‹ La reine Jeanne opéracomique en trois actesChapitre 4 sur 48 · LII.LO · texte numérisé non relu

LII.LO

Personne, Mon.seigiieur... d’ailleurs, qui pourrait penser que, moi, Lillo simple hôtelier de Naples, j'ai depuis quelque temps, l'honneur de venir, tous les matins, au château d* A versa, causer avec le prince Durazzo...

nURAZZO.

Mais, que dit-on, que fait-on h Naples?..

LILLO

A Naples?., ça continue à bien aller... tout est sens dessus dessoas... Depuis un mois que notre roi André est mon , et que le peuple a chassé de la ville le dur de Capello, qui gouvernait au nom de la reine Jeanne, absente, Naples est un vrai paradis... nn iMiit , on chante.», on va piller le palais de celui-ci... brider la maison de celui-là... plus de travail... plus d'impôts !.. chacun commande, chacun est roi! voilà ce que j'appelle un gouvernement..

miRAZZO, avec Joie.

Ainsi, Lillo, la reine Jeanne n'a pas de partisans dans Naples?..

LILLO

Des partisans? pourquoi ça?.. Esl-cc que nous la connaissons, uousauu*es?.. nous ne l'avons jamais vue... du vivant de son mari, le roi André, Jeanne habitait ce château d'A versa , ne venait jamais à Naples... depuis un an, elle est partie pour scs étals de Provence... depuis un an, elle habile sa bonne ville d'Avignon... ayant tout l'air de nous oublier, de nous dédaigner... Aussi, lorsqu’aprés la mort du Roi, j’ai cherché à détruire l’autorité de la reine Jeanne, à soulever le peuple contre elle... je n'ai pas eu grand peine , je vous assure !..

DUnAZZO.

Jevois que nous n’éprouverons pas d'obstacles, et que le trône...

LILLO

Je Tespère! car J'exerce maintenant une influence extraordinaire à Naples... oui, c'est au point que l'on m'appelle le roi des lazzaroni... et, par saint Janvier ! cela se conçoit... grâce à l'or que vous m'avez donné h pleines mains, je verse gratis mon vin de Lacryma-CbrisU... aussi , mes pratiques sont innombrables... gens du port, corps des métiers, je vous réponds de ceux-là!.. Us me sont tous dévoués... car ils ont toujours soif... ils crieront ce que je voudrai !..

nuRAzzo, aNec Joie.

Tu crois ?..

LILLO

J’en réponds!., tenez, Monsei^eur, vous avez bien fait de choisir rbôtclier Lillo, pour votre instrument!..

DVRAZZO.

Je le sais! depuis long-temps, jcconnaissais ton

•^adresse, et surtout ton ambition; compte sur ma I reconnaissance !..

LILLO

Ah oui! parlons-en, Monseigneur... c'est important ! que ferez-vous pour mot ?..

DI RAZZO.

Peux-tu le demander, Lillo... mes bienfaits..,

De l’or! je n’en ai pas besoin... je suis riche, si riche, que les plus jolies filles de Naples, ont demandé ma main... mais je l'ai promise à ma cousine Pepa!..

durazzo.

Ouc veux-tu donc?

LILLO, après un moment d’bôsiiation.

Ce que je veux? Eh bien ! Monseigneur, vous l'avez dit, je suis ambitieux ! dés mon plus jeune âge, moi, pauvre enfant du peuple, quand je voyais ces nobles seigneurs, si beaux, si brillans, ayant le droit de tout dire, de tout faire, je m’écriais : « Pourquoi ne suis-je pas comme eux ?» Maintenant, je suis homme... me voilà riche... eh bien ! je ne suis pas content... l'envie me tient toujours là, au cœur... quand je vois un pourpoint doré, je souflie.... cl mon habit, fflt-il du tlraple plus lin, me paraît grossier et misérable...

DURAZZO

Que veux-tu donc, alors?..

LILLO

Monseigneur, quand vous serez roi, un morceau de parchemin, votre nom au bas, et Je serai noble, enfin... marquis!..

DURAZZO

Toi, Lillo?..

LILLO

Pourquoi pas?., vous êtes prince, et vous voulez être Roi!.. Je suis hôtelier, je veux être marquis... les pioportions sont gardées...

DURAZZO

Allons, lu seras satisfait !..

LILLO, avec imporUnce.

J'y compte, Mouseigneur...

durazzo.

Mais voici le jour; écoule: As-tu fait ce que je t'ai dit?., les amis...

LILLO

Les plus sôrs, les plus dévoués, je les ai amenés avec moi... ils sont ici près, au village d’Aversa...

DURAZZO

Bien !..

LILLO

Ab ça! mais, en chemin, ils m’ont demandé pourquoi jcles faisais soinir, si matin, de Naples; je ne pouvais répondre à leurs questions , car moi-méme, j'ignore...

DURAZZO

Dans cecbâteau,quitieotencore pour la reine Jeanne, sc sont réunis tous les nobles qui ont fui Naples et ses environs... je leur ai dit que le pouvoir de la Reine était à jamais détruit... que le peuple songeait à sc choisir un maître... aujourd'hui même, je leur annoncerai que les Napolitains ont jeté les yeux sur moi!..

LILLO

Et si ces nobles en doutaient. Monseigneur?

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