‹ La religieuse en retraiteChapitre 24 sur 45 · LE SEPTIÈME JOUR · texte numérisé non relu

LE SEPTIÈME JOUR

Bouquet spirituel. Parole de Saint Pierre et réponse

de Jésus : « Seigneur, vous savez que je vous aime. — Paissez mes agneaux. »

Prière particulière. Le Te Deum en français.

Lecture de l'Imitation, liv. IV, chap. xvn : « Du désir ardent de recevoir Jésus-Christ. »

Exercice pour la préparation a la mort, comme à la page 86.

11 convient de consacrer à chaque méditation une heure entière. On prend un demi quart d'heure pour li préparation, un derni-quurt d'heure encore pour la revue. Une demi-heure suffit pour les considération!.

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LE PEEMIER JOUrw.

PREMIER EXERCICE

Ma triple dignité.

PnEMTER prélude. Par une faveur gratuite, j'ai été baptisée, j'ai clé confirmée, et, par ia vocation religieuse, je suis devenue l'épouse de Jésus-Christ.

Deuxième prélude. Je me reporte successivement à la cérémonie de mon baptême, de ma confirmation, de ma profession religieuse.

Troisième prélude. Mon Dieu, faites-moi la grâce de comprendre, au début de cette retraite, ce que sont et ce que peuvent devenir pour moi ces dignités insignes.

1° Sur la terre, ces dignités sont an engagement à un triple ordre de sainteté, et par conséquent un titre à un triple ordre de grâces.

Baptisée, enfant de Dieu, membre de Jésus-Christ, héritière du ciel, je fais profession de glorifier un tel Père, de vivre de la vie d'un tel Chef, de me rendre digne d'un tel royaume ; j'abhorre les œuvres des iniidèles qui ont le démon pour père, d'impures idoles pour modèles, l'enfer pour héritage ; je m'applique à suivre les maximes laissées par Jésus-Christ à ses disciples, à copier les exemples qu'il leur a donnés ; je crois tout ce qu'il a révélé, j'espère tout ce qu'il a promis, j'aime ce qu'il aime, je déteste ce

qu'il déteste ; je cultive les vertus qu'il a recommandées, je fuis les vices qu'il a anathématisés, j'obéis à l'Eglise qu'il a établie comme à ma mère.

Confirmée, parvenue à la plénitude de l'âge, vigoureux athlète de la foi, temple magnifiquement orné de l'Esprit saint, j'ai cessé de parler en enfant, d'agir en enfant, de combattre en enfant ; il me faut des vertus plus solides, une sagesse plus consommée, des victoires plus signalées. A moi un dédain plus marqué des choses du inonde, un plus sublime élan vers les choses célestes ; je veux que l'Esprit saint soit à l'aise dans mon cœur, qu'il y commande en maître, qu'il agrandisse et décore de jour en jour son vivant sanctuaire.

Epouse de Jésus-Christ, Religieuse institutrice, admise dans la légion des sauveurs d'àmes, je me tiens unie de cœur et d'esprit à mon divin Epoux ; je porte avec un légitime orgueil des livrées de la pauvreté, de la chasteté, de l'obéissance, dont il m'a revêtue ; j'aspire, comme lui et avec lui, à rendre à Dieu la plus grande gloire, à remporter sur l'enfer les plus splendides trophées ; dans mes exercices de piété, dans les œuvres de zèle, je sens vivre en moi Jésus-Christ, tressaillir et palpiter en moi Jésus- Christ.

Or je trouve dans le caractère du Baptême un titre pour recevoir les grâces nécessaires au chrétien, dans celui de la Confirmation un titre pour les grâces nécessaires au parfait chrétien, dans ma qualité d'épouse de Jésus-Christ un titre pour les grâces nécessaires à la Religieuse institutrice. Si je sentais jamais ma foi chanceler, ma vigueur s'éteindre, mon zèle se ralentir : 0 mon Dieu, m'écrierais-je, augmentez en moi la foi, l'espérance, la charité, fruits précieux de mon baptême ; renouvelez en moi les

sept dons de votre Esprit, devenu l'hôte de mon cœur dans la Confirmation; ressuscitez en moi les vertus religieuses auxquelles vous me donnâtes droit en m'acceptant pour épouse dans ma profession. .Mes titres seraient-ils périmés ? ne sont-ils pas signés de votre main ? Lisez, lisez ce qui est écrit sur mon âme ; vuus verrez qui je suis et à quoi je puis prétendre.

2° U ma le ciel, ces dignités sont le principe cVun triple degré démérites, et par conséquent la source d'un triple degré de gloire.

Autre le prix de l'argent, autre celui de l'or, autre celui du diamant. Le vol de la colombe n'est pas celui de l'hirondelle, et le vol de l'hirondelle n'est pas celui de l'aigle. La couronne décernée au laboureur qui a bien défriché son champ est inférieure à celle décernée au magistrat qui a bien administré la justice, et celle-ci est inférieure à la couronne décernée au général qui a sauvé la patrie.

En sur» osant une égale correspondance à la grâce, le prix de mes actes, déjà grand lorsque je n'étais que simple chrétienne, est plus grand depuis queje suis parfaite chrétienne, plus grand encore depuis queje suis épouse de Jésus-Christ. Sous l'impulsion de plus en plus véhémente de l'Esprit saint, mon vol s'élève plus haut dans les régions de la sainteté ; an ressort plus puissant, qui n'est autre que fa grâce augmentée, me pousse plus vite et plus loin. Les couronnes acquises successivement sont donc d'un ordre supérieur.

Et comme, dans la décomposition des substances, les éléments homogènes se cherchent et s'unissent ; comme les enfants, au retour de l'exil, reconnaissent leur mère qui les attend sur le rivage et se jettent dans ses hras ; comme les guerriers, confondus

dans la mêlée, retournent, après la victoire, dans leur légion et sous leur drapeau respectif ; ainsi, dans le ciel, il me semble voir tous les mérites que j'di acquis d'abord comme chrétienne, puis comme parfaite chrétienne, ensuite comme Religieuse institutrice, se rassembler les uns sous le caractère du Baptême, le9 autres sous celui de la Confirmation, les plus excellents et les plus nombreux se rattacher à ma qualité d'épouse de Jésus-Christ.

Anges et saints, admirez dans mon enfance les vertus déjà considérables que je pratiquais au sein de la famille ; admirez dans ma jeunesse, pendant mon éducation et mon noviciat, les vertus plus solides et plus éclatantes que formait en moi i'Esprit saint par l'abondance de ces dons ; mais surtout admirez les vertus mille fois plus multipliées et plus héroïques que la profession religieuse m'a fait produire. Tels sur ma tête des diadèmes dont les perles se superposant prennent un éclat toujours plus vif et un volume toujours plus grand. Tels des arcsen-ciel où l'œil aperçoit des couleurs pins brillantes, des nuances plus riches, à mesure qu'il s'élève avec eux dans les airs. Tels des soleils, escortés d'innombrables satellittes, dont la splendeur varie selon le centre autour duquel ils gravitent, et qui se renvoient mutuellement leur lumière.

3° En enfer, ces dignités sont le monument d'une triple espèce de profanation, et par conséquent le signal d'une triple espèce de dégradation.

Sur le caractère du Baptême, éternellement on pourra lire : J'étais enfant de Dieu et de l'Eglise ; à ce titre, pour me sanctifier, j'avais reçu la grâce habituelle et les vertus infuses, et je suis damnée ! Sur !« caractère de la Confirmation: J'étais le temple de l'Esprit saint; à ee titre, nour me perfectionner, j'a-

vais reçu les dons de sagesse et d'intelligence, de conseil et de force, de science, de piété et de crainte de Dieu, el je suis damnée ! Sur mon front où restera gravée ma qualité d'épouse de Jésus-Christ: J'étais Religieuse institutrice, attachée à Dieu par les trois vœux, dévouée par vocation au salut des âmes, et je suis damnée !

Venez, diront les intidèles, dégradons cet enfant de Dieu, qui n'a connu son Père que pour l'outrager. Venez, diront ceux à qui le sacrement de Continua lion n'avait pu être conféré, dégradons cet athlète, qui n'a reçu l'Esprit de force que pour lui insulter et trahir lâchement sa cause. Venez, diront à leur tour les séculiers, dégradons cette Religieuse,. aui avait juré d'être un ange et qui n'était qu'un démon, qui faisait métier de sauver les âmes et qui a perdu la sienne ; elle se flattait d'être l'épouse de Jésus-Christ et elle a été condamnée par Jésus-Christ. Le triple diadème qu'elle portait sur sa tète n'est donc plus qu'un triple bandeau d'ignominie ! Ce triple flambeau, jadis si brillant, est donc éteint, et ne jette plus qu'une fumée noire et infecte! Tous ses titres à la gloire ne sont donc plus, par sa faute, que des titres à la honte !

Colloques : 1° Avec l'Ange gardien. Demander pardon de notre indocilité, et renouveler devant lui les promesses du baptême.

2° Avec V Esprit saint. Demander pardon de nos outrages, et le prier de ressusciter en nous ses dons pendant la retraite.

3° Avec Jésus -Christ. Demander pardon de notre lâcheté à son service, et promettre pour l'avenir fidélité et dévouement.

DEUXIEME EXERCICE

Dieu principe et fin

Dieu est mon premier principe, donc il est mon souverain Maître, donc il est ma fin dernière. Ce raisonnement bien pénétré et bien saisi répond à mille questions, résume presque toutes les règles des mœurs ; car, en me révélant mon origine et ma destinée, il m'apprend ce qu'il faut faire ou omettre désirer ou craindre, et donne ainsi la direction à toute ma conduite. Tel un flambeau dont la lumière sûre; indéfectible, m'éclaire dans tous les âges, toutes les circonstances de ma vie.

1° Dieu est mon premier principe.

Le hasard est une chimère, le néant ne peut enfanter que le néant, ma mère ignore comment j'ai été formée dans son sein. C'est donc vous, ô mon Dieu, qui avez dessiné mes traits et ajusté mes membres. Je n'étais pas, et quand vous avez voulu que je fusse, j'ai commencé d'être. Je tiens tout de vous.

Dieu s'était passé de moi jusque-là, il pouvait bien s'en passer encore ; en quoi pouvais-je contribuer à son bonheur ? C'est donc sans intérêt, par pure bienveillance, qu'il m'a donné l'être ; et comme pour Dieu il n'y a ni passé ni avenir, que ce qu'il accomplit dans le temps il l'avait décidé de toute éternité, il est vrai de dire qu'éternellement Dieu pense à moi, me porte dans son cœur, s'occupe des moyens de me rendre heureuse. Une éternité de charité, est-ce assez pour mériter ma reconnaissance et mon amour?

Comment, prévoyant mes infidélités et mes ingratitudes, Dieu m'a-l-il préférée à tant de créatures possibles qu'il laissera à jamais dans le néant ? A quoi a-t-il tenu qu'à ma place il ne fit un ange de plus, un ange qui l'eût si bien servi ?

C'est dans Dieu que j'ai l'être, le mouvement et la vie ; sans son concours, je ne pourrais pas articuler une parole, pas faire jaillir une pensée de mon esprit ; je dépends également de lui et avant de recevoir la vie et après l'avoir reçue. Si je veux travailler, il me prête son appui ; que je me précipite; il se hâte ; que je memodère, il tempère son action; il vient où je l'appelle; je multiplie mes exercices^ lui ses secours. S'il m'abandonnait un seul instantà moi-même, je m'évanouirais comme un vain souffle.

0 mon âme, bénis le Seigneur ; il t'a créée à son image, tu portes la vive empreinte de ses traits. Comme Dieu, tu es spirituelle ; comme Dieu, tu es immortelle ; comme Dieu, tu as l'intelligence, la liberté, un cœur fait pour aimer. Tu as l'idée de l'infini, et tu t'y élances de toutes tes forces comme vers ton centre. Dieu est une seule essence en trois personnes distinctes, tuesuneseulesubstanceen trois facultés. Dieu est dans ce monde, et sa présence le conserve ; ainsi tu es dans le corps, et tu le vivifies. Toutes les créatures sont pour Dieu et pour sa gloire ; toutes sont également pour toi et pour ton utilité.

Quelle noblesse ! quelle grandeur ! Si j'eusse été libre de me choisir un père, aurais-je voulu choisir un autre père qu'un Dieu ?

2° Donc Dieu est mon souverain Maître.

A qui appartient la statue, si ce n'est au sculpteur? Qui aie droit d'habiter la maison, si ce n'est

celui qui l'a fait construire ? Qui peut cueillir les fruits de l'arbre, si ce n'est celui qui l'a planté ? Le poëte revendique justement la propriété des chefsd'œuvre, fruits de son génie. De tout temps encore, parmi les hommes, le cachet a fondé un titre légitime sur l'objet qui le porte.

Or nous portons le sceau et l'empreinte de Dieu en notre àme,et notre être entier est l'ouvrage et la créalion de Dieu ; nous appartenons, donc à Dieu, et nous lui appartenons incomparablement plus que la statue au sculpteur, et que la monnaie au prince. Le sculpteur, en effet, a trouvé son marbre existant, et le prince n'a pu graver qu'une image morte sur le métal, tandis qu'en nous Dieu a créé la matière et donné la forme. Tout en nous vient de Dieu, est un fruit de son fonds, un présent de sa munificence; nature et grâce, qu'avons-nous que nous n'ayons reçu ?

Ah ! quand je cherche en moi ce qui est à moi, excepté le péché, je suis refoulée au néant, je disparais à mes yeux, je ne sais ce que je deviens; àpeine trouvé-je de quoi me nommer encore moi-même. De quelque côté que je m'envisage, partout je découvre les dons et les bienfaits de Dieu ; partout une voix me crie: Tu n'es point à toi, tu n'as pas la propriété d'un seul grain de tes cendres. J'ai sur toi un domaine suprême : tu appartiens à Dieu avant tout et par dessus tout ; à vrai dire, tu n'appartiens qu'à Dieu. Un domaine essentiel : Dieu pouvait ne pas te créer, mais dès qu'il t'a créée, il est nécessaire que tu sois à lui ; celui qui est ton Créateur ne peut se dispenser d'ttre ton Maître. Un domaine absolu : je puis te donner ou te refuser la fortune, la santé, l'honneur, la vie, sans que tu aies autre chose à faire que d'adorer en silence ma voionté.

0 mon souverain Seigneur, Majesté infinie, Roi seul puissant , seul aimable, vous obéir, c'est régner. Si j'eusse été libre de me choisir un maître aurais-je voulu choisir un autre maître qu'un Dieu?

3° Donc Dieu est ma (in dernière.

Un Être infiniment sage peut-il agir au hasard, sans motif déterminé? Non; l'idée que j'ai des attributs de Dieu m'amène à croire, me contraint même à croire qu'en nous créant il s'est proposé un motif digne de lui, digne de sa grandeur. Quel est donc te motif général , dominant des œuvres de Dieu? Sa gloire. « Le Seigneur a fait toutes choses « pour lui-même. » (Prov., xvi.) « Je suis le prin- « cipe et la fin. » (Apoc.,i.) « Je suis le Seigneur, et «je ne donnerai pas ma gioire à un autre. » (Is.,

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