et même il est d'usage Qu'il feigne de lui prendre une rose au corsage Ou de lui dérober à la lèvre un baiser. Chiarina s'est avancée.
Mais la dame refuse !
CHIARINA
Ah ! l'on doit refuser ?
ORLANDA
Puis, partant du pied droit, tous deux, on marche encore.
S'arrêtaut.
Sans musique, c'est bien gênant !
CHIARINA
J'ai ma mandore !
Elle va la prendre derrière une statue de sainte.
ORLANDA
Donne donc!
Pinçant les cordes et faisant les pas.
L'air est tendre, et si doux, que l'on n'a Qu'à l'écouter...