II. — BALMORAL CASTLE
Sur les bords de la Dee. — Magnifique panorama. — La vie dans les montagnes. — Idylles et jours tragiques. — La dépêche du Zululand. — Au milieu de ses souvenirs.
Buckingham et Windsor sont les palais dorés où la reine esl prisonnière d<i la Constitution; Osborne et Balmoral, ce sont les homes, c'est-à-dire les lieux où elle vit, où elle aime, où elle est elle-même, où elle vient chercher la force de jouer l'autre personnage qu'elle représente. Osborne el Balmoral sont dans <\(^ sites recherchés pour la sanlé de l'époux, découverts par lui; les plans des deux châteaux sont sortis de son cerveau*; il s'est ingénié à en faire des nids, on Ton respire à pleins poumons, dans l'in-
limité des personnes chères, sans contrainte, ma le décorum qui convienl à la dignité royale.
I lepuis leur mariage, la reine et le prince consorl s'étaient dit biensouvenl qu'il leur faudrait un home, où voir grandir leurs enfants au bon air el s'occuper de leur éducation, La santé du prince Albert était jug /. délicate el les
médecins estimaienl qu'elle profiterai! d'un séjour prolongé à la mer. Les prédécesseurs de Victoria avaient bien eu des résidences au bord de la hum-; mais aussitôt leur présence avait fait des plages de leur choix <\i^ lieux à la mode don! la grande vie, toujours à l'affût de distractions, venait aussitôt chasser le calme. Gomme le couple royal accompagnait le roi Louis-Philippe jusqu'à Portsmoùth, sir Robert Peel attira l'attention du prince sur Osborne.
A priori, l'idée d'un home en ce lieu lui sourit. Il se dit qu'en choisissant une ile, eût-elle 30 kilomètres sur 20, il aurait plus de chances de voir respecter son amour de la tranquillité. Le prince Albert alla donc faire un leur à l'île de Wight en 1845, dans le Soient, en vue do Portsmoùth, lo grand port militaire de l'Angleterre. Il y vil le manoir d'Eustache Mann, célèbre par les luttes de Charles contre sou Parlement. Avec son architecte Thomas
Cubitt, il eut vile fait de juger qu'il ne pourrait en tirer
aucun parti et qu'il faudrait édifier une résidence nouvelle sur se- ruines. Toutefois le magnifique parc, les allées grandioses formées d'arbres séculaires et descendant on peide douce vers la mer, l'immense panorama
dont la vue pourrait jouir par-di climat
tempéré, tout sédui il lo prince, qui fil l'acquisition du domaine, comprenant environ 5.t H N I mu
acre de terrain vaut \Q ares 467 ou 4.046 mètres carrés) permettant de faire une promenade de 10 milles à cheval ou en voilure sans sortir de sa propriété. Il lit raser le vieux manoir et édifier à sa place un château moderne de style italien, composé de deux étages et d'un rez-dechaussée, flanqué de deux tours carrées et recouvert de terrasses formant loit à .l'italienne et du haut desquelles la vue embrasse une étendue immense.
Le prince dessina l'aménagement intérieur du château, les jardins, les allées, en un mot il en fit une résidence aussi moderne que possible avec tout le confortable imaginable. A Osborne House, car on a trouvé le nom de château trop pompeux pour désigner un home de cette simplicité, rien n'y a été oublié pour le confort de la vie.
A l'intérieur, il se compose d'une suite de salons, d'une salle de billard, d'un cabinet du prince, d'une bibliothèque, d'un cabinet de la reine, d'une salle du Conseil pour le cas où la reine aurait à réunir ses ministres ou son Conseil privé, de vastes salons bien éclairés et bien aérés, d'une nursery spacieuse. Le jeune ménage était en bonne voie de famille et le père avait le devoir de se préoccuper de faire de la place à sa progéniture ; de prévoir le jour où ses enfants seraient grands, de leur réserver leurs appartements à eux et à leur famille dans la résidence qui devait dans sa pensée être et resterje home familial. Enfin il fallait songer au service d'honneur de la reine, quelque restreint qu'il fût et au nombreux personnel domestique.
Rien n'échappa au prévoyant architecte, qui s'occupa
de faire des serres à fleurs, à fruits, des ca\ écuries el remises e\ une ferme modèle, le tout avec beaucoup de goût el une relative simplicité. L'ameublement choisi par lui est confortable, mais dépourvu d'un luxe tapageur. Les œuvres d'art, peintures, sculpta eaux-fortes, gravures, pullulent à Osborne, Les dimensions des pièces sont suffisantes, mais conviennent à l'intimité.
Les fenêtres «les appartements de la reine ont vue sur la prairie et le parc; une jolie sculpture, \\\i bassin, un jet d'eau, un bouquet d'arbres avec, dans le fond, des allées en clair obscur ravissent le regard, en quelque sens qu'il perle.
Plus tard, en 1855, le prince Albert lit cadeau à entants d'un petit cottage suisse qu'il édifia à plus d'un mille du château. Les enfants en firent un véritable petit musée, Tous leurs jouets et bon nombre de ceux de leur mère lorsqu'elle était enfant, y ont été conserves avec soin. Il esl curieux de voir où les goûts de chacun le portait. Les petites princ avaient au rez-de-chaussée du cottage
toute une batterie de cuisine, avec laquelle elles s'initiaient à l'art des petits plats. Lien des fois, la table royale fut servie de mets préparés par elles et leurs parents s'en sont
le plus souvent régalés. Autour du cottage sonl encore dessinés neuf jardins. Le prince a voulu que chacun de ses enfants sûl manier la bêche et le râteau et pratiquer l'horticulture. Le dimanche, la reine et oux allaient
voir les pro is jardins el ceux qui axaient obtenu
do- résultats satisfaisants recevaient les félic leurs parent
Depuis la mort du prince Albert, Osborne House s augmentée d'une « Chambre Indienne », désignée sous le nom de Durban House, véritable salon indien où la reine d'Angleterre, devenue impératrice des Indes, reçoit solennellement les princes de l'Orient qui viennent lui
Phot. II. N. King.
Osborne-House.
rendre hommage et d'un hôpital pour les serviteurs de la Cour, lequel est contigu aux luxueuses écuries.
La reine va toujours passer l'hiver à Osborne, à cause du climat tempéré de la côte méridionale de l'Angleterre eu général et de File en particulier, où les arbres sont en fleurs en plein hiver. Elle y reste pour les fêtes de Noël
LA REINE VICT( »lîl.\ IXTIM1
que tous ses enfants el petits-enfants ont coutume de venir célébrer avec elle. On y mange le plum-pudding traditionnel et on y rôtil L'aloyau de bœuf, dont une partie est expédiée aux gens de Windsor et une autre à ceux de Balmoral. Un immense arbre de Noël esl toujours dres à celte occasion dans l'ancienne nursery des princes et princesses royales et chaque petit-enfant ou arrière-petitenfanl y trouve attaché un souvenir de la reine. Ceux qui ne peuvent être présents a cette fête de famille ont l'habitude d'écrire. A cette occasion, Victoria reçoit des ('ours étrangères ^\c> pâtés de venaison avec des dédicaces de toute sorte. Aussi pendant toutes les têtes de Noël est-ce un va-et-vient continuel de Gosport à East Cowes et lés équipages des deux yachts qui font le service de la peint travers le Soient, entre la cote et l'île, ont-ils de quoi s'occuper.
La reine ne quitte Osborne que pour l'époque des têtes de Pâques, où elle a l'habitude de venir demander au soleil du midi de la France, ou d'Italie, un peu de la chaleur de ses rayons. Les médecins lui conseillent de quitter le climat de l'Angleterre, particulièrement humide à cette époque de l'année.
Osborne Ilouse s'est partagé avec Balmoral la plus grande partie de la vie de la reine Victoria. G'esl là que la souveraine a pu s'occuper avec le prince Alberl de l'éducation de leurs nombreux enfants. C'est là, dan- le cercle des intimes, qu urtout révélée la simplicité
de ses <j;nù[< el la mode pirations
a l'isolement de l'île de Wight, la reine a dérober
aux exigences de sa situation élevi
lio LA REINE VICTORIA INTIME
qu'elle a pu consacrer aux joies intimes <l<i la vie familiale et, en cela surtout, elle a fait œuvre de reine cl donné à son peuple un salutaire exemple. Elle a remis en honneur le foyer anglais, le home paternel et a resserré du même coup les liens de la famille; elle a été un exemple de vertus domestiques pour toutes les femmes. Par la simplicité de sa mise, elle a enrayé à temps un goût immodéré de la toilette, qui s'était emparé de son sexe, el c'esl à elle que l'Angleterre doit surtout la rigide sobriété dn costume de ville féminin.
Autrefois, la reine se rendait, pour accomplir ses devoirs religieux, à la petite église de Whippingham ; aujourd'hui elle assiste aux offices dans la chapelle privée du château.
( )n ne la voit en voiture de demi-gala que la semaine dos régates.
Sa garde d'honneur se compose à Osborne d'un détachement du régiment caserne à Parkhurst, lequel reste à East Cowes; de plus, un cuirassé reste à l'ancre dans le Solenl pendant tout son séjour.
Balmoral, l'autre home de la reine Victoria et son home favori, est situé dans la vallée de la Dee, dans les highlands du comté d'Àlberdeen, dont lord Byron nous décrit, clans ses heures de paresse, Hours of Idleness, la scénique grandeur. Ces montagnes, contreforts de la chaîne des Grampians, comprennehl trois des plus hauts sommets de la Grande-Bretagne : Ben Muich Dhui, Braeriach et Cairntoul. La Dee est une rivière dont la
LA REINE \ [CT0R1 \ INTIME lil
source remonte à ces hautes cîmes el donl les eaux de cristal sont formées de la fonte des neiges perpétuelles qui les couronnent. D'abord' étroite, la vallée de la Dee va s'élargissant jusqu'à Aberdeen, lieu où elle se jette dans la mer du Nord. Le château de Balmoral est situé sur la rivière à la borne miliaire n° 50 venant d' Aberdeen el à mi-chemin entre Aberdeen et Braemer, renommé par son sanatorium. Autrefois on y venait par la mer jusqu'à Aberdeen el de là par relais. Aujourd'hui on y vienl par le chemin de ferjusqu'à Ballater, station située à S milles du château.
La santé du prince Alberl paraissant toujours délicate, son médecin, le docteur sir James Black, lui avail conseillé d'aller passer quelques semaines en Ecosse. L'air fortifiant des montagnes lui ferait du bien, disait-il. Le prince Albert, qui se souvenail <\c> joies que lui avaient procun
visite- en É en 184^ et 1844 en compagnie delà
reine, et *\c< lionnes journées qu'il avait passées dans
('paisses forêts a eliasser le sanglier et le daim el les
enchantements de la reine a la vue de ces paysages sauvages, consulta le duc d' Aberdeen, qui lui donna le conseil de louer Balmoral. Le prince le loua donc en aoûl 1848 et il fut décidé que la famille royale irait y passer l'automne.
La reine a consigné dans ses Mémoires les moindres péripéties de sa vie dans les montagnes d'Ecosse. Voici quell première impression de Balmoral :
« Nous arrivons à Balmoral a trois heures moii quart. C'est un 1res joli petit château, orné d'une tour pittoresque el bâti dans le vieux style é< Devanl
le château .-'étend un jardin au bout duquel
la pente d'une haute colline boisée ; derrière le château, le sol tout boisé descend en pente douce vers la Dec; de toutes parts, i\i>> collines bornent l'horizon.
« Le château se compose d'un petit hall avec une salle de billard -, à côté de celle-ci, la salle à manger. Au premier, auquel on monte par un large escalier, on entre à droite dans un salon qui se trouve au-dessus de la salle à manger, belle pièce contiguè à notre chambre à coucher, dans laquelle s'ouvre un cabinet de toilette qu'Albert s'est réservé. De l'autre côté de l'escalier, en descendant trois marches, on entre dans les trois chambres des enfants et de Miss Hildyard. Les dames vivent en bas et les gentlemen en haut.
« Nous lunchons en arrivant et à quatre heures et demie nous sortons pour la promenade. Par un gentil petit sentier tortueux, nous gravissons à pied la colline sur laquelle ont vue nos fenêtres. Nous y trouvons un cairn (1). Du haut de cette colline, la vue par-dessus la maison est charmante. A l'ouest notre vue s'étend sur les collines qui entourent Loch-na-Gar, et à droite, dans la direction de Ballater, elle embrasse la vallée au milieu de laquelle serpente la Dee avec ses jolies collines boisées, qui nous rappellent si bien la foret de Thuringe (2). Quel calme, quelle solitude, comme cette vue fait du bien, et comme l'air pur des montagnes vous rafraîchit ! Tout semble respirer la liberté et la paix et vous fait oublier le monde et ses tristes tracas.
Sorte de petite pyramide élevée en souvenir d'une personne ou d'un événement de sa vin.
: Forêl de 8ax@;
« Le site est sauvage, sans être désolé; tout y paraît plus prospère el mieux cultive'1 qu'à Laggan. Le sol est délicieusement sec. Nous descendons ensuite le Ion-- de la rivière, qui est tout près derrière la maison : la vue collines dans la direction d'Invercauld est extrêmement belle.
« Quand je suis de retour à six heures et demie, Albert sort pour essayer sa chance sur quelques sangliers qui se tiennent tout près dans les bois; mais il n'est pas heureux. Le soir, ces sangliers s'approchent très près de la maison. »
Kn 1852, après trois saisons passées à Balmoral, le prince Albert se rendit, pour la somme de 31.500 li\ sterling, propriétaire du domaine, (pie la reine arrondissait encore, en 1878, en faisant l'acquisition de la forêt de Ballochbuie, bois de pin situé dans le voisinage de Balmoral. La propriété actuelle contient 40.000 acres cl elle s'étend sur une demi-douzaine de milles le long de la rivière. Elle comprend une portion de Loch-na-Gar.
Le nouveau château, œuvre de l'architecte William Siniili,irAl)er(leen,aidedu prince Albert, date de 1853-1855* Chaque année, une portion du château s'ajoutait aux précédentes, de sorte que la famille royale a pu jouir de son home écossais sans interruption. Sa tour massive a 100 pieds, soit plus de 30 mètres de haut. On l'aperç de très loin à la ronde. Le château esl construit en granit
très dur, ce qui n'est guère favorable à rornementati< Sa façade ouesl esl ornée de bas-reliefs de marbre repi sentant saint André, patron de L'Éc le Dragon : saint Hubert el le Daim. Les arm
Ml LA REINE YirroniA INTIME
sont sculptées au-dessus de la porte d'entrée principale. La simplicité de l'aménagement intérieur: du château répond à la sévérité de son aspect extérieur. Dus têtes de sangliers et de daims, rappelant chacune une journée mèmorable passée à la chasse en compagnie d'un personnage couronné, décorent le vestibule d'entrée, dont le principal ornement est une statue en bronze grandeur naturelle, de Malcolm Ganmore. Des bustes en marbre de la reine, du duc d'Albahy, du grand-duc de Hesse, de. l'empereur Frédéric d'Allemagne, ses iils cl gendres défunts. Dans le long corridor qui dessert toutes les pièces du château, à coté de fort belles sculptures et statues de marbre, on peut voir la statue grandeur nature du prince consort, reproduction de celle qui est élevée dans le jardin. Les diverses pièces ne méritent aucune mention spéciale, à part la salle de bal, dont les dimensions et la décoration révèlent un intérieur royal. Elle est décorée de. trophées écossais et est éclairée par de fort beaux candélabres. Les appartements privés de la reine sont au premier étage audessus du salon; ils ont vue sur les jardins à l'ouest du château.
Gomme à Osborne, la reine a cherché à s'isoler du monde. La station de Ballater ne dessert guère que son château et elle s'est arrangée pour qu'aucune station, même celle-là, ne fut à proximité. Elle a enclavé dans sa propriété un certain nombre de routes, qui sont devenues chemins privés, de sorte que personne ne peut venir troubler sa solitude;
G'esl ici surtout que la reine Victoria a vécu selon ses goûts, qu'elle a été l'épouse du prince Albert et la mère
LA REINE \ ICTORIA [NTIME 147
de ses enfants. Du matin au soir, en deh quelques
heures données aux affaires publiques, car les papiers d'Etat lui parviennent la chaque jour, elle a pu se livrer à ses occupations favorites. Lorsqu'elle u'est pas en promenade, ou en visite chez les paysans ou elle se rend seule, sans escorte, en bonne bourgeoise, on la voit, le crayon ou le pinceau à la main, en train de prendre un croquis ou de laver une aquarelle. Elle adore les cornemuses el elle a ses artistes écossais qui la régalent de leurs airs mélancoliques le matin à son lever, pendant ses repas et aussi Je soir. Elle aime les danses d>> ghillies, montagnards écossais, auxquelles elle prend souvent part, à la lueur des torches de résine. Lorsque les membres de la famille royale sont au château el que l'on fête soit l'anniversaire de la reine, soit tout autre événement heureux, elle donne l'ordre dé danser. Alors il n'y a plus do rang, les princes font vis-a-vis aux servantes du palais et les prij 3 aux domestiques; les hommes portent
tous le costume écossais, le jupon et le plaid et la petite
quette ;i rubans pendants.
Elle a le plus grand goût pour la vie rustique di régions, la franchise et le loyalisme de ses Ecossai la voit dans ses jeunes années courre le daim a cheval et gravir les collines les plus escarpées; on la rencontra toutes les routes, en voiture, a cheval ou à pied, quelque- • nie; on la voit entrer dans les plus humbles chaumières porter i\c< vêtements de laine tricot] mains ou quelques secoun -mi argent ; visiter les mal
«pi.- la mort a frap] rendre ;
baptêmes, accepter le verre <\<' whisky national et trinquer
148 LA lîEINK VICTORIA INTIME
avec 1rs derniers de ses paysans ; visiter les châteaux voisins, y accepter l'hospitalité la plus simple et la plus cordiale; encourager l'élevage du bétail; assister aux offices dans Uni m hic église du village de Crathie ; recevoir la communion avec les paysans; foncier des écoles sur ses domaines, réparer les chaumières des pauvres; assister à l'érection de cairns commémoratifs, prendre part aux danses aux flambeaux qui en célèbrent l'achèvement.
L'amour de la reine pour Balmoral ne fait que se fortifier d'année en année. Le 28 septembre 1853, elle assiste avec tous les siens à la pose de la première pierre du nouveau château; le 7 septembre 1855, elle en prend possession et écrit :
« A sept heures un quart, nous arrivons à noire cher BalmoraL Gela me parait étrange de passer en voiture sur l'emplacement d'une partie de l'ancien manoir. La nouvelle résidence parait magnifique. La tour et les chambres ne sont qu'à demi terminées. Les communs ne sont pas encore bâtis. Les gentlemen, à l'exception du ministre de service, s'installent dans l'ancienne maison, ainsi que les domestiques. On jette un vieux soulier derrière nous, au moment où nous pénétrons dans le nouveau bâtiment; c'est la coutume qui doit nous porter bonheur. La maison est charmante, les pièces délicieuses, l'ameublement et les papiers de tenture sont la perfection même. »
Deux jours après, des dépêches apportent une bonne nouvelle au château à peine inauguré. Elles viennent de lord Cdarendon et de lord Granville: la première annonce <|u<' le maréchal Lellissier rapporte la destruction de la
LA REINE \ l< TORIA INTIME
iïotte russe; la seconde, que Sébastopol es1 tombée aux mains des alliés. La joie éclate au château. Le prince Alhert donne l'ordre d'allumer un grand feu de joie. On boit le whisky.
Le 29 septembre, le prince Frédéric de Prusse», en visite au château, demande la main de Wickie, la fille aînée delà reine, qui doit donner le jour à Guillaume II. Le prince sait que la bruyère blanche est l'emblème du bonheur. Il en cueille un brin el le présente à la prie en lui faisant part de ses espérances.
Le 30 août 1856, en revenant au château, la reine le trouve achevé. Klle est émerveillée de l'ensemble. Le 13 octobre de la même année, elle écrit dans son journal: 1 lhaque année, mon cœur s'attache davantage à ce cher paradis, et d'autant plus que tout ici est l'œuvre de mon Alhert hien-ahné, comme a Osborne. »
Toute une vie de honhenr s'écoule dans ces parages. Le 21 août 1862, la reine, devenue veuve, revient à Balmoral, [tour la première fois sans celui qu'elle adorait. Son premier soin esl d'élever un cairn a sa mémoire. Elle écrit ce jour-la :
A onze heures, nous parlons tous pour Graig Lowrigan. La vue est très belle el le jour très brillant. La bruyère esl violette; mais, hélas! je ne pins de
plaisir ni de joie ! Tout est mort pour moi ! Voici au met de la colline les fondations du cairn qui aura 12 pieds el d'où l'image de mou précieux Alberl dominera toute la vallée, six de mes orphelins et moi pi lacun
notre | pu porte nos initiale- gravées : nous p<
ois plus jeune- absents. Je me sens tout
ébranlée el nerveuse. Le monument aura 35 pieds de hauteur el on y lira L'inscription suivante: