‹ La reine Victoria et son jubilé [microforme]Chapitre 14 sur 28 · SON CARACTÈRE COLONIAL · texte numérisé non relu

SON CARACTÈRE COLONIAL

Ce trait caractéristique des grandes fêtes du jubilé a été tellement prononcé, tellement frappant, qu'il n'a pu échaper à Tat-

tcntîon de personne. Pendant toute la durée des fêtes il s*eât accentué chaque jour da\ antâ;ge, èb nous ne serions nuîleinent surpris qu'il eût t'ait naître en certaines circonstances quelques sentiments d envie parmi les sujets de Sa Majesté qui n'étaient pas coloniaux.

A certains moments, ils ont senti qu'on

* les négligeait, et que toutes les attentions,

toutes les politesses, toutes les faveurs,

étaient pour ceux qui vennient des colonies.

Pendant deux ou trois semaines le titre de colonial fut tout à fait à la mo-le, et il y avait une fête coloniale bien marquée dans la grande /é'^e nationale. Ministres, officiers et soldats coloniaux, étaient constamment l'objet de l'attention publique, prenaient part à toutes les grandes manifestations, étaient conviés à toutes sortes de fêtes. On s'explique ce dé'pîoiement de cordiale hospitalité, quand on «onge à l'importance immense dos colonies dans l'empire Britannique. L'Angleterre est la tête de ce colosse, mais les colonies en sont

le corps, et c'est le corps surtout qui est colossal.

Ce sont les colonies qui représentent rétendue territoriale, les richesses inexploitées, Taccroissement, le progrès matériel, la force latente, la grandeur en expectative, et toutes les espérances de lavenir. Dans Taccueil fait à ses colonies la mèrepatrie devait éprouver les mêmes sentiments que Sa Majestn en recevant ses filles et ses gendres. La fête impériale et coloniale prenait le caractère d'une fête de famille.

Pareil événement est probablement sans précédent dans l'histoire, et ce spectacle a dû ouvrir aux hommes d'Etat anglais des perspectives nouvelles pour la puissance coloniale. Ils ont dû sentir le besoin de rendre le lien colonial plus intime et plus fort, par un accroissement de bienveillance et de faveurs, et par des relations de plus en plus sympathiques et cordiales. Au grand banquet présidé par le prince de Galles, Lord Salisbury, répondant au dis-

cours de Sir Wilfi id Laurier a prononcé ces remarquables paroles :

** Nous représentons ici Tempirc toujours croissant de la Bretagne. Nous ne savons au juste quel est l'avenir ouvert devant nous : nous sentons que nous sommes les instruments d'une grande expérience. Il y a eu, avant notre époque, bien des émigrations et bien »Jes colonies ; bien souvent se sont établies les relations ordinaires entre la mère-patrie et ses dépendances ; mais ces empires n'ont jamais duré : ou bien les colonies ont été enlevées à la métropole par des forces supérieures, ou bien la mèrepatrie, en gouvernant injustement et imprudemment ses colonies, les a obligées à se séparer d'elle. Le fait historique, c'est que ces empires n'ont jamais duré. Nous tentons en ce moment la grande expérience de maintenir un tel empire exclusivement sur la base d'une bonne volonté, d'une sympathie et d'une affection mutuelles ..."

C'est cette sympathie et cette affection que l'Angleterre a témoignées aux colo-

niaux pendant le& fêtes jubilaires ; et toutes les classes de ^a nation, et tous les représentants du monde officiel, ont rivalisé d'empressement pour donner à ces sentiments une expression et une forme tout à fait dignes de leurs hôtes distingués.

Les invitations pleuvaient chez les Premiers coloniaux; et il leur aurait fallu avoir le don d'ubiquité pour assister à toutes les fêtes sociales qu'on organisait partout en leur honneur.

La reine, le gouvernement, l'aristocratie, le peuple, ont fait tout en leur pouvoir pour leur rendre agréable le séjour de la grande capitale. Les agapes fraternelles, les libations patriotiques furent si nombreuses et si parfaites que plusieurs de nos compatriotes — entre autres Sir Wilfrid Laurier — se déclarèrent un jour très sérieusement menacés de dyspepsie grave ; mais Lord Roseberry les consola en leur disant : que s'ils mouraient, on les enterrerait dans l'abbaye de Westminster !

Le ciel de Londres lui-même a'e^t montré

hospitalier ; et pendant tout le^] séjour des coloniaux, ils n'ont pas fait connaissance avec le brouillard si célèbre et si fréquent de la grande ville.

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