‹ La reine Victoria intimeChapitre 4 sur 9 · LE 21 AOUT · texte numérisé non relu

LE 21 AOUT

Etant partait, il a pu accomplir sa destinée en peu de temps. Son âme plut au Seigneur Qui le rappela à lui Du monde des méchants.

Sagesse de Salomon, iv, 13, 14.

« Je rentre très fatiguée de ce pèlerinage à travers In hruyère et par de mauvaises routes. »

Les années suivantes, elle inaugure les statues de son époux à Aberdeen et à Balmoral.

Le 8 octobre 1870, Victoria célèbre à Balmoral les fiançailles de sa fille, la princesse Louise, avec le marquis de Lorne.

Le 19 juin 1871), un mois après l'érection du cairn à la mémoire de sa fille la princesse Alice, grande-duchesse de Hesse, elle apprend à Balmoral la mort du prince impérial Napoléon IV. Elle écrit ce jour-là:

« A onze heures moins vingt, Brown frappe et dit en entranl qu'il apporte de mauvaises nouvelles. Tout alarmée, je lui demande de qui il s'agit: « Le jeune prince français a été tué », me répond-il, et, comme je ne comprenais rien à ce qu'il me disait, Béatrice entre

avec le télégramme à la main et s'écrie : « Le prince b rial vient d'être tué au ZouloulandJ » Un frémissement d'horreur me parcourt au moment où j'écris ces lign

. « Je me prends la tête dans les mains: « Non, non, impossible ! » Béatrice pleure à chaudes larmes. Je prends connaissance du télégramme.

« Pauvre, pauvre impératrice! Son fils unique parti! (Juel malheur! Je suis dans la plus grande détresse. »

La reine sq couche lard ce jour-là et ne peut fermer l'œil de la nuit. Le lendemain, elle commence son journal par ces mots :

« Passé une très mauvaise nuit, sans pouvoir goûter le moindre sommeil, hantée par l'horrible nouvelle et ayant des Zoulous devant les yeux. Ma pensée n'a pas Quitté la pauvre impératrice Eugénie, qui ne connaît pas encore son malheur. Il y a aujourd'hui quarante-deux ans que je suis montée sur le trône, mais je ne pense qu'au triste événement! •

Balmoral a aussi assistée des événements heureux, les lunes de miel des duc et duchesse de Connaught, dr^ duc et duchesse d'Albany, des prince el princesse Henry de Battenberg. La fille et le fils de ces derniers, la prim Eva el le prince Donald sonl nés au château en lSNT

et 1891.

La reine n'a jamais manqué de venir deux fois par an er quelque temps dans son home écossais. Ku mai el juin, elle y passe quelques semaines, au cours desquelles elle célèbre toujours son anniversaire de aaissanc • ilo \ i au milieu d'aoûl poury séjourner jusqu'au

milieu de novembre, On devine que sa vie y est quelque

peu changée, rnainténahl que l'âge lui interdit les longues chevauchées et les excursions de plusieurs jours en voiture. Elle n'en vit que plus intimement au milieu fle Ions les souvenirs que lui rappellent, à chaque pas, un arbre planté, un cairn, une croix commémorative, une inscription. Mlle n'y esl gardée que par un seul policeman, qui circule dans les jardins autour de la maison pour détourner les curieux ou les reporters qui ne manqueraienl pas de s'introduire chez la reine. Malgré tout, elle parle toujours de Balmoral comme d'un Eden, où elle puise en quelques semaines la force de vivre ailleurs le reste de l'année."

Le prince Albert.

La reine Victoria épouse.

Épouse et camarade. — Attentions el prévenances-, — En vedelte. — Le titro

de roi consort. — Dans le lac. — Dorlottéc. — Tout meurt avec lui. — Convois, statues, momorials. - Dernier portrait.

Victoria fui nue épouse modèle, comme le prince Albert fut un époux idéal. Se rendant parfaitement compte de la fausseté de sa position, il n'a jamais cherché qu'à rendre service à la reine et à faire en sorte que son règne fûl aussi glorieux que possible.

La reine Lui a prodigué durant toute sa vie tous les trésors d'affection el c'est surtout son amour pour l'époux de son choix qui lui a donné la force d'accomplir sa destinée.

Dès le débul de son mariage, elle aurail voulu faire conférerai] prince Albert, par acte du Parlement, le titre de roi consort. Elle s'ouvril do ce projet au roi Léopold el au baron Stockmar, qui tous doux furenl d'avis qu'il fallail attendre que le prince eûl acquis des droits sérieux

à la confiance de la nation. Elle patienta et, en 1845, lorsque le prince se fui acquitté avec éclat du rôle de directeur des Beaux-Arts qui lui avait été confié par le Conseil i\^> ministres et qu'il eût aux yeux de tous donné la mesure de ses hautes capacités el de la solidité de son jugement, elle vint à la rescousse; mais cette fois encore, le baron Stockmar fut d'avis que ce serait éveiller les susceptibilités de la nation que de donner à un étranger le titre de roi d'Angleterre. Sir Hubert Peel et le duc d'Aberdeen furent du même avis; le premier prit même les devants el s'arrangea pour être interpellé à ce sujet à la Chambre des communes, afin de faire cesser les bruits qui couraient d'un si grand changement à la Constitution.

La reine, en poursuivant son but, n'avait en vue que de conférer à son époux une dignité qui cadrât mieux avec la haute idée qu'elle en avait. Elle prit bravement son parti de son échec et s'attacha à régner autant que possible selon les idées du prince Albert. En toute chose elle lui demandait conseil et ce n'est qu'après avoir eu ses avis qu'elle agissait.

C'est le souci de la santé de ce précieux compagnon qui lui lit acheter successivement Osborne et Balmoral, en même temps que le désir de goûter avec lui un genre de vie plus en rapport avec ses goûts et dans lequel disparût la différence de leurs situations.

Le prince Albert aimait les enfants : elle voulut lui donner une nombreuse progéniture et s'appliqua de son mieux à concilier ses devoirs d'épouse et de reine.

Lu tout elle adopta ses goûts; les plaisirs favoris de son époux devenaient aussitôt les siens; elle ne voyait que

LA REINE \ l« TORIA INTIME

par ses yeux et n'était jamais si heureuse que quand leurs idées se rencontraient sur un sujet quelconque.

Plusieurs fois le prince fut l'objet des attaques do la presse. La reine s'en montra très affectée et s'efforça de les lui faire oublier. Chaque fois qu'elle put le metti vedette aux yeux du pays, elle n'en laissa point échapper l'occasion. Elle lui sut gré de s'instruire dans les lois de l'Angleterre et de se faire recevoir docteur de L'Université d'Oxford. Elle le vit avec plaisir prendre en mains l'organisation de L'exposition de 1851, qui donna un si grand essor à l'industrie nationale Elle le pressa d'accepter le titre de chancelier de l'Université de Cambridge, Lorsque cet honneur lui fut offert et elle visita L'Université pour lui donner l'occasion d'exercer ses prérogaliw souhaitant la bienvenue à sa souveraine.

Elle sut apprécier la besogne écrasante et ingrate à laquelle il se condamna en lui servant de secrétaire particulier, avant le général sir Henry Ponsonby el sir Bigge. Elle lui fut surtout reconnaissante de se dévouer au bien extérieur et intérieur du Royaume-Uni.

Toutes les lettres de Victoria sonl pleines d'admiration el d'amour pour son époux; ses mémoires sont remplisde lui et, dopuis sa mort, la mémoire du cher défunt est i ciée à ses moindres souvenirs.

Elle constate avec plaisir qu'il produit une excellente

impression sur ion- ses ministres, quoique do partis oppo-

ouverains étrangers qui vi.ennenl a La Cour el

sur l'aristocratie. Elle dissipe d'avance les préventions

jeux qui l'approchent pour la premi préjugés de la foule. Lorsque la haine des partis -omble

remporter et essaye de jeter la suspicion sur lui, elle le défend alors énergiquement et le couvre de sou autorité.

Sans la reine, le prince Albert n'eût sans doute eu à la Cour de Saint-James que le rôle effacé de l'époux de la reine Anne; grâce à elle, il est au contraire considéré par tous comme le premier personnage après la reine et comme son mentor en toutes choses.

La veille du baptême de la princesse royale, devenue l'impératrice Frédéric, le prince en patinant sur le lac de Buckingham Palace tombe dans l'eau glacée. Tous poussent des cris et courent chercher des cordes, des échelles; la reine se précipite sur la glace au risque de la sentir se dérober sous elle et lui porte un prompt secours.

Dans ses excursions à travers les Highlands, elle est heureuse du charme que son époux exerce sur tous ceux qui l'approchent et des hommages sincères qui lui sont rendus par ses fidèles écossais.

S'il doit la quitter, ne fût-ce que pour quelques jours, elle en a du chagrin et ses mémoires attestent qu'elle compte les jours qui la séparent de son retour. Dans ses jeunes années elle partage ses plaisirs, fait de longues et fatigantes chevauchées à travers les pics montagneux, chasse le daim dans les forets qui lui rappellent celle de Thuringe. A sa fête et à l'anniversaire de sa naissance, elle s'ingénie à lui faire plaisir et lui prépare des fêles qui lui rappellent son pays natal.

Dans ses couches, elle veut toujours l'avoir auprès d'elle pour la soutenir de sa présence et elle ne veut être soignée que par lui.

Lorsqu'il dresse le plan de ses homes dans l'île de Wight

et en I dlo tienl à ce que les pièces où ils

vivre intimement ne soient point trop grandes, afin d'être

plus près de lui.

En mi mot, c'est la femme aimante, prévenante, attentionnée, toujours prêle à embellir la vie de sou époux et à lui faire oublier l'amertume d'une position inférieure.

Aussi conçoit-on que la disparition presque subite d'un être aussi cher ait comme foudroyé la reine. Jusqu3 dernière heure, elle n'a voulu croire qu'à une indisposition passagère, à tel point qu'elle était à faire sa promenade habituelle en voiture dans le parc de Windsor quand le malheur arriva et qu'elle ne comprit rien lorsqu'on lui apprit l'épouvantable nouvelle.

« Tout meurt avec lui », s'écria-t-elle , et, en effet, depuis ce jour, Victoria n'a plus été que reine et reine désolée. Depuis elle a promené son ennui de Windsor à Osborne et d'Osborne à Bàlmoral, avec la régularité d'un automate quiaccomplil une fonction prescrite passivement, jusqu'à la mort.

Les malheurs peuvent l'accabler désormais, elle les reçoit comme s'ils étaient depuis longtemps attendus, avec une philosophie qui confine à l'inconscience.

Elle (dovo des cairns, des statues, dés memorials à son compagnon défunl et elle passe chacune dé ses fêtes dans le plus grand recueillement etdans le culte de sa mémoire, aux lieux où il avait coutume de se trouver à la même époque ^\^ l'année. Los témoins actuels de ces hommages muets sont tentés de croire que le deuil de la reine aedata que d'un an et cependant il y a quarante ans que la reine pleure son époux.

Le deuil de la reine n'a jamais cessé qu'aux,jours de> mariage el de baptême dans la famille. Encore dans ces circonstances n'oublie-t-on jamais le cher de la famille parti.

Ne pouvant laisser sa dépouille dans les caveaux de la chapelle Saint-George, au château do Windsor, à côté de celles des rois ses aïeux, la reine lui a pieusement élevé un mausolée dans sa propriété de Frogmore et c'est là qu'à chaque anniversaire elle se rend fidèlement avec une de ses filles ou quelque dame d'honneur. Elle a soin d'emporter la clé et on est toujours douloureusement saisi en la voyanl pénétrer dans le sanctuaire devenu le tombeau de son amour et rester là les yeux fixés sur l'image sympathique de son Albert, fixée si exactement et avec tant de vie par le ciseau d'un grand artiste.

C'est à la mémoire du prince Albert que la reine a dédié la première partie de ses mémoires; la seconde partie, qui embrasse tous ses souvenirs de veuve, est également pleine de lui.

Afin que l'histoire du prince consort fût aussi exacte que possible, elle a voulu en charger un des plus grands historiens de sou temps et lui a demandé de revoir ses manuscrits et de lui permettre toutes les observations dans l'intérêl do la vérité. Sir Théodore Martin, dans la vie du prince consort, a surtout elé le collaborateur de la veuve dévouée de sou héros. 11 n'est pas un trait de son beau caractère qu'elle ail laisse'; dans l'ombre et pas un acte de dévouement à sa couronne et à son pays qu'elle n'ait tenu à y consigner. «Je veux, écrivait-elle à l'historien, que mon cher peuple puisse apprécier par lui-même toute

!..\ REINE \l< rORIA IM'IMK 161

l'importance de la perte que j'ai faite, que le pays ei que le monde entier a faite en lui ».

Ces parole- en disenl long dans la bouche de celle donl John Brighl a dit : « G'esl la femme la plus sincère qu'il soit possible de rencontrer ».

Le dernier portrait du prince Albert se trouve dans le tableau de Thomas, représentant le roi et la reine au camp d'Aldershot, en 1859.

La reine Victoria mère.

Les neuf enfants de la reine. — Leurs aptitudes diverses. — Tête d'homme et cœur de femme. — Le sang anglais de Guillaume IL — Le charpentier et le ménétrier do la Cour. — La future belle-mère de Nicolas II de Russie. — Bois-sec. — L'élève de Mrs Thornicroft. — Le tambour orageux. — Le prince savant. — La petite vieille. — Principes d'éducation.

— L'appréciation d'un attaché à Osbornc. — Les sports. — Mère éclairée.

— Le sacrifice de Benjamin.

Victoria eut, de son mariage avec le prince Albert, neuf enfants, fécondité rare chez une reine. Le premier fut une fille qui naquit à Windsor le 21 novembre 1840, un peu plus de neuf mois après le mariage de ses parents, et fut baptisée à Buckingham Palace sous les noms de Victoria- Adélaïde-Marie- Louise. Gomme le prince Albert félicitait la reine sur son heureuse délivrance :

— Êtes-vous content de moi? lui demanda-t-elle toute fière de l'avoir fait père.

— Oui, mais je crains que la nation n'éprouve un désappointement à la nouvelle que ce n'est pas un garçon.

— Le prochain sera un garçon, je vous le promets, répondit la reine.

La princesse royale se montra de lionne heure admirablement douée. Son père avait coutume do dire en parlant d'elle : « Elle a une tête d'homme et un cœur de femme ». C'est elle qui épousa le prince Frédéric de Prusse, Fritz, comme son futur peuple l'appelait, alors qu'il n'était pas encore crown prince. On se faisait, à l'époque de son mariage, une faible idée des princes allemands. Les journaux de l'époque, croyant flatter la famille royale, promettaient, dans leurs horoscopes, un avenir brillant au jeune époux de la princesse, s'il prenait du service dans l'armée russe! On sait qu'il devint l'empereur allemand Frédéric III, «le noble et pacifique mémoire, dont le lils aine est Guillaume II, l'empereur actuel, qui ne parait pas être très lier d'être le lils d'une princesse anglaise. On raconte (pie sï'tant un jour heurte dans une manœuvre, il saigna abondamment du nez. Comme l'officier qui était cause de l'accident s'en excusait a lui : « Je vous remercie, au contraire, lui dit Guillaume, de me faire perdre ce qui me e de sang anglais dans les veines ». On sait quelle a ete l'animosité du prince de Bismarck pour la princesse Frédéric, du vivant de < îuillaume 1"'.

Victoria avait promis un lils à son ('-poux. Le 11 novembre 18Ï1, c'est-à-dire moins d'un an plus lard, elle

tenait sa promesse, en donnant le joui- au prince Albert- Edward, événement que la nation célébrait avec enthousiasme. Le î décembre, la peine créait son lils prii

Galles cl comte de Chester. Il bordait en même ten.

son père I-- titrés de due de Saxe, et de sa i

duc de Gornouailles, t]\\c de Rothesay, comte de Carrick, baron de Renfrew, lord des [les et grand intendant d'Ecosse.

Adélaïde-Marie-Lotiise, fille aînée de la Reine, Impératrice Frédéric.

Le baptême cul lieu en grande pompe le 25 janvier de l'année suivante, dans la chapelle Saint-Georges, du château de Windsor. La reine avait fait demander de

l'eau du Jourdain pour cette cérémonie que présidait l'archevêque de Gantorbéry. Le parrain étail Frédéric-Guillaume [V, roi de Prusse, en sa qualité de maître «lu

Alice-Maud-Mary, deuxième fille de la H

royaume prolestanl l<i plus puissan! du continenl ; la marraine, la du >bourg, étail représentée I""" Ifl duchesse <l<' Kent, grand-mère du petil princ

Ses premières années s'écoulèrent à Osborne et à Richmond Park, où, en dehors de ses leçons, il s'adonnait au métier de charpentier. Après ses éludes aux Universités de Cambridge et d'Oxford et une visite aux Etats-Unis et en Orient, il épousait, on 1863, la princesse Alexandra, fille du roi Christian IX de Danemark.

Le troisième enfant de la reine et du prince Albert est la princesse Alice-Maud-Mary, née le 25 avril 1843, qui épousa, à l'âge de dix-neuf ans, le grand-duc de Hesse. Elle mourut de la diphtérie le 14 décembre 1878, laissant sept enfants, dont une est aujourd'hui la femme de Nicolas II, empereur de toutes les Russies.

Le quatrième est le prince Alfrcd-Alexandrc-Guillaume- Ernest- Albert, duc d'Edimbourg, né le 6 août 1844. Destiné à la marine, il y entra à l'âge de quatorze ans; mais étant héritier de son oncle le duc de Saxe-Cobourg et Gotha, il acheva ses études en Allemagne. Son amour pour le violon, sur lequel il est de première force, l'avait fait surnommer par son père, dans ses jeunes années, le « ménétrier de la Cour ».

Il refusa le trône de Grèce à l'âge de dix-huit ans. Il a la réputation d'être grand buveur et fort avare. En Angleterre il n'est pas très populaire. A l'âge de trente ans, il épousa à Saint-Pétersbourg la princesse Marie-Alexandrovna, fils d'Alexandre II de Russie. Il avait le grade d'amiral de la flotte anglaise, lorsque la mort de son oncle Ernest, en 1893, le fit duc de Saxe-Cobourg et Gotha. Une de ses filles est reine de Roumanie, célèbre dans le monde littéraire sous le pseudonyme de Carmen Sylva.

La princesse Hélène-Augusta-Victoria est le cinquième

enfant de la reine. Elle naquit le 2o mai 1846. Elle épousa à vingt ans lu prince Frédéric-Christian de Schle Holstein. Elle pèse aujourd'hui ses lot) kili se [>< >ur

être cancanière, mais aussi très charitable.

C'est la princesse Louise-Garoline-Alberta qui occupe le sixième rang dans la longue liste de la progéniture royale. Elle est née le 18 mars 1848. C'est une nature romanesque qui a donné de sérieuses craintes à sa famille. Douée merveilleusement au point de vue de l'art, clic est devenue un sculpteur accompli, grâce aux leçons de Mrs. Thornicroft. La statue de la reine qui orne aujourd'hui les jardins do Kensington est son œuvre. Elle eut avec un clergyman une intrigue, qui n'eut pas les suites que l'on redoutait. Kilo épousa, en 1871, le marquis Jean de Lomé, duc d'Argyll. Celui-ci passe pour un homme d'un très beau caractère et de grande valeur. La duchés sa femme est, des filles de la reine, la seule jolie.

Le Lr mai 1850, la reine mit au monde son troisième iils et septième enfant, qui reçut au baptême les noms d'Arthur-William-Patrick-Albert. Son parrain lut le duc de Wellington. Le prince esl très lion musicien; il a un goût particulier pour le tambour, sur lequel il rend des orages merveilleux; Il s'esl destine de bonne heun l'armée. A l'âge de vingt-trois ans, la reine le créa duc de Conaaught et de Strathearn. C'est a lui que reviendra quelque jour le bâton do généralissime de l'armée anglaise. Il épousa en 1879 la princes e Loui Marguerite, Rlle cadette du prince Frédéric-t lharles >\r Pru

Le quatrième fils el huitième enfant fut le prince I Dold-Georcfe-Duncan-AiberL né en avril I dile

de saule, Le jeune prince ne prit de goûL qu'à l'étude et fit de brillantes études à Oxford. En 1881, la reine le créa duc d'Albany. Il épousa en 1882 la princesse Hélène de

Waldeck-Pyrmont qu'il laissa veuve et mère de deux enfants en mars. 1884.

Enfin le neuvième enfant de la reine fut une fille, la princesse Béatrice-Marie-Victoria-Féodora, née le 14 avril 1857. Bonne musicienne et bon peintre, la pauvre prin-

• q 'a jamais eu de jeunesse. Constamment aupn sa mère depuis son veuvage, elle a toujours eu l'air vieux, triste et découragé. En 1885, elle épousa l<i prince Henri

La princ idlleq au moment de boii mai lj

de Battenberg, la reine ayant eu bien soin de stipuler dans 1<1 contrai < 1 1 1 < ' sa fille et son gendre vivraienl elle. Le prince est morl il y a quelques années <l«i La malaria, sur la côte occidentale d'Afrique, laissanl la prine veuve el mère de quatre enfants,

Le nombre des petits-enfanis et arrière-petits-enfants

de Victoria est énorme. Malgré leur nombre, elle les connaît tous de nom tout au moins et n'oublie jamais de leur donner de ses nouvelles à l'occasion de leur anniversaire de naissance ou de Noël.

Les enfants de la reine ont toujours été sa constante préoccupation, tant que leur éducation n'a pas été terminée. Elle a toujours surveillé elle-même leurs progrès et le cours de leurs études. A toute heure et partout, les précepteurs et gouvernantes étaient autorisés à entrer chez la reine, lorsqu'il s'agissait de ses enfants et elle s'est toujours montrée sévère vis-à-vis d'eux lorsque leur intérêt était en jeu.

Elle a voulu qu'ils parlassent toutes les langues européennes et connussent, les garçons du moins, les colonies de l'empire britannique. Son grand rêve était d'avoir un fils à la tête de l'armée et un autre à la tête de la marine anglaise. Il sera probablement à moitié réalisé par le duc de Gonnaught, qui passe pour un brillant officier et est très aimé de la nation ; quant à la marine, ce sera probablement le duc d'York, fils aîné du prince de Galles, depuis la mort du duc de Glarence et d'Avondale, qui recueillera plus tard l'héritage du duc d'Edimbourg dénationalisé.

La reine s'est toujours appliquée à faire naître entre tous ses enfants des sentiments d'affection et de dévouement inaltérables, et vis-à-vis d'elle et du prince Albert, la plus entière confiance. Elle écrivait en 1844 sur le cahier de communication entre les gouvernantes et elle : « Le principe qui doit dominer est que les enfants soient élevés

aussi simplement que possible, qu'on les lais lus

souvent avec leurs parents en dehors des heures d'étude, et qu'ils apprennent à mettre toute leur confiance en eux Elle y a en grande partie réussi. Dès leurs jeunes anné les princes et princesses jouaient en commun et organisaient à Osborne des petites fêtes en l'honneur de leurs parents.

I >ans ses mémoires, la princesse Alice, grande-duchesse de Hesse, raconte comment, à l'occasion de l'anniversaire de leur père, ils organisèrent entre eux une représentation de YAthnlic, de Racine, en français. La princesse Alice avait le rôle de Joad et celui de Josabeth ; la princesse Wicky remplissait le rôle d'Athalie ; Lenchen ou Hélène, celui d'Agar; Affie, le prince Alfred, celui de Joas, tandis que le prince de (miles s'était réservé celui d'Abner.

La représentation fut parfaite au dire de la reine et du prince et de tous les personnages de la Cour qui y assistèrent.

La reine est grande amie des sports : elle veut que le corps ail sa grande pari dans l'éducation et elle donne ellemême l'exemple «mi chevauchant par les montagnes chaque

fois qu'elle on trouve l'occasion. Ses entants sont habitués

<le bonne heure à la vie au grand air et aux exerci physiques. Tous 1rs princes et prin Fonl de la bicy-

clette, depuis le jour où elle rencontra une dame cycliste dans New pm-t Road, près d'Osborne; et rien n'am leur mère comme de le.- voir zigzaguer leurs premiè ils pratiquent le tennis, le hockey, le canota Elle voil ave.- plaisir les progrès de l'automobilisi souvient d'avoir été avec sa mère visiter son oncle le roi

George IV à la loge royale en voiture à vapeur. II y a encore à Windsor un vieillard qui est tout fier de raconter

qu'il l'a vue descendre de celle voilure sans chevaux.

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Le duc d'Edimbourg, deuxième fds de la Reine.

En matière religieuse, elle est protestante et veut que ses enfants le soient; mais elle ne veul pas arrêter son esprit aux subtilités d*^ différentes sectes. Elle tient avant tout à ce que ses enfants soient religieux dans leurs

actions, plutôt que dans les marques extérieures du culte.

Pour ses [ils, elle veul une éducation virile et, malgré

son grand regret il»1 se séparer d'eux, elle les envoie de

Le duc i tught, troisième fila de ta

bonne heure aux quatre points cardinaux, en bonne reine anglaise sur l'empire «le laquelle le soleil : iuche

jamai

|i Elle veut être la confidente de ses enfants et se montre heureuse chaque fois que ceux-ci lui font part de leurs ennuis; mais elle ne provoque jamais leurs confidences par des questions indiscrètes, voulant, en respectant leurs petits secrets, développer chez eux le sentiment de la personnalité.

En un mot,; Victoria est une mère éclairée, qui élève ses enfants pour eux-mêmes et en vue de leurs différentes destinées. Elle s'en est pourtant réservé une, la dernière, la pauvre princesse Béatrice qu'elle a sacrifiée en l'élevant pour elle-même, par crainte de la solitude dans l'Age avancé ; mais, du moins, elle s'est ingéniée à lui rendre le sacrifice aussi léger que possible et à la récompenser en tendresses maternelles des soins dévoués dont elle ne cesse d'être l'objet de sa part depuis de si nombreuses années. La princesse aura des mémoires bien intéressants à publier, si elle survit à la reine sa mère, car elle aura assisté aux moindres événements de la seconde moitié de son Ions:

La reine Victoria et ses domestiques.

L'attachement de la reine pour ses vieux serviteurs. — John Brown. — Sa brutale franchise, — Le caractère,. — La reine à L'enterrement du père de

Brown. — Brown la quitte. — La reine honore en lui le modèle des serviteurs.

Il est rare qu'entourée, comme elle l'est toujours, de membres de la famille royale, de gentlemen et de dames de la Cour, la reine ait personnellement affaire avec les domestiques. Lorsqu'elle est en promenade ou en villégiature à Balmoral, il arrive cependant qu'elle donne directement des ordres. Il faut qu'alors elle soit promptemenl et fidèlemenl obéie. Lorsque quelque chose ne lui parait pas naturel, elle prescrit ou fait elle-même une enquête et il faut qu'elle aille au fond des choses, car, lorsqu'elle a une fois donné sa confiance, elle a de la peine a la retirer et ne la retiré qu'en toute connaissance «le eau

Elle a toujours observé elle-même et e: i leurs.

Lorsqu'un domestique de sa maison devient vieux, elle lui fait donner une sinécure par le gouvernement ou le propose elle-même à la surveillance d'une de ses pro-

Le duc d'Albany, quatrième fils de la Reine.

priétés. Elle aime recevoir des nouvelles de ses anciennes femmes de chambre et est toujours heureuse lorsqu'elles la quittent pour se marier. Alors elle se fait tenir au cou-

pant des naissances et, si quelque jour, elle passe à proximité des villages où elles se sont retirées, elle ne dédaigne pas d'aller leur rendre une petite visite. À chaque nouveau né elle l'ait son petit cadeau.

lora. neuvième enfant de la Ri

Victoria esl douce aux humbles el pardonne toujours Elle ne 3e montre insensible que

lorsqu'on a trompé sa confiance ou qu'on lui a menti, Elle a toujours voulu avoir le choix de ses domestiques

et c'est à cola qu'elle doit d'avoir toujours été bien servie. Elle dit un jour au doyen Stanley : « Je suis de ceux qui

pensent que la perte d'un fidèle serviteur est la perle d'un

ami qu'on ne peut plus remplacer ».

De tous les domestiques qui l'ont approchée, aucun n'a eu autant de pouvoir que John Brown, un écossais qui, entré en 1849 comme ghillie au service du prince Albert, devint, en 1858, le domestique particulier de la reine hors de la maison.

C'était une de ces natures brusques dans leur franchise, ayant horreur du mensonge ; la reine trouvait toujours en lui l'expression de la vérité. Il lui avait sauvé la vie dans l'attentat du fou Daniel O'Gonnor et bien des fois, dans les highlands, l'avait tirée de mauvais pas. Après la mort du prince Albert, il l'avait défendue contre les importuns, contre l'indiscrétion de reporters qui avaient trouvé moyen de s'introduire dans les allées de ses parcs. Plus tard, les infirmités étant venues, il avait montré le plus grand dévouement.

Pou à peu Brown avait ainsi pris un certain ascendant sur l'esprit de la reine, à l'insu même de celle-ci. Les autres valets s'étaient vile aperçus qu'il fallait avant tout lui obéir et les seigneurs dé la cour avaient compris qu'ils devaient le traiter avec beaucoup de douceur et même avec une certaine déférence. Un seul était resté indépen^dant de John Brown, c'était Lohlein ; le valet de chambre du prince Albert.

Il vint un jour où la reine ne put plus se passer des service- de celui qui connaissait si bien toutes ses habitudes, savait satisfaire toutes ses manies et deviner jusqu'à ses caprices. Aussi de son côté lui passait-elle <los moments d'humeur.

Un jour, à Balmoral, elle eut la fantaisie <lo dessiner dans les jardins el demanda au premier valet qui vint à passer do lui apporter une lahle. Celui-ci revint avec une table trop haute : la peiné la renvoya. Le même valet revint avec une autre table trop petite : la reine n'en voulut point. Gomme le valet revenait sa table à la main, John Brown le rencontra :

— Qu'y a-t-il encore? demanda-t-il.

— La reine ne vont pas non plus de celle table ; l'autre était trop haute, celle-ci esl trop liasse.

John Brown saisit la laide, la porte à la reine et la posanl brusquement devant elle :

— Il tant savoir vous contenter de celle-ci, dil-il, on ne peul vous en fabriquer une autre sur l'heure. Il ne lanl pas demander l'impossible !

Un antre eût été immédiatement congédie La reine se contenta de rire en regardant John BroWn se fâcher.

De même que la reine a dédié le premier volume des

mémoires de sa vie dans les Highlands i à la chère mémoire de celui qui a rendu heureuse el sans nuage la vie de l'auteui à-dire ;i son époux le prince

Albert, do même elle en a dédié le second volumi John Brown.

< m Iii en effel sur la première

lsn LA REINE VICTORIA INTIME

a mes loyaux 1iighlanders

et spécialement

a La mémoire de

mon dévoué serviteur personnel et fidèle ami

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