VOEUX
Cette manière d'agir est l'œil simple dont parle Jésus-Christ, qui fait resplendir la lumière sur le corps entier ; elle ennoblit et vivifie tout, et l'on peut affirmer que c'est à elle qu'est attachée la plénitude de la grâce, du mérite, de la consolation.
1° De la grâce. Dieu doit à quiconque l'ait les vœux de religion la grâce nécessaire pour les accomplir, et il donne une grâce d'autant plus grande qu'on désire les accomplir avec plus de perfection. Or la manière la plus parfaite d'accomplir les vœux de religion étant d'agir selon leur esprit, c'est-à-dire selon le motif même qui a présidé à leur institution. Dieu doit et donne à la religieuse qui agit ainsi la plénitude de la grâce réservée à la pratique des vœux et au désir de la perfection.
Que se propose, en elfet, cette Religieuse? Ce que Dieu lui-même s'est proposé ; elle entre pleinement dans le dessein, dans le plan de Dieu; elle veut substituer au vieil homme souillé de trois vices hideux l'homme nouveau orné de trois vertus éclatantes ; elle rejette tout ce qui, dans l'œuvre de l'éducation chrétienne des enfants, serait une gène «t une distraction ; elle s'applique, pour honorer Je-
sus-Christ, à le retracer trait pour trait. Dès Lors n'est-il pas juste el convenable que Dieu donne tou* ii celle qui ue lui refuse rien ?
2° Du mérite. L'excellence des œuvres, la multitude des œuvres excellentes, l'intention pure en le.s faisant : trois sources du mérite que la Religieuse peut se flatter d'avoir à sa disposition, du moment où elle s'efforce d'agir selon l'esprit des vœux. Premièrement, l'excellence des œuvres, puisque les conseils évangéiiques sont ce qu'il y a de plus élevé dans le christianisme; secondement, la multitude des œuvres excellentes, attendu que sa vie entière se résume dans l'accomplissement de ses vœux, de ses règles et de ses emplois ; enfin l'intention pure, car son intention, ainsi qu'il a été dit, ne se distingue pas de celle de Dieu.
Quel prix, quelle fécondité de cette manière d'agir ne donne-t-elle pas à une vie toute de piété, d'abnégation, de zèle? Et peut-on calculer la fortune spirituelle d'une Religieuse qui, sans négliger les menus gains, a constamment en son pouvoir les trois grands moyens de réaliser les plus considérables?
3° De la consolation. Sa eonscience lui rend à chaque instant ce témoignage : Rassure-toi, tu es sur le chemin de la perfection, et tu marches à grands pas ; tu n'as à craindre ni la tiédeur ni l'illusion. En attaquant ainsi la nature dans ce qu'elle a de plus vif, de plus intime, de plus déréglé, tu prends ta vocation au sérieux, tu fais ce que tu as promis de faire ; les vœux ne sont pas entre tes mains une arme inutile, tu t'en sers comme un bon soldat de Jésus-Christ.
Dieu, de son côté, l'encourage, la fortifie, répand abondamment dans son àme l'onction et la paix. N'est-il pas écrit : Bienheureux les pauvres d'esprit...
Bienheureux les cœurs purs... Bienheureux les doux... ? Mais est-il possible de pratiquer mieux la pauvreté d'esprit, la pureté du cœur, la douceur humble et patiente, que de supporter les plus rudes privations, de combattre les penchants les plus impérieux, d'obéir aux ordres les plus pénibles, dans le but unique et constant d'acquérir ces vertus, et de les acquérir par le moyen efficace que Dieu a établi ? Donc trois fois heureuse et trois fois consolée la Religieuse qui agit selon l'esprit des vœux. A elle le centuple dès cette vie, tant pour la récompenser que pour l'empêcher de défaillir ; à elle surtout un poids énorme de félicité et de gloire dans l'éternité.
TROISIÈME EXERCICE
La Règle.
Imposée par des hommes d'une sagesse consommée, tirée de l'Evangile dont elle résume la perfection, approuvée par l'Eglise, révérée et pratiquée par les saints, la Règle se présente à nous comme une révélation du ciel et l'expression certaine du bon plaisir de Dieu.
1° Elle nous conforme à V ordre suprême.
Dans les œuvres divines, dit l'Ecriture, tout procède avec ordre (Gen., i), se soutient par l'ordre (Ps. 118), est marqué au coin de l'ordre (Rom., xin) : la hiérarchie céleste, la création, l'économie de la rédemption, l'Eglise. L'ordre fait la beauté et la paix, le désordre fait la difformité et le trouble : les orages dans les airs, les tempêtes sur l'Océan,
les maladies dans le corps, les dissensions dans les Etats. « La paix de boute chose, dit saint Augustin,
« est la tranquillité de l'ordre. »
Dès lors la Règle, imitation de l'ordre suprême, nous assujettit à la rectitude, à ta justice, àia vérité, à la sainteté ; et parce que la Règle est (ixe et emprunte à Dieu don! elle émane quelque chose d'immuable, elle nous empêche de dévier, de changer, et dous donne dans le bien une inébranlable constance.
2° Elle sauvegarde nos vœux.
En s'emparant, comme une mère attentive et minutieuse, de toutes nos actions pourles surveiller, contrôler, diriger et sanctifier, la Règle, dans les points où elle ne détermine pas le sens et la teneur des vœux, en garantit et en facilite la pratique. C'est comme un frein à la triple concupiscence, une citadelle qui protège la pauvreté, la chasteté, l'obéissance, contre les ennemis du dedans et du dehors. Chaque passion du cœur est réprimée, chaque séduction du monde est écartée, chaque piège de Satan est démas* |ué.
Ce qui faisait dire à saint Jean Climaque : « Gar- « dez la Règle, et la Règle vous gardera ; » et à saint Bonaventure: « Quiconque veut devenir ré- « entier, qu'il suive la Règle. »
4° Elle assure le succès de nos travaux.
Ce n'est pas assez de vouloir ni même de faire le bien, il faut le bien faire, c'est-à-dire le faire avec ordre. Quel que soit l'emploi ou la condition, ce proverbe a toute sa vérité : « L'ordre fait la moitié de ia « besogne. » Sans ordre, on ne pourrait éviter de faire bien des choses hors de propos, et souvent de ii's mal faire, de négliger, d'omettre quelquefois les devoirs les plus essentiels. Or ia Règle a tout prévu
et tout adapté à l'œuvre spéciale dont la Congrégation s'est chargée : prières, études, classes, repas, récréations, sommeil. Pourvu qu'on lui obéisse ponctuellement, le succès de l'œuvre est assuré.
Tel un concert où chaque musicien exécute parfaitement sa partie, un navire où l'équipage se porte avec ensemble aux diverses manœuvres, une année où les soldats gardent fidèlement la discipline.
4° Elle prépare une vertu solide.
L'expérience démontre que les Religieuses peu soucieuses de la Règle sont exposées à de grands dangers, tombent souvent et se relèvent diflicilement ; tandis que les Religieuses qui s'appliquent à suivre la Règle progressent sensiblement et ne pèchent presque jamais de propos délibéré ; dussentelles même tomber par faiblesse, elles ne tardent point à se relever, comme emportées par le mécanisme de la Règle. « 11 vit bien, dit saint Bernard, « c^lui qui vit dans la Règle. » « Qui vit selon la o Règle, ajoute Saint Grégoire de Nysse, vit selon « Dieu. »
En effet, une vie réglée nous conduit plus près de Dieu, parce qu'elle exige le sacrifice journalier de l'amour-propre et de la liberté ; plus promptement vers Dieu, parce que l'habitude du bien communique des forces et attire des grâces pour vaincre les obstacles; plus sûrement vers Dieu, parce que les différents devoirs auxquels elle astreint sontqomme autant de retranchements et de barrières.
5° Elle utilise tout le temps.
Otez la Règle, tout est décousu, livré au hasard et à l'arbitraire. L'inconstance, la curiosité, le dépit font entreprendre et abandonner cent et cent différentes choses. On hésite, on va, on vient, sans pou-
voir fixer nullo part son désœuvrement. On met avant ce qu'il faut mettre après. On travaille quand on devrait se récréer, et l'on se récrée au moment favorable à L'étude. Avec la Règle, au contraire, chaque heure a son occupation, l'oisiveté est bannie, tout se t'ait avec facilité, mérite, persévérance, sans parler du contentement de l'âme et de l'édification du prochain.
De plus, en interrompant à propos les exercices spirituels et corporels, la Règle répand sur la journée une agréable variété, soutient le courage et l'attention, ménage et répare les forces. Le caprice, en prolongeant indéfiniment la prière ou l'élude, engendrerait le dégoût et l'ennui, épuiserait les ressources de l'esprit, minerait le corps en pure perte et enlèverait une partie de l'aptitude au bien.
69 Elle donne la perfection aux actions ordinaires.
Que faut-il faire? Comment le faut-il faire ? Quand, où et pourquoi? La gloire et le mérite d'une action, disent les philosophes, sont de revêtir ces cinq conditions, comme ce qui pourrait lui arriver de pire serait d'en être privée. Or, avec la Règle, on est assuré de faire ce que Dieu veut, attendu que la Règle, au fond, n'est que l'expression de sa volonté; dr le faire comme il veut, car la Règle trace la manière ; de le faire quand il veut, puisque la Règle détermine le commencement et la fin : de le faire où il veut, la Règle sur ce point comme sur les autres s'expliquant clairement ; de le faire pour le motif qu'il veut, la Règle indiquant toujours le motif général el souvent le motif particulier.
C'est ainsi que, selon l'admirable parole do saint Augustin, « l'ordre mène à Dieu, et la vertu est l'or- » dre dans l'amour. » Pleins de cette idée, les Pères.
du désert passaient sous le joug de la Règle des moitiés, des deux tiers de siècles; Daniel et Samuel, comme l'a fait remarquer l'Ecriture, s'étaient prescrits à eux-mêmes une Règle ; saint Paul recommandait aux fidèles de Corinlhe de tout faire selon la Règte ; et Jésus-Christ, dans sa mission, a rempli jusqu'à un iota la grande Règle que lui avait tracée son Père.
7° Elle relève les petites choses.
En plaçant dans son cadre les menues observances avec un soin presque égal à celui des points majeurs, la Règle nous avertit 1° qu'il n'y a rien de petit en ce qui touche au service de Dieu, les choses acquérant de l'importance en raison de la personne à laquelle elles se rapportent ; 2° que la perfection ne consiste pas tant dans les grandes choses que dans les petites choses, d'abord parce que l'occasion de faire les grandes se présente rarement, tandis que celle de faire les petites est habituelle, ensuite parce que la perfection consiste non à faire des merveilles, mais la pure volonté de Dieu ; 3° que c'est déjà une grande chose que d'être fidèle dans les petites choses, car, outre qu'il faut vaincre la Lassitude qu'engendre la monotonie, ces choses revenant sans cesse et toujours les mêmes, il faut encore n'avoir en vue que le bon plaisir de Dieu, rien ne surexcitant la nature et n'inspirant de l'émulation ; 4° que c'est par les petites chose* que les grandes se préparent et se maintiennent, puisque d'un coté la volonté s'aguerrit, étant constamment, en haleine, de l'autre l'ennemi ne peut hasarder un combat décisif, étant journellement vaincu dans de légères escarmouches.
Faisons-nous donc une loi de ne jamais violer la Règle par lâcheté ou mépris ; et lorsque la nécessité ou la charité légitimeront une dispense, imitons le
matelot qui se voit contraint par forage de jeter une partie de ses marchandises à la mer, sacrifions ce qu'il va de moins essentiel, à regret et le plus tard possible.
QUATRIEME EXERCICE
Vie cachée de Jésus.
Premier prélude. L'Evangile nous fait en trois mots riiistoire de celle vie ; mais que ces trois mots disent de choses i 11 obéissait, il travaillait, il croissait en sagesse, en âge et en grâce devant Dieu et devant 1rs hommes.
Deuxième prélude. Pénétrer dans la sacrée demeure de Nazareth, considérer tout ce modeste ménage, s'établir là avec la sainte Famille.
Troisième prélude. Demandez à Jésus la grâce de comprendre et d'imiter les vertus qu'il a si bien pratiquées durant sa vie cachée.
1° Jésus obéissait : « Il leur était soumis, » dit saint Luc (u).
La sagesse du Père, le Roi des anges, l'Etre essentiellement indépendant. Celui qui gouverne le monde obéit.
.4 qui ? A Joseph et à Marie, ses créatures tirées du néant par sa puissance, qu'il surpasse infiniment en lumières et en sainteté, qui n'ont l'autorité que par emprunt, dont L'existence même ne saurait se soutenir un seul instant sans secours.
En quoi ? En tout ce qui lui est ordonné, pénible ou facile, obscur ou éclatant, insensé ou raisonnable. Point de restriction, point de réserve.
De quelle manière ? Avec fidélité, promptitude, joie, respect et amour, saus raisonner jamais sur la nature, la sagesse, l'opportunité du commandement.
Combien de temps ? Non seulement au berceau, où déjà il jouit de la plénitude de ses facultés, mais encore dans l'âge mûr et jusqu'à trente ans. Son premier acte avait été un acte d'obéissance: « En « entrant dans le monde, dit saint Paul, il s'écria: « Me voici, ô mon Dieu, pour faire votre volonté. » (Hebr., x.) Sa vie entière ne fut qu'un long acte d'obéissance, et, sur sa croix, il ne déclara que tout était consommé qu'après s'être bien assuré qu'il ne restait plus rien à faire à son obéissance.
Qu'un homme libre obéisse à un esclave, c'est déjà beaucoup. Qu'un empereur obéisse à l'un de ses sujets, ce serait une merveille. Qu'un ange obéisse à un petit berger, c'est ce qui passe toutes nos conceptions. Mais un Dieu qui obéit à un homme et à une femme ! Un homme et une femme qui commandent à un Dieu ! Lequel de ces deux prodiges vous étonne davantage? demande saint Bernard ; et comment osez-vous, cendre orgueilleuse, vous élever, vous révolter, entreprendre de subjuguer vos frères ? N'est-ce pas insulter à votre Créateur et vous proférer à lui ? (Serm. 1 . Missus est.)
2° Jésus travaillait. N'est-ce pas « l'ouvrier » disaient les Nazaréens en l'entendant expliquer Isaïe dans leur synagogue. (Marc, vi.)
Il aida d'abord Marie dans les menus soins du ménage, heureux de rendre les services qu'un petit enfant doit à sa tendre mère ; et qui sait si, en Egypte, il n'alla pas mendier le pain pour ses parents '? 11 fit bientôt après son apprentissage sous la direction de saint Joseph, se laissant remontrer, iaisant
semblant do ne rien savoir, no donnant à son ouvrage que le degré i\r perfection indiqué, lui architecte du monde et créateur des cieux ! Il exerça enfin comme ouvrier son rude métier, au soin de cette bourgade méprisée, dans celle maison où tout était pauvre, meubles, vêtements, nourriture.
C'est ainsi qu'il glorifie son Père et avance l'ouvrage de ootre rédemption pondant trente ans, comme il eut pu le faire devant le Sanhédrin juif, le Sénat romain ou l'Aréopage d'Athènes, en arrêtant le soleil dans sa course, en débitant dos discours d'une divine éloquence, en rendant la vie aux morts; an (an! qu'il le fera plus tard par l'institution de ses sacrements, ses prédicat ions et sa mort. Car il nous crie à tous par ses labeurs : Si vous voulez obtenir le saint, satisfaites à la justice de Dieu, domptez l'orgueil et la volupté, obéissez et travaillez.
Au siècle d'Auguste, despolitiqnes. des guerriers, des philosophes, des poètes, des orateurs, des artistes fameux remplissaient le monde du bruit de leur nom. Du haut du ciel, Dieu détournait ses yeux de ces hommes orgueilleux et pervers, et il les arrêtait avec complaisance sur trois personnages ignorés qui s"linmiliaient à l'envi s'excitaient mutuellement, à la pratique do la vertu et gagnaient leur pain à la sueur de leur front. Ce spectacle ravissait d'admiration Dieu et ses anges.
3° Jésus croissait en sagesse, en âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes. Ce sont les propres paroles de saint Luc (n).
Il croissait. Mien qu'il ne pût recevoir d'accroissement comme Dieu, et qu'il possédât comme homme dès sa conception toutes les vertus, avec le pouvoir de les manifester tout d'un coup et dans leur plénitude, il voulut néanmoins marquer son enfance, sa
jeunesse, son âpre mûr par des progrès successifs, découvrant plus de sagesse, de science et de grâce à dix ans qu'à cinq, et à trente qu'à vingt, afin dit saint Irénée, de sanctifier tous les âges et de leur servir de modèle. Telle une mine où chaque veine exploitée laisse voir d'autres veines d'un or plus pur et plus abondant. Telle unesplendide tapisserie lentement déployée, dont le coloris se révèle plus ravissant et le dessin plus magnifique, à mesure qu'on la déroule et qu'on enlève les gazes transparentes qui la recouvraient. Tel l'astre du jour, avant de s'élancer triomphant sur son char, s'annonce d'abord par des gerbes de feu qu'il jette au devant de lui ; l'orient parait bientôt en proie à un immense incendie ; puis un point brillant s'échappe comme un éclair des nuages ; il s'élève, il se balance, et le géant du ciel remplit enfin tout l'espace de ses rayons éblouissants.
En sagesse. Sa science des choses divines et humaines se montrait par degrés dans ses paroles et dans ses démarches, pour l'utilité de ces concitoyens édifiés et ravis.
En âge, parce qu'il est dans l'ordre que la sagesse grandisse avec l'âge. Celui qui, à dix ans, aurait deux mètres de taille, à quinze ans n'en aurait plus qu'un, et à vingt ans ramperait comme le serpent, ne serait-il pas un monstre ? Et la Religieuse qui, au terme ou au milieu de sa carrière, serait moins obéissante, moins mortifiée qu'elle ne l'était au début, n'offrirai t-el le pas un spec table aussi étrange qu'affligeant ? Le corps monter, et la vertu descendre ! Les membres acquérir de la vigueur et de belles proportions, et la vertu devenir chétive ! Cela se concevrait-il ? En Jésus, l'homme extérieur se développait, et aussi et surtout l'homme inté-
rieur; les années s'ajoutaient aux années, et en même temps les mérites aux mérites.
Et en grâce. Non, encore une (ois, quant au fond, mais quant aux manifestations produites au dehors. Toutes les vertus sans exception brillaient dans ce divin Enfant d'un éclat plus vif de jour en jour-: recueillement, modestie, piété, charité, zèle, détachement, abnégation, douceur, patience, etc.
Devant Dieu et devant les hommes. Rien de feint ni d'hypocrite : tel il paraissait aux yeux des hommes qui ne pouvaient s'empêcher de l'estimer, de l'admirer et de l'aimer, tel il était aux yeux de son Père, et infiniment plus saint, plus admirable et plus aimable encore.
Application. Jésus obéissait. Et moi, d'une raison si bornée, d'une volonté si dépravée, esclave du démon par mon péché, je n'obéis trop souvent qu'à regret, dans un emploi honorable, à des Supérieures pleines de ménagements, que leur mérite autant que leur dignité met fort au dessus de moi.
Jésus travaillait. Retirée et silencieuse dans ma cellule, unie à Dieu et fidèle à mon règlement, tantôt vaquant à mes exercices pieux, tantôt me livrant à l'étude, utilisant mes moindres instants, je puis m'enrichir des mérites attachés à la vie cachée, et glorifier Dieu non moins que dans mes fonctions les plus relevées.
Jésus croissait en sagesse. Peut-être que je décrois en vertu en croissant en âge. Où est la ferveur du noviciat, la simplicité des premières années? L'esprit du monde ne se serait-il pas substitué insensiblement à l'esprit religieux? Et si j'ai certaines apparences de sainteté et de régularité, Dieu en voit-il en moi la réalité et le fond ?
Colloques: 1° Avec Joseph. Saint Bernardin de
Sienne demande quelles ardeurs de charité, quels inelTa blés transports de joie, quelles touches secrètes de la grâce Joseph devait ressentir, lorsqu'il Lenait le divin Enfant sur ses genoux et entre ses bras, échangeant avec lui de doux regards, de tendres baisers, et respirant le même souffle ; lorsque, plus tard, il bégayait et liait conversation avec lui, s'entendant appeler mon père, et que, dans les voyages, il le portait et le faisait reposer sur son sein, pour délasser et ménager sa faiblesse. 0 glorieux Joseph, je vous félicite de votre bonheur, je m'en réjouis ; je vous remercie et vous bénis pour les caresses et les soins donnés à mon Jésus.
2° Avec Marie. Quelle était son extase en voyant l'Enfant obéir, travailler, croître en sagesse ! Comme elle profitait de ces précieuses années pour reproduir ' les traits du divin modèle qu'elle avait sous les yeux! Avec quel soin elle gravait dans sa mémoire, pour le méditer à loisir, tout ce qu'elle voyait et entendait !
3° Avec Jésus. 0 divin Enfgs», je veux désormais, par une imitation plus fidèle de vos vertus, croître en vous et vous faire croître en moi. Et puisque, par vocation, je dois initier mes élèves à votre connaissance et à votre amoifr, vous faire grandir en elles et les faire grandir en vous, je leur rappellerai sans cesse le mystère de votre vie cachée, votre obéissance, votre application au travail, vos progrès dans la vertu.
le cinqui^-ie jour,
PREMIER EXERCICE
Adieux de Jésus et de Marie.
Premier prélude. Jésus avant atteint sa trentième année, quitta Marie pour aller recevoir le baptême de Jean, s'enfoncer dans le désert pendant quarante jours et commencer sa vie publique.
Deuxième prélude. Se représenter le bourg de Nazareth adossé à la montagne, dans ce bourg une modeste maison qu'habitent Jésus et Marie.
Troisième prélude. Mon Dieu, accordez-moi la grâce de bien comprendre la générosité du sacrifice que font en ce moment Jésus et Marie, afin qu'à leur exemple je sacrifie généreusement ce quej'ai de plus cher pour suivre ma vocation.
Premier point. Contempler les personnages,
Dieu regardant avec complaisance, du haut du ciel, cette scène ; et jamais en fut-il une plus digne de fixer ses regards ? Le Sauveur tant promis et encore caché au monde inaugure sa mission. Jésus et Marie, dont le visage laisse apercevoir un reflet de résignation sur un fond d'amère tristesse. Il faudrait connaître les trésors de sainte affection qui étaient au cœur du Fils et de la Mère, pour avoir une idée du déchirement qu'opère cette séparation. Jean- Baptiste sur les bords du Jourdain, prêchant la pénitence par ses exemples, autant et plus que par ses discours, et soupirant après celui dont il est lePrécur-
seur et qui l'a sanctifié dès le sein de sa mère. Satan suivant d'un œil inquiet le Fils de Marie, sur le eompte duquel il ne sait que croire et que ne croire pas, et attendant le moment où il aura prise sur lui.
Deuxème point. Ecouter les paroles.
De V adorable Trinité. Enfin les perfections divines vont être glorifiées ; la miséricorde, en sauvant l'homme coupable ; la justice, en frappant Jésus sa caution ; la sagesse, dans l'économie de la rédemption ; la puissance, dans les miracles de Jésus ; la sainteté, dans sa vie ; la vérité, dans sa doctrine. C'est à ce coup que les anges peuvent chanter : Gloire à Dieu au plus haut des cieux.
De Marie. « Vous étiez, ô mon Fils, ma consolation et mes délices : j'habitais sous le même toit que vous ; je priais, je travaillais, je prenais mes repas avec vous ; je vous accompagnais dans vos voyages ; je partageais vos joies et vos peines ; j'étais la confidente de tous les secrets de votre sainte came, et vous me quittez ! et vous me laissez seule ! Encore si Joseph, mon époux, restait pour me soutenir ; mais il n'est plus : vous l'avez vu expirer ici, dans cette chambre, sous vos yeux et entre vos bras. »
De Jésus. « Il faut que je sois occupé au service de mon Père. Ma première séparation avec vous à l'âge de douze ans, et cette même parole que je vous adressai alors, ont dû vous faire pressentir cette séparation et vous en adoucir le coup. Pendant trente ans j'ai été avec vous, ô ma Mère, j'ai consacré dix fois plus de temps à votre àme seule que je n'en consacrerai au reste des hommes ; aussi m'aimerezvous plus ardemment, me servirez-vous plus. fidèlement que tous mes élus réunis; n'est-il pas juste
que, divin Pasteur, j'aille maintenant à la poursuite des brebis d'Israël qui s'égarent? Il vous est utile que je m'éloigne : votre vertu se perfectionnera par la patience ; bientôt je ferai descendre sur vous mon Espril ; j'irai vous préparer un trône dans mon royaume ; pendant toute L'éternité, je vous dédommagerai de cette douloureuse mais courte séparation. »
De J tan- Baptiste. Plus les moments marqués approchent, plus sa prédication est véhémente. A chaque instant il croit entrevoir le Messie dont il annonce la venue ; il tourne vers lui tous les cœurs : « Préparez la voie au Seigneur, rendez droits ses * sentiers ; que les montagnes s'abaissent, que les « vallons se comblent. » Il indique à chacun les devoirs qu'il doit remplir pour se rendre digne du royaume de Dieu ; il veut que tous fasse profession publique de pénitence ; il attire à lui la Judée entière, non pour se l'attacher, 'mais pour la remettre pure et sainte entre les bras de Jésus.
De Lucifer. Il convoque ses satellites et les anime à la poursuite de Jésus, ou plutôt il se charge luimême de le tenter ; il s'excite au combat, il ramasse toutes ses ruses, il prépare toutes ses batteries : jamais il ne se mesurera avec un pareil ennemi ; quelque chose lui dit intérieurement qu'il y va de son empire, que c'est pour lui une question de vie ou de mort.
Troisième point. Considérer les actions.
Le moment arrivé, Marie se prosterne devant Jésus et lui demande deux grâces, sa bénédiction qu'elle reçoit aussitôt, et le privilège insigne à ses yeux d'éprouver dans son cœur le contre-coup de loutes les souffrances et de toutes les humiliations que son Fils aura à essuyer. Cette faveur lui est en-
core accordée. Jésus relève Marie, l'embrasse, et, prenant congé d'elle, il s'éloigne de Nazareth et s'avance vers le Jourdain. Il ne se retourne point, il ne regarde point derrière lui ; mais Marie le suit des veux, tant qu'elle peut l'apercevoir ; puis elle rentre, renouvelle son sacrifice et ne craint pas de donner un libre cours à sa douleur.
La voilà seule dans celle maison où elle vécut si longtemps avec Jésus et Joseph. C'est là que Jésus faisait oraison, là qu'il m'instruisait. C'est là que Joseph a rendu le dernier soupir ; voilà les instruments dont il se servait. Ses parents et ses amies viennent sans doute la consoler; à chaque parole qu'elle entend, ses larmes redoublent, et rien ne lui est si doux que de répandre des larmes pour Jésus.
Application. Et nous aussi, nous avons dû faire nos adieux à nos parents. Que de pleurs ! que de sanglots ! On osait à peine se voir, se parler, se rencontrer. On voulut nous retenir, on nous dit que nous éiions l'unique et dernière consolation d'un père, d'une mère. Mais nous répondîmes avec Jésus: ce Tl faut que je sois occupée au service de « Dieu. » Nous étions fortifiées par le spectacle de tant d'àmes égarées qu'il fallait, à la suite de Jésus, ramener au bercail. Déjà nous entendions d'autres Jean-Baptiste qui, ne pouvant suffire au travail, sollicitaient du secours. De son côté, le démon, jaloux de tant de conquêtes que nous allions faire sur lui, s'apprêtait à nous faire tomber dans un piège.
Colloques : 1° Avec les anges gardiens de nos parents. Qu'ils tiennent notre place auprès d'eux, surtout à l'heure de la mort. Qu'ils les consolent dans leurs chagrins. Qu'ils prient Dieu de leur donner une ample participation à tous nos mérites. 2> Ajjs Jésus et Marie. Les remercier du sacri-
fice qu'ils s'imposèrent pour notre salut. Demander la fidélité à la vocation ei la constance au milieu des épreuves.
DEUXIEME EXERCICE
L'institutrice religieuse et l'institutrice laïque.
1° Les avantages de V institutrice religieuse.
l°EUe se propose un but plus noble. L'institutrice laïque, à s'en tenir aux termes et à l'esprit de son mandat civil, se renferme dans l'instruction profane ; elle forme l'esprit, elle travaille pour l'Etat. C'est presque là sa fonction, son cadre, sa sphère : beaucoup de parents ne lui demandent rien de plus ; elle a rempli sa tâche et peut toucher légitimement son salaire, quand elle a orné l'intelligence de l'enfant et dressé ses doigts au travail. Si elle va plus loin et daigne admettre le catéchisme au nombre de ses cours réglementaires, c'est une œuvre de surérogation, un accessoire, et, sauf d'honorables exceptions, une satisfaction donnée aux exigences de certaines familles, ou du moins du clergé paroissial.
L'institutrice religieuse s'élève plus haut. Sans dédaigner le rôle subalterne du professeur, elle ambitionne celui du catéchiste ; c'est le cœur qu'elle veut atteindre, c'est à l'âme qu'elle s'adresse. Elle a entendu Jésus-Christ qui lui disait: « Travaille « pour mon Eglise, prépare-moi des élus; c'est un « sacerdoce que je t'offre, tu amplifieras mon corps « mystique, tu embelliras mon diadème. En faisant
« des saintes, tu contribueras à faire d'excellentes « citoyennes ; en introduisant dans le ciel des léa gions de vierges pures et d'épouses fidèles, tu « donneras aux familles des filles et des mères qui « en seront la plus douce consolation et le plus bel « ornement. Tel est le but premier, principal, que m tu dois te proposer. »
2e Elle présente des titres plus glorieux. Son institution ne lui ^vient pas de l'Université ou d'un préfet, mais de l'Eglise investie du pouvoir d'enseigner les nations ; son diplôme ne porte pas la signature d'un ministre des cultes, juif, protestant ou athée, mais de l'Evèque, qui lui confie une portion de son troupeau ; elle n'est pas surveillée parun inspecteur gagé, qui vient s'assurer si les conditions de salubrité sont gardées et si la morale oflicielle est respectée, mais par les Supérieurs ecclésiastiques, qui examinent si la maîtresse se montre digne de sa vocation, et si les élèves profitent dans la connaissance et la pratique de l'Evangile. Jésus- Christ la comprenait en quelque façon dans le solennel lie, docete, Allez, enseignez ; elle y avait aa part, quoique restreinte et subordonnée. Jésus- Christ la voyait, la distinguait, la suivait dans les différentes paroisses où devait s'exercer son zèle, et d'avance il lui communiquait, proportionnellement à ses fonctions, une étincelle du feu sacré, quelque chose de l'esprit apostolique. Se peut-il concevoir des titres plus glorieux et en même temps des garanties plus imposantes ?
3° Elle est assistée d'une grâce plus spéciale. En dempurant institutrice laïque, elle eût reçu du ciel, il est vrai, outre la grâce due à ses vertus personnelles, cette grâce d'état que Dieu ne refuse jamais et qui nous aide à remplir les devoirs de notre pro-
fcssion. Mais, convaincue qu'en religion la grâce due aux vertus personnelles est centuplée par les
vœux, cl ((ne ta grâce d'état est d'autant plus abondante que L'état est plus saint, elle a renoncé à ses biens, immolé la convoitise, sacrifié sa propre libelle, Bon pas précisément pour s'élever à une plus haute sainteté, mais pour travailler plus efficacement ,) L'éducation chrétienne des enfants. Dès lors Dieu tient en réserve pour elle celte grâce d'état, d'état d'institutrice et d'institutrice religieuse. Cette grâce esl suspendue sur sa tête, prête à descendre au besoin ; ou plutôt elle marche devant elle, elle l'accompagne, elle la suit, elle arrose et féconde tout ce qu'elle dit, tout ce qu'elle fait, elle se mêle à ses enseignements, à ses corrections, à ses prières, à ses exemples ; et, de plus, elle entraîne avec elle les grâces sans nombre obtenues par la Congrégation tout entière, où les mérites sont mis en commun, où les efforts tendent au même but. L'institutrice religieuse dispose ainsi, en faveur des enfante qu'elle élève, d'un fleuve de grâces composé de mille ruisseaux réunis ; et, dans le combat qu'elle livre à l'ennemi du salut, elle ne doit plus être considérée comme un soldat isolé, mais comme une légion. 2° Ses obligations plus strictes et plus saintes» La première est de faire de l'éducation chrétienne son affaire essentielle.
Le reste vient en seconde ligne, n'est admis que comme moyen ou condition. Quand une enfant lui est amenée, c'est une toile vivante que l'Eglise étale devant elle, pour que, de concert avec le prêtre, elle y dessine les traits de l'Homme-Dieu. Elle ne peut ni interrompre ni perdre de vue ce grand et magnifique travail. En classe, en étude, en récréation dans les exercices pieux, partout et toujours,
le pinceau doit être dans sa main et le divin Original sous ses yeux. Si elle se préoccupe plus de l'instruction profane que de l'instruction religieuse, si elle est plus attentive et plus sensible aux progrès que foai sos élèves dans la première que dans la seconde, elle dévie de sont but, elle trompe l'Eglise, elle oublie sa dignité et descend au niveau de l'institutrice laïque. Pourquoi ? Parce que donner l'éducation chrétienne est sa mission, sa vocation, son devoir d'état, son affaire essentielle.
La deuxième est de se dépenser tout entière au profit de ses élèves.
Quiconque veut entrer au service de l'Eglise doit bien comprendre l'étendue et les charges du service. Considérez ce domestique : il doit à celui qui le nourrit et le rétribue son travail et son temps ; point d'autre intérêt que celui de son maître, point d'autre occupation que celle par lui assignée. Ainsi en est-il de la Religieuse institutrice : une fois enrôlée dans la milice sainte, elle est acquise à Dieu et à l'Eglise ; une fois installée dans une classe ou un pensionnat, elle est acquise à ses élèves. Elle est comptable à l'Eglise, qui l'a mise au nombre de ses auxiliaires, de ses coadjuteurs, de ses collaborateurs ; les enfants ont un droit réel sur ses œuvres, sur ses talents, sur sa personne. C'est pour ce,' a qu'on se charge de la nourrir, pour cela qu'elle re ■ çoit le temporel en échange du spirituel, en attendant que Dieu se donne lui-même à elle pour récompense. Donc son travail et son temps appartiennent à sa classe, doivent tourner au profit de sa classe. Donc tout ce qu'elle perdrait dans l'inutilité en dehors d'une récréation légitime, les heures et les minutes qu'elle dissiperait, ce serait autant de retranché à son service, autant de dérobé à l'Eglise.
La troisième est do mener une vie saint?, que la grâce féconde incessamment son œuvre
L'éducation chrétienne des enfants étant une œuvre éminemment surnaturelle, ne peut fructifier que par la grâce ; et l'institutrice religieuse étant le canal principal do la grâce dans cette œuvre, l'éducation chrétienne qu'elle donne aux enfants ne fructifiera qu'autant qu'elle ne mettra pas obstacle à la grâce. Elle ouvre ou ferme pour ainsi dire le ciel a son gré, elle retientou laisse tomber la pluie, elle commande aux nues et fait sur la terre la stérilité ou l'abondance. Observe-t-elle ses vœux et ses renies, se tient-elle unie à Dieu, travaille-t-elle à sa perfection, la grâce coule à pleins bords, et, en bénissant tous ses discours et toutes ses actions, fait germer la vertu dans le cœur de ses élèves. Au contraire, mène-t-elle une vie tiède, dissipée, irrégulière, la grâce diminue, tombe goutte à goutte et ne féconde rien ou que très peu de chose. Oh ! combien cette pensée est propre à exciter sa ferveur et son zèle: Je tiens entre mes mains le sort des enfants que l'Eglise m'a confiées ! Elles avanceront ou reculeront avec moi ; elles se sanctifieront si je me sanctifie ; elles garderont leurs défauts si je garde les miens.
TROISIEME EXERCICE
Jésus ami des enfants.
1 ° Il les attirait par les touches secrètes de sa grâce, son affabilité plus que paternelle, le bruit de ses miracles. Les uns, encore en bas âge, étaient apportés sur les bras de leurs mères ; les autres entendant
dire : Voilà le prophète, le thaumaturge accouraient d'eux-mêmes sur son passage. Ceux de Jérusalem le suivaient clans le temple, criant: « Hosanna au fils de David ! » et lorsque les princes des prêtres lui dirent : a Ne prenez-vous pas garde aux cris de ceux- « ci? » il cita en leur faveur cette parole du Psalmisle :o C'est de la bouche des enfants et de ceux qui [ « sont à la mamelle que vous avez tiré une louange « parfaite. » (Matth., c. xxi.) Sans préjugés et sans passions, ces enfants ne pouvaient refuser leur foi ni contenir leur admiration ; ils croyaient de cœur et confessaient de bouche. Quoi d'étonnant si Jésus se plaisait d'en être entouré ? Et puis, ne sont-ils pas les frères de ces Innocents qui forment l'avant-garde de la brillante légion des martyrs, auxquels, pour prix de leur sang versé, il a donné la palme et la couronne ?
2° Il reprenait les apôtres qui les écartaient. Toujours prévenus de l'idée d'une royauté temporelle, et jugeant ce cortès-e d'enfants indigne de leur Maître et propre à le ravaler dans l'opinion, « ils reporte saient avec imprécation et menace ceux qui les ame- « naient. » Mais Jésus qui voyait dans ces petits enfants ses petits frères, ses petits amis, son petit troupeau, témoin de ce procédé, « entrait en indignation, « et appelant ses apôtres, disait : Laissez venir à « moi les petits enfants, et ne vous avisez pas de les « en empêcher. (Matth., xix ; Marc, x ; Luc, xviu.) Je veux qu'ils aient tout accès auprès de ma personne, eux et leurs parents qui viennent peut-être de si loin présenter à mes bénédictions ce qu'ils ont de plus cher au monde. Quelle injustice et quelle cruauté d'agir ainsi à leur égard !
Combien fallait-il que Xotre-Seigneur tînt à cette leçon, pour la donner ainsi publiquement et sur le ton du reproche î
3° îl leur prodiguait dos témoignages du plus tendre amour. L'Evangile en énumère cinq : Il les touchait, les bénissait, leur imposait les mains, les embrassait et priait pour eux. (Matih., Marc, Luc, ibid.)
D'un attouchement Jésus guérissait les malades et ressuscitait les morts. On le savait, et les parents comptaient qu'en touchant de son doigt divin leurs enfants, Jésus les ferait croître et grandir, éloignerail "les maladies et les dangers qui menacent cet âge, répandrait le bonheur et la prospérité sur la vie entière.
Bénir c'est souhaiter du bien. Pour Jésus, souhaiter c'est donner. Ce qu'il souhaitait aux enfants c'étaient les vertus de l'enfance perpétuées dans l'âge mûr : Soyez toujours purs, fuyez les méchants, priez avec piété votre Père céleste, obéissez à vos parents, étudiez la loi divine, et n'ayez rien tant à cœur que d'en remplir les préceptes.
Disant ces choses, il joignait ses mains et les étendait sur leur tète, pour signifier qu'il les couvrait du bouclier de sa protection, qu'il les défendrait contre leurs ennemis, et que ce qu'un Dieu prenait sous sa sauvegarde serait bien gardé.
Dans un dernier élan de sa paternelle tendresse, il ouvrait ses bras pour les recevoir, les pressait contre son cœur, les embrassait. Lui aussi avait été enfant, lui aussi avait reçu les baisers affectueux et redoublés de sa Mère : ce souvenir était toujours présent à sa pensée.
Et comme s'il n'eût pu se résoudre encore à s'en séparer, il se mettait en prière devant eux et pour eux, élevant les yeux vers le ciel, faisant entendre des supplications ardentes, les consacrant à son Père, et ne les congédiant enfin qu'après les avoir remplis-
de sa vertu divine et dos grâces qui devaient consommer leur sanctification.
C'est l'universelle el invariable coutume de l'enfant caressé par le prêtre de s'en aller joyeux, racontant par le menu tout ce que le prèlre lui a fait, répétant mot pour mot tout ce que le prêtre lui a dit. Avec quelle vivacité de joie ceux-ci, à peine dégagés des bras de Jésus, devaient-ils faire à leurs parents et à leurs compagnons le récit détaillé des caresses . dont ils avaient été l'objet ! Il nous a appelés quand' on nous repoussait, il a misses mains sur notre tête, I il a fait pour nous des prières, il nous a recommandé d'être sages, il nous a embrassés. Oh ! comme il est aimable, Jésus ! Qu'il est bon ! qu'il est bon !
Heureux enfants, vos parents ne furent point trompés dans leur attente, vous devîntes grands et sages, peut-être propagateurs de l'Evangile ; nous vous retrouverons dans le ciel, faisant encore cortège à votre doux Bienfaiteur et continuant dans un enthousiasme divin votre cantique commencé sur terre: Hosanna ftlio David!
4° Il les donnait pour modèles d'humilité, et déclarait que son royaume n'est que pour ceux qui leur ressemblent.
Trois évangélistes, saint Matthieu, saint Mare et saint Luc, ont relevé le trait suivant. C'était àCapharnaùm : à peine rentrés au logis, les apôtres tirent cette question à Jésus : « Dans votre pensée, quel est « le plus grand au royaume des cieux ? — Et vous, « répliqua Jésus, de quoi vous entreteniez-vous en « marchant?» Eux se turent, parce qu'ils avaient disputé à qui appartenait Je premier rang. Alors Jésus, qui, sans être à portée d'ouïr leur conversation, avait vu les pensées de leur cœur, dit : « Si quel- « qu'un veut être Je premier, qu'il se fasse le der-
« nier do tous et le serviteur de tous. » Il va aussitôt prendre un petit enfant qu'il place à ses côtés, et, s'ass vaut, il fait ranger les douze tout autour. Jl embrasse l'enfani : « En vérité, je vous le dis : si vous « ne vous convertissez et ne devenez comme de pe- « tits enfants, vous n'entrerez point dans le royaume o des cieux. Quiconque s'humiliera comme ce petit u entant, celui-là sera le plus grand dans le royaume « des cieux, Celui qui est le moindre entre vous tous, (v c'est celui-là qui est le plus grand. » Puis il répéta celle sentence bien ci m n ne déjà de ses apôtres: «C'est « à ceux qui ressemblent aux petits enfants que rea vient le royaume des cieux. » (Mat th., xyiii ; Marc, jx; Luc, ix.)
Jésus veut donner une leçon d'humilité, et l'exemple qu'il propose est un petit enfant. Il entreprend de marquer les conditions d'admission au royaume des cieux, et ces conditions il les trouve réunies dans un petit enfant. Les docteurs des nations sont convoqués autour d'un petit enfant; ce petit enfant a la place d'honneur près de Jésus. C'est lui qu'ils doivent contempler, étudier, copier, pour devenir par vertu ce qu'il est par le bénéfice de l'âge.
L'enfant est ingénu et candide, sans fiel, sans duplicité, sans jalousie. Il n'a ni souci des richesses ni ambition. Il quitte le sein de sa mère dès qu'il est rassasié ; il aime sa mère alors même qu'elle le frappe ; il préfère sa mère pauvre à la plus grande reine. Jamais il ne cherche à dominer les autres ; il n'a aucun sentiment de vanité ; il ignore jusqu'au nom de ses qualités aimables.
5° Il faisait les plus magnifiques promesses à ceux qui les reçoivent en son nom, et les plus terribles menaces à ceux qui les scandalisent.
Les trois mêmes évangélistes citent encore cetteparole dite clans des temps et des lieux divers: « Quiconque reçoit un de ces petits enfants en mon « nom, me reçoit ; et celui qui me reçoit, ce n'est « pas moi qu'il reçoit, mais Celui qui m'a envoyé. « Et si quelqu'un scandalise un de ces petits qui « croient en moi, il eût mieux valu pour lui être « précipité au fond de la mer avec une meule de « moulin au cou. Prenez garde de scandaliser un « de ces petits, car leurs anges dans le ciel voient « la face de mon Père, et le Fils de l'homme est « venu sauver ce qui avait péri. » (Ibid.)
Recevoir, c'est faire quelque bien au corps ou à l'âme ; recevoir au nom de Jésus-Christ, c'est faire ce bien en vue de Jésus-Christ. Et parce que le Fils de Dieu ne fait qu'un avec son Père par nature, et que les petits enfants ne font qu'un avec Jésus- Christ par adoption, ce qu'on leur fait, c'est à Jésus- Christ, à Dieu même qu'on le fait.
Mais malheur à celui qui, abusant de leur simplicité, ouvre leur âme au vice et brise sur leur front le sceau de l'innocence ! Quoique petits et faibles, ils sont grands et forts par leurs anges, par Jésus-Christ surtout, leur Sauveur. A quoi doit donc s'attendre l'auteur du scandale, lorsque les anges, se voyant arracher leurs pupilles, crieront vengeance contre lui, et que le Sauveur réclamera sa conquête ? Jésus-Christ le dit immédiatement en faisant la description de l'enfer, comme si ce séjour d'horreur n'avait été créé que pour Satan et pour ceux cjui se rendent ses suppôts auprès des enfants.
Etait-il possible à Jésus de témoigner à l'enfance plus d'intérêt, de l'entourer de plus de protection, de lui prodiguer plus de caresses ? 11 n'y a pas jus* qu'à ses jeux auxquels dans une circonstance il
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n'ait emprunté une comparaison pour confondre l'indocilité d<ls Juifs. (Luc, vu.) Guel encouragement pour la Religieuse institutrice, chargée par vocation d'instruire et de catéchiser les enfants ! Elfe n'a pour ainsi dire» rien à envier à Marie et à Joseph, puisque Jésus-Christ déclare et estime fait à luimême tout ci1 qu'on fait au moindre de ces petits. Kl de même que Jésus, édifiant Joseph et Marie, acquittait largement la deltede la reconnaissance, ainsi la Religieuse institutrice, pour prix de ses soins, reçoit do ses élevés des leçons d'humilité, de simplicité, de candeur, et, sous plus d'un rapport, peut être disciple en même temps que maîtresse..
QUATIUEME EXERCICE*
Jésus priant à GeîTisémani.
Premier prélude. Après la cène et l'hymne (Faction de grâces, Jésus vint à Gelhsémani pour prier. Trois fois il conjura son Père d'éloigner de ses lèvres le calice de sa Passion, si telle élait sa volonté. La tristesse l'ayant réduit à l'agonie et lui faisant suer le sang, il redoublait sa prière.
Deuxième prélude. Se représenter l'obscurité profonde de la nuit, le monl oies Oliviers au pied duquel coule le Cédioti, les arbres épais et touffus, Pierre, Jacques et Jean qui dorment non loin de leur Maître, Jésus prosterné.
Troisième prélude. Faites-moi la grâce, ô Jésus, de comprendre et de mettre en pratique les leçons que vous me donnez dans celle scène solennelle et attendrissante.
Dans cette prière, il faut remarquer 1° la solitude du lieu.
Comme s'il avait besoin d'échapper aux distractions qui nous assiègent, Jésus, pour cette prière, attend la nuit, gravit une montagne, pénètre dans un jardin. 11 laisse à l'écart huit de ses apôtres ; il s'éloigne même un peu des trois apôtres chéris qu'il relient avec lui. (Marc, xiv ; Matth., xxvi.)
Puisqu'il s'agit, dans l'oraison et autres exercices spirituels, d'entrer en commerce intime avec Dieu, de lui parler, de l'écouler, avec quel soin ne dois-je pas choisir le temps et le lieu les plus propres à favoriser le silence et la piéié ! À l'exemple de Jésus, les saints aimaient à prier la nuit, au pied des autels solitaires, au fond des bois, au sommet des montagnes. C'est pour le même motif que la Règle place l'oraison avant et après les travaux journaliers, et que l'oratoire est situé, autant que possible, loin du bruit, dans le lieu le plus retiré de la maison. Mais tout cela sert peu sans l'union habituelle avec Dieu, sans la mortification des passions.
2° La révérence de l'attitude.
Jésus se met d'abord à genoux devant la majesté de son Père (Luc, xxn) : puis il se prosterne le visage contre terre (Matth., xxvi).
En public et dans le temple, il prenait l'altitud prescrite par les rites et l'usage ; mais en particulier il s'abandonnait aux mouvements de sa dévotion. Si j'étais convaincue d'un côté de l'infinie grandeur du Dieu auquel s'adressent mes prières, de l'autre de l'influence du respect extérieur sur les dispositions intérieures de l'âme, mon maintien dans mes prières ne serait-il pas quelquefois tout autre ? On sait encore que les saints, quand ils se voyaient seuls sous l'œil de Dieu, dans leur cellule, à l'église ou
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ailleurs, se prosternaient, baisaient la terre, tenaient. Les bras étendus, se frappaient la poitrine, multipliaienl les signes de croix el les génuflexions, élevaient les veux vers le ciel, exhalaient des soupirs ardents. Pourquoi, dans l'occasion, lorsque l'Esprit saint m'y pousse, refus* rais-je de donner on libre essor à nia piété? Combien mon ange en serait ravi ! Nulle indiscrétion à craindre de sa part ; il n'en parlerait qu'à Dieu.
3° ' a f erreur, la résignation, la persèrerance.
c Pendant qu'il était clans sa chair, dit saint « Paul, ayant offert, avec de grands cris et avec lar- « mes, ses prières et ses supplications à Celui qui « pouvait le sauver de la mort, il a été exaucé à « cause de son respect pour son Père. » (Hebr., v.) On voit que l'Apôtre fait allusion à la prière de Jésus au jardin de Gethsémani. Quelle prière ! et comment n'eût-èlle pas touché le cœur de Dieu? Une prière mêlée de supplications, arrosée de larmes, entrecoupée de sanglots et de cris aigus !
Toutes les formules pour exprimer la plus parfaite résignation sont ici épuisées: «Mon Père, si « vous le voulez, transportez ce calice loin de moi ; « cependant, que votre volonté se fasse, non la « mienne. » (Luc, xxu.) Mon Père, tout vous « est possible : faites passer loin de moi ce calice ; « toutefois, non ce que je veux, mais ce que vous voulez. » (Marc, xiv.) « Mon Père, s'il est pos- « sible, que ce calice s'éloigne de moi ; néanmoins, a non comme je veux, mais comme vous voulez. » (Mat th., xxvi.) « Mon Père, si ce calice ne peut s'é- >< carter sans que je le boive, que votre volonté s'ac- <( complisse. » (Ibid.) Quelque chose que nous sollicitions, quel que soit notre désir d'être exaucés, le point qui demande une plus vive insistance et une
répétition plus énergique, c'est celui de notre total abandon à la volonté divine.
A mesure que l'heure du combat approchait, Jésus redoublait sa prière ; il y employa tout le temps qui s'écoula depuis le sermon de la cène jusqu'à L'arrivée de Judas : il redisait sans cesse la même parole, cette parole qui rendait si bien les sentiments de son âme : il se consolait avec son Père de l'indifférence que lui montraient ses apôtres, réveillés inutilement à deux reprises; enfin, étant réduit à l'agonie, il prolongeait et multipliait sa prière. (Mat th., xxvi ; Luc, xxu.)
Hélas ! ma ferveur dans mes prières se ralentit bientôt : aujourd'hui toute de feu, demain toute de glace. Loin de faire éclater ma résignation, je ne demande que l'accomplissement de ma volonté ; et dès que la seule volonté de Dieu se fait, je me décourage et me désespère. Beaucoup de paroles, peu d'attention et de sentiments. Quand le danger presse, que la tentation harcelle, que l'occasion devient plus vive et plus séduisante, c'est alors précisément que je cesse d'implorer le secours d'en haut ; mais aussi quelles chutes déplorables !
4° La suavité des reproches adressés aux apôtres.
« 11 vint à ses disciples qu'il trouva endormis, et « dit à Pierre : Vous n'avez donc pu veiller une heure « avec moi ? » (Mat th., xxvi.) Simon, vous dormez! « Vous n'avez pu veiller une heure? » (Marc, xiv.) « Eh bien ! dormez maintenant, et reposez-vous: « voici que l'heure approche, et le Fils de l'homme « va être livré aux mains des pécheurs. » ( Matth., xxvi.) Ce n'est qu'à la troisième visite que Jésus mêle un peu d'ironie au reproche, dans l'unique but de réveiller ses apôtres, de peur qu'ils ne soient sur-
pris par Judas; et sa troupe. Dans les deux première?, il compatit à leur faiblesse. Ils n'avaient pris aucun repos depuis la (rue; leur sommeil était en partie l'ellel de la tristesse, dit saint Lue, et saint Mare peint ainsi leur accablement: «Leurs yeux « étaient appesantis, et ils ne savaient pas ce qu'ils « lui répondaient. » Il n'en fallait pas tant pour toucher le cœur d'un si bon Maître !
Combien «le fois j'ai mérité ce même reproche: Vous donnes ! sans avoir les mêmes excuses que les apôtres ! Kt lorsque, dans la maladie ou une nécessité quelconque, j'ai cru devoir l'adresser moi-même a d'à u tics, pour me plaindre de leur froideur ou de leurs retards, qu'il s'en faut que j'aie imité le doux (oui palissant Jésus ! Quelle amertume ! quel ressentiment !
5° L'importance des recommandations et des maximes.
« Alors il leur dit : Mon âme est triste jusqu'à la « mort ; demeurez là et veillez avec moi. » (Matth., <t xxvi.) « Veillez et priez, pour que vous n'entriez « point en tentation. » (lbid.) « L'esprit est prompt « sans doute, mais la chair est faible. » (lbid.) Lc- « vez-vous, allons : voilà que celui qui doit me trace hirest proche. » (Marc., xiv.)
Témoin des crimes qui se commettent, des âmes qui se perdent, des trahisons et des sacrilèges que de nouveaux Judas lui préparent, Jésus, chaque malin, au moment où je vais à l'oraison et à la messe, m'invite à joindre mes prières aux siennes et à soulager ainsi sa mortelle tristesse. Parfaitement instruit de ma faiblesse, malgré mes belles résolutions, découvrant les pièges de Satan que je suis loin de soupçonner, il m'avertit de veiller, de prier, de me délier de moi-même: serai-je toujours sourde
a cotte invitation, toujours rebelle à cet avertissement ?
Colloques : 1° Avec saint Pierre. Combien a-t-il regretté plus tard de n'avoir pas veillé une heure, pour soutenir son bon Maître qui venait mendier près de son apôtre un peu de consolation, et pour demander cette grâce puissante qui l'eût préservé du triple reniement 1
2° Avec Vange qui vient fortifier Jésus. Oh ! je le remercie de ce qu'il a fait pour Jésus ; je l'en bénis. Qu'il veuille aussi me fortifier dans mon agonie, ranimer la piété de celles qui me feront la recommandation de l'âme, mettre les plus ferventes prières, sinon sur mes lèvres, du moins dans mon cœur, jusqu'au dernier soupir.
3° Avec Jésus-Christ. Lui demander pardon pour notre lâcheté et nos irrévérences dans les exercices de piété. Lui dire avec les apôtres : » Seigneur, apprenez-nous à prier. »
IjE sixii]M:H: jour,
PREMIER EXERCICE
Les saintes femmes au Calvaire.
Premier prélude. « Cependant la Mère de Jésus, « et la soeur de sa Mère, Marie Cléophas, et Marieci Madeleine se tenaient au pied de la croix. » Saint Jean, qui signale cette circonstance, y était aussi, avec Salonié, sa mère. (Joan., xix ; Marc, xv.)
Deuxième prélude. Se représenter Jérusalem agitée et émue, le Calvaire couvert de soldats et de curieux, un groupe de saintes Femmes éplorées, Jésus en croix.
Troisième prélude. « Je vous le demande, ô sainte « Mère, imprimez profondément dans mon cœur les c plaies de Jésus crucifié. » (Stabat.)
1° La première station des saintes Femmes au Calvaire fut à quelques pas de la pierre où Jésus s'assit, pendant qu'on faisait les préparatifs du supplice.
De là elles virent les terribles instruments étalés par terre, les trous profonds creusés dans le rocher pour planter les trois croix, l'inscription ironique que Pilate fit peindre pour celle de Jésus, le vin où les soldats mêlèrent du fiel, l'arrivée tumultueuse des deux larrons enchaînés, dont les contorsions et les résistances désespérées contrastaient avec la patience du divin Agneau,
Elles virent ensuite Jésus, obéissant au premier signal, s'étendre lui-même sur la croix, où il fut
fixé par les pieds et par les mains avec de gros clous de fer ; le sang rejaillit jusque sur elles, et les membres délicats de Jésus furent tirés si violemment, que ses os se disloquèrent, et qu'on pouvait les compter.
Sous leurs yeux enfin, les bourreaux traînèrent la croix et Jésus cloué dessus quatorze pas plus loin; puis, l'avant dressée avec des cordes, ils la laissèrent tomber de tout son poids dans l'ouverture.
De quel effroi ne furent-elles pas saisies, lorsque le ciel, sans être cbargé de nuages, au moment le plus beau et le plus lumineux du jour, en plein midi, se couvrit tout à coup de ténèbres? A cet événement, la foule innombrable des spectateurs ne s'ébranla point, les soldats ne s'écartèrent point, les Juifs ne manifestèrent ni crainte ni repentir; amis et ennemis de Jésus, tous tinrent ferme sur le Calvaire.
Cependant Dieu le Père, puisant dans les trésors de sa colère d'une main formidable, jetait sur Jésus, une à une toutes nos iniquités. Il lui lançait notre orgueil, notre impiété nos blasphèmes: quel poids terrible! Il lui lançait nos sacrilèges, nos prostitutions, nos scandales, nos parjures, nos injustices, nos homicides : ô Dieu ! quels poids énormes ! Et Jésus, ainsi accablé, frappé à coups précipités, était, au dire du Prophète, comme sous l'action d'un marteau gigantesque, qui le brisait, le foudroyait, le pulvérisait ; et ce marteau, incessamment levé par les bras de tous les pécheurs, retombait, se relevait, pour retomber encore.
2° La deuxième station, de midi à trois heures, fut a u pied de la croix de Jésus, au lieu dit Golgocha.
C'est là que la sainte Vierge se précipita, suivie
des sainlos femmes, dès que L'accès fut libre. Elles sont donc Là toutes, pour se baigner dans les Larmes et Le sang de Jésus, admirer ses derniers exemples, entendre se6 dernières paroles, contempler ses derniers mystères, recueillir son dernier soupir, prèles à toul souffrir, à mourir, s'il le faut, pour lui. Elles jettent sur Jésus Leurs douloureux regards, el Jésus fixe sur elles tendrement les siens. Qui n'admirait la constance de leur amour? Jésus est conduit au suppliée : ees saintes Femmes L'aceompagent, ne pouvant se consoler, comme des enfants qui vont demeurer orphelins el sans appui. Jésus est fixé à la croix ; leur âme est transpercée des mêmes clous, en proie aux mêmes angoisses. Il est élevé dans les airs aux applaudissements d'une foule qui triomphe; «'llr- poussent des gémissements et des cris. On lui insulte à l'envi de l'œil, de la langue, de la tète, du geste; elles boivent l'amertume et la honte de toutes ces avanies, et, sans rougir de paraître dévouées à un crucifié, soutiennent jusqu'à la fin l'horreur du spectacle.
Mais vous, o Marie, debout devant votre Fils, n'éles-vous pas consternée, abattue, blessée et immolée avec lui ? De quelque côté que vous tourniez vos regards ou que vous prêtiez l'oreille, au milieu de celte scène tragique, ce que vous voyez, ce que vous entendez, vous navre le cœur. Votre àme ne fut-elle pas ébranlée jusqu'au fond de son être, quand vous viles votre Fils suspendu entre deux scé- Lérats, dont l'un, oubliant ses propres tortures, lui jetait L'impiété de ses défis et de ses sarcasmes; quand, dévoré de la soif de notre salut, il s'écria: « J'ai soif ! » et que les soldats, qui lui avaient déjà présenté du Bel, portèrent à ses lèvres une éponge et de l'hysope imbibées de vinaigre ; quand les pré-
très et les sénateurs, pour qui il venait de demander grâce à son Père, joignirent leurs moqueries à celles du peuple? N'y eut-il pas une recrudescence d'inexprimable douleur dans votre âme déjà accablée, lorsque Jésus vous lit le dernier adieu, et qu'il vous confia à saint Jean ; lorsqu'il appela Dieu à son secours par cette invocation redoublée qui témoignait de son abandonnement : Eloï, Eloï: lorsqu'il déclara à haute voix que tout était consommé?
En effet, le mystère de notre rédemption s'achevait. Jésus offrait la tristesse amère. profonde de son cœur, et Dieu était dans Jésus-Christ, acceptant cette pénitence comme une contrition proportionnée à la malice et à l'en or mi té de tous les péchés du monde. Jésus s'anéantissait, se saturait d'opprobres, et Dieu était dans Jésus-Christ, acceptant cette humiliation comme un dédommagement proportionné au degré de honte et d'infamie que méritaient tous les péchés du monde. Jésus livrait sa chair virginale pour être déchirée, broyée, et Dieu était dans Jésus- Christ acceptant ces douleurs comme une expiation proportionnée à la rigueur des peines qui devaient venger Dieu de tous les péchés du monde. « Dieu, « dit saint Paul, était « dans Jésus-Christ se récon- « ciliant le genre humain. » (II Cor., v.) Il frappait son Fils, et il nous ouvrait les bras ; il rejetait son Fils, et il nous adoptait ; il le regardait avec fureur, et nous avec miséricorde ; il faisait tomber sur lui Fanathème, et sur nous ses bénédictions.
3° La troisième station, dont parlent saint Matthieu, saint Marc et saint Luc, fut à quelque distance de la croix, après le dernier soupir de Jésus.
Insensiblement le Calvaire se dégageait de la multitude qui l'avait occupé depuis midi. Un lugubre silence, interrompu seulement par des sanglots,
régnai! sur la montagne; l'œil n'apercevait plus que Les croix sanglantes et les cadavres livides qu'elles portaient dans Leurs bras. Les saintes Femmes ne se retirèrent pas avec les autres! Aussi Longtemps
qu'elles avaient pu montrer à Jésus leur attachement inviolable, elles s'étaient tenues toutes ensemble au pied de la croix ; maintenant qu'il ne leur reste pas même la consolation d'en être vues et entendues, elles prennent, quelques pas plus loin, une place d'où il leur sera permis de contempler en face et à loisir leur doux Maître.
3l de là que, pendant près de deux heures, elles purent rassasier leurs regards du spectacle navrant de ses plaies, de son Iront hérissé d'épines, de son visage gonflé par les soufflets et les coups de poing qu'il avait reçus, de sa bouche pleine de sang et de poussière, de ses yeux éteints, de ses membres cruellement meurtris. Par son attitude, il semblait leur dire : Approchez, ne craignez point ; mes bras sont étendus pour vous recevoir, mes mains sont percées alin que tous mes trésors découlent sur vous, ma tète est inclinée pour vous donner le baiser de paix, mes pieds sont enchaînés pour vous avertir que je ne m'enfuirai pas. Venez et voyez : mes plaies seront votre santé, le sang que je répands sera votre baptême, ma couronne d'épines vous assure une couronne de gloire, ma croix vous mérite an trône, ma mort sera votre vie.
Mais quand ces saintes Femmes aperçurent les soldats envoyés pour rompre les jambes aux condamnés, il y eut dans cette pieuse troupe un frémissement d'horreur, à la pensée qu'on voulût faire subir ce traitement au Sauveur, et leur affliction manifestée par des cris lamentables et des torrents, de Larmes, ne connut plus de bornes, à l'instant où
l'un des soldats, brandissant sa lance, ouvrit le côté de Jésus, et qu'aussitôt du plus profond de sa poitrine déjà froide coulèrent l'eau et le sang, mystérieux symboles du Baptême et de l'Eucharistie.
Colloques : 1° Avec Marie-Madeleine. Je vous vois embrassant la croix et avec la croix les pieds de Jésus, recevant sur votre tète, sur vos cheveux, sur vu- épaules, sur tout votre corps, son sang qui coulait d'abord par ruisseaux, puis, quand il fut presque épuisé, goutte à goutte. Vous vous immolâtes alors sur les pieds de Jésus, et vos bras entrelacés autour de la croix furent comme l'autel vivant sur lequel Jésus s'immolait lui-même. Oh ! qu'il vous a bien payé vos parfums et vos larmes !
2° Avec la Sainte Vierge. « 0 Mère pleine d'ac mour, faites que je sente la violence de votre dou- « leur, que je ne cesse de pleurer avec vous. Qu'avec « vous je partage les tourments que votre Fils dait gne endurer pour moi. Près de la croix, avec vous, « je voudrais m'associer à vos angoisses. Que je « porte en moi la mort de Jésus, le poids de sa Pas- « sion, le souvenir de ses plaies. » (Stabat.)
3° Avec Jésus. « Je vous salue, tète vénérable « qu'adorent les anges et que je vois toute transper- « cée d'épines. Je vous salue, flanc sacré de mon « Sauveur, tout empourpré de sang, et donnant pas- « sage au remède de vie et d'immortalité. Salut, bé- « nites mains, traversées par des clous cruels. Sa- « lut, corps sacré qui n'êtes plus qu'une plaie. Jésus, « mon amour, je m'approche de vous, je vous em- « brasse ; ah ! ne me repoussez pas de vos pieds, que <( je tiens, sur qui je colle mes lèvres. » (Qff. sacr. ind.)
DEUXIÈME EXERCICE
Les trois parfums.
« Il va, dit saint Bernard, trois sortes de parce (unis : le parfum de la componction, le parfum de « la dévotion cl le parfum de la compassion. Le prête mier, lïuil du souvenir des péchés, cause à l'âme « une salutaire douleur, et se répand humblement « sur les pieds de Jésus, reconnu comme notre mite séricordieux Sauveur. Le second, fruit du souve- « nir des bienfaits de Dieu, calme l'àme, et se ré- « pand amoureusement sur la tète de Jésus, reconnu' « comme notre Dieu ; car la tète en Jésus-Christ re- « présente Dieu, auteur de tout don. Le troisième, « IVuil du souvenir des misères spirituelles et cora porelles du prochain, guérit les angoisses et les « meurtrissures, et se répand charitablement sur les « membres du corps mystique de Jésus, reconnu « comme notre Chef, vivant en chacun de nous par a sa grâce et son esprit.
« Le parfum de la componction se produit lorsque « l'àme, rappelant en détail la multitude de ses pé- « chés avec leur malice, leur espèce, leurs circons- 3 lances, les broie dans sa conscience flagellée par « le remords comme clans un mortier, et les livre à a la vivacité de son repentir comme à l'action d'un « feu dévorant. Quoique répandu sur les pieds du « Sauveur et préparé par une âme qui se dégage à « peine du péché, ce parfum n'est pas sans prix, « puisque Dieu ne méprise pas un cœur contrit et « humilié, et que toute la maison en est embaumée, « c'est-à-dire l'Eglise, où les pécheurs apprennent à « se convertir, et le ciel, où les anges se réjouissent
« de leur retour. Vous tous dont les plaies, fraîches « encore, sont à peine cicatrisées, broyez ce parfum, « que vos mains distillent la myrrhe : c'est la com- « ponction qui vous convient.
« Le parfum de la dévotion l'emporte d'autant « plus sur celui de la componction, qu'il se compose « de plantes plus excellentes et plus rares ; car, au « lieu que l'un a pour matière première les péchés « qui ne croissent que trop dans notre fond, l'autre « se tire des dons célestes que Dieu nous accorde « quand il veut et comme il veut. L'âme, pourcom- « poser ce parfum, remet sous ses yeux tous les « bienfaits de Dieu et toutes sec promesses, la créa- « tion, la rédemption, le ciel ; elle considère les grâce ces particulières qu'elle a reçues, l'éducation, la « vocation, mille inspirations secrètes. Sous les coups « d'une méditation redoublée, elle fait jaillir de ces « aromates tombés du ciel le suc de la reconnais- « sance qu'ils renferment ; bientôt la flamme de la « charité s'en empare et l'épure ; et parce que tout « don parfait vient de Dieu par Jésus-Christ, c'est à « Dieu en Jésus-Christ qu'elle adresse ses chants « d'amour, ses hymnes d'action de grâces, c'est sur « la tète qu'elle répand ce nouveau parfum. Dupre- « mier il est dit : « Vous ne rejetterez pas, ô mon « Dieu, un cœur contrit et humilié ; » du second « Dieu dit lui-même : Le sacrifice de la louange m'ho- « norera ; » ce qui est incomparablement plus excel- « lent. Vous dont le cœur, blessé par la douleur à Ja « vue de vos péchés, a longtemps saigné, faites une « ample provision du parfum de la dévotion, aussi « doux à Famé qu'agréable à Dieu.
« Mais il en est un troisième qui surpasse de loin « les deux autres : c'est celui de la compassion. « Lorsque l'àme se représente les innombrables mi-
« sèrea des chrétiens, La pauvreté, les maladies, les a tristesses ; lorsque surtout elle envisage leurs maux « spirituels, l'ignorance, les crimes, les scandales, « un profond sentiment de pitié la pénètre, la pitié
<{ fait nail iv le désir de soulager, le désir se traduit « bientôt en acte : ei ce sont toulcs les œuvres de « miséricorde spirituelle et corporelle qui composent « ce parfum, répandu en même temps sur les mem- « bres du corps mystique de Jésus-Christ et sur «. L'âme de ceux qui l'appliquent, puisque Celui qui i a dit: 4 Tout ce que vous faites au moindre des « miens, c'esi à moi que vous le faites, » a dit aussi: « Bienheureux ceux qui font miséricorde, parce « qu'ils recevront miséricorde. » Si quelqu'un s'est « suffisamment exercé dans la composition du prête mier ei du second parfum, qui s'élève à la compo- « siti<>u de celui-ci ; son prix est d'autant plus grand « qu'on L'applique à des sujets plus ingrats et que « la nature éprouve plus de répugnance.
« Pour moi, s'il m'est permis de parler de moi- « même, lorsque je siégais aux pieds de Jésus, of- « frant le parfum de la componction, au souvenir de « mes péchés ; lorsque quelquefois, mais plus rare- « ment, je montais avec joie jusqu'à la tète de Jésus, « offrant le parfum de la dévotion, au souvenir de « ses bienfaits, on est venu me dire : Pourquoi per- « dez-vous ainsi le temps, et enfouissez-vous vos ta- « lents? Pourquoi ne songez-vous qu'à vous-même, « lorsque vous pourriez être utile à tant d'autres ?.. <( Et je répondais : Que sert à l'homme de gagner <( l'univers, s'il vient à perdre son âme? Vous me « prenez pour un homme fort et vigoureux qui « peut dépenser la surabondance de ses forces au ser- « vice du prochain, et je suis encore enfant, me « soutenant à peine. Laissez, laissez-moi grandir et
« me fortifier ; le parfum de la compassion n'est pas « encore le mien, car il est le partage des parfaits. » (Serai. 10 et 11 in Cant.)
On voit que toute cette doctrine est empruntée aux trois onctions de Marie-Madeleine, dont les Docteurs et les Pères ont relevé à l'envi les significations mystérieuses. « En effet, dit ailleurs saint Bernard, « Madeleine eut le bonheur, grand déjà, d'oindre les « pieds de Jésus, le bonheur plus grand encore d'oin- « dre la tète de son Créateur, et le bonheur très-grand « d'oindre tout le corps du Christ. » (In festo B. M. Magdalena?.) Elle oignit les pieds de Jésus chez Simon le pharisien, au jour de sa conversion, lorsqu'elle embrassa et arrosa de ses larmes et de ses parfums les pieds de son Juge et de sa Miséricorde, et que, délicieusement rafraîchie et consolée par l'espoir du pardon, elle offrit à Dieu, pour apaiser sa justice, le sacrifice d'un cœur consumé dans le feu d'une véritable et sincère componction. Elle oignit la tête de son Créateur chez Simon le lépreux, au souper funèbre de Béthanie, lorsque, ayant déjà embaumé et essuyé avec ses cheveux dénoués les pieds de Jésus, elle éleva son alabastrum sur sa tête vénérable, versa le reste du parfum, et, pour montrer qu'elle épanchait à la fois tous les sentiments de reconnaissance, de dévotion d'amour dont son âme était remplie, brisa l'orifice du vase qui contenait l'odoriférante liqueur. Elle oignit tout le corps du Christ après la résurrection, lorsque, hors d'état de faire servir à la sépulture de son Sauveur et Seigneur désormais immortel ses riches parfums préparés avec tant de soin, elle les distribua aux disciples nécessiteux, faisant ainsi hommage aux membres de ce qu'il ne lui était plus possible d'offrir au Cher : « Le fils de Dieu, dit Ruban Maur, ne voulut
« pas qu'ils fussent appliqués à l'usage de son corps « mort, pour qu'ils fussent appliqués à celui de son « corps vivant ; car l'Eglise de Dieu est vivante, elle « qui mange Le pain vivant; et ce corps mystique « de Jésus-Christ lui est en quelque sorte plus cher <x que snii corps uaturel, puisque, pour préserver le a premier de la mort, il a livré le second. » (Vita S. M. Magdal., c. xxx.)
La religieuse institutrice n'a rien à envier à Marie-Madeleine ; comme elle, elle peut faire les trois onctions et répandre les trois parfums. Chaque fois qu'elle l'ait un acte de contrition ou de pénitence, récite le Confileor, accuse ses péchés au saint tribunal, accepte la coulpe imposée, pratique des austérités quelconques, elle oint les pieds de Jésus et répand le parfum de la componction. Quand elle fait oraison, dit l'office, chante le Gloria in excelsis, le Magnificat, le Te Deum, ou toute autre prière exprimant la louange ou l'action de grâces, elle oint la télé de son Créateur et répand le parfum de la dévotion. Sa vocation du matin au soir l'obligea faire les actes de miséricorde spirituelle et corporelle, la, il a regard de ses sœurs qu'à l'égard de ses élèves, et du matin au soir elle a le bonheur d'oindre le corps mystique du Christ et de répandre le parfum de la compassion.
« C'en est assez, conclut Raban Maur, sur les trois « onctions par lesquelles l'amante privilégiée deJé- « sus, Padmirablè contemplatrice, la parfumeuse à « jamais illustre, signala son amour envers le Fils c de Dieu : l'onction des pieds, Fonction de la tète « et celle du corps. Heureux celui qui écoute volont tiers ers choses, les croit sans hésiter, les médite « avec ferveur! Plus heureux celui qui, après les « avoir honorées et admirées avec une piété aiTec-
« tueuse, en fait l'objet d'une ardente émulation ! « Mais heureux entre tous celui qui est tellement « épris, charmé, embaumé des actions de Marie, a qu'il s'efforce, de reproduire les exemples de sa « vie, s'approprie son esprit, se remplit de sa de voce tion, tant qu'enfin il participe, lui aussi, à la « meilleure part qu'elle a choisie ! » (Vira S. M. Magdal., cap. xxx.)
TROISIEME EXERCICE
Ferveur.
4° Sa définition. C'est la charité à son plus haut degré d'intensité et d'activité. Ce que la flamme est au feu, la ferveur l'est à la charité ; car si la charité est un feu, dès qu'elle est très-enflammée, elle se nomme ferveur, et tout ce que la ferveur ajoute à la charité, c'est la flamme qui rend la charité vive et diligente, non seulement dans l'accomplissement des préceptes et des devoirs d'état, mais encore dans la pratique des conseils et l'acquiescement aux saintes inspirations. On est fervent quand, sous l'action véhémente de la grâce, on fait promptement et avec allégresse, soigneusement et sans réserve, ce que Dieu ordonne et ce qu'on sait lui être agréable. La ferveur suppose la piété, animée d'un tendre amour pour ce qui touche au service divin, complète la dévotion qui s'y porte avec une généreuse ardeur, et si elle n'est pas encore la sainteté et la perfection, elle ne peut manquer de l'être bientôt.
David relevait sa ferveur par ces paroles : J'ai c couru dans la voie de vos commandements, quand « vous avez dilaté mon cœur, ô mon Dieu. » (Ps.
118.) Jésus-Christ peint d'un mot la sienne : « Je « fais toujours ce que je sais être du bon plaisir de « mon Père. » (Joan., vm.) Et l'auteur de Y Imitation a pu dire : 0 L'homme fervent et diligent est .( pré! a tout. » (I lil>., <•. xxv.)
2° Sks conditions. Quatre choses sontrequises pour un feu ardent : avoir du feu réel, le soufller avec force, I'- dégager en Taisant tomber la cendre, ne pas épargner le combustible. Quatre choses analogues sont égalemenl nécessaires pour la ferveur.
— 1° Posséder la vraie charité. Autant le feu matériel et élémentaire diffère dos feux follets et des lueurs phosphoriques, autant la charité capable de produire la ferveur diffère de l'activité naturelle et de la fausse dévotion, qui n'en sont que le simulacre et la contrefaçon. L'activité naturelle, effet du tempérament ou de l'habitude, s'allie quelquefois dans l'exercice du zèle avec les vices les plus grossiers, et la fausse dévotion, accoutumée à faire le triage dans les œuvres, n'est souvent qu'un égoïsme déguisé, une bouffée de chaleur, un feu de paille ; tandis que la charité a pour principe l'Esprit saint, pour base l'abnégation, pour ennemi irréconciliable le péché mortel, pour objet constant et universel la volonté de Dieu en toute chose.
2° Attirer en soi avec force l'Esprit saint. A lui d'attiser le feu sacré el de lui donner une ardeur et une vivacité toujours croissantes. Mais parce qu'il souille où il veut, et qu'il attend, pour descendre, qu'on lui crie : Venez, Esprit saint, tout notre soin doit être de l'attirer par nos soupirs véhéments et nos brûlants désirs, à l'exemple du Prophète : « J'ai ouvert la bouche, et j'ai aspiré l'Esprit. » (Ps. 118); d'établir entre lui et nous des courants impétueux par l'oraison, l'office, la messe, l'action de grâces,
la visite au Tfès-Samt-Sacrement, la lecture spiri, tuelle, le chapelet, etc. ; de tenir habituellement notre cœur comme sous l'action de ces ventilateurs puissants qui, dans nos usines, tournent avec une rapidité prodigieuse et donnent à latlamme la vertu de dissoudre les plus durs métaux, afin que cet Esprit créateur nous remplisse, nous embrase, nous transforme.
— 3° Se débarrasser incessament de ses imperfections. Les vues humaines, la recherche des vaines satisfactions, la dissipation, l'impatience, la sensualité, la jalousie, l'esprit du monde : telle est la cendre plus ou moins épaisse qui s'attache à L'âme et, en la recouvrant, ralentit sa ferveur. C'est dans les examens, la confession, les pénitences et les coulpes, les actes de contrition, les retraites, que Pâme se secoue elle-même, s'épure et rejette toutes ces scories. Ah ! quel soin ne doit-elle pas mettre à se conserver toujours vive et ardente !
— 4° Se porter avec empressement aux œuvre? de zèle. Le feu, de sa nature, tend à se communiquer ; il cherche, il appelle son aliment ; il devine comme instinctivement où il est, et, quand il Fa trouvé, il faut le voir le saisir, le pénétrer, se l'approprier, se l'identifier. Animez une étincelle, donnez-lui la parole, et demandez-lui ce qu'elle veut. — Je veux brûler. — Quoi ? — La maison où je suis. — Et après ? — La ville. — Et encore? — Le royaume et le continent. — Et encore? — D'autres continents et d'autres mondes.
Concevrait-on une Religieuse fervente et en même temps indifférente à la gloire de Dieu et au salut du prochain ? Des âmes! des âmes ! tel est son cri, sa passion, son unique ambition, sa faim et soif, dans ses prières, en classe, au catéchisme, dans ses cou-
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versations, auprès de ses Sœurs, des enfants, des gens du monde. Des âmes partout, des âmes toujours, des âmes à tout prix. « Je suis venu apporter « le feu sur la terre, disait Jésus-Christ, et que z vriix-jr, sinon qu'il s'allume?» (Luc., xu.)
o° Portrait ne l'ame fervente et de l'ame tiède. « Dans presque toutes les Communautés, dit saint t Bernard, vous pourrez voir de ces Religieux rem- < plis de consolation et surabondants de joie, au « visage content et heureux, fervents d'esprit, qui « méditent jour et nuit la loi divine, élèvent frév< quemmenî vers le ciel pendant l'oraison des mains « pures et des regards suppliants, observent avec <( sollicitude leur conscience et sont infatigables aux g lionnes œuvres. A ces hommes la discipline est • aimable, le jeûne doux, les veilles courtes, le tra- « vail des mains délectable, l'ensemble de la vie que. « nous avons embrassée un délassement plutôt « qu'une peine.
« Vous rencontrerez aussi des Religieux sans « cœur et sans courage, succombant sous le faix, à « qui la verge et l'éperon sont nécessaires : chez eux, « la joie dégénère en dissipation et la tristesse en «pusillanimité; rarement ils sentent la componc- « tion, tant leurs pensées sont animales et leurs «mœurs relâchées: nulle générosité dans l'obéisu sance, nulle réserve dans le discours ; leur oraison <( est une continuelle divagation, et les heures qu'ils « consacrent à la lecture un temps perdu. Le dirai- « je sur mon expérience? c'est à peine si la crainte « de l'enfer, le sentiment de la honte, le frein de la « rais in, le joug de la discipline, sont capables de « les retenir.
« Que vous en semble ? N'est-ce pas un enfer « anticipé qu'un état où l'intelligence et la volonté
« sont en perpétuel conflit, l'une montrant le bien, « l'autre refusant de le faire; où, sans manger le « pain des forts, il faut mettre la main à l'œuvre « des forts ; où, privé de la consolation accordée aux « bons Religieux, on est pourtant forcé de partager « leurs travaux ? Sortons de cet état, nous tous qui « y serions tombés ; ayons pitié de nos âmes, faite sons un effort généreux sur nous-mêmes, secouons te le fardeau de cette tiédeur qui nous opprime, site non parce qu'elle est désastreuse et qu'elle a coûte tume de provoquer Dieu au vomissement, ce que te nous voyons, hélas ! quelquefois, du moins parce « qu'elle est pleine de dégoûts, de misères, de doute leurs, qu'elle tient de l'engourdissement de la « mort et des angoisses des réprouvées. » (In Ascens. Serm. o.)
Ajoutons cette parole de Cassien et de saint Bonaventure: « Un séculier endurci reviendra plutôt à « Dieu qu'un Religieux tiède ; car ce Religieux, une « fois rejeté des entrailles du Seigneur, est dans un « état pire que celui qui n'entra jamais dans sa te bouche, puisque nous avons incomparablement te plus d'horreur pour ce qui est sorti de notre esto- « mac que pour ce qui n'y est jamais entré. »
QUATRIEME EXERCICE
Sépulture de Jésus.
Premier prélude. Joseph d'Arimathié et Nicodème,
après avoir détaché et embaumé le corps de Jésus, Le déposèrent dans un sépulcre neuf, taillé dans le roc. La sainte Vierge se retira chez saint Jean. Cependant l'àme de Jésus était aux limbes.
Deuxième prélude. Se représenter le moment do suprême désolation qui s'écoula entre le départ des soldais venus pour achever les condamnés et l'arrivée des deux disciples accourus pour ensevelir Jésus. Les saintes Femmes ne pouvaient ni détacher le corps, ni procéder à la sépulture, parce qu'elles n'avaient ni les forces suffisantes, ni les instruments nécessaires ; et où le mettre? D'un autre côté, elles n'osaienl s'éloigner et le laisser ainsi ; et pourtant il fallait se hâter, parce que la nuit était proche et que le sabbat allait commencer.
Troisième prélude. « 0 Mère pleine d'amour, faî- « tes que je pleure sincèrement avec vous, que je « soutire avec Jésus durant tout le cours de ma vie. « Que, blessée et meurtrie comme lui, je m'enivre « de la croix par amour pour lui. » (Staùat.)
1° Descente de croix.
Tandis que les saintes Femmes considéraient le Seigneur Jésus suspendu entre deux voleurs, mort, délaissé de tous, elles virent venir dans le chemin Joseph d'Arimathie, qui avait obtenu de Pilate le corps sacré et acheté un précieux linceul, et Nicodème, le même à qui Jésus, dans l'entretien nocturne, avait parlé du serpent d'airain, figure du Sauveur crucifié, et qui apportait cent livres de myrrhe et d'aloès. Oh ! comme elles les remercièrent et les bénirent !
« On place deux échelles aux deux côtés de la « croix; Joseph monte par celle de droite et s'ef- «c force d'arracher le clou de cette main. Mais cela «c est très difficile, parce que ce clou est long et fort, « qu'il est profondément enfoncé dans le bois, et « qu'on ne paraît pas pouvoir l'enlever sans déchi- « rer la main du Sauveur. Ah ! ce n'est pas là un « acte de violence, puisque c'est un acte de fidélité,
« et le Seigneur accepte tout. Aussitôt In clou arra- « ché, Jean fait signe à Joseph de le lui donner, « pour que Notre-Dame ne le voie pas. Ensuite Nico- « dème retire celui de la main gauche et le remet « semblablement à Jean. Nicodème descend ensuite « et s'apprête à enlever le clou des pieds. Cependant « Joseph soutenait le corps du Seigneur : heureux « Joseph, à qui il a été donné de tenir ainsi dans « ses bras le corps du Sauveur ! Notre-Dame prend « alors pieusement la main droite qui pendait et la « porte à son visage ; elle la contemple et l'embrasse « avec des larmes amères et de profonds soupirs. « Puis, le clou des pieds ayant été enlevé, Joseph « descend petit à petit, et tous reçoivent le corps du « Seigneur et le déposent à terre. Notre-Dame prend « la tète et les épaules sur son sein, se réservant de « l'envelopper. Jean et Nicodème se mettent à le « ceindre de bandelettes. .Madeleine était aux pieds, « et quand on en fut arrivé là, elle dit: « Je vous « prie, laissez-moi arranger ces pieds, près desquels « j'ai trouvé autrefois une si grande miséricorde. » « Les autres se placent autour, et tous font sur lui « une douloureuse lamentation comme sur leur fils « unique.
« L'ensevelissement achevé, Notre-Dame pose son « visage sur la face de son Fils bien-aimé, et, de « l'abondance de ses larmes, le lave de nouveau ce plus abondamment encore que .Madeleine n'avait « lavé les pieds. Puis elle l'essuie, et, baisant sa « bouche et ses yeux, elle enveloppe et arrange sa « tète dans un" suaire. Et elle le bénit. Et tou& « l'avant adoré à genoux et baisant ses pieds, le « prennent et le portent au monument. » (S. Bonav., Médit., cap. lxxxi-lxxxh.)
2° La sainte Vierge chez saint Jean,
« Cependant Joseph, voulant revenir à la ville « après ces derniers devoirs accomplis, dit à Notrec Dame : Madame, je vous <m prie, pour Dieu et « pour l'amour de voire Fils mon Maître, s'il vous a plaît, venez dans ma maison; car je sais que vous «n'en possédez pas en propre: usez donc delà « mienne comme vous appartenant ; aussi bien tout « ce que j'ai es! à vous. » Nicodème en dit autant. « Oh ! quelle pitié ! La reine du ciel n'a pas où rei poser sa tête, et ces jours lugubres, ces jours de « veuvage, il faudra qu'elles les passe sous un toit « étranger. Alors, s'in< dinant humblement et ren- « danl grâces, «die répondit qu'elle avait été confiée « à Jean. El comme ils insistaient, Jean leur dit qu'il <( veut. lit la conduire sur la montagne deSion,dans « 1; maison où le Maître avait fait la cène la veille « avec ses disciples, et qu'il voulait y demeurer « avec elle.
o Notre-Dame se mit donc en chemin, après « avoir fléchi les genoux devant le sépulcre et
l'avoir embrassé et béni. Quand on fut arrivé a près de la croix, Notre-Dame, se prosternant de <( nouveau, l'adora, disant : « Là mon Fils a reposé, <( et voici son sang très-précieux. » Et souvent, sur ({ les Ames du Calvaire, tant qu'elle put l'aperce- <( voir, elle se retourna pour fléchir les genoux et « l'adorer encore. Lorsqu'ils approchaient de la « ville, les sœurs de Notre-Dame lui couvrirent la « tète, comme à une veuve, d'un voile qui cachait « presque entièrement son visage ; elles marchaient « devant, et Notre-Dame suivait ainsi tristement « entre Jean et Madeleine.
« Notre-Dame, arrivée enfin au logis avec Made- « leine et ses deux sœurs, regardant autour d'elle- « se prit à dire : « O mon Fils bien-aimé, où êtes-
« v )us, que je ne vous vois pas ? Jean, où est mon « Fils ? Madeleine, où est votre Père, qui vous ai- « niait si tendrement ? Mes chères sœurs, où est no- « ire Fils? Il s'est éloigné de nous, lui notre joie, « notre douceur, la lumière denos yeux. 0 mon Fils, « cette nuit vous avez été lâchement trahi et fait pri- « sunnier ; ce matin, à la troisième heure, condam- « ne : à la sixième heure, crucifié; et voilà que vous «êtes mort ! Et ce qui augmente ma douleur, c'est « que vous êtes parti tout déchiré, tout torturé, avant « soif et que nous n'avons pu vous secourir. » (lbid., : ixxxin.)
Hél is ! dans la tendresse de leur compassion, dans l'abondance de leurs pleurs,- dans l'immensité de leurs douleurs, que pouvaient-ils dire pour la consoler ? l'Ecriture rapporte que les trois amis de Job, témoins de son deuil et de sa détresse, passèrent sept jours et sept nuits assis à ses côtés, sans oser lui adresser la parole, se contentant de gémir et de pleurer : tant ses maux leur paraissaient extrêmes et incapables d'être soulagés. Ne se passa-t-il point quelque chose de semblable chez Notre-Dame, au retour du Calvaire ?
3° L'âme de Jésus aux limbes.
Et Jésus, leur unique amour, cause de tant de larmes, où était-il, que faisait-il, pendant ces tristes heures? Son âme, toujours unie à la divinité, toujours l'âme d'un Dieu, digne de l'adoration des hommes et des anges, était descendue aux limbes. 0 heureuse faute, qui nous a valu un tel Rédempteur ! durent s'écrier Adam et Eve. De quels hommages ne fut-elle pas l'objet, quand elle se vit entourée du juste Abel, d'Abraham, d^lsaac et de Jacob, à qui le Messie avait été si solennellement promis ; de Moïse, de David, d'isaïe, de Daniel et de tant d'autres qui
avaient prédit jusqu'aux moindres détails de sa vie et de sa Passion ; quand chaque patriarche, chaque prophète, chaque saint put voir, entendre, presque toucher ce qu'il avait cru, ce qu'il avait attendu, ce qu'il avait figuré ou annoncé ; quand la réalité se montra vivante à leurs yeux, après tant d'ombres, tant d'oracles, tant de préparatifs! Le Précurseur, martyrisé naguère, ne s'élança-t-il pas avec transport, pour dire une dernière t'ois : Voici l'Agneau de Dieu, qui efface les péchés du monde ! Et Joseph, le glorieux nourricier de .léMis, le chaste époux de Marie, dans d'inexprimables ravissements, avec une familiarité et une hardiesse presque paternelles, ne voulut-il point embrasser et étreindre Celui qui si souvent, lui avait prodigué ses divines caresses, lui adresser sur sa vie apostolique, sur le veuvage et l'avenir de Marie, mille questions ?
Et quand Jésus eut satisfait la sainte curiosité de tous ses ancêtres et amis, quand il les eut assurés que dans quarante jours ils monteraient avec lui dans le ciel, mais qu'il lui fallait retourner sur la terre pour consoler sa Mère eplorée, pour récompenser par d'agréables surprises Madeleine et d'autres saintes Femmes qui en ce moment songeaient à embaumer son corps, et pour achever d'instruire ses apôtres et de fonder son Eglise, n'éclatèrent-ils pas en actions de grài es et en cantiques de jubilation : Nous vous adorons, nous vous bénissons, Christ, notre Dieu ! Allez, Seigneur, Roi de gloire, et revenez bientôt briser nos chaînes ! Lève-loi, Jérusalem, lève-toi ; voici ton Rédempteur et le nôtre ! Filles de Sion, venez à sa rencontre, il court au devant de vous ; saluezle, embrassez ses pieds, et pleurez de joie en les voyant.
Colloques : 4° Avec les saintes femmes. Demander à prendre leur place autour du corps de Jésus,
afin do baiser à loisir ses pieds, ses mains; surtout son côté entr'ouvert par la lame.
2° Avec Joseph et Nicodème. Les remercier de la sépulture qu'ils ont donné à notre Père, du riche linceul, des aromates précieux, du tombeau, et des consolations prodiguées à Marie. Que n'étions-nous là, nous aussi !
3° Avec la sainte Vierge. Reconnaissez-vous la tunique de votre Fils ? Hélas ! une bète cruelle l'a dévoré et a foulé aux pieds avec fureur son vêtement. Cette tunique, ce vêtement, c'est sa chair adorable. Voyez les cinq profondes blessures qu'il a reçues. En cet état de victime, offrez-le, ô Marie, à la justice irritée du Père : Pvegardez, Seigneur, et contemplez la face de votre Christ. C'est pour ses frères, c'est pour mes enfants qu'il a été blessé. Acceptez pour eux les humiliations et les souffrances de Jésus ; pardonnez-leur : c'est à la condition que vous les sauveriez, que j'ai consenti à sa mort, à cette condition que je l'avais élevé et nourri.
LE kSEPTIÈME JOTJJR.
PREMIER EXERCICE
Jésus apparaît aux saintes Femmes.
Premier prélude. La première apparition de Jésus, dont l'Evangile ne fait pas mention, fut à sa sainte Mère : La seconde à Marie-Madeleine, de laquelle il avait chassé sept démons ; la troisième à- Marie Jacohé et à Salomé, qui étaient déjà venues de grand matin au sépulcre avec Madeleine pour embaumer son corps sacré.
Deuxième prélude. Se représenter la chambre où la sainte Vierge se tient en contemplation depuis le vendredi, le sépulcre où Madeleine cherche et demande son cher Maître, les flancs du Calvaire où Jésus vient au devant des saintes Femmes.
Troisième prélude. Mon Dieu, faites-moi la grâce, après avoir médité dans les larmes votre Passion, de participer avec vos amies à la joie de votre Résurrection.
1° Apparition de Jésus à sa sainte Mère.
t Notre-Dame priait et disait: « Père très clément, « Père très pieux, vous le savez, mon Fils est mort; c il a été cloué à la croix, entre deux voleurs, et moi « je l'ai enseveli de mes propres mains. Mais vous « êtes puissant, Seigneur rendez-le moi sain et sauf ; « j'en supplie votre Majesté, rendez-le moi. 0 mon « bien-afmé Fils, que vous est-il arrivé? Que faites- « vous? Qui vous retient? Vous avez dit : « Je res- € susciterai au troisième jour. » 0 mon Fils, n'y
c sommes-nous pas à ce troisième jour? Levez-vous « donc, ù ma gloire et tout mon bien, et venez ! Je « désire vous voir par dessus tout. Revenez, Seigneur « Jésus, mon unique espérance ; ah ! revenez, mon « Fils! »
« Comme elle priait ainsi et répandait de douces « larmes, tout à coup le Seigneur Jésus apparaît vè- « tu de blanc, le visage serein, beau, rayonnant de « joie et de gloire, et lui dit, tout à côté d'elle : Salut, € ma sainte Mère ! » Et elle, se retournant aussitôt : « Est-ce vous, mon Fils Jésus ?» Et, fléchissant « le genou, elle adora. « Ma Mère bien-aimée, reprit « son Fils, c'est moi ; je suis ressuscité, et « me voilà encore avec vous. » Ils se lèvent ; et « elle, l'embrassant avec des larmes dejoie, le presa sant étroitement, reposait sur son cœur; et il la « soutenait dans son extase. Puis ils s'assirent à côc té I'ud de l'autre, et elle le regardait curieusement « et considérait son visage et l'es cicatrices de ses « mains, recherchant si toute douleur s'était retirée. « Et lui: Ma vénérable Mère, toute douleur s'est éloi- « gnée de moi ; j'ai vaincu l'affliction, les angoisses c et la mort, et dorénavant je ne souffrirai plus au- « cun mal. » Et elle :Béni soit voire Père, qui vous a « rendu à moi ; loué et exalté soit son nom, glorifié « soit-il dans tous les siècles ! » Ils restent ainsi à « parler ensemble en toute allégresse, et ils font dé- « licieu sèment la Pâque.Et le Seigneur Jésus raconte « à sa Mère comment il a délivré son peuple desen- « fers et tout ce qu'il a fait pendant les trois jours. » (S. Bonav., Med., chap. lxxxviii.)
2° Apparition de Jésus à Marie-Madeleine.
Celte sainte amante du Sauveur, fidèle au rendezvous donné à ses compagnes, était arrivée dès le malin, avant le jour, au sépulcre, avec Marie Jacobé
ef Salomé, portantles aromates achetés la veille, les linceuls et les suaires. N'ayant point trouvé le corps, elle était descendue en toute hâte pour avertir Pierre et Jean. Elle était remontée après eux ; mais, tandis que les deux apôtres, ayant tout constaté, se retirèrent, « elle se tint dehors, debout, pleurant près du sépulcre. » (Joan., xx.) Ne sachant que faire, ne pouvant vivre sans son Maître, elle s'arrête au lieu qui le possédait et où elle espère de le trouver. Il lui faut Jésus mort ou vivant. L'âme affligée et éper* due, le cœur en proie à l'anxiété, les mains lui tombant de faiblesse, elle appelle et cherche Jésus, plus elle l'appelle et le cherche, plus elle pleure, impatiente de trouver son Bien-Aimé.
« Or, dit saint-Jean, Madeleine, sans cesser de « pleurer, se baissa pour regarder dans le sépulcre : « et elle y vit deux anges velus de blanc, assis au « lieu où avait été le corps de Jésus, l'un à la tète et « l'autre aux pieds. Les anges lui dirent : Femme, « pourquoi pleurez-vous ? C'est, leur répondit-elle, « qu'on a enlevé mon Seigneur, et que je ne sais où « on l'a mis. » Madeleine voit les anges sans s'émouvoir, et leur répond avec autantde tranquillitéqu'elle eût fait à ses deux compagnes. Elle ne les écoute et ne leur parle que pour apprendre d'eux où est Jésus, prête à quitter les anges pour un jardinier, si elle espère tirer de celui-ci quelque éclaircissement qui la mette sur la trace de Jésus : tant le ciel et la terre lui sont peu de chose sans Jésus î
Toula coup, enlendantauprès d'elle quelque mouvement, et voyant les anges dans une attitude d'adoration profonde, Madeleine, qui s'était baissée pour leur parler, sans attendre leur réponse, « se retourna, et vit Jésus debout dans le jardin ; mais elle c ne sut pas que c'était Jésus, » ne reconnaissant ni
sa voix ni ses traits. Ali! si cette sainte amante avail su !... Alors, pour rouvrir sa plaie et faire saigner ses yeux avec plus d'abondance que jamais, Jésus lui renouvelle la question des anges: « Femme, pourquoi pleurez-vous ? » et il ajoute : « Qui cher- « chez-vous ? » (Ibid.) A ces paroles, Madeleine, <* d'un tonsuppliant, la voix entreeoupéedesanglots, sans dire pourquoi elle pleure ni qui elle cherche, s'imaginantque tout te monde est plein de l'objet de son amour, oubliant sa propre faiblesse, et apprêtant ses épaules pour emporter elle seule, à travers les rues de Jérusalem, jusqu'au lombeau de ses ancêtres ■à Béthanie, le corps de son Sauveur environné de cent livres de myrrhe et d'aloès : « Seigneur, si c'est « vous qui l'avez enlevé, diles-moioù vous l'avez mis, « el moi-même je remporterai. » (Ibid.) îMoi je n'ai pas honte de ce crucifié, son cadavre ne me l'ait pas peur. Ses yeux cependant se reportaient vers le fond du sépulcre, à qui son amour et sa douleur redemandaient toujours le précieux dépôt.
« Jésus lui dit : Marie ! Elle se retournant :
« Rabboni, Maître ! » (Ibid.)
Quel soudain ravissement ! Elle sent, elle goûte Jésus ressuscité, glorieux, triomphant ; elle boit à longs traits celle vie nouvelle qu'il porte maintenant partout et répand avec profusion autour de lui. Les larmes sont séchées, les ténèbres sont dissipées ; à la place de la mort, c'est la vie ; au lieu d'un tombeau, c'est le ciel. L'Agneau de Dieu, naguère immolé, est là, entourédesesanges ; lesplusharmonieuxconcerts frappent les oreilles de Madeleine ; et tout ce qu'elle a entendu de plus beau, ce qui l'a jetée dans l'extase, c'est le nom de -Marie prononcé par Jésus avec la suavité, le charme, l'onction d'un ami qui revit, d'un père qui reparait, d'un pasteur qui appelle sa chère
brebis, d'un Dieu qui se révèle dans sa gloire.
Elle eût voulu tenir et embrasser sans tin les pieds de Jésus ; mais Lui, L'établissant apôtre et prophétesse des trois mystères les plus consolants : la Résurrection, L'Ascension ei La divine fraternité à laquelle nous riions désormais élevés : «Ne me tou- « chez pas ; car je ne suis pas encore monté vers « mon Père. Allez trouver mes frères, et dites-leur : «Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon « Dieu et voire Dieu. » (Ibid.)
3° Apparition de Jésus à Marie Jacobé et à Salomé.
Ce sont là deux illustres mères d'apôtres: Tune est belle-sœur de la sainte Vierge, l'autre mère du disciple favori ; elles sont restées jusqu'au bout sur le Calvaire avec la Mère de Jésus et sont descendues avec elle. Après avoir broyé des parfums toute la nuit précédente, elles sont venues avant l'aurore au sépulcre avec Madeleine. Tandis que leur chef intrépide, Madeleine, allait avertir Pierre, elles se sont retirés avec leurs parfums chez elles ou chez des personnes de leur connaissance plus rapprochées du Calvaire. Maintenant qu'il fait jour et que leur frayeur est un peu dissipée, elles reparaissent pour commencer les perquisitions.
« Et comme elles entraient dans le monument, « elles virent un jeune homme assis du coté droit, « vêtu d'une robe blanche, et elles en furent épou- <( vantées. » (Marc, xvi.) Il n'en fallait pas tant pour leur faire faire quelques pas en arrière, au moment où elles franchissaient le seuil. « Mais « l'ange, prenant la parole, dit aux femmes : Pour « vous, ne craignez pas. » (Ibid.) Que les ennemis de Jésus tremblent, ils n'ont que trop de raisons de s'alarmer ; pour vous, que rien n'a pu détacher de
Jésus, rassurez-vous. « Je sais que vous cherchez c Jésus de Nazareth, qui a été crucifie. Il n'est pas € ici ; car il est ressuscité, comme il l'avait dit. » (Mal th., xxvui ; Marc, ibid.) Que si vous n'ajoutez pas foi à mes paroles, au moins croyez-en vos yeux. « Venez et voyez. » (Ibid.) C'est moi qui ai gardé ce sépulcre ; oh ! qui donc aurait osé toucher au corps d'un Dieu gardé par un ange?
Alors il les fit entrer dans la grotte ; et comme elles étaient debout du côté de l'orient, en face du mausolée, l'ange, assis devant elle au côté droite étendit la main, leur montra le mausolée vide, et avec une affabilité qui n'était surpassée que par celle de Jésus lui-même : « Voilà le lieu où on l'avait mis. « Mais allez promptement dire à ses disciples et à c Pierre : Il est ressuscité ; il va vous devancer en c Galilée. C'est là que vous le verrez, ainsi qu'il vous C l'a dit. C'est moi qui vous en préviens. » (Ibid.)
« Et étant sorties aussitôt du sépulcre, saisies de c crainte et transportées de joie, elles s'enfuirent « toutes tremblantes, tant l'horreur et la peur les a avaient pénétrées. Elles coururent porter cette « nouvelle à ses disciples. Et elles ne dirent rien à « personne, car elles craignaient. » (Ibid.)
« Et voici que Jésus se présenta à elles et leur c dit : Ne craignez point. Allez, dites à mes frères « qu'ils aillent en Galilée ; là ils me verront. » (Matth., ibid.) C'était lui-même ! Elles le serrent de leurs mains , elles baisent ses cicatrices : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Colloques : 1° Avec la Sainte Vierge. Reine du « ciel, réjouissez-vous, Alléluia, puisque Celui que « vous avez mérité de porter dans votre sein, Alle- « tuia, est ressuscité, comme il l'avait dit, Alle- « luia. »(Offic. Eccl.)
2° Avec Madeleine. « Dites-nous, Marie, qu'avez- « vous vu dans le chemin? — J'ai vu le tombeau « du Christ vivant, la gloire de Dieu ressuscité : j'ai «vu les anges témoins de ce prodige; j'ai vu le « suaire et les linceuls. Jésus, mon espérance, est « ressuscité. » (Offic. Eccl.)
3° Avec Jésus Christ. Venez au devant de moi à l'heure de ma mort, dites-moi : Je vous salue ! appelez-moi par mon nom, comme Madeleine. Et moi je vous répondrai : Rabboni ! et je tiendrai vos pieds, je les embrasserai, et je ne vous laisserai point aller.
Deuxième exercice.
Miséricorde divine.
1° Ses soins empressés pour me retenir dans le devoir au moment de la tentation.
Arrêtez, mon enfant, considérez. Eh ! que de belles espérances vous allez sacrifier ! Vous étiez ma joie, je me plaisais à embellir votre âme, et vous me quittez ! Pour qui ? Pour le démon. Non, je ne puis consentir à votre malheur ; il ne sera pas dit que j'aie inutilement versé mon sang pour votre salut ; je ferai près de vous tant d'instance, que vous céderez au moins à mon importunité.
Comme une mère dont le petit enfant s'emporte et la frappe, au lieu de l'écraser contre terre, redouble ses caresses et le presse plus affectueusement sur son cœur pour l'apaiser ; ainsi la miséricorde, pour calmer mes passions, employait tour à tour les promesses, les suaves reproches, le souvenir des grâces accordées, celui des mérites déjà acquis, tout ce
qu'elle avait de plus tendre et de plus irrésistible. « On vous portera à la mamelle, et on vous cares- « sera sur les genoux, dit le Seigneur dans ïsaïe. « Avez-vous vu une mère caresser son petit enfant! <( Sachez que je vous consolerai de la même mate nière. » (G. lxvi.) « Je vous cacherai moi-même « dans mon sein jusqu'à votre vieillesse, jusqu'à vos « cheveux blancs ; je vous ai nourri, et je vous dé- « fendrai ; je vous porterai, et je vous sauverai. » (C. xlvi.)
Oui, ô miséricorde, vous m'avez aimée malgré moi, vous m'avez accordé des grâces auxquelles je m'opposais de toutes mes forces. Fallait-il rappeler une ingrate qui voulait fuir son Père ? Du moment où j'avais pu former un si noir projet, méritais-je autre chose que vos anathèmes ?
2° Sa luttecontre la ter rible justice après le péché.
Au milieu de la conspiration générale de toute les perfections divines qui déposaient à la fois contre moi, de toutes les créatures qui demandaient à venger leur Auteur outragé, la miséricorde seule répondait pour moi , me marquait de son sceau, comme autrefois Caïn , pour détourner le coup mortel, me recueillait dans son sein comme dans une citadelle de refuge inviolable. O justice, attendez, patience, grâce, grâce ; ne frappez pas encore celte âme coupable. Je descendrai moi-même vers elle et je la presserai si vivement, qu'elle nous consolera par son heureux retour.
N'est-ce pas le sens caché de ces paroles : « Dieu ne « veut pas qu'une âme périsse, mais diffère l'exécu- « tion de son arrêt, de peur que celui qui a été re- « jeté ne se perde entièrement. » (II Reg., c. xiv.) « Et ailleurs : Vous avez compassion de tous les « hommes, ô mon Dieu, pareeque vous pouvez tout,
« et vous dissimulez Leurs péchés, afin qu'ils fassent <( pénitence. » (San., c. si.) El encore : « Vous avez « sonné à ceux qui vous craignent Le signal, pour « qu'ils fuient de devant l'arc » (Ps. 59.)
Il est donc bien vrai. Seigneur, vous ne punissez qu'à regret, es vous faisant violence, en contrariant, pour ainsi parler, votre inclination naturelle. On dirai! qu'Une vous suffit pas d'être notre Père, si vous n'êtes encore notre ami, et qu'il manque quelque ehose à votre félicité, dès que vous n'êtes pas le principe de la nôtre.
3° Ses invitations insinuantes pour me rappeler de mes égarements.
C'esl la miséricorde qui dit par la bouche de Jérémie : « Je vous ai parlé, me levant de grand ma- « tin, et vous ne m'avez point obéi. Je vous ai en- « voyé les prophètes mes serviteurs, me levant dès «le point du jour, et vous disant : Que chacun se « retire de sa mauvaise voie et redresse ses atlec- « tions, et vous ne m'avez point obéi. » (G. xxxv.) Comme un ami qui redoute pour son ami un fâcheux accident, et qui interrompt brusquement son sommeil pour le prévenir. C'est elle encore qui dit par la bouche de saint Jean : « Voici que je me tiens debout à la « porte, et je frappe. » (Apoc., c. m.)
Ces lumières vives sur la brièveté de la vie, ces terreurs de vos jugements, ces dénonciations, ces avertissements d'une Supérieure ou d'un confesseur, la mort d'une compagne, l'insubordination des élèves., cette maladie: c'étaient autant de coups que voi portiez mon cœur, o mon Dieu. J'ai multiple mes iniq les et mes refus; votre miséricorde ne s'est rebutée. Qui sait si cette Religieuse ne
se \..' ocra pas entin fléchir? En attendant, votre miséricorde se tenait debout, prèle à entrer, à la
porte de mon cœur, frappant et ne s'arr étant quelques instants que pour frapper ensuite plus fort.
Un Dieu me prier, me conjurer d'accepter mon pardon ! Ne pourrait-il donc se passer de moi ? Pour mon âme perdue, n'en susciterait-il pas des milliers d'autres plus saintes et plus dévouées?
h:0 Son accueil paternel lorsque je me suis jetée dans ses bras.
Elle est venue au devant de moi, car de moimême je ne pouvais revenir sur mes pas ; elle a formé dans mon cœur les sentiments de componction et tes a exprimés par ma bouche ; elle m'a rendu en un instant tous mes droits à la gloire, m'a fait passer de l'enfer au ciel; elle s'est réjouie de mon retour comme d'un triomphe, et les anges en ont célébré une fête. Et voilà sa vengeance, de me réduire à l'impossibilité de l'aimer assez, de la bénir assez, de pleurer assez.
Qu'elle se compare justement à une colombe : son glaive à un glaive de colombe (Jer., c. xlvi) ; sa colère à une colère de colombe (ibid. c. xxv). Ne savons-nous pas que la colombe est sans fiel, qu'elle ne sait que gémir et flatter doucement de l'aile, quand on la maltraite ? Combien le Psalmiste a raison de s'écrier : « Dieu nous rejetlera-t-il pour «toujours? Oubliera-t-ii d'avoir pitié de nous? « Dans sa colère, sera-t-il assez fort pour contenir « ses miséricordes? » (Ps. 76.) Moi je dis que je ne puis contenir ma colère, et Dieu dit qu'il ne peut contenir ses miséricordes. C'est un fleuve qui déborde, rompt ses digues, veut tout submerger.
Je crois, Seigneur, parce que vous avez parlé ; mais je dois adorer en silence : le langage humain est impuissant à célébrer un si prodigieux amour.
5° Ses industries ineffables pour me sanctifier et
me captiver sous son empire, lorsque je suis redevenue sa conquête.
Que de ménagements ! Que de saintes adresses ! Gomme elle presse et semble craindre à trop presser ! Comme elle s'étudie tantôt à écarter les objets de séduction, tantôt à amener sous ma main ce qui peut m'édifier !
Qui dirait les ravissements d'une mère lorsque reniant de ses douleurs lui sourit pour la première fois, comme elle se plaît à bégayer avec lui, de quels yeux elle le voit croître, se fortifier, retracer tous les jours d'une manière plus sensible ses traits et son Image, comme die partage ses succès et ses disgrâces, comment enfin tous ses désirs et toutes ses affections vont s'absorber et se confondre dans ce cher et unique objet? Et moi aussi je suis l'enfant de la miséricorde ; je puis dire avec David : « Dès mon « réveil, elle vient à mon secours... elle me précède « pour me frayer la route... elle me suit pour me « défendre... elle m'environne... elle me couvre « d'un bouclier... elle me conduit par la main... « elle me protège à l'ombre de ses ailes... elle me ca- « che dans le secret de sa face!., elle me garde « comme la prunelle de son œil... elle est pleine de « suavité... de bénignité... de grâce... elle est <c meilleure que la vie. » (Psal.)
0 miséricorde, soyez toujours ma mère, et donnez-moi toujours pour vous les sentiments d'un fils. Que d'autres chantent la toute-puissance qui a créé le monde, la sagesse qui le gouverne, la providence qui entraine tout à ses fins : que d'autres chantent la beauté ni vissante de Dieu, sa sainteté inaltérable, sa vérité, sa science, chacun de ses attributs. Pour moi, je veux chanter éternellement la miséricorde r Misericordias Domini, in œleinum cantabo. (lbid.}
TROISIÈME EXERCICE
Ciel.
1° Bonheur personnel. Il consiste dans la restauration et le renouvellement de l'être tout entier.
Le corps de la Religieuse, déjà immolé par le vœu de chasteté et empreint du sceau de la mortification, se dévoua sans réserve à la gloire de Dieu par l'exercice du zèle : ses yeux en étudiant la doctrine chrétienne, ses lèvres en l'expliquant, ses oreilles en se prêtant aux questions et aux réponses des enfants, ses mains en dirigeant leurs travaux, ses pieds en s'attachant à leur suite pour les conduire, les surveiller au besoin les ramener. A lui donc, selon la mesure des sacrifices imposés à chacun de ses sens, des délices plus ineffables, des spectacles plus magnifiques, des concerts d'une plus divine mélodie, des parfums d'une suavité plus céleste, une plus noble et plus riche parure, une grâce et une beauté plus ravissantes. Une lumière pure et douce l'environne, lui tenant lieu de pourpre et de diadème ; il est plongé dans cette lumière, elle sort de lui et elle y rentre ; et ce corps refleuri, spiritualisé, transfiguré, éclipse tous les saints vulgaires, comme le soleil éclipse tous les astres.
Son cœur, par tant de vertus austères, d'angoisses incomprises, de larmes inconsolées, d'humilialions dévorées en secret, fut un continuel holocauste uni sur l'autel de la croix à celui de l'Agneau sans tache. Pour lui désormais une surabondance de jubilation et de joie, une perpétuelle ivresse, un assouvissement de tous les désirs, des ravissements extatiques, un élancement non interrompu vers la plus chaste union. Pas une larme oubliée, méconnue jusque-là,
que la main de Dieu ne vienne rechercher, recueillir, essuyer. Pas une vertu radiée sous le voile de la modeslie ou traitée de folie, qui n'apparaisse dans Bbute sa sagesse el dans toul son Lustre. Et ce cœur, incessamment élargi el dilaté, sera plongé, perdu, submergé dans un ûeuve de consolations immenses, de consolations inénarrables.
L' Bonhkub dh sociétés. Il consiste dans la communication mutuelle de la gloire et de la félicité entre tous les membres du corps mvstique de Jésus- Christ.
La gloire du ciel entier, à laquelle la Religieuse a si puissamment contribuée en chantant dans son office les exploits de l'Eglise triomphante, en éditianl l'Eglise militante par le soin des enfants, en appliquant ses suffrages et satisfactions à l'Eglise souffrante, fera resplendir sur son âme ses rellets, ses rejaillisements, ses radiations, ses indescriptibles splendeurs. La Religieuse ne verra Dieu pour ainsi dire qu'à travers tous les anges, tous les saints, astres radieux et éclatants soleils; et ces millions d'anges et de saints, jetant sur elle un rayon de leur gloire, en même temps qu'elle fait monter vers eux un rayon de la sienne, elle concentrera sur son front toutes les parures, toutes les beautés, toutes les lumières, toutes les auréoles variées à l'infini de Jésus-Christ, de Marie, de toute la cour céleste. Telle la voûte du firmament, avec ses innombrables perles, se peint sur la surface azurée d'une mer calme et transparente. Tels les vallons, avec leurs contours pittoresques et leurs paysages enchantés, se réfléchissent sur le cristal d'un miroir limpide.
C'esl peu : la félicité des anges et des bienheureux, des enfants surtout qu'elle a élevés, lui devenant présente et sensible comme la sienne propre,
elle la recevra par autant de cœurs qu'il y a d'élus, ou plutôt par un cœur répandu dans une infinité de cœur, et mieux encore, par un cœur aussi vaste, aussi prodigieusement étendu, que tous ces cœurs réunis et consommés ensemble.
0 Dieu, que ressentirai-je, lorsque la joie de tous les anges et de tous les saints, mes amis et mes frères, descendra, fondra sur mon cœur , et lorsque les flots infiniment redoublés des torrents de volupté qui traversent et inondent le cœur de Marie, s'épancheront, se déborderont dans mon cœur ; et lorsque la béatitude souveraine, incompréhensible, mille fois excessive et incommensurable de l'humanité de Jésus-Christ viendra assaillir et engloutir mon cœur? Pauvre cœur, où prendras-tu assez de capacité pour recevoir, assez de force pour soutenir ce flux et reflux éternel d'une félicité sans mesure ?
3° Bonheur de déification. Il consiste dans la vision intuitive et l'amour béalifique.
Par la vision intuittve, l'intelligence de la Religieuse, miraculeusement dilatée, fortifiée, agrandie, pour prix de son application à méditer et à faire connaître les ATérités éternelles, verra tout en Dieu, verra Dieu en tout, verra Dieu en lui-même.
Quelle extase, lorsque, d'un simple regard sur Dieu, elle découvrira les opérations de la grâce dans les âmes, les fruits qu'ont produits ses exhortations et ses prières, les victoires de l'Eglise sur Je schisme et l'hérésie, la marche et l'économie de la Providence, la beauté et les fonctions des Esprits célestes, l'incomparable splendeur et les sublimes prérogatives de Marie lorsque, la Divinité s'étalant de toute part dans l'ordre de la nature et dans l'ordre de la grâce, elle apercevra partout les traits de la gloire de Dieu, les vestiges de sa puissance, les caractères de
sa sagesse, les écoulements de sa magnificence, sa lumière dans les prophètes, son zèle dans les apôtres, sa force dans les martyrs, sa science dans les docteurs, sa pureté dans les vierges : lorsqu'avanoant de clarté en clarté, d'illumination en illumination, prenant uw essor toujours plus rapide, moulant au dessus de toutes les sphères, traversant toutes les phalanges angéliques, elle contemplera L'adorable Trinité, non pas de loin, à travers un voile obscur, dans des images imparfaites, en énigme, mais de près, mais à découvert, mais face à face et telle qu'elle est: Facie ad facitm. sicuti est/
Par V amour bèatifique, la Religieuse dont l'unique soin fut d'aimer et de faire aimer Dieu, l'ai- meia enfin sans effort, sans lassitude, sans dégoût, sans retour sur elle-même, sans craindre de l'aimer jamais moins et d'en être jamais moins aimée. Elle l'aimera, parce que toutes ses volontés seront réunies, toutes ses passions absorbées, toutes ses joies complètes dans la joie, dans la passion, dans la volonté d'aimer Dieu. Elle l'aimera, parce qu'une fois reçue dans ses bras, épanouie sous son regard, admise à reposer sur son sein, elle recevra ses caresses, traitera familièrement avec lui comme avec son Père, pénétrera dans la connaissance de tout ses secrets et s'entendra dire : Je suis ton éternelle récompense. Elle l'aimera, parce qu'unie à Jésus-Christ comme le membre au chef, ne faisant plus qu'un avec Jésus-Christ, elle verra Dieu par les yeux de Jésus- Christ, bénira Dieu par la bouche de Jésus-Christ, embrassera Dieu par le cœur de Jésus-Christ, et par Jésus-Christ, comme par un canal mystérieux, recevra à pleins bords les effusions intarissables de la Divinité. Elle l'aimera, parce qu'elle sera pleine de Dieu, heureuse du bonheur de Dieu, nourrie, abreu
vée de l'essence de Dieu ; parce que, l'Esprit de Dieu se communiquant à son esprit, le cœur de Dieu s'écoulant dans son cœur, la vie de Dieu devenant sa vie, Dieu habitant en elle et elle habitant en Dieu, elle sera transformée en Dieu, identifiée avec Dieu, rendu semblable à Dieu : Similes ei erimus lit
QUATRIEME EXERCICE
Pêche miraculeuse
Premier prélude. Jésus apparut à ses apôtres fatigués d'une pèche infructueuse, fit entrer dans leurs filets cent cinquante-trois gros poissons, et. de sa main leur prépara et leur servit un repas sur le rivage.
Deuxième prélude. Se représenter la mer. la barque, les apôtres, Jésus debout, et près de lui des charbons, un poisson, du pain.
Troisième prélude. Demander la grâce de comprendre la charité de Jésus se faisant le serviteur de sos apôtres et les nombreux enseignements contenus dans ce mystère. t
La charité de Jésus se révèle 1° dans la pêche miraculeuse qu'il fait faire à ses apôtres.
« Jésus se fit voir encore depuis à ses disciples « sur le bord de la mer de Tibériade. » (Joan., xxi.) C'est là, en effet, en Galilée, qu'il leur était ordonné de se rendre; puisqu'ils sont où Jésus les veut, qu'ils espèrent tout de son secours. « Et il s'y fit voir de cette „ sorte : Simon-Pierre, et Thomas appelé Didyuie, € Xathanaël qui était de Gana en Galilée, les fils de € Zébédée, et deux autres de ses disciples, étaient en-
a semble. * Ils sont tous pêcheurs de profession,. exercés des L'enfance à manier le filet; le succès .parait assuré. « Simon-Pierre leur dit : Je vais pêcher; <i ils lui dirent : Nous y allons aussi avec vous. » On ne saurait trop admirer cette obéissance. Avant d'être définitivement pécheurs d'hommes, ce qui n'eut Lien qu'à dater de la descente du Saint-Esprit, il leur était permis, peut-être nécessaire, de continuer leur premier métier. Ils s'en allèrent donc, et « en lièrent dans une barque. » Pierre confie à l'un la voile, à l'autre la rame, à d'autres le filet; en sa qualité de pilote, il se réserve le gouvernail. « Mais cette nuit-là ils ne prirent rien. » Le moment était bien choisi, puisque c'est la nuit que le poisson remonte des gouffres à la surface Néanmoins on est arrivé au matin sans rien prendre, rien absolument. « Le matin étant venu, Jésus parut sur le rivage, « sans que ses disciples s'aperçussent que c'était lui. » Pendant qu'ils travaillaient, sans se mutiner, sans murmurer contre leur pilote, Jésus les regardait, comptant toutes les gouttes de sueur qui tombaient de leur front et s'apprèlant à récompenser leur patience. « Jésus leur dit donc: Enfant, n'avez- « vous là rien à manger ? » comme un voyageur qui demande l'aumône, ou comme un marchand qui désire acheter en gros pour revendre en détails. < Non, » lui répondirent-ils. Voici l'aveu complet de notre impuissance, que le ciel exige pour nous accorder son secours. « Il leur dit: Jetez le filet au côté « droit de la barque, et vous en trouverez. » Le côté droit, dans le style de l'Ecriture, signifie la pureté d'intention. La gloire de Dieu, le salut des âmes, tels sont les motifs qui doivent diriger l'apôtre ; jamais l'intérêt, la vanité ou tout autre vue humaine. «Ils le jetèrent aussitôt, » bien qu'ils l'eussent déjà
jeté durant de longues heures à gauche, à droite, de toute façon ; mais on ne risque jamais rien, et l'on a souvent beaucoup à gagner à déférer à l'avis d'un « autre. « Et ils ne pouvaient plus le tirer, tant il était plein de poissons. » Qu'on se figure leur joie : ils auront de quoi apaiser leur faim, donner aux pauvres, et même vendre aux acheteurs pour faire un peu de monnaie.
2° Dans V agréable surprise de sa visite si opportune qiC'xl leur ménage.
C'est déjà un plaisir, après toute une nuit de peine, de trouver un homme, même inconnu, à qui l'on puisse dire son ennui. Ce plaisir est plus grand, si cet homme paraît s'intéressera lasituation, traite familièrement, et donne, en promettant le succès, un bon conseil. Mais le plaisir est au comble, lorsque, sous la figure de celui qu'on prenait d'abord pour un étranger, on reconnaît tout à coup l'ami le plus tendre, le père le plus aimant et le plus aimable. « Alors « le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : C'est le « Seigneur. » Le premier qui fait la reconnaissance, et c'est le plus pur, digne pour cela de voir Dieu, pousse un cri de joie, annonçant d'abord à Pierre, chef de l'équipage, l'heureuse nouvelle, « Simonce Pierre avant ouï que c'était le Seigneur, mit son « habit, car il était nu, et se jeta dans la mer. » A l'instant le plus ardent se précipite, jetant par respect sa tunique sur l'habit de pèche, et ne craignant plus comme autrefois de se noyer. « Les autres dis- « ciples vinrent dans la barque, n'étant loin de la « terre que d'environ deux cents coudées, et ils y « tirèrent le filet plein de poissons. » Le reste vient en toute hâte ; et n'était la proximité du rivage et la crainte de laisser perdre ce que Jésus leur donne avec tant de bonté, chacun serait disposé à se met-
ire à la nage comme Pierre pour voler à Jésus.
3° Dans le repas si bien mérité qu'il leur prépare.
Jésus ne veut pas qu'ils attendent trop longtemps le dîner ; il leur épargne même la peine d'aller chercher du bois, d'allumer le feu, d'acheter du pain. « Lors donc qu'ils furent descendus à terre, ils trou- « vèrent des charbons allumés, » pour cuire le poisson, pour sécher les habits, surtout la tunique de Pierre, et pour réchauffer les membres fatigués. On aime tant un peu de feu le malin, au bord de la mer. après une nuit de veille et de travail ! Cette attention ne pouvait échapper à Celui qui a fait le cœur des mères. « Et du poisson dessus. » Ce poisson est rôti ; pourtant Jésus le tient sur le feu, de peur qu'il ne se refroidisse, l'estomac s'accommodant mieux le matin d'un mets chaud que d'un mets froid. « Avec du pain.» Le repas, quoique frugal et conforme au régime de pauvres bateliers, est complet ; et l'on peut croire que ce poisson et ce pain, créés tout exprès par Jésus pour ses chers enfants, n'étaient pas d'une qualité inférieure. Mai s parce que les chasseurs aiment surtout à manger le fruit de leur chasse, et les pêcheurs le fruit de leur pêche, pour leur procurer ce plaisir innocent et légitime. Jésus leur dit : « Apportez « quelques poissons de ceux que vous venez de pren- « dre. »
4° Dans la grâce charmante avec laquelle il les sert lui-même.
«. Alors Simon-Pierre monta dans la barque, et « tira à terre le filet, qui était plein de cent cin- « quanle-trois gros poissons ; et quoiqu'il y en eût <( tant, le filet ne se rompit point. » Quatre miracles dans un: la multitude des poissons, leur capture instantanée, la solidité du filet, et la vigueur de
Pierre tirant seul à terre ce que six apôtres traî« n aie ni à peine tout à l'heure sur les eaux. Au reste, il lui appartenait de constater le miracle, comme il lui appartiendra plus tard de connaître quelles nations entrent dans le sein de l'Eglise et à la suite de quels prodiges. Tandis que Pierre et ses compagnons, ravis, comptent et recomptent ces poissons énurmes étendus sur le sable, oubliant de se mettre à table, Jésus leur dit : « Venez manger. » Il a choisi le lieu, il a mis le couvert, il les appelle et les fait asseoir. Nulle pensée capable de les préoccuper péniblement, nul doute sur la vérité de sa résurrection et de sa présence. « Il ne vint dans l'esprit d'au- « cun d'eux d'oser lui demander qui il était , car ils « savaient que c'était le Seigneur. » C'est bien lui, ils le voient de leurs yeux, ils ne peuvent se rassasier de le contempler ; et quel autre aurait pu faire ce miracle de puissance et de charité? « Jésus donc « s'approchant prit le pain et leur en donna, et du « poisson aussi. » Lui-même rompt le pain, distribue le poisson, va de l'un à l'autre, dépose dans leurs mains et réalise la parabole du maître qui, trouvant ses serviteurs veillant, se ceint d'un linge, les faits asseoir, passe et repasse pour les servir. (Luc, xii.) C'est peu: après avoir été ministre, il veut être convive ; il mange avec ses enfants, au milieu de ses enfants, de la pèche de ses enfants : touchante image delà béatitude céleste que Jésus partage avec ses saints, surtout avec les sauveurs d'âmes. Tout à l'heure ces disciples regrettaient de ne pouvoir faire l'aumône d'un poisson à un étranger, et voilà qu'ils font l'aumône à leur Dieu, qui la leur a faite si abondamment.
Application. Dans tout ce mystère, Jésus semble tenir ce langage à ceux qui par vocation sont em-
ployés au salut dosâmes: a Soyez unis entre vous et « avec Pierre; hors de l'unité, point de conversions. a CVsl sur I ordre de Pierre, dans la barque de Pierre, « sous la direction de Pierre, qu'il faut jeter le filet. << Ne dites pas à vos supérieurs : Pourquoi à droite « plutôt qu'à gauche? Pourquoi dans la mer de Tics bériade plutôt que dans l'Océan? Laissez, laissez « le raisonnement humain et le caprice ; obéissez, «et vous verrez les prodiges. Souvenez-vous que, « pour pêcher lésâmes, on doit travailler beaucoup, « travailler le jour et la nuit, travailler sans aucun « autre souci. Des rivages éternels, Jésus regarde ses « ouvriers, compte leurs soupirs et leurs larmes, et, « en leur préparant les délices du festin céleste, « veille encore avec une sollicitude paternelle à la « nourriture corporelle. C'est lui qui pousse dans le « sein de l'Eglise, comme des poissons immenses « dans le filet, la multitude des nations ; et ce sein « est assez grand pour les contenir et assez fort pour « les porter toutes. Ni les schismes ni les hérésies « ne brisent l'unité catholique. Proposez-vous tou- « jouis l.i g loi iv de Dieu, et ne désespérez jamais du « succès. Il sait le moment où il doit se montrer et '< couronner vos efforts; attendez ce moment, et con- « tinuez vos labeurs. Soyez purs comme Jean, qui « le premier reconnaît son Maître; soyez fervents « comme Pierre, qui le premier arrive à ses pieds. »
Colloques : 1° Avec saint Pierre. Lui promettre, dans la personne de nos Supérieures, fidélité, obéissance, travail infatigable.
2° Avec Jésus-Christ. 0 le bon ministre ! le bon ami ! le bon père ! 0 la plus attentive et la plus tendre des mères !