‹ La religieuse en retraiteChapitre 12 sur 45 · ERE PARTIE · texte numérisé non relu

ERE PARTIE

Pour ranimer ma ferveur je me dirai quelquefois à moi-même :

Etre une élue ou une réprouvée, pas de milieu.

Pourquoi suis-je Religieuse ? Est-ce seulement pour porter l'habit et éviter les vices grossiers ? C'était bien la peine de quitter famille, patrie, fortune, liberté, plaisirs !

Quand l'église est attaquée par tant et de si acharnés ennemis, est-ce d'une Religieuse purement honnête institutrice qu'elle a besoin ?

Quel tort nefais-je pas à l'église que je suis appelée à servir, à ma Communauté que je devais édifier, à mon âme que je pourrais enrichir de mérites ?

Oh ! combien ma vocation est sublime ! Combien haute la perfection à laquelle je dois tendre ! Mais combien j'en suis éloignée !

Pourquoi imiter plutôt les tièdes que les ferventes? Trouverai-je ma justification devant Dieu dans la conduite de telles et telles, fussent-elles d'ailleurs recommandables par leur âge, leurs talents ou leurs emplois?

0 ingratitude! ô perte irréparable! être fervente pendant quelques jours et 'iède de longs mois !

On va pou à peu à l'abîme ; quel espace me restei-il encore à franchir?

Voudrais-je mourir dans L'état où je suis?

La vertu qui me manque est si belle, si nécessaire, et, avec la grâce, si aisée à acquérir ! Ne ferai-je jamais ce que je recommande? Ne puis-je donc ce qu'ont pu tant d'autres ?

« Dieu m'a placée dans un jardin de délices, dans « la maison où tout abonde ; et moi, malheureuse « et misérable, je meurs de faim en présence d'une « table splendide, je suis glacée devant un feu ar- « dent, je languis de soif* au bord d'une fontaine « Limpide, trop lâche pour me pencher ou tendre la « main. Espèce de monstre parmi les enfants de «Dieu, j'ai l'habit d'une Religieuse, et je n'en ai « pas les vertus. Arbre stérile, j'occupe inutilement « la terre. Vile bête de somme, je mange et ne traie vaille pas. J'endure que d'autres me nourrissent à « la sueur de leur front, et je végète à la place d'une « ouvrière infatigable. » (S. Bern., De inler, Dom., c. xx.)

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