C'est un Anglois qui parle
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entre eux quelques superstitions qui leur sont plus particulières. Touchant le baptême, ils l'administrent d'ordinaire le dimanche , immédiatement après la naissance de l'enfant, avec beaucoup de cérémonies, sur lesquelles je ne prétends pas d'insister. Je dirai seulement qu'il s'y fait beaucoup de croisades et d'onction , et que (comme j'ai déjà dit) l'on j fait trois immersions, au nom du Père , du Fils et du Saint-Esprit. Après cela on attache une croix au cou de l'enfant, laquelle doit pendre tout le temps de sa vie sur son estomac, comme une marque indélébile qu'il est chrétien. Cependant les Moscovites savent si peu ce que c'est que de la religion chrétienne que c'est une chose commune parmi eux d'ignorer la prière dominicale , tant il est vrai qu'ils vivent dans une profonde ignorance , bien qu'ils aient leur Bible translatée en la langue du pays. Tellement que tout le sommaire de leur religion consiste (après le baptême) à aller à l'église les dimanches et les jours de fête , à invoquer les saints avec le culte des images en se faisant fréquemment le signe de la croix, à observer leurs carêmes et leurs autres jours maigres, à se confesser, à recevoir la communion , à aller en procession et quelquefois en pèlerinage.
Le dimanche et les jours de fête, ils vont trois fois à l'église : au matin , à midi et au soir. Mais, au lieu d'entrer dans l'église, ils se tiennent pour l'ordinaire à la porte, à moins que l'on ait été nouvellement au bain , car alors on a la liberté d'entrer dans l'église ; et là chacun se tient debout tout le temps du service, n'y ayant rien pour s'asseoir dans leurs églises; et chaque homme se
tient tête nue, soit qu'il soit dedans ou non. Alors le prêtre , ayant ses habits sacerdotaux , lit en langue vulgaire l'office , selon l'ordre de leur liturgie , savoir avec des psaumes et chapitres de la Bible, et le symbole d'Athanase. Et, quand ils viennent à dire^le Gospodypomiluy, c'està-dire : u Seigneur, aie pitié de nous » , ils baissent tous la tête jusqu'à terre , en faisant bien dévotement le signe de la croix avec les trois doigts de la main droite. En lieu de prédication, le prêtre lit quelquefois une homélie de saint Chrysostôme, ou la vie de quelque saint '. Pour ce qui est de leurs jours de fête , ils observent la Naissance de la Vierge Marie , le 8 de septembre ; l'Exaltation de la Croix, le 14 du même; l'Oblation de la Vierge , le 2 1 de novembre ; la Naissance de Christ , le 25 de décembre; l'Epiphanie ou la fête des Rois, le 6 de janvier; la Chandeleur, le 2 de février, l'Annonciation de la Vierge , le 2 5 de mars ; ensuite Pâques fleuries, le jour de Pâques, l'Ascension et la Pentecôte; la fête de la Trinité , le jour après celui de la Pentecôte; celle de Toussaint, le dimanche suivant; la Manifestation de la gloire de Christ sur la montagne, le 6 d'août, et l'Ascension de la Vierge,
I. En dépeignant le genre de vie des Russes au XVIIe siècle , Orlof dit que l'ignorance du clergé rendit indispensable la confirmation d'une ancienne loi portant sévère défense aux prêtres de prêcher dans les Eglises. Cette défense n'est pas encore levée. Au mépris des S. Athanase, des S. Chrysostôme, la religion ne s'enseigne pas publiquement en Russie 'La Russie en 1840, 1. 17) ; le langage du prédicateur, le style de la chaire, y sont encore à créer (Tourguénief , la Russie et les Russes) .
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le 1 5 du même '. Au reste, j'ai commencé par la Naissance de la Vierge Marie, selon l'ordre des Moscovites, qui (à l'imitation des Grecs) commencent leur année le premier jour de septembre , parcequ'ils ne tiennent ^'autre époque que celle de la création du monde , qu'ils croient avoir été fait en automne. Et, comme ils diffèrent de nous à cet égard , aussi le font-ils au regard de la dimension du jour : car ils ne tiennent que le jour que nous appelons artificiel, depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher ; tellement que la première heure du jour parmi eux commence au lever du soleil, et la première heure de la nuit à son coucher 2. Pour ce qui regarde l'invocation des saints et le culte des images , c'est quelque chose de si commun parmi les Moscovites qu'elle fait la principale partie de leur dévotion. Mais, encore qu'ils soient d'accord avec les Latins au regard de la chose même , néanmoins ils diffèrent beaucoup au regard de la manière : car premièrement les Moscovites, de même que les Grecs, invoquent des saints que l'Eglise romaine ne reconnoît point , et réciproquement celle-ci en recon-
1 . Ils célèbrent pareillement, le 9 décembre, la fête de la Conception de la S. Vierge, et plusieurs antiques Eglises lui ont été dédiées sous ce vocable. « Le ler may 119^, rapporte Nestor, le vénérable évêque Jehan jette à Kiefles fondemens de l'Eglise en pierre, qu'il appelle l'Eglise de la Conception de la vierge. « Il est vrai que ce Jehan, quatrième du nom, reconnoissoit le Pape pour chef de l'Etlise , comme cela est constaté par une lettre à Alexandre III qu'on possède de lui. — Sur 48 fêtes inscrites aujourd'hui dans le calendrier officiel, 20 sont célébrées en l'honneur de la famille Impériale.-
2. C'est à peu près ainsi que l'on compte encore les heures en Italie.
noît quantité que l'Eglise grecque rejette ; secondement, ilfaut savoir que les images, dansl'Eglise grecque , sont toutes de plate peinture, et qu'elle a en horreur les statues ou images en bosse, dont ils appellent le culte une idolâtrie , comme étant contraire au second commandement de la loi , où les images taillées sont défendues. Quant aux images des saints parmi les Moscovites, outre celles du crucifix et de la Vierge Marie, il n'y en a que fort peu dans leurs églises , et les principales sont celles de saint Jean l'évangéliste , de saint Georges et de saint Nicolas, le patron de Moscovie ' ; mais ils ont ces images en telle vénération qu'à tout moment ils leur rendent un culte religieux dans les églises , dans les rues publiques et dans leurs propres maisons. En effet, il n'est point de maison où il n'y ait d'image de quelque saint pendue vers une fenêtre, avec une bougie devant ; et, quand ils l'invoquent , ce n'est pas sans beaucoup de profondes révérences et de signes de croix ; laquelle cérémonie est tellement en usage parmi eux qu'ils s'en servent à tout moment , car le signe de la croix est aussi la préface ordinaire de toutes leurs actions civiles. Dans les rues il y a pareillement de ces images expo-
I. L'extraordinaire confiance de la Russie pour S. Nicolas révèle ses affinités primitives avec l'Eglise romaine. Au Xle siècle, Ephraîm occupant le siège de Kief, Urbain II lui enjoignit par une bulle de solenniser le 9 mai la translation des reliques de S. Nicolas à Bari, et il s'y conforma, preuve évidente que les Russes étoient alors bien plus unis avec l'Eglise occidentale qu'avec l'Eglise orientale , car celle-ci se seroit bien gardée de permettre qu'on se réjouît du préjudice que des marchands italiens venoient deluicauser. V. La Vie admirable de S. Nicolas, patron de la Russie. Paris, Techener, 1857.
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sées au public pour la dévotion , la plupart en des caisses vitrées , soit sur les portes de la ville ou d'une église, ou bien dans quelque carrefour; et , quand un Moscovite passe auprès de ces images, il faut qu'il soit bien empressé s'il ne s'arrête tout coun pour dire tout bas une petite prière tête nue, en faisant ^au lieu de s'agenouiller) trois ou quatre profondes révérences , avec autant de signes de la croix. Ces images doivent être faites par des gens de la même religion que les Moscovites ; et , quand ils en achètent, ils se gardent bien de dire qu'ils les achètent, mais ils disent qu'on les troque contre de l'argent. Enfin, ils ont tant de respect pour ces images que, lorsqu'elles sont pourries de vieillesse ou par quelque autre accident, ils les enterrent ou bien les exposent au courant d'une rivière.
Touchant leurs jeûnes, il faut avouer que cette religion est extrêmement rigoureuse à cet égard, puisque, outre les deux jours maigres de chaque semaine et les veilles des jours de fête, il n'y a pas moins de quatre carêmes l'année. Le premier commence le i 2 de novembre et dure jusqu'à Noël ; le second est de sept semaines et finit à Pâques, comme celui des Latins ; le troisième commence huit jours après la Pentecôte, et dure jusqu'à la Saint-Pierre ; et le quatrième dure depuis le 1er d'août jusqu'au 16'. Pendant ces carêmes, l'on s'abstient de toute sorte de viande, et l'on ne vit communément que de pain et de poisson, de légumes , d'herbages, et surtout d'ail et d'oignons ; si bien que partout l'on sent le ca-