CHAIR ENFANT MARQUÉ DE LA RESSEMBLANCE DU PECHE
Sa chair n'est point celle d'Adam dans l'état d'innocence, immortelle et impassible, mais notre chair maudite, sujette aux douleurs qui sont l'apanage du péché. Dans l'impossibilité où il est de prendre le péchéj il en prend au moins la ressemblance et les suites, dit saint Paul (Rom., vin) ; rendant ainsi méconnaissable, outre tous ses titres glorieux, celui de ses attributs qui semble le plus inhérent et le plus essentiel à sa nature, la sainteté. Car comment re-
connaître un Dieu saint, roi, juge, sauveur, sous la forme d'un pécheur esclave du démon ? C'est le fond de l'abîme où s'est précipité le Verbe, et, tout Dieu qu'il est, il ue pouvait tomber plus bas.
Ap 'licatïon. Le Verbe, en se revêtant de notre humanité, avait toutà perdre pour sa gloire; et moi, en revêtanl l'habit religieux, j'ai toutà gagner pour la mienne. Que de saintes illustres ont honoré cet habit ! De quelles héroïques vertus il est le symbole !
Sous ce manteau de notre humanité, le V>rbe humilié ose à peine lever les yeux et regarder le ciel ; comment, sous un habit de pénitence et de deuil, pourrais-je nourrir des pensées de vanité et d'amourpropre ?
Loin d'épargner à son humanité les travaux et les peines, le Verbe est ingénieux à les lui procurer, l'œil toujours fixé sur l'objet de sa mission ; voudrais-je racheter, par l'éclat de la matière et l'élégance de la forme, ce que mon habit a de simple et de modeste, et perdre de vue la pauvreté et la mortification que je fais profession de pratiquer et dont il est le signe toujours présent?
Colloques : \° Avec Marie et Joseph. Quels étaient leurs sentiments en présence du Verbe incarné ? Oh ! comme ils l'adoraient, le bénissaient, le remerciaient !
2° Avec Jésus. Il était déjà parfait religieux au berceau, nous enseignant à accomplir nos vœux. Qu'il nous couvre de ses vertus et de ses mérites chaque fois que nous revêtons le saint habit.
3° Avec Dieu le Père. Offrons-lui les anéantissements de son Verbe fait chair, en expiation de nos révoltes et de nos attentats.
DEUXIÈME EXERCICE
L'esprit des vœux.
1° Qu'est-ce qu'agir selon l'esprit des vœux?
Comme l'esprit des lois n'est autre chose que la pensée même du législateur, le but qu'il a voulu atteindre, ainsi l'esprit des vœux est l'intention, le motif qui a présidé à leur institution. D'où l'on peut conclure qu'agir selon l'esprit des vœux, c'est se proposer ce motif, se conformer à cette intention.
Or le grand motif qui a présidé à l'institution des vœux de religion, leur raison d'être, c'est de mortifier la triple concupiscence.
La Religieuse qui veut agir selon l'esprit du vœu de pauvreté, se souviendra que ce vœu, par son etfet propre, met un frein à la première concupiscence, celle des yeux, et aux sept péchés capitaux qui en défirent. Plus elle sentira vivement les convoitises de la cupidité, plus elle s'applaudira d'avoir trouvé 1^ secret de la réprimer et d'échapper aux atteintes de la plupart des vices. A cette condition, elle entrera dans l'esprit du vœu de pauvreté, en prendra pour ainsi dire la moelle, et se nourrira de sa plus pure substance.
Dans la pratique du vœu de chasteté, elle s'estimera heureuse d'avoir assujetti à la pureté la plus angélique par une double chaîne son esprit, son cœur et son corps, et elle bénira Dieu de l'avoir affranchie des tribulations et des dangers du mariage. Quand elle entendra la voix de ses passions tumultueuses, quand le démon lui présentera les amorces des sens et les charmes de la volupté, et que le soutenir des fêtes mondaines commencera àlasollici-
ter, «'lie renouvellera son vœu au fond de son cœur» pour porter à la seconde concupiscence, celle de la chair, un nouveau coup, et montrer que si elle ne l'avait déjà immolée, elle serait prèle à l'immoler aussitôt.
Pour le vœu d'obéissance, dirigé contre l'orgueil de la vie, cette troisième concupiscence qui n'est autre que l'impatience du joug et l'envie de dominer, la Religieuse se réjouira chaque l'ois qu'un ordre lui sera intimé, surtout si cet ordre contredit les lumières de son esprit et contrarie les inclinations de son .oui. Voilà, dira-t-elle alors, ce que je cherchais, l'occasion ilr taire abnégation de mon jugement et de ma volonté. C'est maintenant que j'accomplis véritableiiR'ii t mon vœu, maintenant que j'en goûte les fruits. ! mède opère, et je puis j uger aux répugnances et aux murmures de la nature combien il était nécessaire.
Il est deux autres motifs secondaires qui ont présidé à l'institution des vœux : les avantages qu'ils nous procurent, dans l'exercice du zèle en nous débarrassant de mille entraves, et l'insigne honneur d'imiter Jésus-Christ en le reproduisant dans ses trois grands traits caractéristiques. C'est encore agir parfaitement selon l'esprit des vœux que de se les proposer. Ainsi une Religieuse institutrice dira : Mon œuvre propre est l'éducation chrétienne des enfants ; c'est pour m'y dévouer avec plus de liberté et de succès que je vis pauvre, chaste, obéissante. Elle dira encore : Jésus-Christ a observé la pauvreté, la chasteté, l'obéissance ; c'est pour me former sur ce divin modèle que je les observe à son exemple.
Se proposer l'un de ces trois motifs ou tous les rois ensemble, les avoir présents à sa pensée, y puiser la farce dans les difficultés, c'est ce qu'on appelle agir selon l'esprit des vœux.
Au contraire, agir par routine, manière d'acquit, insouciance ; se laisser dominer par la crainte servile. l'intérêt personneL la vanité ; ne songer qu'au travail et à la souffrance, sans s'élever plus haut; subir les vœux comme on subit une loi pénale : ce serait agir d'après des vues politiques et humaines, manquer le but, végéter dans la vie religieuse, et traîner misérablement le joug comme un forçat, plutôt que de le porter amoureusement comme un enfant de Dieu.
2° Combien importe-t-il d'agir selon ï.'espr:t des