‹ La relation sur le Tonkin et la CochinchineChapitre 19 sur 35 · TRADUIT D'APRÈS LES RELATIONS ORIGINALES DE CE VOYAGEUR · texte numérisé non relu

TRADUIT D'APRÈS LES RELATIONS ORIGINALES DE CE VOYAGEUR

PARIS

A la Librairie française et étrangère de GALIGNANI, rue Vi vienne, n° 17

Un extrait de l' Introduction de M. de Montyon paraît mériter d'être reproduit, non seulement parce qu'on y pourra voir comme un exemple — ou un échantillon — de son style, mais surtout parce qu'il est intéressant de savoir ce qu'il dit de La Bissachère.

« Le Tunkin et la Cochinchine, après de longues et funestes dissensions, après avoir subi tous les désastres qu'entraînent les révolutions et les guerres intestines, viennent de prendre de la consistance et de la stabilité. Leur souverain formé par le malheur, cette grande école des hommes, s'est montré le plus grand général, le plus grand politique, le plus grand homme de l'Asie ; expulsé de ses états héréditaires, il les a recouvrés ; et joignant à des droits héréditaires le droit de l'épée, il a réuni sous sa domination le Tunkin, la Cochinchine, le Tsiampa, le Cambodge, le Laos, le Lac-tho, et est devenu plus puissant qu'aucun de ses prédécesseurs. Le Tunkin, état qui seul est beaucoup plus peuplé et plus riche que les cinq autres, a été érigé en empire, et par cette érection semble soustrait à la suprématie de la Chine, dont il avait toujours été dépendant.

« La description de ces pays, et le tableau de ces nations, doivent attirer et fixer l'attention des hommes dont la manière de voir difîère le plus. Un sentiment d'humanité porte à observer quels sont, dans toutes les contrées, les dons de la nature, et dans quel état est l'industrie ; une juste curiosité recherche quelles sont les opinions religieuses, les institutions, les sciences et les arts. Le commerçant

peut trouver dans ces notions matière à des échanges avantageux ; l'homme d'état y fonder des spéculations politiques ; pour le philosophe, c'est une page de plus dans l'histoire de l'homme,

« Qu'il nous soit permis d'ajouter, qu'il n'en est pas de la relation présentée ici au Public, comme de tant de relations de pays éloignés, qui quelquefois n'ont pour base que des conversations avec des nationaux, souvent incapables de donner de justes renseignemens sur l'état de leur patrie ; ou de journaux de navigateurs, qui ne sont entrés que dans des rades et dans des ports, et qui, quand ils auraient pénétré dans l'intérieur des terres, n'auraient pu apprécier que ce qui est relatif à la navigation, ou des observations de voyageurs qui n'ont fait que traverser les pays qu'ils décrivent, et souvent même en ont ignoré la langue. Cette notice du Tunkin et des pays adjacens a été obtenue par les mêmes moyens qui ont procuré à l'Europe les premiers renseignemens certains sur la Chine. C'est une exposition de faits constatés par M. de la Bissachère, missionnaire français, |e seul européen qui, après avoir habité le Tunkin, réside actuellement en Europe (*).

« M. de la Bissachère a passé dix-huit années dans le Tunkin, et la Cochinchine, les a parcourus dans presque toute leur étendue, ainsi que la plupart des états adjacens ; il en entend et en parle la langue,

(*) // est possible quil y ait à Rome un autre missionnaire qui ail pénétré dans le Tunkin. M. de la Bissachère a mené ovec lui: en Angleterre un jeune Tunkinois, le seul homme de cette nation qui soit en Europe.

et a été en relation avec toutes les classes des habitans de ces pays. Père temporel, confident, conseil des chrétiens, qui, dans ces pays, sont en assez grand nombre, il a été en société avec les plus grands personnages de l'Etat, souvent en conférence avec les mandarins ; il a eu lui-même un brevet de mandarin ; des tunkinois ont été par ordre du gouvernement attachés à son service personnel ; plusieurs fois il a été admis à l'audience de l'Empereur. »

A lire ce portrait, on serait tenté de s'étonner que Montyon, si habile panégyriste, ait emprunté si peu à l'auteur qu'il loue si libéralement. Mais il poursuit :

« Quant aux faits sur lesquels il n'a pu fournir de notions, on en a eu indépendamment de lui par la communication de mémoires, et de lettres de personnes qui, ayant résidé dans ces contrées, ont eu part aux événemens qui y sont survenus, et à tous les titres méritent confiance. »

On voit donc que Montyon ouvre largeinent la porte aux renseignements de toute nature et de toute origine et il ne sera désormais plus surprenant de constater dans ses deUx volumes un mélange assez bien dosé de notions exactes, de rapports controuvés et d'informations qui paraissent n'avoir d'autre source qu'une imagination féconde.

Dans l'exemplaire de Paris, l'éditeur proprement dit, Galignani, n'a pas voulu laisser à Montyon seul le soin de présenter La Bissachère et, quand on sait quelle est la faible part du missionnaire dans VEtat actuel du Tunkin, on éprouve un sentiment de satis-

tA RELATION DE M. DE LA BISSACIIÈRE

faction à constater avec quelle générosité l'éditeur lui attribue ce qui est à Montyon. Voici le morceau :

« On n'avait eu jusqu'ici que des notices vagues et superficielles sur le Tunkin, la Cochinchine, le Laos et autres pays adjacens, nouvellement érigés en Empire. Le long séjour de M. de la Bissachère dans cette partie intéressante de la presqu'île au delà du Gange, lui a procuré les lumières qui nous manquaient. Rien d'essentiel n'est échappé à ses observations. Forme du Gouvernement, lois, religion, force de l'Etat, nature du sol, culture, industrie, mœurs, usages, caractère, arts, sciences, littérature, idiomes, relations commerciales à établir, tout ce qui pouvait piquer la curiosité des Européens, a été tour à tour l'objet d'un examen approfondi et impartial. Chaque point de vue lui a fourni un tableau distinct, d'un dessin correct et d'un coloris sévère ; méthode digne de servir de modèle aux écrivains qui veulent courir la même carrière. Il y a lieu de croire que cet ouvrage, publié l'année dernière à Londres, et accueilli comme il méritait de l'être, ne sera pas lu moins avidement en France. L'homme d'état, le moraliste, le géographe, le littérateur, le négociant, le naturaliste, y puiseront des connaissances exactes et précises, qu'ils chercheraient vainement dans les Voyages et les Géographies les plus

célèbres d'ailleurs. »

Galignani.

Pour compléter notre connaissance de l'ouvrage de Montyon, il a paru bon de reproduire ses sommaires

qui non seulement permettront de voir à quel point il s'est éloigné de La Bissachère, mais qui fournironl aussi une idée approchée de la manière dont il a traité le vaste sujet qu'il avait conçu.

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