SCÈNE II Le pèlerin, GIORGIO D'AST
Jeune, très élégant, en habit d'aventure. Giorgio d'Asl s'arrête au fond du théâtre, au milieu de quelques serviteurs, regarde autour de lui, les congédie d'un geste après des mots à voix basse, descend semble étonné de ne voir personne.
LE PÈLERL\
Je suis celui que vous cherchez.
GIORGIO d'aST
C'est toi qui m'as Écrit?
LE PÈLERIN
Oui.
GIORGIO d'aST
Que des faits prochains, d'une très haute Importance?...
LE PÈLERIN
Oui.
GIORGIO d'aST
Mes gens sont au bas de la côte.
Nombreux, prêts à m'aider contre les gueux errants; Tu me tendais un piège, et c'est moi qui t'y prends. Il va vers le fond, il fait un signe d'appel.
LE PÈLERIN
Monsieur, en Italie, à cet âge où nous sommes,
14 LA RKINE FIAMMETTE
Quel est, à votre avis, le plus puissant des hommes Après le pape, certe, et l'empereur?
GIORGIO d'ast
]\Ia foi, Le cardinal neveu, César Slorza.
LE PÈLEUIN
C'est moi.
Giorgio d'Ast s'approche, très surpris. Le pèlerin ôte son grand chapeau. Giorgio hésite à le reconnaître. Le pèlerin élève sa main gauche où brille l'anneau cardinalice. Giorgio s'incline avec un très profond respect et baise l'anneau. Le cardinal indique l'une des escabelles et s'assied lui-même de l'autre roté de la table, presque au milieu du théâtre.
CÉSAR SFORZA
On vous a fait duc d'Ast et marquis de Tarente, Monsieur; un glorieux hymen vous apparente Aux maisons de Spolète et de Cagliari ; Vous êtes presque roi même, étant le mari De cette reine enfant qu'à Bologne on adore ! Je vous plains : presque roi, l'on est sujet encore. De plus près. Au surplus, marquis Giorgio, notez Que ce tas fourmillant de duchés, de comtés, De royaumes, d'Etats libres, enfin nous gêne. 1 tépublique à Venise et principat dans Gêne ; Pise et son duc ; Florence et ses gonfaloniers ; Sienne rouge de sang, Côme noir de charniers ; Milan où Louis douze aspire à Charlemagne ;