‹ La reine Victoria et son jubilé [microforme]Chapitre 10 sur 28 · QUATRE GÉNÉRATIONS · texte numérisé non relu

QUATRE GÉNÉRATIONS

La Reine^Le prince de Galles — Le duc d'York — Le petit prince

Edouard d'York.

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et pour ne parler que de l'Angleterr il est incontestable que ses progrès ont été énormes. Son empire colonial a pris des proportions colossales ; son commerce, sa richesse, sa puissance se sont prodigieusement développés ; et notre Reine-Impératrice règne aujourd'hui sur près de 400 millions de sujets. Or nous pourrions énumérer des agrandissements proportionnels dans tout ce qui constitue l'importance et la grandeur d'une nation.

— Mais, dira-t-on, tout cela n'ajoute rien au niérite per.-onnel de Sa Majesté ; son action et son influence ont été bien minimes dans les agrandissements de son pays, et si vous faites la part de ses sujets, et celle du hasard, il restera peu de grandes choses à son actif

D'aborJ, écartons le hasard com ne une d»is puissances dirigeantes de ce inonde, ou bien, restituons-lui son vrai nom, et appelons-le, avec Murger, l'homme d'affaires du bon Dieu. A proprement parler, il n'y a pas de hasard dans les destinées djs na-

— estions. Il n'y a de place dans leur histoire que pour l'action des hommes et celle de la Providence.

Mais c'est par les hommes que la Providence agit, et c'est déjà un grand honneur d'être choisi par elle pour remplir un grand rôle. Quand donc Notre Souveraine n'aurait pas d'autre gloire que celle-là d'avoir été choisie par Dieu pour régner pendant plus de 60 ans sur un des plus grands peuples de l'univers ne serait-ce pas déjà assez de grandeur ?

Ce n'est pas tout, et la part de Sa Majesté dans les progiès réalisés et dans l'expansion de la gloire nntionale n'est pas aussi minime qu'on pourrait peut-être le penser. Pour qu'une nation grandisse il faut qu'elle soit bien gouvernée. Il faut qu'elle possède la liberté, la paix, et l'ordre social. Or voilà précisément ce que Notre Souveraine a donné à l'Angleterre pendant soixante ans.

— Mais, d ira- t-on encore, ce n'est pas elle qui a donné ces biens au peuple anglais, ce

sont ses ministres. Elle règne, maii elle ne gouverne pas.

Cepeudant il ne faut pas prendre à la lettre cette maxime de droit parlementaire.

Sans doute, sous le régime constitutionnel, le souverain ne peut rien faire sans ses ministres ; mais il faut ajouter qu'ils ne peuvent rien faire sans lui, et si le souverain n'approuve pas la politique de son premier ministre c'est à ce dernier de s'en aller, tandis que le souverain demeure. Ce pouvoir est formidable, et quand il est convenablement exercé il donne au souverain une influence très grande et très salutaire dans le gouvernement du pays.

Eh I bien, nous disons que notre illustre.

Souveraine a su exercer dans une large mesure cette influence salutaire dès son accession au trône et pendant tout son règne

Tous les premiers ministres d'Angleterre qui se sont succédés pendant cette longue période lui ont rendu cette justice. Quelques-uns, comme Sir Robert Peel, ne l'ont

pas aimée tout d'abord, mais tous ont fini par reconnaître sa remarquable intelligence, sa science étendue des affaires et du gouvernement, sa bonne volonté et son zèle pour le bien et pour la prospérité de son pays.

Ecoutez ce que disaient encore le 21 juin dans la Chambre des Communes et dans la Chambre des Lords les hommes les plus haut placés et les plus capables d'apprécier les mérites de leur souveraine.

Lord Salisbury, après avoir énuméré brièvement les progrès réalisés pondant son long règne disait :

" Toutes ces choses se sont accomplies durant le règne d'une princesse qui est montée sur le trône dans un âge très tendre, sans autre direction que sa propre sagesse, pendant la plus grande partie de sa vie ; et, nmlgré la grandeur des événements à travers lesquels nous avons passé, malgré les changements profonds qui se sont accomplis dans l'humanité et dans notre pays surtout, nous avons sous sa direction

traversé les temps les plus difficiles dans la prospérité et dans la paix. Aujourd'hui la nation est infiniment plus puissante, plus unie, plus riche, et par dessus tout elle est unanime dans son amour et son admiration pour la souveraine soUs les auspices de laquelle s'est accompli notre vaste développement national.

" Quand j'étais jeune, c'était la mode de regarder comme purement nominale la souveraineté de Sa Majesté, et de considérer comme fictive la part qu'elle prend dans les afiai es publiques. Nous pensons difFéreraraent aujourd'hui, et un grand nombre de ceux auxquels je m'adresse se joindraient volontiers à moi pour dire que décrire ainsi le jeu de nos institutions témoignerait d'une ignorance complète de leur mode d'action. Les pouvoirs du souverain sont grands, et ses responsabilités sont énormes. Si donc son règne a été une période de triomphes, et si nous sommes arrivés au sommet de la grandeur, nous le devons en grande partie à leaprit si bien

pondéré et à l'influence modératrice de notre reine de qui tout pouvoir procède.

'* C'est donc un devoir pour nous, dans cette solennelle circonstance, de lui exprimer notre profonde reconnaissance pour les faveurs dont nous avons été gratifiés dans cet âge critique du monde, et de prier le ciel de se servir de la même main aussi longtemps que possible pour répandre ses bienfaits sur son peuple reconnaissant et loyal...."

Lord Kimberley voulut joindre son éloge à celui que le premier ministre venait de prononcer, et nous en reproduisons quelques paroles : " Nous n avons jamais eu un souverain qui ait régné aussi longtemps qu'elle, et qui n'ait jamais comme elle perdu pour un seul instant l'affection de son peuple ? Nous n'avons jamais eu un souverain qui ait été respecté comme elle par tous les partis, et qui se soit montré envers tous d'une aussi parfaite impartialité. Nous n'avons jamais eu un souverain qui ait su conseiller ses ministres avec autant de sagesse et de prudence . . • ."

Dans la Chambre des Communes les discours des chefs furent plus éloquents peut-être, et non moins élogieux :

" Nul souverain, disait M. Balfour, le leader de la Chambre, n*a jamais inspiré au cœur de ses sujets de si ardents sentiments de dévouement, d'affection et de loyauté. Si nous voyons aujourd'hui dans cette vaste métropole de si nombreux représentants de tous les pays, réunis dans Tunanimité de leurs hommages autour de Notre Souveraiae, soyons sûrs que ce n'est pas une abstraction qui a pu concentrer de pareils sentiments, mais un être personnel dont l'excellence a été reconnue. S'il est vrai que le règne de Sa Majesté a été d'une longueur sans précédent, il est aussi vrai qu'il a été d'une prospérité sans exemple . . . Et si l'on demande quelles sont les vertus que cette grande démonstration a pour but d'honorer, et quels sont les titres de la Souveraine à un pareil témoignage d'amour national, la réponse sera facile. C'est qu'elle a parfaitement compris la tâche dé-

licate et difficile d'un souverain constitutionnel, et que durant son long règne elle a su adapter la constitution, sans choc et sans friction, aux vues diverses de cette vaste fédérât on de peuples C'est que pendant sa longue et heureuse carrière elle n'a toujours été gui«lée que par le sentiment du devoir. C'est qu'elle a été dans sa vie publique un modèle pour tous les souverains, ci dans sa vie privée un exemple pour tous les citoyens "

Le chef de l'opposition, sir W. Harcourt, disait de son côté: "Dans le développement mémorable de notre race et de notre Empire., c'est la même ligure qui pendant deux générations d'hommes a représenté aux yeux du monde entier le peuple britannique avec une noble simplicité, et une grandeur que l'on ne connaissait pas auparavant, et dont ce pays gardera le souvenir ! On a demandé quelque part quel a été pendant cette longue période le rôle de notre Souveraine: Elle a été le nœud suprême [qui a lié ensemble les classes et les

races diveises de ce vaste Empire, et en a fait un tout unique. Elle les a rassemblées autour de son trône dans une affection toujours grandissante .... C'est le trait caractéristique de son règne que nous pourrions appeler un règne sympathique.

Elle a conquis le cœur de la nation, et c est ce cœur, encore plus que notre orgueil, qui manifeste aujourd'hui ses sentim(;nts. Le peuple a senti qu'elle s associait à ses joies et à ses douleurs, et il n'a jamais compté en vain sur ses sympathies dans les jours

d'épreuves Tous ceux qui l'ont servi

à quelque titre que ce soit chériront toujours le souvenir de sa gracieuse bienveillance, de sa justice, de son expérience, et de sa fidélité constitutionnelle. Sa vie publique et sa vie privée ont été pleines de leçons pour tous dans toutes les situations de la vie. La première par le rang, elle a été la premièie par la vertu, et à la puissance du trône elle a ajouté la dignité . . . . "

Dans les éloges dont le Jubilé de Sa

Majesté a été Toccasion, la presse française a rivalisé avec la presse anglaise.

Le Gaulois a dit : " La reine Victoria est le modèle de tous les souverains, de toutes les femmes, de toutes les veuves, de toutes les mères. On peut la désigner en deux mots : la vertu couronnée. Les longs règnes finissent ordinairement dans l'affliction. Charlemagne pleura à la vue des vaisseaux Normands. Charles-Quint se renferma dans un cloître, et y fit célébrer ses propres funérailles. Louis XIV dit à Villeroy : Monsieur le Maréchal, on n'est plus heureux à notre âge. Mais il n'y a rien de semblable dans le sort de Sa Majesté britannique. Son règne qui a duré soixante ans a retrouvé la fontaine de Jouvence. Sa popularité s'accroît toujours.

Elle et son peuple ne font qu'un. "

M. Imbert de Saint- Arnaud, l'auteur de cet article, conclut en disant :

" Tontes les classes de la société française, sans distinction de parti ni d'origine, s'inclineront devant cette Reine qui a été

la plu8 grande figure de femme de ce siècle, devant cette héroine du devoir, qui est, non seulement pour ses enfants mais pour tout «on peuple, la plus dévouée la plus intelligente et la meilleure des mères. ..."

Dans le Matin, M. Cornély terminait son article en disant : " La génération actuelle devancera la postérité dans son jugement, et de ce iour elle appellera la reine d'Angleterre : Victoria la Grande ! "

A tous ces magnifiques éloges, qui sont sans restriction, je ne me permettrai d'ajouter qu'un mot.

Le règne glorieux de Sa Majesté nous parait oflTrir une grande leçon, et un grand exemple aux peuples de race latine. Il leur enseigne que toutes les réformes sont possibles sans révolution?. En effet, que de réformes sociales, politiques, financières et commerciales ont été réalisées en Angleterre depuis soixante ans ! Q.ie d'amélijrations, et que de progrès dans la condition du peuple ! Que de conquêtes faites dans le champ des droits populaires et des

libertés légitimes, surtout de la liberté religieuse !

Or il est ineoutestable que le poids de l'influence royale a été très grand dans raecomplissement de toutes les réformes, qui avaient pour objet le bien-être du peuple, la paix publique, la liberté religieuse et l'ordre social. Les gouvernements passaient, les ministres se succédaient, mais la grande reine demeurait, comme douée d'immortalité, acquérant tous les jours une plus lar^e expérience des affaires politiques, une connaissance plus profonde des besoins de son peuple et de son époque, nouant chaque année des relations nouvelles avec les souverains et les chefs d'Etat de tous les pays du monde, et mettant tous ses moyens d'action à l'intérieur et aujdehors au service de son zèle pour la prospérité de ses sujets, et pour l'agrandissement pacifique de sa patrie

Voilà pourquoi on ne saurait refuser justement à notre Souveraine une très large part de mérite personnel dans la grandeur et la gloire de son règne.

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