EXERCICE POUR LA PRÉPARATION A LA MORT
Prosternée devant un crucifix ou devant le Saint- Sacrement.
1* Adressez-vous cette question: Suïs-je prête a ■OlttUfi ?
Puisqu'il faut nécessairement mourir, une seule fois, bientôt, à ['improviste, et que de la mort dépend L'éternité, je dois si bien prendre mes mesures, que je ne commette pas, dans l'affaire uniquement essentielle, une faute irrémédiable. Mais,suis-je habituellement prête, du moins à cette heure suis-je prête à mourir? Dans ma conscience n'y a-t-il rien qui puisse provoquer la colère de Dieu?N'ai-je ni secrète aversion ni attache coupable? Où en suis-je par rapport à mes vœux? Ai-je satisfait pour mes péchés, réparé mes négligences et la mauvaise édification que j'ai donnée? Que sert de me flatter? C'est moi, c'est moi-même qui suis en cause. Je puis aujourd'hui, sijele veux, apaiser mon Juge, échapper à l'enfer et au purgatoire ; demain peut-être, en le voulant, ne le pourrai-je plus.
2° Adorez la divine justice, et acceptez la mort en esprit de pénitence.
Voici, mon Dieu, votre criminel qui vient subir son supplice. Je le reconnais, j'ai mangé le fruit défendu, non seulement une fois en Adam, mais aussi souvent que j'ai préféré ma volonté à la vôtre. Frappez, Seigneur, frappez. J'adore et je proclame votre justice clans l'exécution de la sentence ; car ce n'est pas vous qui avez fait la mort, elle n'est entrée dans le monde qu'en punition du péché. J'adore aussi cette bonté compatissante qui tourne la peine en remède, et par la vue continuelle delà mort et l s atteintes de mille maladies, ses avant-coureurs et ses ministres, daigne confondre mon orgueil, éteindre ma sensualité et me détacher des biens terrestres. 0 mort, Jésus-Cbrist crucifié t'a donné cette vertu. Il ne fallait pas moins que l'attente de
ce coup, qui égale tout, détruit tout, enlève tout, pour mortifier la vie de mes sens et m/ouvrir le.< yeux sur la vanité.
3° Unissez-vous à Jésus agonisant pour vous.
0 Jésus, mon agonie vous était distinctemen présente sur la croix, vous me suiviez de l'œil eu cœur dans toutes les phases de ma dernière maladie et, vovant d'un cùté le redoublement de la fureu de l'enfer, de l'autre mon abattement extrême, vcu avez voulu vaincre et désarmer la puissance des ténèbres et sanctifier ma mort par les héroïques dispositions de la vôtre. Ace moment décisif, sur lequel Dieu et Lucifer ont les plus grands desseins pour ou contre nous, qu'il m'est doux de penser qu'en acceptant et en offrant à votre Père votre agonie, vous avez accepté et offert la nôtre ; que tout ce que vous fîtes alors, vous le fîtes en notre nom et pour suppléer à notre impuissance ! Je vous adore, ô divin Chef, luttant et triomphant pour s*os membres. Je m'unis à vos sueurs, à votre tristesse, à vos immenses douleurs ; associez-moi à vos prières, à vos mérites, à votre victoire.
4° Acceptez, avec transport la promesse de la bienheureuse résurrection.
Nous avions fait un pacte avec la mort, et l'enfer était notre partage. Mais vous, Seigneur, vous vous êtes volontairement livré à la mort, vous êtes descendu dans le tombeau, vous êtes ressuscité, non pour vous, mais pour nous, afin que notre traité avec l'enfer soit annulé, effacé dans votre sang, déchiré et cloué à la croix. La mort n'est plus mort depuis que Jésus-Christ l'a soufferte ; elle n'est qu'un passage à l'immortalité, et, en la portant avec foi et soumission, nous l'évitons à jamais. Il faut sans doute que ce corps- dépêché soit, dissous, renouvelé
et rendu digne d'être le domicile d'une âme glorifiée ; mais « je sais que mon Rédempteur est vivant, « et au dernier je ressusciterai de la poussière, et « je serai de nouveau environné de ma peau, et je « verrai mon Dieu dans ma chair. Je le verrai moici même de mes yeux. Cette espérance repose en « mon sein. » (Job, c. xix.)
5° Votre confession faite, abandonnez-vous à la plus entière confiance.
« Mon àme, pourquoi es-tu triste, et pourquoi me « troubles-tu? Espère en lui, mon àme. » (Psal. 41.) Tu n'as plus à craindre tes péchés déjà effacés, tu n'as à craindre que de craindre trop. Car moi aussi j'ai dit : « Je confesserai contre moi mon ini- « quité au Seigneur ; et vous m'avez remis l'iniquité « de mon péché. » (Psal. 31.) Mais l'ai-je dit comme David, de manière à être absoute ? Je n'ai pas besoin de le savoir, je ne veux pas le savoir. Vous, Seigneur, qui savez ce qu'il faut pour le bien dire, donnez-moi ce que vous commandez, et commandez ce qu'il vous plaira. Pardon, bon Père, bon Juge, bon Sauveur, pardon. Je désire vous le dire avec tant de foi, tant de contrition, tant d'amour, que la rémission prévienne la confession. Ah ! maudite soit ma malheureuse et criminelle inconstance qui m'a si souvent détachée de vous ! Et maintenant je ne vous quitterai plus. 0 mort, tu ne seras pas la fin de ma vie, tu seras la fin de mon péché.
6° Regardez votre mort comme un vrai sacrifice renfermé dans celui du Calvaire.
« Tout est consommé, » dites-vous, ô divin Crucifié ; ma mort est un sacrifice parfait. « Tout est consommé, » et la mort de mes membres, unie à la mienne, ne sera désormais qu'un même sacrifice. « Tout est consommé, » et les chrétiens consacrés
dans le baptême pour être des victimes, en participant aux mérites de ma mort, rendront hommage par la leur à toutes les perfections divines. Je (e crois, ô Pontife éternel ; noire mort est devenue dans la vôtre un sacrifice véritable, dont celui du Calvaire n'éiait que le prélude et comme le pompeux appareil. Jusqu'à la fin des siècles vous renouvellerez et perpétuerez votre sacrifice par la mort des fidèles : ce De votre oblation et de la nôtre il ne se <( fait qu'une seule oblation parfaite. » (Hebr., c. x.) Voilà le terme et l'objet de la grâce, des sacrements, de toute la religion. Acceptez donc, bénissez, offrez mon sacrifice avec le vôtre.
7° Pleine de cette idée, communiez en viatique.
Mon Sauveur, on m'apporte votre corps, ce corps immortel, ce corps spiritualisé ; je le reçois dans le mien. C'est à ce coup que je puis dire : « Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison. » Vous venez néanmoins chez moi, vous y entrez, vous y êtes ; et ce n'est pas encore assez pour votre amour : la maison où vous voulez entrer c'est mon corps, afin que de votre cœur dans le mien s'épanchent des ruisseaux, des torrents, des fleuves entiers de grâce et de miséricorde. Admire cette merveille, ô mon âme : Jésus se transporte dans son temple, d'abord pour y offrir le sacrifice de luimême, puisque le sacrement le met en état de mort, ensuite pour prendre possession de la victime et la marquer de son sceau, puisqu'il va se servir de la maladie comme d'un glaive pour l'immoler. Omon souverain Sacrificateur, j'adhère à vos desseins; je veux achever mon sacrifice comme je l'ai commencé et continué, avec Jésus-Christ, par Jésus- Christ et en Jésus-Christ. Je m'écrie avec saint Jgnace allant au martyre : a Mon Amour est cruci-
« fi<'\ et l'Esprit vivant et parlant au dedans de moi, « comme ub feu qui repousse l'eau pour s'embra- « sim' toujours davantage, me crie intérieurement : « Viens au Père, viens au Père. » (Ad Rem.)
8B Recevez V Extrême- Onction, afin de purifier de plus en plus la victime.
Venez, prêtre charitable, venez soutenir mon infirmité de cotre huile destinée à purifier, adoucir et fortifier. Voici le temps de la lutte. Eglise, oignez votre athlète. J'entends votre voix qui m'annonce la promesse du Saint-Esprit : « Le Seigneur soulagera « le malade, et s'il est en péché, le péché lui sera « remis. » (Jac, c. v.) Voix de consolation et d'espéranto. Efîacez toutes les souillures de mon âme, purifiez chacun de mes sens, afin que le grand Pontife, trouvant la victime en état d'être sacrifiée, puisse la présenter toute belle et sans tache à 6on Père par Toblation, avant de l'immoler par la mort. Chères et pieuses compagnes, qui environnez mon lit, ou plutôt l'autel de mon sacrifice, si vous avez quelque souvenir du bien que j'ai pu vous faire durant le cours de ma vie religieuse, priez pour moi : il faut au Dieu infiniment saint des victimes si pures, et nous sommes engagées par nos vœux à une si haute perfection !
9° Baises affectueusement le crucifix.
Je vous adore sur cette croix, ô Jésus, et m'y tenant à vos pieds, je vous dis avec l'Epouse : « Tirezmoi, nous courrons après vous. » (Gant., c. I.) L'amour qui vous fait mourir et s'échappe de. toutes vos plaies est le baume qui s'exhale pour attirer mon cœur. Oui, il fallait que le Christ fût élevé sur la croix comme le serpent dans le désert ; il le fallait pour que tous, les mourants surtout, pussent tourner les yeux vers lui. La guérison de l'univers a été
le fruit de cette cruelle et mystérieuse exaltation. Que j'aille jusqu'à vous, ô mon Sauveur, jusqu'à votre croix ; que j'y sois percée de vos clous et inondée de votre sang. Je baise vos blessures, j'y colle mes lèvres, je m'unis à toutes, je me cache dans votre sacré côté. C'est de ce cœur que découlent tant de grâces que vous me laissez ignorer aujourd'hui, afin que, les voyant dans le ciel, j'entre dans une perpétuelle extase. O Dieu, je mets la croix de votre Fils entre mon péché et votre justice, son cœur entre moi et l'enfer.
10° Appelez à votre secours votre ange et toute la cour céleste.
Oh ! combien les prières d'un moribond sont faibles et languissantes ! Qu'elles sortent péniblement de ce pauvre cœur, oppressé qu'il est par la douleur et absorbé par ses lugubres pensées ! Mon bon et cher ange, prêtez à mes prières vos ailes pour les élever, votre force pour les soutenir, votre ferveur pour les animer. Vous n'aviez pas besoin d'un ange, ô Jésus, pour vous consoler dans votre agonie ; c'est pour moi qu'il vient à vous. Ange de mon Jésus agonisant, venez me présenter le calice : je le prends à deux mains, je veux le boire jusqu'à la dernière goutte. Mais vous, présentez-lui mes larmes, mes sueurs, mes soupirs. Petits enfants que j'ai formés à la vertu, vous tous que j'ai pu édifier et qui me devez une partie de votre gloire, intercédez pour moi. Saints et Saintes, Puissances et Dominations, vous surtout, saint Michel, liez le démon qui rode autour de moi, liez-le de votre bras invincible. Marie, mon auguste Reine, mon aimable Mère, ma toute puissante Avocate, vous que j'ai tant invoquée pour l'heure de ma mort, venez, venez à mon secours, je me jette dans votre sein ; ah ! ne me laissez pas périr.
11° Renouvelez Vacte de foi et d'adoration.
Le temps approche où je sortirai des ombres et des énigmes, où s'achèveront les travaux de la foi. Le temps approche où je chanterai avec le Psalmiste : « 0 Seigneur, nous avons vu ce que nous avons ouï, » (Ps. 47.) 0 Seigneur, tout nous paraît comme il nous avait été prêché. En écoutant et en annonçant aux enfants votre sainte parole, j'ai tant désiré, ô Jésus de vous voir et de vous entendre vous-même ! L'heure vient où je vous verrai à découvert, face à face, d'une claire vue, en vousmême. Je vous verrai comme juge, il est vrai, mais vous me serez un juge sauveur, vous me jugerez selon vos miséricordes. En attendant, je crois tous ce que croit l'Eglise, je veux mourir dans la foi de tout ce qu'elle enseigne, prête à donner mon sang pour chaque article de son Symbole. O grandeur, ô majesté, ô sainteté, je vous adore, et, pour le faire plus dignement, je m'unis à tout ce qui vous adore en ce moment au ciel et sur la terre.
\2° Faites un dernier acte d'espérance et d'amour.
Mes sens s'éteignent, ma vie s'évanouit. Bientôt on passera où j'étais : Voilà sa cellule, voilà son lit, dira-t-on ; et l'on ne m'y trouvera plus. Que cela est triste ! Oui, si je n'avais pas l'espérance, Mais si tout tombe autour de moi, je m'en vais où tout est. Dieu puissant, Dieu éternel, Dieu heureux, je me réjouis de votre puissance, de votre éternité, de votre bonheur. Quand vous verrai-je, ô vérité, ô lumière, ô bien, ô source du bien, ô bien unique, ô tout le bien, ô le tout parfait, ô le seul parfait, ô vous qui êtes seul, qui êtes tout, en qui je serai, qui serez en moi, qui serez tout à tous, avec qui je serai un seul esprit ! Quand vous verrai-je, ô principe qui n'avez
point de principe? Quand verrai-je sortir de votre ■sein votre Fils qui vous est égal ? Quand verrai-je votre Saint-Esprit procéder de votre union, terminer votre fécondité? Tais-toi, mon âme, ne parle plus, pourquoi bégayer encore, quand la vérité te va parler?
13° Dites adieu à V Eglise militante, et saluez V Eglise triomphante.
« Je me réjouis d'entendre dire que j'irai dans la « maison du Seigneur. Je suis à ta porte, ô Jérusa- <( Ipîïî ; me voilà debout, mes pieds sont en mouvement » (Psal. 121), tout mon corps s'élance dans tes parvis, j'y cours, j'y vole, j'y suis déjà transportée par la meilleure partie de moi-même. Mes nouveaux concitoyens, mes nouveaux frères, ou plutôt mes anciens concitoyens, mes anciens frères, salut ! Bientôt, bientôt je vous embrasserai. Adieu, mes frères mortels ; adieu, Eglise catholique. Vous m'avez portée dans votre sein, nourrie de votre lait ; achevez de me purifier par vos sacrifices. Mais, ô Eglise, point d'adieu pour vous. Je vais voir les prophètes et les apôtres vos fondements, les martyrs vos victimes, les vierges votre fleur, les confesseurs votre ornement. les anges et les saints vos intercesseurs. Je me meurs, fermez-moi les yeux, envelopp°z-moi de ce drap, mettez-moi en terre. Jésus, Marie, Joseph, recevez mon -me.