‹ La reine Fiammette, conte dramatiqueChapitre 7 sur 105 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Médicis dans Urbin; Borgia dans la RonKigne;

Chaque ville ayant son héros, monstre ou faquin,

Pérouse, Baglione, et Bergame, Arlequin,

Dépiècent l'Italie autrefois vaste toge

Sur le monde étendue, en haillons que le doge,

Le roi, le duc, chacun vers soi, tire et découd;

Mais nous en rejoindrons les morceaux bout à bout

Pour en faire, le pape et moi, car Dieu nous mène,

Votre nappe d'autel, sainte Église romaine!

Or Bologne surtout nous fâche; il nous déplaît

Que, ce trône, ce soit une femme qui l'ait;

Il sort de votre ville une rumeur de fêtes

Qui nargue notre gloire ou rit de nos défaites ;

Quand Borgia nous. brûla Ravenne, oui, ce soir-là.

Ce palais plein de chants dans l'ombre étincela

Et fut comme un reflet joyeux de l'incendie.

La reine Orlanda mêle à notre tragédie

Trop de rire. Est-il vrai qu'on la nomme souvent

Fiammette? On a raison. Elle est la flamme au vent,

Vive et changeante. Instruite en des académies

Où l'on parle de vers et d'amour entre amies,

Comme un roi des bouffons elle a dans ses jardins

Trois folles, des enfants aux costumes badins,

Qu'elle acheta jadis d'un corsaire épirote.

Et l'on confond de loin son sceptre et leur marotte ;

Sous les branches, avec des fleurs au chaperon.

Les poètes ainsi qu'en un décaméron

L'amusent d'une histoire ou frivole ou touchante...

Duc, il est imprudent que le nid jase et chante

Aussi haut quand il a pour voisin l'épervier.

LA HMIXl'] FIAMMKTI'l':

Mat.s, la lautc majeure, où je dois obvier,

C'est qu'Orlanda du mal de Luther tout imbiïe...

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Croyez-vous, monseigneur, que le \ ieux Cimmabue, Et l'Angioletto qui vit Cypris au bain Aient valu le divin Rafaello d'Urbin?

CÉSAR SFOnZA

Vous raillez ?

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Par Baccbus ! lequel de nous se moque? Quoi ! vous, le très puissant, que redoute et qu'invoque Un peuple! vous avez signé d'un nom qui ment, Et vous êtes venu sous ce déguisement Me parler vous à moi, de choses politiques? Informez-vous ! Je suis fameux dans les boutiques Des orfèvres. Païenne, autrefois, m'a banni Parce qu'un soir, avec ce fou de Cellini, Nous avons, dague au poing et le bras sous la mante, Fort bien tué trois fats qui tenaient pour Bramante Contre Sausovino, l'illustre Florentin ! Princes, ducs, empereurs, ou rois, il est certain Que je fais nn grand cas des gagneurs de batailles, Quand je les vois gravés sur de belles médailles, Mais je compte, anssi vrai que Michel- Ange est dieu, Ne pas risquer ma joie à leur sinistre jeu Tant que Sanzio mettra le ciel dans ses peintures Et tant que les Vénus de marbre, sans ceintures, Et la Naïade nue avec son urne au front Dans mes jardins peupl(>« de blanclieurs souriront!

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