MORT A LIVOURNE L£ 25 JUILLET
Selon les volontés au roi Louis, ses dépouilles mortelles, réunies à celles de son père, Charles Bonaparte, et de ses fils, Napoléon-Louis-Charles et Napoléon-Louis, reposent dans ce même lieu.
De toutes ses grandeurs passées, de toutes ses résidences princières, une seule était restée pour l'ancien roi de Hollande la plus chère, la plus précieuse : c'était celle qui lui gardait un tombeau.
Toute sa vie se résume dans cette devise, qui fut celle de l'ordre établi par lui en Hollande: « Fais ce que tu dois, advienne que pourra. »
« Si l'Empereur, dit Napoléon ni dans ses Considérations sur la Suisse, eût nommé un général français au lieu de son frère en 1811, les Hollandais se fussent battus contre
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la France. Mon père, au contraire, ne croyant pas pouvoir concilier les intérêts du peuple qu'il était appelé à gouverner avec ceux de la France, préféra perdre son royaume plutôt que d'aller contre sa conscience ou contre son frère. L'histoire nous offre rarement un aussi bel exemple de désintéressement et de loyauté. »
En 1814, lorsque la France fut envahie par les armées alliées, on vit accourir le roi Louis, malade, épuisé, pouvant à peine se tenir à cheval, pour défendre son pays. Ferme et courageux jusqu'à la dernière heure, il insista pour que l'impératrice Marie-Louise ât dans Paris au lieu de se diriger vers Blois.
Refusant toute faveur des souverains alliés, il se retira, sous le nom de comte de Saint- Leu, d'abord à Rome, puis à Florence, où il donna constamment l'exemple de la dignité dans l'exil, en même temps que, dans sa bienfaisance éclairée, il allait audevant de toutes les infortunes. Simple dans
ses goûts et dans ses habitudes, il aimait à vivre loin du faste et du bruit.
Dans ses Documents historiques et reflexions sur le gouvernement de Hollande, le roi Louis a tracé avec une grande force de vérité toute la difficulté de \U situation lorsqu'il fut appelé à gouverner cette nation.
« L'on ne devrait pas, dit-il, se bâter de juger les actions des hommes publics, principalement en des circonstances éminemment extraordinaires, car pour porter sur eux un jugement réel, c'est-à-dire équitable il faut connaître la situation véritable où il furent placés, les moyens qu'ils eurent leur disposition, les obstacles et les dif cultes qu'ils eurent à vaincre, comme événements publics et privés, patents et secrets, qui troublèrent le cours de leur vie.
a Les actions des hommmes ne sont pas seulement le résultat de leur intelligence et des événements et vicissitudes du monde, mais encore celui de la combinaison de ces événements et vicissitudes avec le caractère,
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et peut-être aussi le tempérament de chacun. Le génie ne dépend pas de soi; il n'y a que les lumières nécessaires pour vivre honnêtement qui soient certainement le partage de tous. « Un homme, né modéré et sans ambition, mais non dépourvu de moyens et de caractère, se trouvait glorieux et satisfait de voir son frère et sa famille l'objet du choix de ses concitoyens ; vivement attaché à son pays, ne concevant pas de plus grand nien que celui de l'existence indépendante et occupée d'un simple particulier, il est d'abord élevé, malgré lui,- près du trône impérial, et ensuite porté sur le trône de Hollande. Soudainement transplanté à l'étranger, isolé, sans appui, sans autres préparations et d'autres guides que son cœur et ses réflexions. Il eut d'abord à combattre les obstacles nombreux que devait naturellement rencontrer, en des circonstances critiques, un étranger ei un Roi, chez un peuple doué d'une intelligence supérieure, essentiellement juste et raison-
nabïe, mais en même temps républicain, difficile, frondeur, ennemi de tout frein, et surtout de tout frein étranger. Bientôt, il eut encore à lutter contre les démarches ostensibles et les menées secrètes du gouvernement qui aurait dû être son appui, quj seul pouvait l'être, et à l'influence duquel il était redevable de son élévation. Au dedans, au dehors, de quelque côté qu'il tournât les yeux, il ne trouva qu'obstacles, que pièges, et nulle part, ni appui, ni conseil sincère, ni secours, ni espérance, car ses devoirs furent toujours lie but de sa conduite; ses principes partaient de son cœur ; il n'aurait pu en changer quand même il l'aurait voulu, et, dès lors, il n'y avait pour lui ni secours, ni appui, ni espérance chez les ennemis de la France. »
On aime à voir le roi Louis, dans sa retraite, s'adonr^r à la culture des lettres et se charger du soin de réfuter avec autant de vigueur que de talent Y Histoire de Napoléon de sir Walter Scott.
« Que ceux, Oit-il à la fin de ce remarqua* ble travail, qui reprochent à Napoléon d'avoir tenu les rênes d'uae main trop ferme, d'avoir peu considéré les intérêts secondaires pour suivre et avancer l'intérêt général de la France, songent aux difficultés extérieures des temps et de sa position, et principalement à la presque impossibilité d'échapper au piège de la flatterie et du double système d'intrigues intestines formées contre lui dès l'origine de sa puissance, et il sera pleinement justice*
« Il succomba enfin sous la trahison longtemps préparée et les vicissitudes de sa fortune, lorsque la plus habile de ses manœuvres lui aurait produit la victoire la plus éclatante et la plus décisive qui fut jamais, si Paris avait pu résister quelques jours.
« Il tomba, mais tout armé, mais en emportant l'estime et même le respect de ses ennemis, les pleurs de ses soldats et les vifs regrets de la majorité de la nation. Peu de Siois après, ces vœux et ces regrets le rap^
pellent, et presque seul, il reparaît sur le sol de son ancien Empire contre un Roi puissant, soutenu par les droits de sa naissance et les armes de toute l'Europe. Il reparaît, et en vingt jours il est rétabli sur le trône, porté presque en triomphe, et sans qu'une seule goutte de sang ait été répandue pour son rétablissement.
« La coalition se reforme ; il reparaît sur le champ de bataille, et la victoire ne l'accueille qu'en passant , et comme pour lui faire ses derniers adieux.
« Il succombe enfin à Waterloo, et surtout à Paris, et plus encore à Rochefort, quand il prend la fatale résolution de se mettre à la discrétion du plus puissant, mais du plus ancien et du plus acharné de ses ennemis.
« Il périt après six années d'agonie, retenu à deux mille lieues de PEurope, celui que tant de combats avaient repecté ! Il périt, mais L'inimitié même, en l'accablant de ses derniers coups, concourt à son triomphe I »
On ne peut qu'admirer ces belles paroles. En les prononçant, le frère de Napoléon Ier oublie qu'il a été roi d'un pays étranger pour redevenir le premier et le plus zélé défenseur du chef de sa famille, du souverain de la France.
Inclinons-nous une demie; *, fois devant ce Roi honnête homme, qui ne sacrifia jamais son devoir à ses intérêts, et qui, avant les louanges publiques, voulut d'abord et toujours mériter l'approbation de sa propre iconscience
Non loin du monument du roi Louis, on remarque, dans une chapelle qui lui est contiguê, une statue de la Vierge en marbre blanc, provenant de i'Elysée, et donnée à l'église de Saint-Leu par Sa Majesté Napoléon m.
En laissant à sa gauche le monument, on pénètre, à droite, dans une chapelle latérale où ont été inhumées Mrae la baronne de Broc, Mme la comtesse de Lavillc, Mrae la comtesse deMontarnal, sa fille, et Mme la maréchale Ney.
Les inscriptions suivantes nous apprennent
l'étroite amitié en môme temps que les liens de famille qui unissaient sur la terre toutes ces âmes dévouées à la reine Hortense :
ICI REPOSE
Adélaïde-Henriette-Joséphine ÀUGUIÉ
Baronne de Broc,
Dame du Palais de la Reine Hortense,
Veuve d'Armand, Baron de Broc, Général de brigade,
Commandeur de la Légion d'honneur, Chevalier Grand Croix des Ordres de l'Union de Hollande
et de Saint-Hubert de Bavière, etc., etc.
Décédée à Aix-les-Bui.ns, en Savoie, le 10 juin 1813,
dans la trentième année de son âge!
Un événement effreux, que toute la sagesse humaine ne pouvait prévoir, l'a ravie à sa famille en pleurs, à la tendre affection d'une Princes:-:- cui avait su apprécier vertus, aux pauvres dont elle prévenait les besoins,
la société dont elle faisait l'ornement.
Dans le regret profond de cette perte irréparable, >a Majesté la Reine Hortense a fait ériger ce monument celle qui fut l'amie de son enfance, et qui aurait fait charme de sa vie entière.
Priez Dieu pour le repos de son âme.
-uo-
ICI REPOSE
Artoinette-Locisb ACGUIÉ
comtesse de Laville
Née le 10 avril 1780, décédée le U avril 1833,
Veuve en premières noces
de M. C.-G. Gamot, ancien Préfet.
La passion du bien, l'amour maternel, la charité remplissaient sa vie. Toutes les vertus brillèrent en elle: esprit, force, courage, tendre piété, résignation chrétienne dans sr>s longues souffrances. Elle laisse Viconso'able son mari, le général César de Laville, et
ë enfants, dont elle était l'âme, le bonheur et imour.
Elle a voulu être nlacée ici, près de sa sœur bienjiimée, Mme de Broc
ICI REPOSE
Près de sa mère et de ses deux tantes,
Antoikette-Aglaé-Mathilde-Hortense GAMOT,
Epouse de M. E. de Guirard, Comte de Montarnal,
Receveur général des finances,
Née à Paris le 21 juin 1806, décédée à Perpignan
le 13 avril 1858.
Ame dévouée, cœur ardent, charité infinie, vivo intelligence, bienveillant e-prit, elle était le guide et l'amour de sa famille, qu'elle laisse dans le désespoir
Priez pour elle.
Aucune inscription n'existe encore, au moment où nous écrivons ces lignes, pour rappeler la mémoire de Mme la maréchale Ney, princesse de la Moskowa, décédée à Paris, le 2 juillet 1854, ne laissant après elle que des regrets dans le souvenir de ses nombreux amis et de toutes les personnes qui l'ont connue. Elle passait sa vie à rendre service à ceux qui s'adressaient à elle, môme lorsqu'elle ne les connaissait pas; aussi a-t-elle été souvent victime de son bon cœur.
Par son noble caractère, par ses éminentes qualités, par ses aspirations généreuses, la princesse de la Moskowa était bien digne de la confiance de la reine Hortense, qui s'était plu à reporter sur la veuve de l'illustre maréchal Ney toute l'amitié dont elle avait honoré Mme de Broc, sa sœur.
Jusqu'au dernier jour de sa vie, cette digne femme, modèle de toutes les vertus, n'a pas manqué d'assister, en grand deuil, à un seu». anniversaire de ses chers défunts, soit à Saint-Leu, soit à Rucil,
En sortant de l'église par la porte latérale de gauche, on arrive aux degrés qui conduisent à la crypte.
Là, sous des voûtes surbaissées, reposent, dans des sarcophages de pierre, les restes mortels du roi Louis, de son père et de ses deux fils.
Ces cercueils, portant les palmes dorée* et les suaires de la mort , ont reçu les in scriptions suivantes ;
Charles BONAPARTE
Père de Napoléon 1er, Empereur des Français,
Né h Ajaccio en 1746, mort à Montpellier
le 24 *rril 178&.
Louis BONAPARTE
Roi de Hollande, frère de Napoléon Ier
et père de Napoléon III,
Né à Ajaccio le 2 septembre 1778, mort à Livourne
le 25 juillet 1846.
Napoléon-Locis-Charles BONAPARTE
Prince royal de Hollande, fils de Louis Bonaparte,
Né à Paris le 10 octobre 1802, mort à La Haye
le 5 mai 1807.
Napoléon-Louis BONAPARTE
Né à Paris le 11 octobre 1804, mort à Forîi le 17 mars 1831.
Dans un angle de la crypte, on remarque [a pierre tumulaire rapportée d'Italie par VI. le docteur Gonneau, et qui recouvrait les restes mortels de ce dernier prince.
En quittant ces lieux funèbres et en regagnant le terrain de l'ancien cimetière, on passe devant la tombe d'un vénérable prêtre, l'abbé Déchard, ancien capitaine de dragons sous la République, et qui a été curé de Saint-Leu pendant trente-huit ans; son ombre sembl? garder l'entrée de? caveaux funé-
raires, comme le pasteur de l'Évangile garde son troupeau.
Cette sépulture a été élevée par les habitants de la commune de Saint-Leu, en témoignage de leur gratitude envers leur bon pasteur.
La pensée pieuse qui a réuni dans un môme lieu la famille de l'Empereur n'a pas permis que rien disparût des vestiges laissés dans la partie de l'ancien cimetière absorbée par l'agrandissement de l'église. Les croix, les pierres tumulaires, restées debout , ont été relevées et adossées au mur d'enceinte.
Le nom de Napoléon, qui domine de toute son immensité cette humble église, inspire à tous \es visiteurs le recueillement le plus profond. Chaque année, l'anniversaire du 25 juillet y conduit les illustrations de l'Empire et les débris de la grande armée. Ce jour-là, l'Empereur est heureux de s'associer par les dons les plus larges aux bénédictions et aux prières de l'Église.
Nous avons terminé notre étude en visitant les tombeaux de Rueil et de Saint-Leu. C'est en présence de la mort et de ses graves enseignements que nous avons cherché à faire revivre cette noble et poétique figure de la reine Hortense.
Quelque indigne que soit assurément notre esquisse de son auguste modèle, l'intérêt profond qui s'attache à cette existence de la plus dévouée des mères, de la plus gracieuse des femmes, viendra, nous l'espérons, absoudre notre tentative !