Vichnovka , vin de ceriseS
5 . Smorodinovka , liqueur faite avec des groseilles ou du cassis.
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changel. Mais généralement ils sont beaucoup plus amateurs de l'eau-de-vie, dont ils sont de grands buveurs ; et , quoiqu'ils en aient de la plus forte qui soit, néanmoins ils ne laissent pas quelquefois d'y mêler un peu de poivre, de peur qu'elle ne perde sa force par les conduits. Ceux qui ont le moyen d'en boire ordinairement ne se mettent pas à table qu'ils n'en aient bu ; ils en boivent pendant le repas, et, pour aider la digestion, ils ne manquent pas d'en boire encore un coup sur la fm. Pour ce qui est du commun peuple, ils sont toujours prêts pour en boire, soit qu'ils soient déjà soûls ou non ; et ils y sont si fort adonnés qu'ils ne s'en passent guères que par contrainte. Il s'en fait une partie de blé ou de bière, et celle qui se fait du vin leur est la plupart transportée par la voie d'Archangel. Autrefois ils se servoient aussi du tabac, avec autant de passion et d'e.xcès qu'ils se servent maintenant de Peau de vie , jusqu'à ce qu'il fut rigoureusement défendu l'an 1634, à cause des divers abus qui se commettoient : car, outre que les pauvres gens, au lieu d'acheter du pain, dépensoient mal à propos leur argent en tabac , il y en avoit plusieurs qui, s'étant enivrés de tabac, mettoient le feu dans leurs maisons ; et, ce qui porta principalement le patriarche à retrancher cet abus, ils se présentoient devant les images de leurs saints avec une haleine puante après qu'ils avoient fumé. Aujourd'hui pourtant on s'en sert avec plus de liberté , parceque l'on est moins exact en la recherche et en la punition de ceux qui en font trafic.
Après dîner, les Moscovites ont accoutumé de
dormir; et alors ils se couchent, comme ils font la nuit, sans lits, hormis quelques personnes de qualité qui s'en servent. Anciennement ceux de Capoue ne donnoient point de lit à leurs enfans avant qu'ils fussent mariés , parceque (disoientils) les lits n'avoient pas été inventés pour les jeunes gens qui n'ont point encore de barbe, mais seulement pour les gens caducs et chargés d'années. La coutume des Moscovites est bien plus rigoureuse, puisqu'ils ne s'en servent ni avant d'être mariés, ni dans l'état de mariage, non pas même dans une extrême vieillesse et décrépitude. Ils se contentent de se coucher de leur long sur un simple ais, avec leurs habits l'été, et l'hiver sur quelque pièce de drap ou de fourrure.
Pour être éclairé la nuit , les personnes de qualité se servent de bougies, les bourgeois de chandelles , et, au lieu de cela, les paysans , qui vivent d'épargne, se contentent, la plupart du temps, de se servir de grands lumignons de bouleau ou de sapin , qui , étant fort minces et secs , prennent feu facilement et rendent beaucoup de clarté; mais, comme ils sont d'abord consumés, il faut en avoir bonne provision, pour suppléer à tout moment , si l'on veut éviter les ténèbres.
Pour sortir par la ville, toute la voiture dont on se sert l'hiver, ce sont les traîneaux , qui , ne coûtant que peu de chose, outre l'entretien d'un cheval, il y a peu de maisons, pour peu riches qu'elles soient, qui ne tiennent chacune un traîneau ou davantage. Mais, au lieu que les traîneaux de voyage sont faits (comme j'ai dit cidevant) pour s'y coucher de son long, la plupart avec un petit couvert de drap sur le derrière pour
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tenir la tête du voyageur à l'abri , les traîneaux de ville, et surtout ceux des gens de qualité, ont une place à s'asseoir et sont tout à fait découverts. Cependant ils ornent toujours le derrière avec un tapis ou une peau d'ours quand ils sortent , et alors le traîneau est conduit par un garçon qui monte sur le cheval, dont la tête est ornée de plusieurs queues de loups et de renards, et aux pieds de celui qui est dans le traîneau il y a une peau d'ours pour les tenir chaudement. Au reste, ceux qui ne tiennent point de traîneau chez eux en peuvent trouver à toute occasion de louage, tels qu'ils sont, à assez bon prix. L'été, au lieu de traîneaux , on va par la ville à cheval , et (si je ne me trompe) personne ne tient carrosse, hormis le czar. Que si un boyard a quelques affaires hors de chez soi , il ne manque pas d'y aller à cheval , pour peu de chemin qu'il y ait ; et c'est dans cette posture que les pristafs venoient toujours, l'été, chez monsieur l'ambassadeur. Pour ce qui regarde les femmes , celles qui sont de qualité se servent l'hiver de ces traîneaux fermés dont j'ai fait la description sous le nom de cafîanaze ; et l'été elles se servent de certains coches , à peu près comme ceux de France ou de Flandre, avec un grand nombre de goujats à leur suite pour les garder.
Il est vrai que c'est bien rarement qu'elles sortent, car les femmes de ce pays ont ceci de particulier qu'elles sont fort retirées , surtout les femmes de condition. D'où vient que c'est une grande faveur quand un gentilhomme fait voir sa femme à un autre , et qu'il lui donne la liberté de la saluer. Cette façon de vivre des femmes est
si conforme à la nature, et a été si religieusement observée parmi les anciens, qu'il n'y a personne qui , ayant mis à part les sentimens de la chair, ne blâme la liberté à quoi la plupart des femmes de l'Europe s'abandonnent. Plutarque dit que la femme sage doit se comporter tout autrement que la lune ; qu'elle ne doit paroître dehors que quand elle est avec son mari , et qu'à son absence elle doit se tenir cachée en la maison. Et Phidias, faisant le portrait de Vénus aux Eliens, la représenta ayant le pied sur l'écaillé d'une tortue. Pourquoi cela , sinon pour montrer que c'est à faire aux femmes de s'attacher à leurs maisons, et non pas à trotter dans les rues .'' En la Bœoce on brûloit , en la présence de l'épouse, l'essieu du coche qui l'avoit amenée à la maison de l'époux, pour faire voir à la nouvelle mariée qu'il n'y avoit plus moyen de sortir. Et parmi les anciens Romains il n'étoit pas permis que la nouvelle mariée passât d'elle-même par dessus le seuil de la porte quand elle entroit chez son mari; mais il falloit que ceux qui l'accompagnoient la levassent par dessus et l'emportassent dedans , montrant par là que désormais elle ne devoit point sortir de la maison que par force, comme elle y étoit entrée. Je pourrois encore alléguer sur ce sujet l'institution de Lycurgue , ce grand oracle de Sparte , qui ordonna sagement que les femmes fissent les affales de la maison, et leurs maris celles de dehors. C'est ainsi qu'il en est à peu près parmi les Moscovites. Mais, si les femmes mariées vivent si privément, les filles le font beaucoup plus, et s'il arrive qu'elles sortent quelquefois , c'est en couvrant leur visage avec un grand voile. Laquelle cou-
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tume est si ancienne qu'elle étoit même du temps d'Abraham : car il est dit de Rebecca {Genèse, 24, V. 65) lorsqu'elle venoit de chez son père Béthuel pour épouser Isaac, fils d'Abraham , qu'aussitôt qu'elle eut aperçu Isaac, elle prit un voile et s'en couvrit, ce qui se faisoit sans doute en signe de pudeur et de chasteté, comme le font aujourd'hui les Moscovites. De là vient que les mariages se font seulement entre les parens, de chaque côté : car il n'est pas permis que les garçons et les filles s'entrevoient , ni qu'ils se mêlent de faire entre eux, en quelle façon que ce soit, des promesses de mariage. Ainsi il arrive parfois, par la fraude des parens , qu'un homme qui espéroit d'avoir une belle femme se voit marié avec une femme difforme et désagréable. Au reste, il faut avouer que cette coutume est tout à fait pernicieuse, et qu'elle n'est pas si raisonnable que la maxime de ce peuple de jadis, où il ne se faisoit point de mariage que les deux partis ne se fussent visités tout nus.
Pour ce qui est de la conduite ou du comportement des femmes moscovites envers leurs maris , elle est toute pleine de respect et d'obéissance ', et en un mot leurs désirs (pour me servir des termes de l'Ecriture sainte) se rapportent à
I. « Les femmes moscovites estiment estre bien aimées de leurs maris quand elles sont bien batues , et croyent qu'elles ne sont pas mieux traictées que quand elles rencontrent des maris revesches et cruels. Un certain Allemand estoit allé en Moscovie, homme du commun; et si vous en desirez sçavoir le nom en chose de si peu de conséquence, il se nommoit Jordan. Il s'habitua en ce païs et y prit femme : il la caressoit et luy monstroit toute sorte d'amour afin qu'elle l'aimast; elle au contraire estoit triste, soupiroit
leurs maris. Mais, d'autre côté, les maris, qui devroient gouverner leurs femmes, comme l'âme fait le corps, par une amitié réciproque, les traitent d'ordinaire du haut en bas , avec beaucoup de mépris et de rigueur, car il y en a beaucoup qui ne s'en servent que comme d'un mal nécessaire , les battant même fort souvent , et les tenant plutôt pour des esclaves de leurs corps que pour une partie d'eux-mêmes. Et comme ils traitent indignement leurs femmes , ils sont aussi extrêmement farouches à leurs enfans, de sorte qu'ils sont sans doute un peu trop rigoureux dans leur discipline.
Que s'ils regardent leurs femmes et leurs enfans d'un œil si fier et si sévère, que peut-on es-
souvent , et falsoit paroistre tous signes d'une âme mal contente. Le mary, s'informanl de la cause de sa tristesse, disoit qu'il ne luy avoit jamais manqué d'amour. « Voire, dit-elle, vous faictes bien semblant de m'aimer ! Pensez-vous que je ne vois pas bien que vous faictes peu d'estat de moy ? » Puis commença à pleurer amèrement. Lui tout estonné l'embrasse, la prie de lui déclarer en quoy il l'avoit offencée , et que s'il estoit ainsi il la rendroit contente. A quoy elle respond : « Hé quand est-ce que vous m'avez battue pour me faire croire que vous m'aymez si fort ? » car c'est en cela que les femmes cognoissent en ce païs que leurs maris leur portent de l'amour. Jordan entendant cela , l'estonnement l'empêcha de rire. Mais l'un et l'autre estant passé, il creut estre obligé de traicter sa femme comme elle le désiroit. Peu de temps après il prit sujet de la batre ; elle, estant bien bastonnée, commença d'aimer et caresser grandement son mary. Mais il ne s'en arresta par là : car, estant devenu plus rude que sa pauvre femme n'eust désiré , enfin il la bâtit tant , que l'on dit qu'il luy rompit un jour bras et jambes. » ( Le Tableau des Esprits de M. Jean Barclay. Paris, 1625.) C'est ainsi à peu prés qu'agissent les Allemands chez les Russes : ils commencent par s'en moquer et finissent par se comporter pire qu'eux.
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pérer de leur manière d'agir envers leurs serviteurs ? En effet, le service n'y est qu'un pur esclavage ; et , bien qu'il n'y ait guère à gagner outre la vie pendant le temps que l'on sert, néanmoins les maîtres ont généralement un pouvoir si absolu sur leurs serviteurs qu'ils en disposent à peu près comme bon leur semble. Je parle de ces valets surtout qui par nécessité se sont engagés euxmêmes , ou l'ont été dès leur enfance par leurs propres parens , au service de quelque personne de qualité pour tout le temps de leur vie : car c'est une chose fort commune en Moscovie, et telles gens sont purement dans un état d'esclavage , puisqu'ils ont tout à fait perdu leur liberté. Et dans cet état je laisse à penser quelles soumission et diligence les grands, qui sont si altiers et si impétueux, requièrent de leurs serviteurs, et quel contentement ces serviteurs peuvent espérer de tels maîtres.
Des exercices et diverîissemens des Moscovites,
et du remède universel dont ils se servent
pour se conserver la santé ou
guérir les maladies.
ntre les exercices et divertissemens des Moscovites, je mettrai au premier rang une certaine machine assez curieuse qu'ils ont pour se branler. Elle est à peu près de la hauteur d'un moulin à vent, bâtie sur deux grands pilotis s'élevant de la terre en haut, à l'opposite l'un de l'autre, avec une bonne
distance. Au milieu de ces pilotis il y en a un autre qui les traverse, du milieu duquel sortent en croix quatre places à s'asseoir, au bout de quatre inventions de bois d'une même grandeur et distance, à peu près comme les ailes d'un moulin à vent. Sur ces quatre places s'asseoient autant d'hommes, qui, après avoir pris leur place l'un après Pautre , tournent assez rapidement tout autour du pilotis du milieu, et cela purement par le contre-poids qu'ils se donnent : car, pendant que les uns montent, les autres descendent, et ainsi alternativement, jusqu'à ce que quelqu'un des spectateurs les retienne. Les jours de fête, les jeunes gens ont de coutume de s'assembler et de se divertir à coups de poing et de bâton, qu'il n'est pas de bonne grâce alors parmi eux de prendre en mauvaise part. Et c'est ainsi qu'ils s'endurcissent tellement aux coups qu'ils s'y rendent presque insensibles ; si bien qu'il ne faut pas trou ver étrange s'ils témoignent plus d'aversion pour le travail que pour le fouet ou le bâton , quand même on les emploie avec beaucoup de rigueur. Il en est aussi qui entendent assez bien la lutte, à quoi ils s'exercent quelquefois à l'imitation des Anglois, qui sont forts adroits en cette sorte d'exercice. L'hiver, ils ont (comme en Hollande) des patins dont ils se servent quand les eaux sont gelées, non pas pour faire des voyages, mais seulement pour s'exercer et s'échauffer sur la glace. Ces patins sont faits de bois, avec un fer dessous long et étroit, bien poli, mais courbé sur le devant; et, afin que le fer puisse mieux mordre la glace , on tourne les pieds en dedans lorsqu'on s'élance en avant; ainsi l'on marche tout
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droit avec une grande vitesse. Pour ce qui est de la musique, hormis celle dont on se sert dans la milice, ils n'ont que des cornemuses'. lisse servent de la danse , mais avec des postures si malséantes et brutales qu'il ne se peut rien voir de plus ridicule : car ils font de certaines grimaces par le mouvement des mains, des épaules et des hanches , comme s'ils ne cherchoient qu'à exciter ainsi leurs appétits déréglés ; et ne font au reste que trépigner des pieds, de sorte qu'ils ne bougent presque pas d'une même place. Pour les femmes il y a un exercice tout particulier, parle moyen d'un ais que l'on couche sur un bloc ; et à chaque bout de l'ais se met une femme , l'une donnant le branle à l'ais en sautant en l'air, comme font ceux qui se mêlent de danser sur la corde; et, à mesure qu'elle retombe sur son bout, l'autre se jette en l'air à son tour par un mouvement violent. Ainsi elles continuent réciproquement le branle avec beaucoup d'adresse et d'agilité, et se branlent de cette façon un quart d'heure ou davantage de suite sans se reposer. Les femmes de condition mêmes se divertissent quelquefois chez elles de cette manière avec leurs propres servantes.
I . Il n'est pas surprenant que notre voyageur resta peu satisfait de la musique qu'il entendit à Moscou. Un préjugé religieux s'opposoit alors à ses progrès, tant l'Eglise grecque a toujours été peu favorable aux arts : Nicon venoit de faire saisira domicile, chez tous les particuliers, les instruments de musique, pour en faire un auto-da-fé solennel. Mais le peuple russe a bien le sentiment de la musique : l'écrivain que j'ai volontiers cité précisément parce qu'on ne sauroit être plus défavorable que lui à la Russie, M. de Custine lui-même, le lui concède.
Au restes, les Moscovites ont nn remède universel (dont j'ai déjà fait mention auparavant) pour se conserver la santé ou guérir leurs maladies : c'est l'usage des bains. Il est vrai que naturellement le pays est fort sain, et, comme j'ai déjà dit, qu'il n'est pas sujet à beaucoup d'intempéries qui se trouvent dans les pays chauds. Néanmoins, comme la plupart des maladies viennent plutôt de nous-mêmes que de dehors, il n'est pas possible que les Moscovites n'en soient quelquefois atteints; et, soit pour les prévenir ou pour les guérir, ils vont fréquemment au bain : d'où vient qu'il n'y a point de ville dans leur pays où il n'y ait des bains publics et particuliers, car c'est là presque tout le remède qu'ils ont pour les maladies. La manière dont on s'en sert a été suffisamment expliquée dans la description de notre séjour à Vologda.
De la religion des Moscovites.
a religion de ce peuple est la même que celle des Grecs, car ils suivent leur foi , leurs rituels et leurs cérémonies ; mais ils y sont si mal instruits qu'à peine savent-ils eux-mêmes de quelle religion ils sont. Ils voudroient pourtant bien nous persuader qu'ils ont été convertis au christianisme par la prédication de l'apôtre saint André ; mais ceux qui s'entendent mieux dans la chronologie trouvent que celle nation ne reçut le christianisme
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que dans le IXe siècle , et que ce fut par le ministère des Grecs, sous la conduite du patriarche qui étoit pour lors à Constantinople '. Ainsi, en tant qu'ils suivent les sentimens de l'église grecque, ils nient que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Ils croient qu'il soit nécessaire d'avoir trois immersions au baptême. Ils communient sous les deux espèces 2, se servant de pain levé et mêlant de l'eau tiède dans le vin, qu'ils distribuent tous deux ensemble dans une cuiller. Ils reçoivent les enfans depuis l'âge de sept ans au sacrement de l'Eucharistie ?. Ils tiennent que les prêtres ont le droit, communément avec les évêques, d'administrer la confirmation. Ils font divorce pour peu de chose 4 et défendent le quatrième mariage. Ils ne donnent les ordres qu'à des gens mariés, et néanmoins ils ne permettent pas que l'on se remarie à moins de quitter les ordres. Ils rejettent les images en bosse, et admettent celles qui sont en plate peinture. Ils observent quatre carêmes l'année , outre deux jours maigres chaque semaine , savoir le mercredi et le vendredi. Ils croient, selon le premier concile de Jérusa-