‹ La reine Topaze opéracomique en trois actesChapitre 21 sur 54 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

TOPAZE, paia RAFAEL.

TOPAZE

Ah! je tremblais qu'il n'eut refusé! Des pas! on vient! c'est lui! (Bllr w um on p*u 4 l’écart. )

ii •“‘Todoit r«r la petit* porte par un >ii<nciljqDR.

II surfit, j attendrai. Parbleu! voilà qui est étrange. Que peut avoir encore à me dire ce seigneur Annibal, cl d'où vient qu'il m'envoie chercher?

, topaze.

Ce n est pas lui qui vous attend, capitaine; c'est moi.

,, „ RAFAEL

Voua?

topaze.

Oui, Topaze la bohémienne, qui n’a ni le temps ni la vokntc de sc cacher pour vous sous ses liabits de grande dame ou derrière un nom cmprunli! j Topaze, la mendiante de Vicence, le guide mjstérieui dea muulagne» de Padoue, la chanteuse de la place San-Carlo.

, RAFALE

Colle qn on y rencontre le soir au bras d'un cavalier. Oh! je me souviens.

Oui, celle-là même, seigneur capitaine, celle-là qui n’a rien oublié non plus de ce qui s’est passé hier.

RAFAI.l. , Ironkpirmcnt.

Alors, signora, permettez-moi de garder le silence. Les souvenirs sont par fois pénibles à rappeler, et il m'en coûterait de provoquer vos larmes.

TOPAZE, a*« un touràt*.

Oh! soyez sans crainte. Quand on nous outrage, nous autres filles d’Egypte, nous ne pleurons pas : nous nous vengeons.

Ah!

TOPAZE

Ecoutez-moi bien, car je tiens à ce que notre position soit franchement accusée et qu’il n’y ait entre nous rien d’équivoque ou d’obscur : deux hommes m'ont insultée hier: 1 un en se vantant d'avoir une part dans inon cœur fautre en le méconnaissant. Il me faut un icgrct de celui qui m'« méconnue, une rdpanlion de celui qui a mcnli. A double outrage, double vengeance ! Ce regret, je lobliendiai, je 1 espère; cette réparation, je l'aurai dans une heure.

( changeant a* t«n.) Et maintenant, seigneur capitaine, oseraije attendre de votre courtoisie que vous restiez au bal jusqu'au moment où j’en aurai fini avecl'un et avec l'autre? (En KwiMU.) Ce ne sera pas long, je m'y enguge.

RAFAËL

Mais vraiment, signora, après cette, promesse et la provoquante audace de votre invitation, il faudrait être bien peu curieux pour vous refuser.

TOPAZE

N 'est-ce pas? d’autant plus que vous ne pourriez plus sortir d'ici.

Hein? vous dites?

TOPAZE

Rien, sinon que j'ai pris mes précautions.

RAFAEL

Contre mon impatience? Ah! vous me croyez bien peu

galant. Et par qui, du seigneur Annibal ou de moi, commencent la leçon?

TOPAZE

olif par vous, capitaine.

RAFAEL

Je vous sais gré de la préférence.

TOPAZE

Elle vous est due. N’esl-ce pas vous qui m’avez fait le plus de mal?

RAFA1.L

Ah! prenez garde, signera, cette plainte ressemble au début d'une justification vulgaire, et ce u'esl pas sur ce pied que vous venez d’engager entre nous la partie.

Vous avez raison; mais peut-être n'ai-je pas encore toutes mes cartes et suis je forcée d'amuser le tapis en attendant. N’ifnporte; je vous ai promis de ne pas vous faire languir, et je commence. Hier, au moment où vous sortiez de l’hôlellerie, il y avait sur la piazzclta une dame, que vous n’avez pas icmarquée, mais qui v. usa remarqué, elle. Pourquoi cette dame paraissait-elle contrariée de votre présence à Venise? c’est ce que j'ignore, et ce que nous apprendrons plus tard peut-être. Quoi qu'il en soit, ce qui est certain, c’est qu’à toute personne possédant un moyen de vous éloigner sur-le-champ, elle eût dit merci de grand cœur.

RAFAEL

. Jusqu'ici je ne vous comprends pas.

TOPAZE

Je continue. Sur cette piuzzella se trouvait précisément la personne qui allait fournir ce moyen si désiré. C’était quelqu’un dont nous parlions tout à l’heure, une bohémienne... qu'à toit ou à raison — à tort, je crois — on supposât être cause do vo're séjour à Venise. Dès qu'on eut attribué votre présence ici à l’amour de celte égyptienne, il ne fut pas difficile de se dire que l'on s'assurerait de votre départ, si l'on vous faisait rougir de eet amour. L’idée élO't très-simple, contint*- vous voyez, sinon très-honnête. Quant à la pauvre mendiante qui, par suite de ce calcul, allait se trouver calomniée, sacrifiée, perdue... on marche sur le cœur de ces gens-là et on passe. Donc, la grande dame saisit avidement celte idée si simple que je viens de dire et la mit à exécution, et elle réussit, et tout alla à souhait, et il ne fut plus question de la bohémienne, et la lielle dame se sentit épanouie et triuinphaute. Mais pourquoi tenait-elle si fort à vous éloigner de Venise? en quoi votre présence pouvait-elle l'y gêner à ce point quelle ait voulu s’en débarrasser à tout prix? cela e^t piquant à savoir, voua en conviendrez; aussi je le cherche depuis hier, comme vous paraissez le chercher en ce moment. Seulement, moi, j'ai de la patience, je m’Onléle aux énigmes, et comme je savais que celte daine devait venir au bal, j'y suis venue aussi pour apprendre le mot, et je vous y ni fait venir afin que vous le trouviez, et pour faciliter nos re Iterches, je vous ai ménagé un lète-à-téle avec elle. Elle ne doit pas être loin... je l'attends... (.©,m mm FUnarU) et je vous la présente.

Page 1