‹ La reine Topaze opéracomique en trois actesChapitre 3 sur 54 · GRITTI · texte numérisé non relu

GRITTI

Sans compter que celle façon cavalière de ramasser une querelle, celle blessure reçue par maniéré de passe-temps, vont lui donucr un grand avantage auprès de la belle Filoroèle, à qui rien ne plaît tant que la (anlaiaic.

BEVBO.

Pour moi, depuis que je l'ai vu à l’œuvre, je me regarde déjà comme battu pur lui.

CRlTTI, rw«t.

Je vous avais toujours dit que le seigneur Barbiano nous couperait l'herbe sous le pied.

ZENO, a«* «n*«ic.

Quel malheur qu’avec celte vaillance il ne soit pis gentilhomme!...

AVMIIVL, CrwiMut A IMo,

Cordieu! mon cavalier, j’en connais qui le sont et qui ne inc valent pas.

MAM'fll 01, r»nt.

Allons! ire va-t-il pas devenir querelleur, à présent?

LOREDAM», Je mémo.

Son succès l’enivre.

CRITTl.

U lui monte à la télé!...

ANN t UAL.

Par mon patron ! vous ne saves pas quel homme je suis, mes jeunes seigneurs. Eu fait «le folies, en lait de valeur, en fait d’amour, ne me défiez jamais. Vous aime» la comtesse , Grilti ; vous l’aimez , Loredano; et vous aussi, Mnnfredi; vous, Zeno; vous, Bembo?... Eli bien! c’est moi qui l’épouserai. Et si au lieu d'être épris de- la même femme, chacun de vous en aimait une différente, je me ferais fort de souffler à chacun sa maîtresse aussi fu ihunent que je soufflerai à tous l’objet de nos communs soupirs. El si le capitaine que voilà me provoquait sur ce terrain, et qu’il eût, lui aussi, une dame de ses pensées, je parierais...

RAFAEL, mariant.

Ah! de grâce, seigneur Anuibal, ne. nie mettez pas de la partie; car à voir voire confiance dans la victoire, je inc garderais bien de sortir de mes retranchements et de m’aventurer sur le champ de bataille; et puurlaut, je pourrais le faire avec moins de risque qu’un autre, car celle que j’aime n’est point à Venise.

ARMBAL.

Ma foi , capitaine , à vous voir sortir si bon matin de celle hôtellerie, et nous en barrer si fièrement la porte, j'aurais pensé, je l’avoue, qu’il n’y avait pas loin à aller pour trouver celle à qui s’adressent vos soupirs et vos vœux.

MANFREDI

Fi donc! dans un pareil taudis!... Je croirais plutôt que le seigneur capitaine profite de son séjour à Venise pour recruter sa compagnie ; et comme en aucun lieu du inonde

plus quVn cc* bouges sordides, repaires de bohémiens et de bateleurs, «a» ne trouve île ces hardis compagnons disposés à se faire casser la tète pour un demi-florin par mois, je suppose que le capitaine est venu là dès le point du jour lever des soldats pour la république.

RAFAEL

Vous l’avez deviné, mon gentilhomme. Quant aux tingari, juifs, égyptiens, bohèmes, c’est une société que je recherche peu, surtout depuis certains démêlés que j’ai eus avec leur nation.

A.MUUAL, «t lez suit**.

Vous?...

RAFARL.

Pour le compte de monseigneur le duc de Milan, au service duquel j'étais alors. I.e duc, soit caprice, soit raison d'Etat, les avait bannis du Mîlancz. Ses hommes d’armes 1rs traquaient dans leurs repaires , et tout ce qui tombait dans leurs mains était impitoyablement pendu. J’appris que ma compagnie avait été lancée sur la trace d’une bande de ces misérable». Quand je rejoignis mes hommes, ils avaient atteint la troupe, et de tous ceux qui la composaient, il ne restait plus guère en vie que quelques femmes à demi mortes de peur, un vieillard que l'on s'apprêtait à envoyer avec le» autre» et une jeune tille qui l’entourait de ses bras, en poussant des cris déchirants. Je n’ai jamais pu voir pleurer une femme sans me sentir ému jusqn’au tond du cœur. J étendis la main : tout ce qui restait (ut sauvé. Deux ans après, j’étais à -Vicence. lJn jour, au sortir de l’église, j’aperçus une dame dont la beauté fit sur moi la plus profonde impression. Je ne vous dirai pas comment je fus remarqué par elle, comment pendant tout le temps que dura mon séjour, la belle Diane et moi nous nous vîmes tous les soirs au balcon d’une maison écartée. Qu’il vous suffise de savoir qu elle inc jura, sur sa vie, de n'ètrc jamais qu'à moi. J’en reviens à mes bohémiens. Tontes les fois que, la nuit venue, je inc rendais à mon mystérieux rendez-vous, et quelque chemin que je prisse pour m'y rendre, je trouvais embusqués à quelque angle de rue, ou sous quelque porche obscur, des hommes de mauvaise mine qui semblaient ne s’être postés là que dans de mauvais desseins, et toutes les fois aussi, à quelque distance de ces hommes, je rencontrais, accroupie le long des muions, une pauvre petite mendiante à qui je jetais en passant quelques pièces de monnaie. Comme chaque soir semblait me menacer de la lame d’un bandit, et que le stylet restait toujours au fourreau, j’avais fini par ni imaginer que cette enfant était placée sur ma roule comme une statue de ta Madone, pour écarter de moi le danger, et que tant que je l’invoquerais en passant, il ne m'arriverait rien de fâcheux. Bientôt je reçus l’ordre de quitter immédiatement Vicence et de rejoindre avant le jour ma cotii|vagnie, qui était à Vérone, par delà les monts. J’obéis, le cœur déchiré de regrets, car l’absence, pour un amant, .c’csi la mort.

ANMBAL.

C’est quelquefois bien pis, capitaine, c’est l’oubli.

RAFAEL

Arrivé au pied des montagnes, j’appris que des gens d’apparence suspecte m’y avaient précédé, et c'est ici que mon aventure, déjà passablement étrange, prit tout à coup un caractère plus mystérieux encore, ou pour mieux dire, inexplicable.

KAÜFBEDI.

En vérité ?

LMEDAXO.

Voyons, continuez, capitaine.

ANMRVL.

Rien ne m’intéresse tant que le mystère. Vous voilà au pied de la montagne; voyons...

TOCS.

Voyons!...

RAFAEL

Dans un chemin étroit et sombre Je venais de m’engager.

Et mon cheval semblait pressentir un dangef.

Je voyais luire au loin, dans l’o^tbrc»

De» cscopetlcs saus nombre,

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