ACTE TROISIÈME
Uue chambre assez peu vaste et tout encombrée de meubles, d'étoffes, de coussins épars. Le plafond croise des poutres de noyer, sculptées et dorées, sur un fond d'azur où sont figurées des étoiles. Çà et là, dans un désordre de déshabillement, des robes, des voiles, des objets de toilette, traînent sur les meubles, sur les tapis. — A gauche, uu lit très grand, très bas, vers lequel descend la soie pesante des tentures; elles courtines, défaites, glissent et s'allongent sur les deux marches qui précèdent le lit. Près du chevet, un peu plus haut, une table où sont les reliefs d'un repas, avec des hanaps et <les flacons dorés. Au fond, une porte. Un peu à droite, — pan coupé, — une large fenêtre aux vitres étroites que voilent presque entièrement des tentures aussi abondantes que celles du lit. — Au premier plan, à côté d'une escabelle, une autre table, avec des miroirs à mains et des pots d'onguents; une femme a dû se défaire devant cette table. — Sur les murs s'applique une tapisserie avec des mythologies demi-nues; Phœbé dans les bras d'Endymion, Narcisse incliné vers la fontaine, Ixion étreignant des nuées ou des femmes. Partout une intimité tiède et câline, une élégance tendre avec des couleurs douces qui se mêlent et s'étreignent. Près de la porte, au fond, est accrochée la mandore de Chiarina. — C'est tout le charme d'une chambre d'amour. — Au dehors, ce doit être déjà le jour; dedans, c'est encore la nuit, ou presque. Les lueurs des flamfceaux, qui ont veillé jusqu'à l'aurore, palissent peu à peu, tandis que le matin trausl)arait aux tentures de la fenêtre.
Au lever du rideau, Danielo, — même costume qu'aux premiers -îictes. — est étendu sur le lit. 11 dort. Orlanda, dans ses blancheurs
XCTK TROISIÈME
de dentelles dor et de mousselines, est endormie aussi, à demi coucbée sur les marches du lit .
Plusieurs jours se sont passés depuis l'acte précédent.