‹ La relation de trois ambassades de monseigneur le comte de CarlisleChapitre 25 sur 31 · L'alphabet russe n'a que 35 lettres, le slavon en a · texte numérisé non relu

L'alphabet russe n'a que 35 lettres, le slavon en a

2. Cette malveillante supposition est toute gratuite : le poignard a toujours été inconnu en Russie ^ et les crimes y sont fort rares.

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jésuites , hormis qu'ils sont un peu plus larges , de sorte qu'ils font le tour de la tête par derrière un peu plus haut. Leurs chausses sont fort étroites et fermées, et, au lieu de chapeaux, ils ne portent que des bonnets qui sont hauts, ayant une petite ouverture sur le devant et une autre sur le derrière ; mais, comme ils n'ont point de bord qui avance à côté , ils ne sont pas propres à soulager un homme (comme font nos chapeaux) contre l'importunité des vents, de la pluie ou de la neige , ni à le préserver du hâle ; de là vient sans doute que les Moscovites paroissent basanés. Pour leurs jambes, ils portent généralement des bottines qui viennent sur le devant jusqu'au genou, et sur le derrière jusqu'au haut du gras de la jambe, avec des talons fort hauts. Ajoutons à cela qu'ils portent de longues barbes et des cheveux extrêmement courts, l'hiver aussi bien que l'été. En effet, il n'y a que les religieux, et entre les seigneurs de la cour ceux qui sont dans la disgrâce du czar, qui portent les cheveux longs ' . Ceux-là le font par ordre de l'Eglise, et ceux-ci pour témoigner le ressentiment qu'ils ont de leur malheur, à l'imitation des anciens Grecs : car, quand il leur arrivoit quelque calamité publique, les femmes tondoient leurs cheveux et les hommes les portoient longs, au lieu qu'ordinairement ils fai-

I . « Les grands seigneurs se coupoient les cheveux en rond ; mais étoient-ils tombés dans la disgrâce , ils les laissoient croître sans mesure et n'osoient plus lever les yeux. Le peuple, qui les reconnaissoit à ces deux signes , disoit , en les regardant : Voilà un seigneur qui a fâché le tzar. (Karamzin, Mœurs russes avant Pierre~le-Grand.)

soient tout le contraire. Cependant il faut avouer que les Moscovites ont très bonne mine avec leur habillement, et qu'outre l'avantage qu'ils ont d'une belle taille et d'une bonne complexion, ils paroissent infiniment mieux avec leurs grandes robes, leurs bonnets et bottines , leurs cheveux courts et leurs grandes barbes, que ne font la plupart des autres chrétiens avec les habits qu'ils portent. Et, au lieu que ceux-ci changent incessamment de mode, il ne se voit rien de tel parmi les Moscovites : car ils portent toujours la même façon d'habit, et tout ce qui fait la différence entre le noble et le paysan , c'est l'étoffe et la garniture. Les personnes de qualité font faire ordinairement leurs robes de satin ou damas, d'écarlate ou brocard; les bourgeois, de drap tanné, violet-rouge ouvert-brun; et les personnes de la plus basse condition, d'un certain grossier drap tanné qui se fait dans le pays. L'hiver, chacun fait fourrer ses robes selon sa qualité : les uns des plus précieuses fourrures , comme de martes zibelines, de castor ou de petit gris ; les autres de celles qui sont plus communes, comme des martes ordinaires, des renards communs et des lièvres, soit dans leur couleur d'été ou dans celle de l'hiver, qui est naturellement aussi blanche que la neige. Pour les paysans, la plupart d'eux se contentent alors de porter des robes toutes faites de peau de mouton , qui ont ceci d'incommode qu'elles exhalent d'ordinaire une odeur très désagréable. Les grands, qui portent sous leurs robes les caftans dont j'ai parlé, avec avec un tour de collet sur le derrière, à la jésuite, le font doubler d'ordinaire de velours ou

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de brocard ; et, comme il paroît assez avantageusement, ils l'ornent tout autour de perles et de pierreries. Cette vanité passe souvent jusqu'à leurs chemises, dont ils ont coutume de faire broder le collet, les poignets et l'ouverture de devant avec du fil d'or et de la soie de diverses couleurs, en l'ornant quelquefois de perles. Pour ce qui est des bonnets, les personnes de qualité les font faire ordinairement d'écarlate ou de velours, avec divers rangs de perles à chaque côté ; les bourgeois les font de drap ordinaire , et les plus pauvres de feutre, hormis quelques uns qui ne font pas scrupule d'en porter de drap tout faits de pièces rapportées de diverses couleurs, comme ces bateleurs qui montent sur les théâtres. L'hiver, chacun fait fourrer ses bonnets selon ses moyens , ou selon sa qualité- Enfin leurs bottines sont faites de leur propre cuir de Russie, teint communément en rouge ; ils en garnissent bien les talons de clous, et elles leur servent de poches. Il est vrai que la noblesse porte la plupart des souliers faits à leur mode, avec des bas de soie ou d'estame ; et les paysans se contentent la plupart des souliers qu'ils font eux-mêmes d'osier, avec des pièces de feutre ou de drap grossier qu'ils enveloppent (faute de bas) avec une ficelle autour de la jambe et du pied. Au reste, l'habillement des femmes ne diffère pas beaucoup de celui des hommes, hormis que leurs robes sont un peu plus larges et que les manches y sont attachées, en sorte qu'on peut les mettre ou les laisser pendre à côté, selon les occasions que l'on a. Et, quand elles ne les mettent pas, alors on peut voir leurs manches de

DE LA MOSCOViE. ^I 5

chemise, fort étroites , mais longues de trois ou quatre aunes; d'où vient qu'elles en font un si grand nombre de plis que leur bras paroît tout plissé jusqu'à la jointure des doigts. Elles portent des bottines aussi bien que les hommes ; mais leurs bonnets sont faits tout d'une autre façon, et c'est ce qui fait la plus visible différence entre les hommes et les femmes. Pour ce qui est des cheveux , les filles en font deux tresses qu'elles laissent pendre en bas sur le dos, et les femmes mariées les serrent dans une coiffe qu'elles portent sous leurs bonnets. Enfin, il y a ceci de remarquable dans l'extérieur des femmes , que, bien qu'elles aient généralement le visage assez bien fait et qu'elles soient d'une assez bonne complexion, néanmoins elles sont si fort adonnées au fard qu'à peine peuvent -elles croire d'être belles sans être fardées ; et, au lieu que les autres femmes cachent leur laideur par le fard, la plupart de celles-ci en ternissent leur beauté mal à propos ; outre que le fard dont elles se servent est quelque chose de si grossier qu'il n'est pas besoin d'en être fort près pour s'en apercevoir '.

I. Oléarius raconte, dit encore Karamzin, que, pendant son séjour à Moscou , la femme du prince Ivan Tcherkaski , jeune et fort jolie , ne voulut absolument point se plâtrer le visage. Quand les dames de sa condition virent que c'étoit de sa part un parti pris de se montrer sans masque à la cour ainsi qu'à la ville, elles conjurèrent , cabalèrent , engagèrent même leurs maris à soutenir l'honneur du fard , et , à la suite d'une guerre assez vive de toutes contre une, elles ne déposèrent les armes qu'après avoir forcé la jeune princesse à peindre son charmant visage, qu'il fallut bien ensuite produire au parti victorieux.

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De la façon de vivre des Moscovites, au regard de V économie.

remièrement, pour ce qui regarde les maisons en Moscovie , nous avons déjà remarqué que, faute de pierre, elles sont bâties de bois, et qu'il y a cet avantage que l'hiver elles sont moins susceptibles du froid et qu'elles sont toujours à meilleur marché. Mais, parceque d'autre côté il y a ce désavantage, qu'elles sont tout à fait sujettes aux incendies, de là vient que les habitans les bâtissent avec fort peu d'artifice et d'ornement, car ils ne font qu'entasser plusieurs rondins de sapin les uns sur les autres, qu'ils affermissent ensemble à chaque coin ; et , comme ces rondins ne sont que des moitiés de troncs de sapin qu'on scie par le milieu, ils mettent le côté rond au dehors, l'écorce en étant ôtée , et garnissent de mousse toutes les jointures. A cause de l'hiver ils les bâtissent fort basses, avec des toits la plupart couverts d'écorce d'arbre ou de gazon, et des fenêtres si petites que, quand on y met la tête, l'on semble être au pilori. Dans une chambre il n'y a d'ordinaire que deux ou trois de ces trous, séparés loin l'un de l'autre; et, au lieu de vitres, on fait les fenêtres avec le talc dont j'ai parlé ci-devant. Il y a quantité de maisons qui n'ont point de cheminées, mais seulement des poêles d'hiver, où ils font toute leur cuisine ; de sorte que, quand

ils font le feu dans ces poêles, qui sont de brique ou de pierre , il faut que la fumée passe par la chambre et sorte par la fenêtre ; d'où vient que ces maisons sont toutes noires de fumée. Et, comme elles n'ont la plupart qu'un appartement ou deux , il faut que tout cela serve pour père , pour mère et enfans, pour les pourceaux et les poules, ne faisant tous qu'un ménage et couchant pêle-mêle. Au reste , il faut avouer qu'à la réserve des poêles, ces pauvres gens suivent à peu près dans leurs bâtimens la maxime de Lycurgue , qui ne voulut pas que les Lacédémoniens bâtissent leurs m.aisons qu'avec la hache et la scie.

Mais, si l'appréhension des incendies (dont ils voient souvent des exemples funestes) fait qu'ils sont si peu curieux dans la structure de leurs bâtimens , par la même raison ils sont aussi peu soigneux de les garnir; tellement qu'en cas d'un embrasement, ils ne sauroient perdre grand'chose outre les quatre murailles de leurs maisons; et ainsi ils se consolent aisément sur la commodité qu'ils ont d'en pouvoir bientôt rebâtir.

Enfin , comme ils sont assez mal logés et garnis, ainsi ils ne vivent d'ordinaire que de peu de chose et ne savent pas se prévaloir des avantages de leur pays. Il est vrai qu'ils mangent d'assez bon pain ; mais il pourroit être meilleur s'ils le cuisoient un peu mieux qu'ils ne font. Avec leur pain , ils ne mangent principalement que du poisson frais et salé, des œufs, légumes, choux, concombres frais ou confits au sel et au vinaigre , navets et choses semblables que les jardins produisent , sans oublier l'ail et les oignons, qui

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sont tout leur haut goût ; de sorte que l'on a presque aussi tôt découvert un Moscovite par le nez qu'avec les yeux. Ils ont aussi depuis peu appris des Anglois et Hollandois à manger des herbes en salade , car auparavant ils s'imaginoient que c'étoit une brutalité de manger des herbes crues. Pour ce qui est de leur beurre et de leur fromage , ils font l'un et l'autre si mal que les étrangers ont de la peine à s'en servir. Mais, avec les œufs d'un espèce d'esturgeon que l'on pêche dans le Volga, ils font un excellent ragoût qu'ils appellent ikary, et les Italiens (qui en sont grands amateurs) cavayar. On réduit ces œufs en pâte, et, après qu'on les a préparés avec du sel pendant dix ou douze jours, on les mange en salade, avec du poivre, des oignons, de l'huile et du vinaigre. La viande ne se mange parmi eux que bien rarement , quoiqu'il semble que la froideur du climat dût les obliger à en faire leur principale nourriture ; mais ils sont élevés à cette abstinence par leur sévère religion , qui leur ordonne plus de la moitié de l'année en jours maigres ' . Cependant ils ne laissent pas d'être généralement gros et gras et d'une complexion robuste, lubriques, comme j'ai déjà remarqué, et propres à la génération , témoin le grand nombre d'enfans qu'il y a dans leurs familles ; ce qui me fait approcher du paradoxe de ceux qui croient que le poisson, entre autres choses (car c'est ce

I, L'Église russe a ii6 jours d'abstinence dans l'année, et il ne faut pas croire que cette abstinence ne soit pas observée. L'homme du peuple préférerait mourir plutôt que de l'enfreindre , et les plus opulentes maisons de S. Pétersbourg ne rougissent pas d'y être fidèles.

dont les Moscovites vivent une bonne partie du temps), est aussi nutritif que la viande. Au reste , pour boire, les Moscovites ont du cjuaz^, une espèce de petite bière qui n'est pas désagréable ; ils ont aussi de la bière forte , et assez de glace en été pour boire frais ; outre qu'avec leur miel ils font une quantité prodigieuse d'hydromel, qui est une boisson fort commune parmi eux, et surtout l'hydromel blanc. Ils le font du miel cru, qu'ils battent dans de l'eau chaude ; et après l'avoir long-temps remué avec un bâton , ils le couvrent et le laissent reposer quelque douze heures ; ensuite on le fait bouillir, on l'écume , et on le coule à travers un linge; et alors le voilà fait. Mais la meilleure sorte qui se fasse est l'hydromel rouge, que l'on prépare avec plus de soin et d'ingrédiens, savoir avec des cerises ou des groseilles rouges, des fraises ou bien des framboises; et, comme elles lui donnent un goût différent et divers degrés de couleur, aussi il en prend diverses sortes de noms, comme maliéno ^, chercunikyna î, visnova^ et amarodina î. Le vin qu'ils ont, c'est par le moyen des Anglois et des Hollandois, qui le leur transportent par mer, car la voie d'Ar-

1. M. Le Play, auteur de la meilleure monographie delà Russie qui ait paru , ne dédaigne pas de recommander beaucoup le kvass comme la boisson la plus saine et la plus rafraîchissante que le voyageur puisse se procurer chez les ouvriers européens. Elle a pour base la farine de seigle aromatisée par divers végétaux.

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