‹ La Reine HortenseChapitre 9 sur 15 · A QUATRE HEURES APRÈS MIDI · texte numérisé non relu

A QUATRE HEURES APRÈS MIDI

Voilà donc la première station du calvaire de l'Empereur ! C'est là que la reine Hortense, en quittant pour jamais celui qui lui avait servi de père, lui remit, comme dernier gage de son dévouement filial, ce qui lui restait de plus précieux, son magnifique collier de diamants.

Ce modeste socle en plâtre, cet aigle en fer-blanc, ne tarderont pas sans doute à être remplacés par un monument plus digne de cette grande date, de ce mémorable souvenir, aujourd'hui que, dans un sentiment de religieuse piété pour la mémoire de son oncle, de sa grand'mère et de sa mère, l'Empereur Napoléon III a racheté la Malmaison.

Que reste-t-il de cette propriété que Joséphine avait acquise, en 1798, de M. Lecoulteux de Canteleux, et qu'elle ne cessa d'embellir ensuite en réunissant au parc toute la plaine qui le séparait de Rueil, la Gôte-d'Or, colline qui le bornait au couchant, et k bois de Saint-Cucuphat au sud-ouest?

Contrairement à ce qu'ont écrit et répété tour à tour plusieurs organes de la publicité, la propriété de la Malmaison n'a pas été entièrement détruite après la mort du prince Eugène.

Achetée en 1826 par M. Haguerman, banquier suédois qui habitait Paris, une partie seulement en fut distraite et vendue par lots. Les belles plantations qui se trouvaient entre le parc et les bois de Saint-Cucuphat firent place alors à des terrains de culture.

Après la mortdeM. Haguerman, en 1842, le château seul de la Malmaison, et son parc, furent acquis au prix de cinq cent mille francs par la reine Marie-Christine d'Espagne, qui les revendit, en 1861, à l'Empereur, moyennant un million cent mille francs.

Nous voici en face du château.

On y entrait autrefois par un porche en forme de tente et servant de premier vestibule. Aujourd'hui, c'est une simple marquise qui abrite cette entrée. Le second vestibule, soutenu par quatre colonnes en stuc, divise

le rez-de-chaussée en deux parties : celle d( droite contient le salon, l'ancienne salle da billard et la galerie; celle de gauche réunit la salle à manger, la salle du conseil, le cabinet et la bibliothèque.

La grande galerie, qui se trouvait à droite, à la suite du château, et qui contenait des tableaux et des objets d'art de toute espèce, n'existe plus.

Le théâtre, qui était adossé à cette galerie, a également disparu.

Le premier étage renferme les appartements qui étaient occupés par Napoléon, Joséphine, la reine Hortense, le prince Eugène, et par les dames et les officiers de leur maison.

Dans la cour d'honneur, sur laquelle s'ouvre la première entrée du château, une statue de Napoléon, en plâtre bronzé, apparaît entourée de verts gazons et précédant un bassin environné de plates-bandes et d'arbustes.

Cette statue nous suggère la même réflexion

ijue celle que nous avons faite pour l'aigle commémoratif du départ de Napoléon Ier.

Ces deux monuments, plus que médiocres d'exécution, ont été élevés, l'aigle par les soins de M. Haguerman, et la statue de Napoléon Ier, d'après le désir qu'en a exprimé la reine Marie-Christine peu de temps après avoir fait l'acquisition de la Malmaison. Nul doute qu'ils ne fassent place bientôt à des œuvres plus en rapport avec la pensée qui a présidé à leur érection. Mais au lieu de la figure de Napoléon Ier, Empereur, ne serait-il pas plus opportun de reproduire le visage si fièrement accentué dans sa maigreur du général Bonaparte, premier consul, tel que le crayon d'Isabey l'a rendu populaire, au moment où il venait se délasser à la Malmaison du poids des affaires publiques?

On nous a montré l'avenue où le général Bonaparte se promenait pendant des heures entières en causant avec ses aides de camp. Cette avenue se trouve à gauche du château, à la suite de la bibliothèque, et Ton s'y rend

en passant sur un petit pont jeté par-dessus le fossé qui sépare le château du parc. Elle se termine par un pavillon qui servait souvent de cabinet de travail au général Bonaparte.

« Nulle part, si ce n'est sur le champ de bataille, dit M. de Bourienne dans ses Mémoires, je n'ai vu Bonaparte plus satisfait que dans les jardins de la Malmaison. Pendant les premiers jours du Consulat, nous y allions tous les samedis soir, et nous y passions la journée du dimanche, et quelquefois celle du lundi. Bonaparte y négligeait un peu le travail pour la promenade et pour surveiller lui-môme les embellissements qu'il faisait exécuter. »

Ces travaux, confiés à MM. Fontaine et Percier, architectes, furent accomplis successivement avec autant de goût que de talent.

La façade extérieure du château donnant sur la cour fut décorée d'une suite de statues en marbre d'après l'antique, venant du

parc dé -Marly. Ces statues ont été rempla-

cées, depuis 1815, par des imitations de peu de valeur qui représentent les saisons et les quatre parties du monde.

Le péristyle et l'antichambre n'ont plus les beaux bustes en marbre et en bronze qu'y avait fait placer Joséphine, mais cependant, avec leurs couronnes en relief, ces deux pièces ont conservé leur caractère primitif.

11 en est ainsi de la salle du conseil , du cabinet de travail et de la salle à manger. La salle du conseil a gardé ses trophées , le cabinet de travail sa forme de tente, et la salle à manger ses figures allégoriques peintes sur un fond de stuc.

Le cabinet de Napoléon contient un meuble des plus précieux : c'est une pendule l. Deux amours portent le cadran en Tne rose ou-

verte, d'où ri un air ironnêle tout.

Ces al »s, ont

marqué : L du martyr de

Saintc-J:'.'.

La bibliothèque ne contient plus un seul

livre, et le silence règne dans le salon , oit nous avons remarqué une belle cheminée en mosaïque donnée par le pape Pie VII; puis quelques sujets champêtres peints sur toile; le dessin original d:Isabey, représentant le général Bonaparte à la Malmaison; le portrait du roi Louis, en colonel de dragons, dessiné par la reine Hortense; enfin, d'autres portraits de famille, notamment ceux du prince Eugène au début de la campagne d'Egypte, de l'impératrice Joséphine, de la reine Hortense, de l'empereur Napoléon HI, alors enfant. Voilà à peu près tout ce qui reste aujourd'hui des anciens tableaux.

Dans la petite galerie qui fait suite, notre attention s'est portée sur une harpe à demibrisée. Cette harpe, n'est-ce pas l'image poétique de ces âmes, de ces esprits d'élite qui habitèrent ces lieux, dévastés et muets depuis leur disparition?

Tous ces objets ont été transportés à la Malmaison par ordre de l'Empereur, et c'est aussi pour se conformer aux intentions de

Sa Majesté qu'on s'occupe de remeubler toutes ces pièces comme elles l'étaient avant 1815, afin de rendre, autant que possible, à ce château son ancienne physionomie.

La bibliothèque de la Malmaison ne pourrait-elle recevoir, à cette occasion, le trop plein de celle de Saint-Cloud, qui renferme, nous a-t-on dit, environ 3,500 volumes ayant appartenu à la reine Hortense?

Du reste, le château de la Malmaison n'était pas très-grand ; tout y avait été sacrifié au rez-de-chaussée, qui était affecté à de brillantes réceptions. Des tables de mosaïque de Florence, des pendules en lapis et en agate, des bronzes d'un travail précieux et d'admirables porcelaines de Sèvres s'y voyaient à chaque pas.

La grande galerie surtout, dont il ne reste plus trace aujourd'hui, devint l'une des plus belles choses que l'on pût voir, tant elle s'enrichit successivement des meilleurs tableaux des écoles flamandes et françaises, et des marbres les plus estimés de Canova.

Nous entrons dans le parc ; de ce côté, la façade du château est encore plus simple que du côté de la cour d'honneur. Un fossé entoure la base de la construction. Deux centaures en bronze et deux obélisques en granit décorent la porte d'entrée, en tête du pont-levis. Mais ce qui reste toujours digne d'admiration, bien que les magnifiques serres aient disparu, c'est le parc avec ses belles pelouses, ses sources d'eau vive et ses magnifiques ombrages. Si les arbres ont grandi en formant des voûtes épaisses de feuillage, les points de vue y ont perdu; mais il sera facile d'y remédier.

Au milieu du parc, le temple de l'Amour est encore debout, avec ses colonnes de marbre et son inscription :

Qui que tu sois, voici ton maître, Il l'est, le fut ou le doit être.

En regardant attentivement au milieu de la guirlande deroses qui entoure le piédestal de la statue de l'Amour, nous avons remarqué un E majuscule qui a été gravé dans le

cées, depuis i815, par des imitations de peu de valeur qui représentent les saisons et les quatre parties du monde.

Le péristyle et l'antichambre n'ont plus les beaux bustes en marbre et en bronze qu'y avait fait placer Joséphine, mais cependant, avec leurs couronnes en relief, ces deux pièces ont conservé leur caractère primitif.

Il en est ainsi de la salle du conseil, du cabinet de travail et de la salle à manger. La salle du conseil a gardé ses trophées, le cabinet de travail sa forme détente, et la salle à manger ses figures allégoriques peintes sur un fond de stuc.

Le cabinet de Napoléon contient un meuble des plus précieux : c'est une pendule '. Deux amours portent le cadran cil es. Une rose ou-

verte, d'où ;orl un am onneletout.

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La bibliothèque ne contient plus un seul

livre, et le silence règne dans le salon , où nous avons remarqué une belle cheminée en mosaïque donnée par le pape Pie VII; puis quelques sujets champêtres peints sur toile; le dessin original d'Isabey, représentant le général Bonaparte à la Malmaison; le portrait du roi Louis, en colonel de dragons, dessiné par la reine Hortense; enfin, d'autres portraits de famille, notamment ceux du prince Eugène au début de la campagne d'Egypte, de l'impératrice Joséphine, delà reine Hortense, de l'empereur Napoléon ET, alors enfant. Voilà à peu près tout ce qui reste aujourd'hui des anciens tableaux.

Bans la petite galerie qui fait suite, notre attention s'est portée sur une harpe à demibrisée. Cette harpe, n'est-ce pas l'image poétique de ces âmes, de ces esprits d'élite qui habitèrent ces lieux, dévastés et muets depuis leur disparition?

Tous ces objets ont été transportés à la Malmaison par ordre de l'Empereur, et c'est aussi pour se conformer aux intentions de

Sa Majesté qu'on s'occupe de remeubler toutes ces pièces comme elles l'étaient avant 1815, afin de rendre, autant que possible, à ce cbâteau son ancienne physionomie.

La bibliothèque de la Malmaison ne pourrait-elle recevoir, à cette occasion , le trop plein de celle de Saint-Cloud, qui renferme, nous a-t-on dit, environ 3,500 volumes ayant appartenu à la reine Hortense?

Du reste, le château de la Malmaison n'était pas très-grand ; tout y avait été sacrifié au rez-de-chaussée, qui était affecté à de brillantes réceptions. Des tables de mosaïque de Florence, des pendules en lapis et en agate, des bronzes d'un travail précieux et d'admirables porcelaines de Sèvres s'y voyaient à chaque pas.

La grande galerie surtout, dont il ne reste plus trace aujourd'hui, devint l'une des plus belles choses que l'on pût voir, tant elle s'enrichit successivement des meilleurs tableaux des écoles flamandes et françaises, et des marbres les plus estimés de Ganova.

Nous entrons dans le pare ; de ce côté, la façade du château est encore plus simple que du côté de la cour d'honneur. Un fossé entoure la base de la construction. Deux centaures en bronze et deux obélisques en granit décorent la porte d'entrée, en tête du pont-levis. Mais ce qui reste toujours digne d'admiration, bien que les magnifiques serres aient disparu, c'est le parc avec ses belles pelouses, ses sources d'eau vive et ses magnifiques ombrages. Si les arbres ont grandi en formant des voûtes épaisses de feuillage, les points de vue y ont perdu; mais il sera facile d'y remédier.

Au milieu du parc, le temple de l'Amour est encore debout, avec ses colonnes de marbre et son inscription :

Qui que tu sois, voici ton maître, Il l'est, le fut ou le doit être.

En regardant attentivement au milieu de la guirlande de roses qui entoure le piédestal de la statue de l'Amour, nous avons remarqué un E majuscule qui a été gravé dans le

marbre, nous a-t-on affirmé, par le prince Eugène.

Mais il nous tarde de voir la chambre où est morte l'impératrice Joséphine. Nous passons donc, sans nous y arrêter, devant b{ chapelle gothique élevée, sur l'ancien emplacement des cuisines, par la reine Marie- Christine, et où des vitraux de papier peint font assez mauvais effet; nous montons au premier étage. Après avoir traversé le boudoir, la chambre de l'Empereur, nous voici dans la pièce de forme circulaire qui fut témoin de l'agonie de l'impératrice Joséphine.

Cette pièce, donnant sur le parc, est vide et solitaire comme celles qui la précèdent, comme les chambres de la reine Hortense, du prince Eugène, qui n'en sont pas gnées; un vieux canapé jaune est là tout seul. Ce meuble antique fait revivre devant nous tout un passé de douloureuse mémoire.

Le 15 mai 1814, l'impératrice Joséphine alla passer deux jours au château de Saint- Leu avec la reine Hortense , qui devait y recevoir l'empereur Alexandre. On visita fes bois de Montmorency; au retour, l'Impératrice se sertit fatiguée et rentra dans son appartemei it.

La reine Hortense, inquiète, alla bientôt retrouver sa mère, qui, voulant dissimule* ses souffrances, eut le courage de faire sa toilette et de descendre au salon, où était resté l'empereur Alexandre.

Le soir, l'impératrice Joséphine remonta

dans la chambre qu'on lui avait fait préparer. La nuit se passa assez bien , et elle put le lendemain, après le déjeuner, rentrer à la Malmaison. Ce jour-là, elle parut beaucoup mieux, et elle dîna à table comme à son ordinaire, de sorte que l'on crut que son indisposition de la veille était passée.

Le lundi 23 mai 1814, le roi de Prusse alla, avec ses deux fils, faire une visite à la Malmaison, et y resta à dîner. Le lendemain, l'impératrice Joséphine dut recevoir encore les deux grands-ducs de Russie, Nicolas et Michel. Toutes ces réceptions, toutes ces visites laissèrent l'Impératrice visiblement souffrante, bien qu'elle fît de courageux efforts pour cacher son mal et la tristesse profonde dont elle était atteinte.

La reine Hortense et le prince Eugène s'inquiétèrent de l'étal de santé et d'esprit de leur mère.

Le 25 mai, le prince Eugène écrivait à ce sujet à sa femme : « Ma bonne Auguste, notre mère est bien souffrante depuis deux

jours, et ce matin elle a beaucoup de fièvre; le médecin dit que ce n'est qu'un catarrhe, mais moi, je ne la trouve pas bien du tout.))

Puis, le 28 mai, le Prince écrit encore : « Ma bonne Auguste, je suis au désespoir, la maladie a dégénéré en fièvre putride. Ce matin, les médecins ont très-peu d'espoir. Je quitte ma mère à l'instant et la trouve moi-même très-mal. Tout cela m'a tellement Bouleversé, que j'ai eu un accès de fièvre. »

En effet, une consultation de médecins avait eu lieu le 27, et ils avaient reconnu tous les symptômes d'une angine de la plu* dangereuse espèce.

Le 28, la reine Hortense dut recevoir l'empereur Alexandre, qui se montrait très-affecté de l'état de l'impératrice Joséphine; il ne se retira que bien avant dans la soirée, après avoir appris qu'elle était un peu plus calme.

« Quoique accablée de fatigue (1), la reine

(1) Mémoires sur la reine Hortense, par MlIe Cochetet, tome Ier, pages 381 et suivantes.

Hortense se disposait à passer cette nuit encore auprès de sa mère. L'Impératrice la supplia d'aller se reposer, lui recommandant aussi de tranquilliser son frère.

«Mmc la duchesse d'Alberg joignit ses instances à celles de l'Impératrice, et s'établit pour la nuit près du lit de la malade.

« La reine Hortense ne se retira que fort tard, sur la promesse qui lui fut faite, ainsi qu'à son frère, de les prévenir au moindre symptôme alarmant. Mais la Reine, inquié tée par un pressentiment qu'elle ne s'expliquait pas, se releva plusieurs fois pour venir voir si sa mère reposait. 11 lui fut répondu qu'elle ne se plaignait pas et paraissait ne pas souffrir, mais qu elle se réveillait souvent, parlant à voix basse avec elle-même, et répétant par intervalle ces mots : « Bonaparte ! Vile d'Elbe ! Marie-Louise ! »

« De bonne heure, le 29, jour de la Pentecôte, la Reine, alarmée de ces discours sans suite, entra chez son frère, qu'elle trouva un peu mieux et qui s'en alarma

! comme elle. Le prince Eugène se leva avec ; effort. Ils entrèrent dans la chambre de l'Impératrice. En apercevant ses enfants, ses yeux se remplirent de larmes; elle leur tenjdit les bras sans avoir la force de se souleivcr et pouvant à peine parler, car sa langue I s'embarrassait. Ceux-ci l'embrassèrent avec ; tendresse, mais en réprimant leur émotion, car le mal avait fait des progrès rapides, e/ l'altération sensible des traits de leur mère Iles avait frappés en entrant. La Reine, trop émue, fut obligée de se retirer. Le prince Eugène voulut savoir des deux médecins qui n'avaient pas quitté fa malade, celui de l'Impératrice et celui de la reine Hortense, s'ils conservaient encore de l'espoir pour sa mère et s'ils pensaient que l'on dût lui apporter les sacrements. Ils répondirent qu'ils n'avaient pas perdu tout espoir, mais qu'il était prudent de ne pas renvoyer à plus tard l'accomplissement des devoirs religieux. Le Prince, avec les ménagements d'un fils tendre et courageux, disposa sa mère à cet acte

suprême, si conforme à sa foi. L'abbé Bertrand, aumônier de la reine de Hollande, entra pour la préparer à recevoir le viatique. Le prince Eugène et sa sœur laissèrent l'Impératrice avec son confesseur et descendirent dans la chapelle du château, afin d'entendre la messe et prier pour cette vie qui leur était si précieuse. Comme eux, tous les assistants avaient les larmes aux yeux. Après vingt minutes, ils remontèrent auprès de leur mère. En les voyant, elle leur tendit encore les bras. Pendant ce peu de temps, sa figure s'était entièrement décomposée. Elle voulait parler, mais elle ne put articuler un seul mot. A cette vue, la Reine s'évanouit; on l'emporta sans connaissance dans sa chambre. Le prince Eugène s'agenouilla auprès du lit de sa mère, pendant que l'abbé Bertrand l'administrait et qu'elle recevait la communion avec toute sa connaissance et sa douce résignation.

«Elle ne vécut que peu d'instants encore, et, après quelques efforts, elle expira, con-

solation dernière, entre les bras de son fils bien-aimé.

«Le prince Eugène pensa alors à l'état de sa sœur; il se précipita dans sa chambre, lui annonça leur malheur, et ils confondirent leurs larmes. Toutes les personnes de k maison de l'Impératrice , qui venaient de la voir mourir, entrèrent aussi dans la chambre de la Reine, afin de mêler leur douleur à celle des enfants de leur maîtresse.

« Je restai avec Mme d'Alberg, ajoute Mlle Gochelet, près de celle qui n'existait plus; je pensai procurer encore une faible consolation à ses enfants, auxquels le sort ravissait tout à la fois, et j'osai m'approcher de cette tête qui paraissait dormir avec calme et espérance. Je coupai ses beaux cheveux, que je gardai comme un trésor à remettre à la Reine. Le prince Eugène emmena sa sœur à Saint-Leu, où je les suivis bientôt après. Aucune expression ne saurait peindre la douleur du Prince et de la Reine; ceux qui ont connu la mère ado-

rable qu'ils pleuraient pourront seuls se l'imaginer. »

« La désolation éprouvée par tous les serviteurs, grands ou petits, de la Malmaison, ajoute M. J. Aubenas, auteur de l'Histoire de V impératrice Joséphine, qui a emprunté luimême une partie de ces détails à M11* Avril- Ion, se répandit avec la funeste nouvelle à Rueil et dans tous les lieux d'alentour, où Joséphine était aimée comme une providence et une mère.

« Le corps de l'Impératrice, après avoir été embaumé et placé dans un double cercueil de plomb et d'acajou , fut , pendant trois jours, exposé sur un catafalque dressé au milieu du grand vestibule du château. Plus de vingt mille personnes se présentèrent pour lui jeter de l'eau bénite. Cultivateurs, ouvriers, bourgeois, venaient de plusieurs lieues comme à un pèlerinage. A Paris, où d'autres intérêts entraînaient les esprits, cette mort produisit aussi une gt nérale et pénible impression.

« Les souverains et les princes étrangers , la famille royale elle-même, s'empressèrent de faire parvenir aux enfants de l'impératrice Joséphine l'expression de la part qu'ils prenaient à leur douleur. L'empereur Alexandre s'était proposé d'assister aux funérailles, mais, apprenant que l'état de santé du prince Eugène ne lui permsttait pas de conduire le deuil de sa mère, il s'y fit représenter par le général Sacken. »

Les obsèques eurent lieu le 2 juin 1814, dans l'église de Rueil, réparée depuis quelques années déjà par les soins de l'impératrice Joséphine, qui avait témoigné le désir d'y être inhumée. Le cortège sortit par la grande grille de la Malmaison et suivit la route de Paris jusqu'à Rueil. Les deux jeunes enfants de la reine Hortense conduisaient le deuil. Les coins du drap mortuaire étaient portés par le grand-duc de Bade, *poux de la princesse Stéphanie ; par le marquis de Beauharnais|, beau-frère de l'Impératrice ; par le comte de Tascher de la Pagerie, ex-

sénateur, et par le comte de Beauharnais, père de la grande-duchesse de Bade. Venaient ensuite tous les officiers et les dames attachés à l'Impératrice, au prince Eugène et à la reine Hortense; puis plusieurs personnages importants, amenés de Parispar leur reconnaissance envers la souveraine qui avait été si parfaite pour tous. Mais ce qui communiqua à ces funérailles du cœur le caractère le plus désintéressé et le plus touchant, ce fut l'affluence et la tristesse des campagnards qui, de tous les environs, s'étaient réunis à Rueil afin de rendre un dernier hommage à celle qui avait reçu d'eux le nom de la bonne Joséphine.

Le corps de l'Impératrice fut déposé dans un caveau de l'église de Rueil , au-dessous d'une chapelle où l'on devait plus tard lui ériger nn monument. Le cœur et les entrailles de Sa Majesté, enfermés dans une boîte de vermeil, furent également déposés dans le môme caveau.

Nous reproduisons ici l'acte d'inhumation de l'impératrice Joséphine :

« Le 2 juin 1814, a été inhumée dans l'église de cette paroisse, par l'autorisation de M. le ministre de l'intérieur, l'impératrice Joséphine, née Marie-Joséphine-Rose de Tascber de la Pagerie, le 2-4 juin 17G3 (mariée le 8 mars 1793 à Napoléon Bonaparte, sacrée et couronnée Impératrice le ;2 décembre 1804, décédée dans son palais de la Malmaison , de cette paroisse , le 29 mai dernier, à midi, laquelle inhumation, a été faite en la présence de moi, curé soussigné, par monseigneur Louis-Mathieu de Barrai, archevêque de Tours, premier aumônier de feue S. M. l'impératrice Joséjphine, en la présence des soussignés. »

L'Impératrice avait donc cinquante-deux ans lorsqu'elle succomba.

Nous allons traverser la route qui vit passer en 1814 le cercueil de la bonne Joséphine, et quitter cette chambre nue et glaciale, où elle rendit le dernier soupir, pour aller visiter l'église de Rueil.

Réunis dans la mort comme leurs cceu?

l'étaient dans la vie, les deux corps de là mère et de la fille reposent l'un près de l'autre dans la maison du Seigneur.

En 1824, la reine Hortense et le prince Eugène achetèrent l'une des chapelles de l'église de Rueil et y firent élever le tombeau de leur mère. Ce monument de marbre blanc veiné, exécuté par MM. Gilet et l.)ubuc, d'après les dessins de l'architecte Berthaud , consiste en une voûte à plein-cintre, ornée de rosaces et supportée par quatre colonnes d'ordre ionique, élevées sur un piédestal de deux mètres de hauteur, quatre mètres de largeur et un mètre quatre-vingtdix centimètres de profondeur. Les colonnes sont hautes de trois mètres quarante centimètres, l'archivolte de trois mètres soixante centimètres ; enfin, l'ensemble du monument * une élévation de huit mètres soixante-dix centimètres. Le corps de l'Impératrice est déposé dans le massif du socle. Il est renfermé dans trois cercueils, l'un de plomb, le second d'acajou, et le troisième de chêne.

Le socle porte l'inscription suivante, gravée en creux et dorée :

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