‹ La reine Fiammette, conte dramatiqueChapitre 8 sur 105 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Eh! quel lustre veut-on <jue mon bonheur jalouse Puisqu'Orlauda, ma reine en fleur et mon épouse, Par un tendre partage où je fus bien doté En gardant son pouvoir m'a donné sa beauté.

Tu mens^ aventurier.

CESAR SFORZA GIORGIO d'aST

Cardinal !

CÉSAR SFORZA

Ce fantasque Rire déguise une âme obscure, mais le masque Tient mal. et je l'arrache! Allons, je te connais Puisque je suis venu. Ta femme, tu la hais.

GIORGIO d'ast Chimère!

CÉSAR SFORZA

Tu la hais, la belle et la puissante Qui rit de faire attendre un baiser qui consente Et te souffre à ses pieds comme un page d'amour.

GIORGIO d'ast

Les douceurs de la nuit me consolent du jour Et l'arrogance sied à des lèvres divines.

CÉSAR SFORZA

A cause des amants furtifs que tu devines...

GIORGIO d'ast

Frivole ! et non coupable.

is LA \iv.\sv. FI.\^r^rETTE

tÉSAU SFORZA

A cause du matin Où Ton trouva. >anglaiit, sous le mur palatiu Ce Français. Jean de Lu3's, lèvres à jamais closes...

GIORGIO d'ast Non! le sang que l'on voit sur elle, c'est des roses!

CÉSAR SFORZA

A cause des dédains, des affronts, ton sang bout

Et ton rire se mord les lèvres ! Mais surtout,

Gueux sans terre ni race, avec cjui nul ne compte,

Fils de la Vanina de Pise et du vieux comte

D'Albano qui, surpris d'être père un peu tard.

Te fit vêtir de soie et te laissa bâtard,

Tu la hais, duc pour rire et marquis dérisoire,

Parce qu'elle est la haute et radieuse gloire

Qui t'illumine, obscur ; parce que tu lui dois

Ton rang, tes titres, jusqu'aux bagues de tes doigts,

Parce que les palais, le courtisan fidèle,

Les fêtes, tu n'as rien que tu ne tiennes d'elle.

Pas même un nom ! car dans la ville, sur tes pas,

On dit : « C'est le mari de la reine, » et non pas :

(( C'est Giorgio. » Sur ma vie un rêve obscur te hante,

Né de ta haine, affreux, même à l'heute charmante

Où de n'être que femme Orlanda s'embellit...

Et tu ne penses qu'à son trône dans son lit.

GIORGIO D AST

après un silence.

Que m'ofïrcz-vous?

ACIK PREMIKU 10

CESAR SFORZA

Ce trône. Oui.

GIORGIO d'aST.

il demi-voix, comme à lui-iiiùme.

Qu'est-ce donc qu'on trame Dans l'ombre autour de nous?

CÉSAi; SFORZA

Duc ! la petite flamme S'éteindra.

GIORGIO d'ast Par moi ?

CÉSAR SFORZA

Non. Sois neutre — en observant De ne pas l'avertir ni la garer du vent, — Et que rien ne te trouble en ta belle paresse. Mais nous voulons, avant qu'Orlanda disparaisse, Être certains qu'un homme est là, résolu, prêt A régner, pour sa gloire, et dans notre intérêt. Soyez cet homme- là, Giorgio.

(iiouGio d'ast

J'ai le choix d'être Le valet d'une femme ou le vassal d'un prêtre?

césar SFORZA

Tu seras le plu^ grand dans Bologne après Dieu.

21) LA HiaXK FIAMMETTE

GIOKGIO D AST

J'entends. Après le pape et vous. J 'envi rai s peu Une couronne lourde à me courber la tête... D'ailleurs, à vos desseins quelle chance se prête? Je vois le but ; quels sont les moyens concertés? Orlanda, triomphante et puissante...

CÉSAR SFOnZA

Ecoutez :

Depuis uu instant, uu bruil lointain de hautbois et de violes : c'est de la vallée invisible que montent ces bruits légers. Maintenant des voix de femmes, très vagues, s'y mêlent.

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