XL II
Dieu nous a créés pour sa gloire, donc c'est pour nous un devoir rigoureux de glorifier Dieu ; car c'est là notre fin, notre destinée, la raison de notre création.
Donc, excepté glorifier Dieu, tout le reste n'est rien, absolument rien ; et du moment où nous trompons notre Créateur, lui refusant l'hommage de notre rire, nous ne sommes plus qu'un feu sans chaleur, un soleil sans lumière, une nuée sans eau, un corps sans vie, une plante déracinée, un instrumentasse, unevraie inutilité, un scandale, un monstre dans la nature.
Dieu nous a créés pour sa gloire, donc nous devons le glorifier lui seul : nul égard ni à nousmêmes, puisque nous ne nous appartenons pas. ni à nul antre, puisque nous nerelevonsquedeDieu. Le glorifier de toute l'étendue de notre être : point de réserve, po int de partage. « Celui, dit saint Augus- € tin, qui m'a fait tout entier, me réclame toul en-
< fier ; un rien de moins, il ne saurait être con- « tent. » Le glorifier toute la vie, dans la jeunesse comme clans l'âge avancé, tous les jours et à toute heure : ie temps donné à autre chose est un temps perdu, dérobé à Dieu. Le glorifier toujours davantage, avec plus de fidélité et de ferveur, parce que de moment en moment il nous continue ie bienfait de l'existence par une Providence qui ne cesse de veiller et d'agir. Le glorifier par toutes les créatures, la nourriture, le vêtement, l'habitation, les événements divers ; recevant tout avec reconnaissance, tournant tout au service de Dieu, sacrifiant généreusement tout ce qui serait un obstacle à notre lin.
Dieu nous a créés pour sa gloire, et comment devons-nous le glorifier ? Ah ! c'est ici que se révèle le mystère. Nous avons été créés à l'image de la trèssainte Trinité ; or la vie des trois adorables personnes est de se connaître, de s'aimer, d'agir de concert. Quelle sera donc notre vie ? De connaître Dieu, d'aimer Dieu, de faire la volonté de Dieu ; c'est pour cela que nous avons reçu l'intelligence, le cœur, la liberté. Quand nous nous occupons à contempler les attributs de Dieu que nous nous laissons consumer aux flammes de son amour, que nous accomplissons ses commandements, nous vivons de la vie de Dieu, nous nous formons à son image, nous mettons nos complaisances où il met les siennes, nous unissons notre intelligence à son intelligence, notre cœur à son cœur, notre volonté à sa volonté ; nous ne faisons plus qu'un avec lui.
Quelle gloire ! quelle vie ! quelle félicité ! Si j'eusse été libre de me choisir ma fin dernière, au- ™is-je voulu choisir une autre fin dernière que Dieu?
TROISIÈME EXERCICE
La retraite.
1° Qu'est-ce que faire la retraite !
1° C'est me dégager des préoccupations de mon emploi, m'établir dans Je silence et la paix, afin de traiter des moyens de réformer ou de perfectionner ma vie, avec mon âme qu'il faudra sonder et approfondir, avec mon directeur dont la fonction auprès de moi est celle d'un médecin et d'un ange consolateur, avec Dieu qui, à la connaissance de mes misères, joint le pouvoir et la volonté de les guérir. « Le « fond de la conscience, l'oreille du directeur, le cœur « de Dieu, trois stations, dit saint Bernard, qu'il « faut incessamment parcourir dans notre solî- « tude. »
« Attention à vous, » me crie encore l'Apôtre : tournez vos regards sur vous-même, après les avoir tenus si longtemps fixés sur vos élèves. Examinez si, à force de respirer l'air empesté du monde, vous n'avez pas été atteinte par la contagion ; si, en voulant entretenir le flambeau de la piété dans votre classe, vous n'avez pas laissé votre lampe languir ou s'éteindre, faute d'huile. Vous avez sans cesse le Seigneur à la bouche, et peut-être le Seigneur est-il absent de votre cœur.
2° C'est chercher devant Dieu le degré de perfection quil exige actuellement de moi, et me déterminer à mettre désormais tout en œuvre pour l'acquérir. Si je suis vertueuse, je raviverai mes forces et stimulerai ma ferveur. Si je suis partagée au service de Dieu et embarrassée de quelque attache,
je briserai mes liens et me reporterai tout entière vers l'unique objet de mon amour. Si je suis distraite ou absorbée parles agitations de la vie active, ^reviendrai à moi-même et à Dieu, et j'échapperai aux influences de l'atmosphère mondaine qui m'enveloppe.
Trop souvent, en me confrontant avec mes élèves, je suis tentée de me croire irréprochable, parce que je n'ai pas les mêmes défauts ; aujourd'hui c'est avec le modèle des Religieux que je vais me comparer. Votre pureté sans tache, ô Jésus, et mes trop indignes souillures, votre zèle et ma lâcheté, vos anéantissements et ma vanité ; voilà le contraste pénible et salutaire sur lequel maintenant s'arrêtera ma vue.
3° C'est faire la révision de mes armes, les vertus chrétiennesetreligieuses, les soumettreà une inspection sévère, pour m'assurer qu'elles sont polies, affilées et capables de repousser un assaut de l'ennemi : ce qui l'ait appeler la retraite, par saint Basile, le camp de Dieu, l'arène du combat spirituel.
Au dire de Bossuet, c'est visiter soigneusement la structure de notre édifice, afin, selon le besoin, de réparer d'un côté, d'étayer de l'autre, d'affermir le fondement, d'appuyer cette muraille caduque, de recouvrir le comble, de reconstruire par la base cette colonne qui chancelle. C'est, comme parle saint François de Sales, voir et retoucher en détail tout le mécanisme de l'àme ; car, comme il ne suffit pas de monter chaque jour une horloge, mais que de temps à autre il faut en isoler et en nettoyer une à une toutes les pièces : ainsi, pour donner le mouvement et la vie à l'âme, non content de la remonter journellement par l'oraison, on doit la réparer pour ainsi dire à fond et remettre à neuf tous les rouages par la retraite annuelle.
4° C'est me prémunir contre les surprises de la mortel préluder au jugement particulier , en faisant mon inventaire et m'élablissant dans l'état oùje veux être trouvée à l'heure fatale. Puisqu'il va un jugement, c'est à la mort qu'il s'exerce; un enfer, c'est à la mort qu'on y tombe ; une éternité, c'est à la morl qu'elle commence. Or la mort sejetterasurmoi àl'im- [>roviste, comme un voleur, et Jésus-Christ m'avertitde metenir toujours prête, car je serai surprise.
Viens donc, monâme ;jeveux t'interroger aujourd'hui. Dis-moi l'étendue de tes obligations et ta fidélité à les remplir. Dis-moi les fruits que tu as retirés de tant àe sacrements et de tant de saints exerciees. Prenons en main la balance, voyons nos gains ou nos pertes; hâtons-nous, peut-être n'avons-nous pas trois mois à vivre, et le souverain Juge déjà s'apprête à nous citer à son tribunal.
La Religieuse institutrice qui fait sa retraite, c'est un pêcheur descendu sur la rive pour raccommoder ses filets : la réparation était urgente, le poisson s'échappait de toute part, on passait des journées et des nuits entières sans rien prendre. C'est un pilote qui, trouvant une île sûre et commode au milieu d'une longue et périlleuse navigation, s'arrête là quelque temps pour radouber son vaisseau, explorer au loin avec sa lunette les écueils qui le menacent, et marquer sur sa carte, afin de les éviter au retour, les rescifs et les courants dont la rencontre a failli lui être funeste. C'esttoutàlafois un sculpteur et un peintre : un sculpteur qui taille, retranche, cherche pour ainsi dire la statue dans le marbre ; un peintre qui ajoute couleur sur couleur, passe et repasse le pinceau jusqu'à ce qu'il ait reproduit sur la toile la copie vive et iidèle de son original. Ce que le ciseau de la Religieuse va enlever, ce sont ses péchés, ses habitudes
vicieuses, tout ce que saint Paul appelle les traits et les œuvres du vieil homme ; ce que son pinceau va retracer, ce sont les vertus, les exemples de Jésus-Christ, tout ce que le même apôtre nomme les traits et les œuvres de l'homme nouveau.
2° Quelles sont les dispositions a la retraite ?
1° La reconnaissance. Cette grâce qui commence à s'épancher sur moi, Dieu la porte de toute éternité dans son cœur. Jésus me la préparait à la crèche, à Nazareth, au jardin des Oliviers, sur la croix, au saint tabernacle. Que d'àmes dans le purgatoire qui, favorisées d'une retraite, auraient fait une pleine et entière pénitence ! Que d'àmes dans l'enfer à qui un seul jour de retraite aurait ouvert la porte du ciel !
Entre la grâce du noviciat et celle d'une bonne mort, la grâce de la retraite est la plus insigne que je puisse recevoir: telle est ma pensée, la pensée de la Congrégation, la pensée de Dieu même. Ma pensée ; car je regarde la retraite comme l'occasion la plus favorable pour calmer mes inquiétudes par une revue sincère, et réaliser mes projets de renouvellement par de solides résolutions. La pensée de la Congrégation, qui fonde sur cette époque ses plus légitimes espérances pour affermir ses membres dans leur vocation par la méditation de son excellence, et les engager à y correspondre par la perspective des châtiments et des récompenses. La pensée de Dieu même, qui jette dans notre cœur, par une série d'exercices, la semence la plus pure et la plus abondante, dans l'espoir'de lui voir produire cent pour un ; il n'y a là ni épines pour étouffer le grain, ni oiseaux pour l'enlever, ni passants pour le fouler aux pieds, ni rochers pour l'empêcher de prendre racine. Il veut nous apprendre bien des choses que nous avions ignorées ou oubliées, nousen faire comprendre beaucoup
dont nous n'avions jamais eu l'intelligence, nous en faire l'aire auxquelles nous n'avions point pensé ou dont nous ('lions loin de nous croire capables.
Faut-il, ô mon Dieu, que tant d'ingratitudes n'aient pu lasser votre patience, et qu'aujourd'hui encore vous vouliez mettre le comble à vos bontés ?
2° La crainte. Le bienfait de la retraite ne se présentant qu'à de Longs intervalles, et celle-ci pouvant être pour moi la dernière, un poids immense de gloire, dans les desseins de Dieu, y est attaché. Par elle je dois rat hotoi le temps perdu et recouvrer tant démérites dissipés et jetés au vent. Ne serait-ce pas un dernier effort delagrâce qui réunittoutce quiest leplus capable de me toucher ? Ma persévérance finale n'en dépendrait-elle pas?
L'effet de la retraite, au reste, est assuré ; il faut qu'elle me rende meilleure ou pire, qu'elle m'enrichisse ou m'appauvrisse. « On donnera, dit Jésus- « Christ, à celui qui a déjà, et il sera dans Tabon- « dance; et l'onùteraàcelui qui n'a pas le peu qu'il « a. » (Mat th., xni.) El parce que laReligieuse institutrice ne peut ni se sauver ni se perdre seule, je tiens dans mes mains, en commençant cette retraite, avec mon propre sort le sort d'une multitude d'âmes.
3° Le recueillement. Je suis en retraite pour écouter Dieu ; car la retraite, au dire de saint Basile et de Pierre de Blois, est l'ineffable entrevue deDieu et de l'homme, le colloque familier de l'Esprit saint et de l'àme. Or, la voix de Dieu demande et mérite un respect profond, une oreille attentive ; elle craint le bruit et se tait dan s le mouvement. Donc pas un mot, pas un -este inutile. Loin de moi toute pensée, tout désir, tout projet étranger au but de la retraite. Nul souvenir inopportun de ma classe, de mes compagnes. Plus de visites à rendre ou à recevoir, plus de lettres
à lire ou à écrire, plus d'autres affaires à traiter que celles de la conscience.
Je serai avec vous seul, ô mon Dieu, comme si le monde entier était fini pour moi, afin de répondre à mon juge, de supplier mon père, de m'entretenir avec mon ami, ainsi que saint Bonaventure le raconte de saint François dans sa solitude.
4° La confiance. Hélas ! en m'appelant en relia ion, Dieu ne m'a ni dépouillée de l'humaine fragilité, ni rendue inaccessible aux traits du démon. Mon état réclame peut-être un Samaritain charitable qui me relève, verse l'huile et le vin dans mes plaies, et me prodigue des soins assidus ; c'est ce Samaritain que m'offre la retraite.
Au dire des saints, la retraite est Fhospiee, la pharmacie du céleste médecin où les blessés les plus incurables trouvent une prompte guérison, le sépulcre de Jésus-Christ qui reçoit les hommes morts et les restitue pleins de vie, le bain qui a la propriété de rafraîchir et de fortifier les âmes débiles, le réveil de ceux qui dorment, l'échelle de Jacob où l'on voit les hommes monter au ciel et les anges descendre à leur secours, la tour de David où les guerriers viennent renouveler leur armure, le cellier où les vierges sages font provision d'huile, la source où l'on s'abreuve soi-même pour être à même d'abreuver les autres, le lit nuptial, dit saint Basile, où l'anneau du divin Esprit est donné et où l'àme contracte avec l'Epoux une indissoluble alliance.
Puis-je douter que le ciel s'intéresse à moi en ce moment ? Oui dira tout ce que Marie me réserve dans sa maternelle bonté ? Et vous, Seigneur Jésus, ne dilatez-vous pas votre cœur pour que j'y entre, que je m'y cache, que j'y fixe à jamais ma demeure ?
QUATRIEME EXERCICE
Mystère de notre incorporation à Jésus-Christ.
Premier prélude. Pour nous on donner quelque intelligence, l'Esprit saint emploie la comparaison de L'édifice, du cep de vigne, du corps bumain, emprunte même de l'adorable Trinité un sublime rapprochement.
Deuxième prélude. Se reporter par la pensée sur les fonts sacrés, où l'incorporation s'est faite pour chacun de nous.
troisième prélude. Demander la grâce de saisir l'exposé et de vivre selon l'esprit de ce mystère.
1° Comparaison de V édifice. Un temple s'élève sur la terre et se consomme dans les cieux. Jésus-Christ, en est la pierre fondamentale et angulaire ; les apôtres et les prophètes sont les colonnes fortes et puissantes ; les chrétiens, chacun dans son ordre, composent les murailles et les ornements ; l'Esprit saint est L'architecte, la charité le ciment, Dieu l'objet du culte qu'on rendra dans ce temple aux siècles des siècles. C'est ce qu'écrit saint Paul aux Ephésiens : « Vous êtes édifiés sur le fondement des apôtres etdes « prophètes, Jésus-Christ étant lui-même la prinei- « pale pierre de l'angle. Tout l'édifice posé sur cette « pierre s'accroît et monte avec une juste symétrie, « pour devenir un saint temple consacré au Seigneur. « Et vous-mêmes vous entrez dans la structure de « cet édifice, pour être la maison de Dieu par le Saintce Esprit. » (C. h.)
De sa main divine Jésus-Christ porte l'immense architecture de son Eglise et raffermit contre les tempêtes suscitées par l'enfer ; tous les peuples de
croyances jadis si opposées, il les réunit en un seul peuple. Nous tous qui avons la foi au Sauveur Jésus, nous pesoDS pour ainsi dire sur lui, nousnousélévons lentement sur cette base sacrée ; et de jour en jour ce temple mystérieux s'embellit, se décore, recule les limites de sa vaste enceinte jusqu'aux confins de l'univers, va chercher son faite et son couronnement au haut des cieux, dans les profondeurs de l'éternité.
2° Comparaison du cep de vigne. Elleest de Jésus Christ même : « Je suis la vraie vigne, et mon Père « est le vigneron. Il retranchera toutes les branches « qui ne portent point de fruit en moi, et il émon- « dera toutes celles qui portent du fruit, afin qu'el- « les en portent davantage. Vous êtes déjà purs, à « cause de la parole que je vous ai annoncée. De « meurez en moi et moi en vous. Comme la branche « de la vigne ne saurait d'elle-même, et sans demeure rer attachée au cep, porter aucun fruit, il en est « ainsi de vous autres si vous ne demeurez en moi. « Je suis lecep de la vigne, et vous en êtes les bran- « ches. Celui qui demeure en moi, et en qui je de- « meure, porte beaucoup de fruit ; car sans moi vo'JS « ne pouvez rien faire. Si quelqu'un ne demeure « pas en moi, il sera jeté dehors comme le sarment ; «il séchera, on le ramassera pour le jeter au feu, « et il brûlera. » (S. Joan., cap. xv.)
0 Jésus, vigne divine, que je sois toujours votre branche, enté sur votre tige, tirant de vous mon suc et ma vie, un avec vous. Faites couler en moi la sève de votre grâce, pour que je produise des feuilles, des fleurs et des fruits : oui, de bonnes pensées, de saints désirs, des actions méritoires. Que je ne me sépare jamais de vous, en perdant la foi ou la charité ; car, je le confesse sans peine sur
votre parole, sans vous je ne puis rien, absolument rien, ni peu ni beaucoup. Si le céleste vigneron me juge digne de sa culture, qu'il émonde et retranche en toute liberté; mon unique désir est de porter des fruits en vous, par vous et pour vous.
3° Comparaison du corps humain. Il faut entendre saint Paul sur ce sujet : « Comme notre corps, « n'étant qu'un, est composé de plusieurs membres, « et qu'encore qu'il y ait plusieurs membres, ils ne « font tous néanmoins qu'un même corps, ainsi en * est-il de Jésus-Christ. » (I Cor., cap. xn.) Vous êtes « le corps de Jésus-Christ et membres dépendants « les uns des autres. » (Ibid.) « Ne savez-vous pas que vos corps sont les membres de Jésus-Christ?» (Ibid., vi. ) « Nous sommes les membres de son « corps, formés de sa chair et de ses os. » (Eph., cap. v.) « Car nous sommes entrés en participa- « tion de Jésus-Christ. » (Ilebr., cap. m.) « Nous « avons été initiés à sa substance. » (Ibid.) « Nous . « avons été créés de nouveau en lui. » (II Cor., c. v.) « Dieu a donné Jésus-Christ pour chef à toute l'E- « gliso, laquelle est son corps, et où il trouve son « entière perfection, lui qui accomplit tout en tous. » (Eph., cap. i.) « Tout le corps recevant l'influence « de ce chef par les vaisseaux qui en joignent et « lient toutes les parties, s'affermit et s'augmente, « réalisant comme un accroissement de Dieu. » (Coloss., cap. h.)
Contre et distributeur du mouvement, de la sensibilité et de la vie, notre Chef, toujours attentif et toujours généreux, du haut du ciel, insinue à point nommé dans ses membres, de peur qu'ils ne s'épuisent, par d'invisibles et mystérieux canaux, les secours que réclament leurs emplois et leurs nécessités pressantes ; et nous, en croissant spirituelle-
mont sons notre Chef, nous l'achevons, nous le complétons, comme les membres clans le corps achèvent et complètent le chef; et nous devenons, ainsi que s'exprime saint Paul, l'entière perfection de Jésus-Christ, et il se fait ce qu'il ose bien nommer un accroissement de Dieu.
4° Sublime rapprochement emprunté de V adora.' ble Trinité. Jésus-Christ terminait son discours après la cène. Elevant les yeux et les mains vers le ciel : «Que mes disciples tous ensemble, s'écria-t-il, « ne soient qu'un ; comme vous, mon Père, vous « êtes en moi et moi en vous, qu'ils soient un de « môme en nous, afin que le monde croie que vous « m'avez envoyé. Et je leur ai donné la gloire que « vous m'avez donnée, afin qu'ils soient un, comme « nous ne sommes qu'une même chose. Je suis en « eux et vous en moi, afin qu'ils soient consommés « en l'unité, et que le monde connaisse que vous « m'avez envoyé, et que vous les avez aimés comme « vous m'avez aimé. » (Jean., cap. xvn.)
Sur quoi saint Hilaire fait ce raisonnement : Dieu le Père, Dieu le Fils, Dieu le Saint-Esprit, par l'unité d'essence et de nature, ne l'ont qu'un seul et même Dieu. Dieu le Fils avec l'humanité sainte, par l'union hy posta tique, ne fait qu'un seul et même Jésus-Christ. Jésus-Christ avec les chrétiens, par charité sans doute, par grâce et par adoption, ne fait qu'une seule chose. De Dieu, de Jésus-Christ, des chrétiens, il se forme donc comme une ineffable unité dont le nœud et le secret ne se découvrirent aux Apôtres que le jour de la Pentecôte. « En ce « jour, disait Jésus-Christ, vous connaîtrez que je « suis en mon Père, et vous en moi, et moi en « vous. » (Joan., c. xiv. )
0 chrétien, membre de Jésus-Christ, complément
de Jésus-Christ, temple de l'Esprit de Jésus-Christ, être sacré, allié à l'adorable Trinité, admire la grandeur, reconnais ta noblesse, rends-toi digne de tes glorieuses destinées.
Colloques: 1° Avec l'Ange gardien. De quels y.Mix pleins de respect et d'amour nous envisage-til au sortir du baptême?
2° Avec Dieu le Père. Le remercier de nous avoir adoptés pour enfants, lui qui avait déjà un Fils immortel, héritier naturel de son royaume, digne de toutes ses complaisances.
3° Avec Jésus-Christ. Le prier d'augmenter notre foi, notre espérance, notre charité, liens sacrés qui nous attachent à lui, afin que, nous unissant de plus en plus à notre Chef, nous n'ayons avec lui qu'un même esprit et une môme vie.
IiE DEUXIEME JOUR
PREMIER EXERCICE
Principe de notre incorporation à Jésus- Christ.
Premier prélude. L'union est contractée par le Baptême, affermie par la confirmation, rendue plus indissoluble par l'Eucharistie, entretenue et vivifiée par l'effusion journalière de la grâce.
Deuxième prélude. Se reporter au jour de la première communion, où, après avoir reçu le corps de Jésus-Christ, nous renouvelâmes solennellement l'alliance faite avec lui au Baptême.
Troisième prélude. Prier Jesus-Christ de nous découvrir les principesde cette incorporation glorieuse.
1° Vunionest contractée par le Baptême. Nous € avons tous été baptisés dans le même Esprit, dit « saint Paul, pour n'être tous ensemble qu'un même « corps, soit Juifs, soit Gentils, soit esclaves ou « libres ; et nous avons tous reçu un divin breuva- « ge, pour n'être tous aussi qu'un même esprit avec « Jésus-Christ. » (l Cor., cap. xn.)Pour qu'un mem. bre soit censé appartenir à un corps, il faut qu'il soit sous l'action du même esprit qui anime les autres membres de ce corps. Ainsi mon bras droit est à moi, non au voisin, parce que le même esprit qui anime mes autres membres anime aussi mon
bras droit, et que L'esprit du voisin lui est tout a fait étranger. « Assurément, dit saint Augustin, « mon corps vit de mon esprit. Vroulez-vous vivre « <!;■ L'Esprit de Jésus-Christ ? Soyez dans le corps
'.' Jésus-Christ. Est-ce que mon corps vit de vot ire esprit ? Le mien vit de mon esprit, et le vôtre < de voire esprit. Le corps de Jésus-Christ ne peut Jonc vivre que de l'Esprit de Jésus-Christ. » (Tract. 26 in Joan.)
Or, au Baptême, l'Esprit de Jésus-Christ nous a été donné ; nous l'avons reçu, il nous anime, nous dirige, nous vivifie ; il opère en nous et par nous , il est véritablement, dans l'ordre surnaturel, quoique par charité et par grâce, notre âme et noire vie. Dès lors nous tous qui sommes mus par l'Esprit de Jésus-Christ, abreuvés de l'Esprit de Jésus-Christ, nous pouvons nous glorifier d'avoir été incorporés à Jésus-Christ, d'être devenus par le Baptême membres de Jésus-Christ.
2° L 'union est affermie par la Confirmation. € C'est Dieu qui nous confirme avec vous en Jésus- « Christ, qui nous a oints de son onction, qui nous « a aussi marqués de son sceau, et qui pour arrhes « nous a donné le Saint-Esprit dans nos cœurs. » (II Cor., cap. i.) Ces quatre paroles de saint Paul sur les effets du sacrement de Confirmation veulent être expliquées.
« Dieu nous confirme avec vous en Jésus-Christ. » En se communiquant à nous de nouveau, l'Esprit de Jésus-Christ a comme doublé les nœuds qui déjà nous attachaient à notre Chef, il nous a consolidés et enracinés en lui, il nous a portés plus avant dans son cœur, aux sources mêmes de la vie.
« Il nous a oints de son onction. » Comme une liqueur onctueuse qui, tombant sur une étoffe,
l'imbibe et la pénètre tellement qu'il n'est presque plus possible de distinguer et de séparer l'une de l'autre : ainsi l'Esprit de Jésus-Christ, non content de se reposer sur nous, de nous recouvrir et investir, est entré dans les puissances de notre âme, a pénétré comme l'huile jusqu'à la moelle de nos os, a percé jusqu'au fond de notre substance.
« Il nous a aussi marqués de son sceau. » Pour nous désigner et nous reconnaître comme sa propriété. l'Esprit de Jésus-Christ a gravé en nous son empreinte, son effigie, son caractère : diadème royal, tiare sacrée, éblouissant soleil sous lequel notre front se dresse avec une sainte fierté, signe authentique de notre adoption, titre ineffaçable de notre noblesse que nous portons ostensiblement aux veux des anges et que nous étalerons au grand jour de l'éternité.
« Il nous a donné pour arrhes l'Esprit saint dans nos cœurs. » Le vendeur qui ne peut pas ou ne veut pas délivrer immédiatement l'objet du contrat,, donne des arrhes à l'acquéreur pour le dédommager et lui ôter toute défiant e ; ainsi, avant de nous mettre en possession du ciel, objet du contrat conclu entre lui et nous, et pendant que nous remplissons la condition, qui est l'accomplissement de sa loi, Dieu met dans nos cœurs l'équivalent du ciel, Celui qui consomme la félicité des élus, l'Esprit de Jésus-Christ, comme un gage du traité infiniment acceptable, comme la promesse vivante et le délicieux avant-goût de la gloire et du bonheur éternel. Ne serons-nous pas contents et rassurés? Dieu pourrait-il priver de leur salaire et anéantir un corps, une âme, temple et domicile de son Esprit?
3° L'union est rendue plus indissoluble par V Eucharistie. C'est toujours saint Paul qui nous
développe ce mystère. « Le calice de bénédiction « que nous bénissons n'est-iJ pas la communication « du sang de Jésus-Christ? Et le pain que nous « rompons n'est-il pas la participation au corps de o Jésus-Christ? Parce que ce pain est unique, (( riant plusieurs nous ne sommes qu'un, car nous « participons tous à ce même pain. » (I Cor., x.). L'humanité qu'il nous a empruntée, le Fils de Dieu nous la rend dans l'Eucharistie; mais il la rend à chacun de nous, il nous la rend aussi souvent que nous voulons l'accepter, il nous la rend unie à sa sainte àme et unie au Verbe, divinisée et divinisante.
« Oui, dit saint Hilaire, ce sacrement reçu et u consommé fait que nous sommes en Jésus-Christ « et que Jésus-Christ est en nous. Jésus-Christ est t< en nous par sa chair qu'il nous donne à manger, « et nous sommes en Jésus-Christ plongés dans sa « divinité, puisque sa chair à laquelle nous nous « incorporons, par son union avec le Verbe, est en « Dieu. » Dès lors il nous transmet sa vie ; « car il « vit de la vie de son Père, et de môme qu'il vit de « la vie de son Père qui l'engendre, ainsi vivons- « nous de sa vie, nous qui mangeons sa chair rem- « plie et pénétrée de la divinité. Et parce que le « Père est en Jésus-Christ et Jésus-Christ en nous, « tous ensemble nous ne sommes qu'un. » (Lib. VIII de ïrinil.) Le mystère de l'unité est ainsi réalisé et porté jusqu'à ses dernières limites.
4° L'union est entretenue et vivifîêepar l'effusion journalière de la grâce.. « Que la grâce de Notre- « Seigneur Jésus-Christ, et la charité de Dieu, et la « communication du Saint-Esprit soient avec vous « tous, » écrivait saint Paul aux Corinthiens. (II, cap. xiu.) Et l'ange dans l'Apocalypse : « Que celui
« qui esl juste se justifie encore, et que celui qui est «saint se sanctitie encore. » (Cap. xxn.) C'est un point de doctrine, appuyé sur ces textes, que toute bonne œuvre, revêtue des conditions requises, produit une augmentation de grâce sanctifiante.
D'où il faut conclure que, placés aux sources abondantes et intarissables de la grâce et de la vie, attirant dans notre âme par chaque acte méritoire l'Esprit saint et ses dons, ouvrant à souhait sur notre tète les canaux des divines miséricordes, ajoutant incessamment de nouveaux degrés à notre justice et à notre charité nous grandissons, nous nous développons, nous devenons des membres de Jésus-Christ plus beaux, plus vigoureux, plus dignes de notre Chef, jusqu'au moment où Dieu le Père, voyant en nous la vive et resplendissante image de son Fils, se hâte de nous transporter dans la gloire.
Colloques : 1° Avec Joseph et Marie. Qu'ils fassent croître en nous Jésus-Christ, comme ils le firent croître autrefois par les soins prodigués à son enfance. Pour cela, qu'ils nous obtiennent son divin Esprit.
2° Avec Jésus-Christ. Qu'il nous pardonne de l'avoir retenu si Longtemps petit et à l'étroit dans noire cœur ; désormais qu'il dilate ce cœur et y grandisse à l'aise.
3° Avec l'Esprit saint. Qu'il nous communique la vie de Jésus-Christ, et se fasse à lui-même en nous un sanctuaire et un trône dignes de sa sain» teté et de sa grandeur.
DEUXIEME EXERCICE
Etat religieux.
Pour juger d'un édifice, il ne suffit pas d'*n examiner les détails; avant tout, il faut connaître le dessein de l'architecte, afin de le confronter avec l'exécution. Ainsi, pour apprécier l'état religieux, qui, lui aussi, apparaît au sein de l'Eglise comme un splendide édifice, il est nécessaire de pénétrer dans le conseil suprême et de savoir pourquoi il a été institué. Or Dieu semble l'avoir institué :
1° Pour écarter l'obstacle qu'oppose à la perfection la triple concupiscence.
Si la perfection d'un être consiste à tendre à la fin pour laquelle il a été créé et à s'y attacher, et si la perfection de l'homme consiste à tendre à Dieu et à s'y attacher par la charité, n'est-il pas évident que rien n'est plus capable de nous conduire à Dieu et de nous fixer en Dieu que la pratique des conseils évangéliques ? Qu'est-ce qui distrait ordinairement notre, esprit de la pensée de Dieu et détourne notre cœur de l'amour de Dieu ? L'avarice, la volupté, l'ambition. Or ce triple obstacle à l'union de l'homme avec Dieu étant écarté par les vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance qui le battent perpétuellement en brèche, le Religieux peut en pleine liberté tendre à sa lin dernière et s'y attacher.
Et parce que les vœux accomplis en religion supposent et exigent une foule de sacrifices, l'état religieux n'a pas seulement l'avantage de nous affranchir des péchés et des tentations qu'entraînent l'appât du gain, l'attrait du plaisir et l'abus du libre
arbitre, il nous fournit encore l'occasion des plus héroïques vertus et nous met sur la voie de la plus haute perfection,
2° Pour continuer les exemples et la vie des premiers chrétiens.
Cette ileur si belle qui s'épanouit tout d'abord, au souffle de l'Esprit saint, sur la tige de l'Eglise naissante, ne devait pas embaumer une seule contrée, un seul siècle. Le céleste Jardinier en a jeté la semence aux quatre vents avec une telle profusion que le monde en est désormais couvert. Tous les climats la voient éclore, toutes les générations respirent son parfum. C'est en vain que les hérétiques accusent l'Eglise d'être devenue stérile, son sein est toujours également fécond : ce qu'on vit à Jérusalem, on le voit sur tous les points du globe ; ce qu'on admira dès le début, on l'admirera jusqu'à la fin des temps.
Et de même que le spectacle de la première Communauté où cœurs et biens étaient confondus fut pour les Juifs égoïstes et avares une éloquente prédication, ainsi les innombrables Communautés dont les vertus s'étalent aujourd'hui de toute part sont pour les vices et les scandales des sociétés modernes une éclatante condamnation.
3° Pour donner à Jésus-Christ une cour d'élite, un cortège d'honneur.
Trois vertus résument presque toute la sainteté du Fils de Dieu et présentent à l'œil attentif sa jhvsionomie pour ainsi dire vive et parlante; la pauvreté, la chasteté, l'obéissance. Tels seront aussi les traits caractéristiques du Religieux ; telle sera sa figure, à l'inspection de laquelle il sera comme impossible de le méconnaître. Libre au simple fidèle d'amasser des biens et d'en user selon ses désirs de
goûter les plaisirs qu'autorise l'Evangile, den'bbéîi dans sa oonduite qu'à l'impulsion de sa volonté. Pour toi, ù Religieux, tu te dépouilleras de ta fortune, tu renonceras aux jouissances même permises, tu te laisseras gouverner par une volonté étrangère.
Un père esl heureux et fier de retrouver sur le front de ses entants la beauté de ses traits et dans leur cœur l'élévation de ses sentiments: ainsi, du haut du ciel, Jésus-Christ contemple avec une légitime satisfaction le Religieux portant le sceau de sa divine ressemblance sous les insignes de l'humiliation, de la mortification, de la servitude : et, pendant toute l'éternité, il le signalera à l'admiration et aux bénédictions de ses élus comme son ami intime, son favori dévoué, sa reproduction vivante, Lui plus noble personnification.
48 Pour faire revivre chacune des vertus de Jésus- Christ.
En ce divin Sauveur s'est montrée, pour nous servir de modèle jusqu'à la fin des siècles, la plénitude de toutes les vertus. Mais le moyen de les manifester sans éclipse, ces vertus de les retracer dans leur perfection ! Ce moyen, Dieu l'a trouvé ; il a partagé et reparti pour ainsi dire les vertus de son Fils entre toutes les familles religieuses, les chargeant deperpétuer, Tune sa vie contemplative, l'autre sa vie apostolique, celle-ci sa charité pour les malades, celle-là sa tendresse maternelle pour les enfants, quelques-unes sa commisération pour les pécheresses repentantes, d'autres son humilité, sa pénitence, etc. Ainsi rien ne se perd dans la vie de Jésus-Ghrit, il est tout entier et partout vivant au sein de l'Eglise ; et ce qui eût passé inaperçu si le christianisme n'eut été composé que de simples fidèles, ce qui eût éié impossible s'il n'eût compté qu'un ordre unique, se
réalise maintenant pour la gloire de Jésus-Christ, et resplendit à tous les regards pour notre utilité, grâce à l'institution et à la multiplicité des ordres religieux,
Dans tous, sans doute, on voit reluire, comme éléments constitutifs de la vie parfaite, les trois grandes vertus qui sont le signalement propre du Religieux ; mais, de plus, dans chacun on remarque, comme but secondaire et objet spécial d'imitation, une quatrième vertu de Jésus-Christ non moins apparente que les trois autres ; et ces vertus combinées, sans se nuire jamais, se prêtent mutuellement un merveilleux secours.
5° Pour confondre les réprouvés au dernier jour.
Hommes cupides et iniques, leur dira le souverain Juge, vous entassiez trésors sur trésors, comme si ma Providence eût cessé de veiller sur vous. Non contents de ce que vous pouviez légitimement posséder, vous avez porté une main furtive ou violente sur la propriété de vos frères. Or ceux-ci ont renoncé à leur fortune et convoité la pauvreté avec plus d'ardeur que vous n'avez convoité la richesse j cependant le nécessaire leur a-t-il jamais fait défaut ? Celui qui nourrit les oiseaux du ciel a-t-il oublié ses enfants de prédilection ? Hommes voluptueux, toujours plongés dans les sens, tandis que vous flattiez votre chair, les Religieux exerçaient sur la leur de saintes rigueurs ; tandis que vous alliez partout mendier de criminelles délices, il s'ingéniaient, au fond des cloîtres, à inventer des raffinements d'austérité : cependant la consolation leur a-t-elle manqué ? N'ontils pas eu en un jour plus de joie solide et véritable que vous pendant des années entières, au milieu de vos fêtes mondaines? Hommes ambitieux et impatients du joug, vous avez remué ciel et terre pour
échapper à l'autorité et faire peser votre propre domination sur vos frères. Or mes imitateurs ne demandaient qu'à s'humilier qu'à obéir: cependant la gloire qu'ils fuyaient n'est-elle pas venue souvent à leur rencontre? N'ont-ils pas été mille fois plus libres dans leur servitude volontaire que vous ne le rûtes dans les écarts de votre émancipation capricieuse ?
Ainsi Dieu fera triompher sa justice et fermera là bouche aux réprouvés.
6° Pour faire des chefs-d'œuvre de grâce et de gloire.
Dans l'ordre surnaturel comme dans l'ordre naturel, tout révèle la bonté et la puissance de Dieu; et la moindre grâce épanchée de son cœur doit provoquer notre reconnaissance , comme l'insecte à peine perceptible doit provoquer notre admiration. Toutefois, de même qu'il a plu à Dieu de créer la goutte d'eau et le vaste océan, l'atome et les énormes soleils, les vallées et les hautes montagnes : ainsi est-il entré dans ses desseins de combler ici-bas certaines âmes de grâces surabondantes, pour les combler plus tard dans le ciel d'un bonheur sans mesure. Le peintre, le sculpteur aiment à produire quelques chefs-d'œuvre, pour établir leur réputation et se faire un nom immortel ; dans ce but, ils mettent en jeu toutes les ressources de leur art, n'épargnent ni peine ni temps. Ne dirait-on pas que le chef-d'œuvre, de Dieu, c'est l'âme religieuse, qu'il embellit avec tant de soin, à laquelle il prodigue plus de grâces qu'à une foule d'âmes vulgaires, dont il semble dire avec autant de vérité qu'autrefois du premier homme: Faisons cette âme à notre image et à notre ressemblance? Et si cette âme privilégiée correspond aux faveurs divines concentrées en elle, ne doit-elle pas
s'attendre à une félicité suréminente, puisque des prodiges de grâce dans le temps présagent toujours des prodiges de gloire dans l'éternité?
Mon Dieu, vous m'avez doue choisie pour tendre à la plus sublime perfection par la victoire sur la triple concupiscence, pour continuer la vie des premiers chrétiens, composer le cortège d'honneur de votre Fi!s, faire revivre son zèle pour les enfants, confondre les réprouvés au dernier jour, et devenir un chef-d'œuvre de grâce et de gloire ! Soyez à jamais remercié et béni ; achevez en moi ce que vous avez commencé, et ne permettez pas que j'oublie un seul instant mes hautes destinées.
TROISIEME EXERCICE
Excellence de la vocation de l'institutrice.
Cette vocation peut être appréciée 1° par la dignité des personnes auxquelles elle associe la Religieuse.
Jésus-Christ. Qu'est-il venu faire sur la terre? Enseigner ce qu'il faut croire et pratiquer : mystères, préceptes, sacrements, prières ; il a déclaré la constitution et les prérogatives de son Eglise, prêché les vertus chrétiennes, combattu les vices ; en d'au très termes, il a fait le catéchisme. N'est-ce pas la vocation de l'institutrice ? Elle continue l'œuvre du Fils de Dieu, parle et agit comme lui et pour lui.
Marie. C'est la mère et la patronne des enfants ; et l'institutrice, par ses leçons, ses exhortations, ses exemples, forme Jésus-Christ dans ie cœur des en-
faute, et, après l'y avoir fait naître s'efforce de l'y faire croître el grandir. (Jui dira Les grâces que leur obtiennent dans tous leurs besoins ses oraisons, ses pénitences, le /.rie et le dévouement qu'elle déploie pour la gloire de Dieu ?
Les anges. Inspirer de bonnes pensées, exciter de saintes affections, écarter les périls et les séductions, présenter à Dieu les prières, les pieux désirs, les actions mériloires : (elle est la fonction des anges, et telle est aussi celle de l'institutrice. Un ange se trouve trop honoré d'avoir sous sa tutelle un seul enfant, fût-il reniant d'un pâtre ou d'un artisan ; et l'institut ri ce, durant sa vie, en aura peut-être plus de mille.
Les apôtres. Ils ont quitté barque, filets, patrie, famille, afin de faire connaître le vrai Dieu, la rédemption, le salut. L'institutrice ne s'est-elle pas proposé le même but en renonçant à tout et à ellemême ? Ce que font les docteurs dans de savants écrits, les évêques et les prêtres dans leurs prédications, elle le fait dans des entretiens familiers ; elle a une portion du troupeau à paître, et la portion la plus intéressante.
Les martyres. Ils ont scellé de leur sang les articles de notre foi ; et pour inculquer dans l'âme des enfants ces mêmes articles, l'institutrice donne son repos, sa liberté, ses sueurs, ses larmes. Leur supplice n'a duré que peu de jours, peu d'heures quelquefois ; le sien dure souvent de longues années : chaque matin elle rentre dans l'arène ; il lui faut mourir en détail, sacrifier sa vie goutte à goutte.
2° Par le bien immense qu'elle lui permet de faire dans l'Eglise.
Sur les enfants. Péchés mortels et véniels prévenus par la surveillance, passions naissantes combat-
tues, habitudes religieuses contractées, actes de vertus produits, pratique de dévotions inspirées, principes de sagesse gravés au fond du cœur, foi éclairée et affermie, précautions indiquées contre les conversations et les lectures dangereuses, direction donnée pour la vie entière, etc.
Sur leur s parents. Les enfants racontent ce qu'elles ont vu et appris d'instructif et d'édifiant ; elles prient avec ferveur pour leur famille et donnent le modèle d'une conduite chrétienne. Combien de parents commencent à prier matin et soir, assistent aux offices, gardent l'abstinence, s'approchent des sacrements, réforment leur mœurs et leurs discours, pour ne point scandaliser une enfant bien élevée î
Sur les enfants de ces enfants. Nul doute qu'elles ne forment un jour leurs enfants comme elles ont été elles-mêmes formées. Il se fera comme une transmission héréditaire de maximes et de pratiques chrétiennes. En sorte que l'institutrice peut se dire à elle-même : Ce n'est pas trente et quarante enfants que j'ai devant moi, mais trente et quarante familles, trente et quarante générations.
Sur leur paroisse. Le bien se propage, comme le mal, par la parole et l'exemple. Il suffit souvent de quelques jeunes filles distinguées par leur éducation et leur vertu solide, sous la direction d'un pasteur zélé et intelligent, pour créer ou soutenir des œuvres de charité et des congrégations, pour détruire des abus, des scandales, certains divertissements, pour introduire l'usage des sacrements et mettre la piété en honneur.
3° Par les mérites incalculables qu'elle lui fait amasser pour L'éternité.
Comme enseignant les vérités saintes, l'institutrice a droit à la récompense des docteurs. « Ceux
« qui auront, été instruits dans la loi de Dieu, dit « Daniel, brilleront comme les feux du firmament, « cl ceux qui auront appris à plusieurs la voie delà « justice luiront connue des étoiles dans toute l'éter- « ni te. » (Cap. xu.)
S'illuminer soi-même par l'étude des rayons de la vérité, c'esl un titre pour recevoir dans le ciel une gloire spéciale ; et illuminer les autres des rayons de cette même vérité par le catéchisme, c'est un titre pour recevoir une gloire plus spéciale encore. Chaque vérité méditée, chaque vérité enseignée est un astre déposé au fond de l'intelligence, jusqu'au jour où, les voiles étant levés, les nuages dissipés, tous ces soleils resplendiront sur le front de l'institutrice d'un éclat propre à chacun d'eux qui ne s'alîaiblira jamais.
Comme remplissant les fonctions de l'ange auprès de Tobie, l'institutrice a droit à la récompense offerte à ce guide céleste. « 11 m'a ramené saint et « sauf, il m'a fait recouvrer la somme prêtée, il m'a « trouvé une épouse, il m'a délivré de la gueule « d'un monstre, il vous a rendu la vue et nous a « comblés de biens. Mon père, je vous prie de lui « faire accepter la moitié de l'argent que nous avons « apporté. » (Cap. xu.)
Au moment où l'institutrice entrera dans le ciel, Jésus-Christ dira à son Père : Elle a montré la route du salut à une multitude d'enfants ; elle leur a fait recouvrer le trésor de l'innocence et contracter la plus auguste des alliances, en les disposant à la confession et à la communion ; elle les a délivrées du dragon infernal ; elle a souvent rendu la vue de l'âme à leurs parents. Donnons-lui la moitié de la gloire due aux enfants sauvées par ses soins, ou plutôt donnons notre royaume entier, et donnons-nous nous-mêmes.
Comme accomplissant une œuvre éminemment apostolique, l'institutrice a droit à la récompense des sauveurs d'àmes. « Quoi de plus grand que de force nier l'enfance à la vertu? s'écrie saint Jean Chry- « so>tôme. Quel peintre, quel sculpteur peut compa- « rer son art à celui-là? » (In cap. xvm Matth. hom. GO.) Jésus-Christ avait dit : « Ce que vous « faites au moindre de ces petits, c'est à moi que <ï vous le faites. » (Matth., cap. xxv.)
L'image du Père céleste préservée ou purifiée des honteuses taches du péché ; les membres de Jésuschrist rétablis ou maintenus dans leur vigueur et leur beauté ; le temple de l'Esprit saint relevé de ses ruines ou orné de nouvelles parures : peut-on rien imaginer de plus sublime, de plus méritoire? Et puisque l'institutrice partage cette œuvre avec l'apôtre, n'est-il pas juste qu'elle partage la couronne de l'apôtre, et que la Trinité tout entière lui dise au dernier jour : « Entrez, entrez dans la joie de votre « Seigneur? » (Matth., xxv.)
QUATRIEME EXERCICE
Conséquences de notre incorporation à Jésus- Ghrist
Premier prélude. Tout s'explique par ce mystère ; il est comme la clef, la raison, L'essence même d:: christianisme.
Deuxième prélude. Nous reporter au moment où la Confirmation nous unit plus étroitement à Jésus- Christ.
Troisième prélude. Prier Jésus-Christ de nous