‹ La religieuse en retraiteChapitre 31 sur 45 · RETRAITE BU MOIS D'OCTOBRE · texte numérisé non relu

RETRAITE BU MOIS D'OCTOBRE

PREMIER EXERCICE

L ange gardien

Premier prélude. « Wci que j'envoie mon ange « pour vous frayer le chemin, protéger vos pas et « vous introduire au lieu que je vous ai préparé. « Respectez-le, soyez docile à sa voix, et ne vous « avisez pas de le mépriser, car il agit en mon nom.» (Ex., xxiu.)

Deuxième prélude. Je me représente l'adorable Trinité, au moment de mon baptême, détachant un ange de la céleste milice, et le députant près de moi pour m'accompagner dans mon pèlerinage.

Troisième prklude. Muii saint ange, oblenez-moi la grâce de comprendre ce que vous éles pour moi et ce que je dois être pour vous, vos fonctions et mes devoirs.

1° L'ange gardien est un officier d'honneur qui nous l'ait corlége.

Dieu, qui est un pur esprit, a voulu créer de purs esprits comme lui, qui vécussent d'intelligence et d'amour, le connussent el l'aimassent, fussent heureux en le contemplant el en le possédant, et par là portassent dans leur nature le sceau et le caractère des attributs divins. Ce sont les anges, êtres intermédiaires, intérieurs à Dieu, supérieurs aux fils d'Adam.

Quel jour les vit naître? C'est le secret de Dieu ;

nous savons seulement qu'ils adoraient Jéhovah, aièrs que ni l'homme ni aucune créature visible n'existaient encore.

Quel est leur nombre? Un prophète, transporté en esprit parmi eux, en a vu un millier de milliers qui exécutaient les ordres de Dieu et dix l'ois cent mille qui demeuraient en sa présence; c'est dire qu'ils Boni innombrables : ce qu'il y a de plus beau, c'est toujours ce que Dieu prodigue le plus.

Leur volonté, invariablement droite et conforme à la volonté divine, est entraînée par d'irrésistibles transports vers le souverain Bien.

Leur puissance répond à l'excellence de leur être, et l'on peut douter que dans ce monde physique quelque chose résistât à leurs efforts.

Trois hiérarchies les partagent, et neuf chœurs les subdivisent. Les Séraphins, canaux du pur amour, représentent les brûlantes ardeurs du Dieu qui embrase et transforme ses élus. Les Chérubins, canaux de l'éternelle vérité, représentent sa sagesse et sa science. Les Trônes, par leur attitude calme et sereine, représentent sa majesté. Les Dominations, capitaines de toutes les phalanges, représentent l'incomparable empire du Roi des rois. Les Principautés, plénipotentiaires de Dieu près des gouvernements humains, représentent l'action du suprême modérateur qui assied ou renverse à son gré les dynasties et les royaumes. Les Puissances, dans un perpétuel combat, renouvellent les victoires de Jésus- Christ sur le démon. Les Vertus, préposées aux miracles, n'attendent que le signal pour suspendre ou changer les ressorts de la machine du monde. Les Archanges, messagers divins, se précipitent pour signifier à la terre les heureuses nouvelles ; et les anges adoptent les hommes pour pupilles, les cou-

vrent de leur paternelle et invincible protection. La première hiérarchie transmet à la seconde la pureté, la lumière, la perfection qu'elle reçoit immédiatement de Dieu dans une mesure suréminente ; la seconde, moins favorisée, les transmet à la troisième à un degré inférieur au sien, et celle-ci les communique aux hommes.

Aurais-je osé l'espérer ? Tout ce qu'il y a de plus pur, de plus saint, de plus élevé dans le ciel, Dieu me l'a donné : un de ses plus intimes favoris, un des plus nobles couitisans qui environnent son trône, un prince de la Jérusalem céleste. C'est l'ancre de Dieu, puisque Dieu l'a créé, mais c'est aussi mon ange, puisqu'il doit me servir de guide, de ministre, de tuteur, de précurseur ; il est tout à moi, il est tout pour moi. Il me bénit, il m'aime, il me tresse des guirlandes. Lui qui contemple Dieu dans de ravissantes extases, ne dédaigne pas d'arrêter sur moi ses regards, de prendre part à mes intérêts, de se faire mon compagnon de voyage ; il quitte le ciel pour la terre, et semble trouver son paradis dans ma société.

Ange de Dieu, puisque vous êtes mon ami et mon frère, dites-moi, pour me consoler, quelque chose de notre commune patrie. Vous voyez l'image de Dieu gravée en mon âme, et le sang de Jésus-Christ qui coule sur moi, et l'esprit saint qui m'a choisie pour son sanctuaire. Je suis l'enfant du grand Roi, venez me conduire en triomphe à mon héritage; ainsi l'a ordonné votre Père et le mien.

Tel est le premier ministère de l'ange gardien ; il vient pour m'honorer. Quel sera envers lui mon premier devoir ? Lui rendre honneur pour honneur. Si c'est le propre de la grandeur d'imprimer le respect, et si, au témoignage de Jésus-Christ, celui qui

est le moindre dans le ciel est au dessus de tout ce qu'il y a de pins grand sur la terre, quel respect ne devra pas m'inspirer la présence de mon ange? Seule et en compagnie, le jour et la nuit, dans mes -estes, dans mes regards, clans mes paroles, toujours, en tout lieu, en toute chose, je paraît; ai ornée de pudeur et de modestie.

2° L'ange gardien est un défenseur valeureux qui combat pour nous.

Toutes les qualités exigées d'un défenseur, il les réunit. 1° L'intrépidité. Sa lance est pour ainsi dire toujours tirée contre nos ennemis. Il comprime les passions tumultueuses de la chair, il déjoue les manœuvres du démon, il paralyse l'eifet des scandales du monde. Gomme un boulevard formidable, dit saint Basile, l'ange nous protège en face, sur les flancs, par derrière; il fait l'oftice de mille escadrons, il équivaut seul à une armée.

2° La prudence. Nul artifice qu'il np découvre; son œil est attentif à tout. Si le démon veut amollir notre àme par l'attrait des voluptés, il lui l'ait goûter les délices de la vertu angélique ; s'il la jette dans la tristesse, il ranime son courage. Notre esprit, il le préserve de l'erreur ; notre cœur, il le garantit des affections coupables ; nos sens, il les affranchit des illusions. Tantôt c'est une occasion funeste dont il nous délivre, tantôt c'est un entretien édifiant qu'il nous ménage. Il nous donne l'intelligence de nos pieuses lectures et amène sous nos yeux la page qui convient au besoin du moment. Combien de fois a-t-il mis sur les lèvres du prêtre les paroles qu'il devait nous adresser !

3° La fidélité. Il nous a reçus comme un précieux dépôt sur le seuil de la vie, et jusqu'à l'éternité il nous aura sous sa sauvegarde. 11 veille sur nous

durant nos emplois ; il enlre et il sort avec nous. Si nous partons pour un voyage, notre ange se met en route avec nous ; si nous sommes seuls, il nous fait compagnie et nous parle par ses secrètes et suaves inspirations. A notre réveil, nous le trouvons près de notre couche, et, durant la nuit, nous n'avions point à regretter son absence ; il était là, à notre chevet, écartant les songes sinistres. C'est avec notre ange que nous allons au tribunal de la pénitence, avec lui que nous approchons de la tabl^ sainte, avec lui que nous faisons oraison. Oh ! comme il s'efforce alors de mettre le recueillement dans notre imagination, la ferveur dans notrecœur ! Notre ange, c'est plus qu'une mère. Ce sont les anges, dit saint Bernard, qui préservent les enfants d'innombrables dangers. Cent fois nous eussions perdu la vie sans son intervention : il nous a arrêtées sur le bord du précipice, il nous a soutenues dans nos chutes, il a écarté la flamme dévorante, il a écrasé la tête de la vipère, il a chassé au loin les orages chargés de la foudre.

Que si une âme vient à tomber dans le péché, qui pourra peindre l'empressement des anges à la relever ? Courons aux remèdes, préparons l'appareil. Et ils viennent en foule, ils pressent leseieuxde s'ouvrir, ils se distribuent autour de cette âme. Relève-toi, montre-nous ta plaie, accepte la vie que nous t'apportons; pourquoi voudrais-tu mourir? Si tu savais les trésors de miséricorde qui sont au cœur de Dieu !... Et dès que cette âme a versé quelques larmes, avec quel bonheur ils remontent pour offrir à Dieu ces larmes ! Les larmes d'une âme pénitente, quel sacrifice de bonne odeur ! quel présent délectable !

Dans nos maladies et nos chagrins, les anges

sont là pour se mêler à uns combats, pour baiser nos blessures, pour nous prodiguerla consolation, pour applaudir à notre triomphe. Tout ceeurqui gémit, toul membre qui porte une meurtrissure,

leur parai! heureux, vénérable, digne d'envie, parce que ce sont là des caractères augustes et sacrés qui rendent semblable à Jésus crucifié. Pour eux, à couvert par leur nature impassible des plaies du corps et des angoisses de l'àme, ils ne peuvent signaler l'héroïsme de leur amour par la généreuse épreuve des afflictions. Ils partagent la gloire, non les souffrances du Sauveur.

Mais c'est surtout à l'heure suprême que se révèle la sollicitude des anges. Sans cesse ils montent vers le eiel, chargés des soupirs que la douleur et l'espérance arrachent au moribond, et sans cesse ils en redescendent, chargés des dons de Dieu. En montant, ils disent à Dieu : Ayez pitié, Seigneur, de cette chère âme, ne la perciez pas en ce triste jour. En redescendant, ils disent à l'àme : Combats généreusement ; oh ! la grande récompense qu'on te prépare ! Encore quelques instants, et la félicité sans fin sera ton heureux partage. Et ils recueillent les prières de cette âme pour les offrir à Dieu ; ses larmes, ses sueurs, ses gémissements, ses désirs, ses pensées, ils comptent, ils présentent tout.

Ange de Dieu, qu'avec raison vous êtes appelé bon ange ! Oui, bon, très bon ! Je me remets entre vos mains, aujourd'hui et pour toujours, à la vie et à la mort. Je recourrai à vous dans mes tentations, dans mes perplexités, dans mes affaires épineuses. Sous vos auspices, point de naufrage; sous votre direction, point de langueur.

Colloques : 1° Avec Dietc le Père. Déjà vous nous aviez donné votre Fils unique pour Sauveur, votre

divin Esprit pour consolateur, votre royaume pour terme de nos espérances, et, de peur, ce semble, qu'il ne restât au haut des cieux quelqu'un qui ne s'intéressât pas à nous, voilà que vous nous avez donné vos anges pour gouverneurs. Seigneurs, soyez mille fois remercié pour ce nouveau bienfait. 2° Avec Vange gardien. Quelquefois, ô mon ange, je désirerais savoir de quelle hiérarchie vous avez été tiré, si vous avez servi Jésus ou Marie sur la terre. Qui que vous soyez, ne me laissez pas périr, je veux voir Dieu avec vous, le bénir avec vous Liez le démon qui rôde autour de moi ; ne me délaissez pas dans mon agonie, plaignez ma cause devant le souverain Juge, et après les jours d'expiation, portez-moi vous-même sur mon trône immortel.

DEUXIEME EXERCICE

L'éducation chrétienne.

C'est sur l'éducation chrétienne que repose l'espoir de l'Eglise pour l'avenir. Pie IX écrivait aux évêques d'Italie en 1849: « En ces temps périlleux, « nous devons, vous et Nous, faire les plus grands « efforts, employer tous les moyens, lutter avec une « constance inébranlable, déployer une vigilance « continuelle, pour tout ce qui touche aux écoles, à « l'instruction et à l'éducation des jeunes gens et a des enfants de l'un et l'autre sexe. » Avant lui, le « pape saint Pie V avait dit : « L'expérience n'a cessé « de prouver que les enfants élevés chrétiennement « mènent presque toujours une vie chaste, exernt plaire, et que parfois ils parviennent à une sain-

'.< teté éminente ; tandis que les autres, entraînés

« clans des vices qu'ils n'auraient probablement ja- « mais connus, se perdent presque inévitablement, « et, ce qui est plus déplorable encore, contribuent « à la perte d'un grand nombre. »

Or l'éducation recommandée par les Souverains Pontifes ne se borne pas à la science du catéchisme. La religion étant le fond, la base et le couronnement de l'enseignement, il faul que l'esprit chrétien le pénètre dans toutes ses parties, circule dans tousses développements, se mêle à tous les cours, éclaire, dirige, vivifie son action jusque dans les moindres détails. Se contenter de lui donner une place quelconque dans le programme officiel, la mettre au rang de l'orthographe, du calcul ou de la physique, la classer au nombre des choses bonnes à apprendre après l'histoire, la littérature, le dessin linéaire, ce serait tout simplement méconnaître les droits de Dieu, les devoirs de l'institutrice religieuse et les vrais intérêts des enfants.

Mue ne fait-on pas pour la science profane? On y consacre cinq ou six ans, sept ou huit heures par jour. Non content d'apprendre aux enfants ce qu'il faut faire et la manière de le bien faire, on surveille Temploi de leur temps, on marque leur progrès, on leur lait subir de fréquents examens, on compte pour rien sa peine, pourvu qu'ils fassent honneur à leur maître et qu'ils répondent à l'attente de leurs parents. Ah ! si 'on employait pour la vertu seulement la moitié de ces moyens ; si, après leur en avoir donné des leçons, on s'assurait toutes les semaines qu'ils les mettent en pratique ; si on les récompensait de le» * "'forts pour les encourager, comme on les verrait progresser rapidement dans la science du salut !

« Les enfants, dit Gerson, ont une aptitude spé- « eiale à recevoir les bons principes, l'erreur n'ayant i encore pu pénétrer ou prendre racine dans leur âme. « Ce sont des outres neuves faites pour Les meilleures « Liqueurs, des arbriseaux qu'on plie aisément. Les « prémices étant d'ailleurs plus agréables que les u fruits tardifs, les hommages de l'enfant plaisent « plus à Dieu, sans nul doute, que ceux du vieillard « décrépit que le vice abandonne bien plus qu'il « n'abandonne le vice. » (De attrah. paît), ad Christ.) L'Ancien Testament et la Vie des saints sont remplis d'exemples de vertus héroïques donnés par des enfants. N'ont-ils pas reçu l'Esprit saint, la grâce et les dons surnaturels? ]gnore-t-on combien Pinnoeence et la liberté de cœur sont une excellente disposition pour la vie spirituelle ? Jésus-Christ ne nous otTre-t-il pas pour modèle les petits enfants ?

Hàtez-vous donc de faire connaître et aimer la religion à l'eniant, pour qu'il s'y attache de bonne heure et par le cœur, qu'il l'envisage comme le plus grand présent de Dieu aux hommes, ses préceptes comme une source de bonheur même temporel, ses sacrements comme le principe de notre vraie grandeur. Dites-lui que son esprit est tout de douceur et de miséricorde, qu'elle ne combat que nos vices qui nous rendent esclaves et malheureux, que les sacrifices même qu'elle nous impose sont récompensés dès ee monde par la paix de L'âme. Montrez-lui les innombrables institutions de bienfaisance dont elle a enrichi toutes les nations civilisées par elle. S'il aime et estime la religion, il en embrassera les devoirs, il prendra au besoin sa défense ; et, au lieu que la contrainte morale en aurait fait un hypocrite, cette méthode persuasive en fera un chrétien dévoué et soumis.

Les points de doctrine qu'il faut inculquer, et sur Lesquels on ue saurait trop revenir, sont les mystères el L'explication du Symbole; Jésus-Christ sauveur, législateur et modèle, sa vie, sa mort, ses vertus, ses miracles ; la nécessité du salut et les suites funestes du péché mortel ; 1rs tins dernières, La mort, le jugement, l'enfer, Le paradis; l'Eglise et les marques delà véritable Eglise ; le Souverain Pontife, ses prérogatives et l'obligation de vivre en rrmmunion avec lui ; ce que défendent ou ordonnent Les commandements de Dieu et de l'Eglise ; les sacrements et les dispositions qu'ils exigent ; la prière el ses conditions ; les Têtes et l'esprit des fêtes ; la manière d'assister aux offices, d'honorer la sainte Vierge et de sanclilier les actions de la journée. 11 est bon de montrer l'enchaînement des vérités chrétiennes, le rapport qu'ont les dogmes avec les préceptes, et de suggérer une réponse aux objections les {dus vulgaires des impies.

On doit former la conscience de l'enfant, non en disant : Telle faute est mortelle, telle autre est vénielle, ce qui serait souvent très hasardeux ; m'en le menaçant de l'enfer à propos des défauts de son âge, ce qui pourrait lui faire une fausse conscience; mais en lui inspirant en général la crainte de Dieu et l'horreur du péché, en lui donnant une exacte connaissance des préceptes divins et des devoirs du chrétien, en lui rappelant que pour un péché mortel il faut la gravite de la matière considérée en ellemême ou dans ses circonstances, l'advertance de l'entendement et le consentement parfait de la volonté ; que la tentation, la délectation même ne rendent pas coupable, à moins qu'on ne s'y expose ou qu'on n'y consente ; que ce qu'on a fait de bonne foi, par force ou dans l'ignorance luv.ncible, n'est

point imputable. Il est essentiel aussi de distinguer les péchés de pensée, de désir et d'action, de signaler le cœur comme le principe de la bonté ou de la malice de qos actes, de bien avertir qu'on ne doit jamais agir contre sa conscience et que dans les doutes il faut consulter son confesseur.

L'institutrice préparera au bienfait de l'absolution des enfants qui ne communient pas encore ; car 1° les enfants arrivés à l'âge de discrétion sont susceptibles de la recevoir ; 2° il y a obligation pour eux de la recevoir au moins une fois l'an, d'après le concile de Latran ; 3° ils y ont un droit strict ; 4° il est du devoir des pasteurs et des confesseurs de les y disposer, aussi souvent qu'ils les trouvent dans un état de damnation, pour les tirer du pouvoir du démon et empêcher le vice de s'enraciner dans ces jeunes cœurs. Sa sainteté PielX ayant appris « qu'avant « la première communion on refusait, dans certains « diocèses de France, l'absolution aux enfants, les « laissant ainsi, on ne saurait dire en vertu de quels « principes théologiques, jusqu'à l'âge de douze et c même de quatorze ans, dans un danger de périr,» en lit aussitôt exprimer sa surprise par le cardinal Antonelli à Msr l'archevêque de Bourges dans un bref rendu public.

La première communion étant le grand acte de l'enfant, celui qui décide assez souvent des autres communions de la vie entière, l'institutrice, longtemps à l'avance, fera concourir à ce but tous les moyens en son pouvoir : exhortations, avis particuliers, prières, chapelets, neuvaines, confession, etc. C'est surtout alors qu'il faut insister sur la sincérité en confession et la c mtrition. Gerson marque trois avantages des confessions générales : 1° les enfants, interrogés, accuseront des indécences dont ils n'o-

saienf ou no savaient pas faire l'aveu ; 2° ils sauiont à l'avenir les choses qu'ils doivent dire, la manière de les dire, el l'obligation où ils sont de ne pas mentir ; 3 ' iis goûteront le repos si doux d'une conscience déchargée.

La religieuse institutrice doit éviter sans doutede traiter ses élèves comme dos novices, de les surcharger de pratiques minutieuses, et de donner à ce qui est de subrogation l'importance de ce qui est de précepte. Toutefois, elle n«i saurait trop les incliner a la piété, les dresser aux exercices d'une dévotion éclairée, les mettre sur la voie de la sainteté. Car si, sous prétexte d'en faire des femmes du monde, ou dans la crainte qu'elles n'abandonnent tout plus tard, on s'en lient à l'essentiel, elles n'auront qu'une idée incomplète de la religion, jamais elles ne s'élèveront au dessus de la médiocrité, elles finiront môme par perdre ce peu de vie chrétienne qui était leur unique planche de salut.

Les loups attaquant de préférence les agneaux et les oiseaux de proie la couvée, il faut donc prémunir fortement ce qui est si tendre, si faible, si exposé à la séduction. Or les principaux écueils qui attendent la jeune tille sont la vanité, le goût de la parure et l'envie de plaire ; la curiosité qui la porte à tout voir et à tout entendre; les lectures dangereuses et frivoles ; les l'êtes mondaines et les fréquentations ; les plaisanteries par lesquelles on tâche d'ébranler sa foi pour entamer sa vertu ; quelquefois, hélas! les exemples et les persécutions domestiques. Malheur à elle, si elle n'est pas munie de toutes armes !

Il est certains moyens de former le jugement des enfants, qu'il ne faut pas négliger: parler et agir toujours selon la raison, conformant sa conduite à

ses leçons, se gardant de toute passion en corrigeant , tenant exactement sa parole, acquiesçant à leurs demandes légitimes, recevant leurs justes excuses, répondant à leurs questions, se rendant quelquefois à leurs observations ; les habituer à réfléchir avant de parler et d'agir, à éviter la précipitation, à donner à leurs démarches un motif de raison ou de foi ; relever leurs méprises, redresser leurs jugements faux, opposer ce qu'elles auraient dû faire à ce qu'elles ont fait ; ne mettre entre leurs mains que de bons ouvrages; leur apprendre à analyser leurs idées, aies combiner pour tirer des conclusions, à saisir le point essentiel d'une question, à se raidir contre les difficultés.

On doit aussi les former à la civilité, et pour cela les traiter avec respect, leur laissant une certaine liberté et gardant soi-même toutes les règles de la bienséance ; les exercer à saluer, à répondre, à interroger, à se présenter honnêtement, sans sortir toutefois de leur condition ; leur enseigner leurs devoirs envers leurs parents, leurs bienfaiteurs, les ecclésiastiques, les magistrats, les vieillards les infirmes, les pauvres et les affligés ; les prémunir contre les brusqueries, les querelles, les moqueries, les cris perçants, la manie de gâter et de détruire : leur donner l'amour de l'ordre et de l'économie, et par dessus tout l'amour de la modestie et de la décence.

Tel est en abrégé le cadre de l'éducation chrétienne et la noble tache de l'institutrice.

TROISIEME EXERCICE

Persévérance.

Me voici au comble du bonheur depuis ma re-

traite : Jésus me dit intérieurement que tous mes péchés sont effacés; la paix ineffable queje goûte est un indice non équivoque de sa tendresse et de ma ferveur ; j<i sens que je L'aime et que j'en suis aimée. Ah ! si je pouvais conserver jusqu'à la lin de ma vie les sentiments qui m'animent ! Ali ! si je pouvais en augmenter chaque jour l'excellence et le prix ! Pourquoi Faut-il que ma volonté soit si inconstante, et qu'après les solennelles promesses si souvent réitérées devant les autels, je doive encore trembler sur mon avenir ? Sera-t-il dit que l'édifice de ma sainteté, à peine reconstruit, ail été démoli ? Mon Dieu, ne le permettez pas.

1° Je dois persévérer.

Ier motif. Les vérités qui m'ont déterminée à réformer ma vie sont, depuis la retraite, ee qu'elles étaient pendant.

La sublimité de ma vocation et les obligations graves et multipliées qu'elle impose, la malice renfermée dans le péché de la Religieuse et la rigueur du châtiment qu'il mérite, la beauté des exemples que Jésus-Christ propose à notre imitation, la magnifîcence des récompenses promises à la sainteté et au zélé : voilà ce (pie j'ai médité, ce qui a remué profondément mon àme, ce qui m'a fait sortir du péclié ou de la tiédeur et prendre telle et telle résolution. Mais, depuis la retraite, ces vérités se sont-elles évanouies ? Y aurait-il un jour, une heure où je ne serai plus Religieuse, où Dieu ne sera plus mon juge où Jésus-Christ ne sera plus mon modèle, o-ù l'enfer ne sera plus renier, où le ciel ne sera plus le prix de la vertu ? Donc, pour me prémunir contre la rechute, je n*ai qu'à me tenir en face de ces vérités qui se dressent devant moi, toujours les mêmes, toujours frappâmes, toujours saisissantes.

2e motif. Ces vérités sont plus pressantes encore depuis la retraite.

Je suis plus près de la mort aujourd'hui qu'hier, et j'en serai plus près demain qu'aujourd'hui. Une rechute de ma part revêtirait un caractère d'ingratitude plus noire et m'attirerait un jugement plus terrible. Chaque jour m'apporte des grâces nouvelles, et chaque jour augmente pour moi la dette de la reconnaissance ; car si Dieu le Père me continue le bienfait de l'existence, et Jésus-Christ la communication de sa vie, et l'esprit saint les grâces attachées à l'apostolat religieux, c'est afin que je glorifie toujours plus excellemment mon Créateur, et que je vive toujours plus parfaitement de la vie de mon divin Chef',et qua je me dévoue toujours plusgénéreusementau service de l'Eglise. Cela est-il vrai, oui ou non ? Donc, plus ma vie se prolonge, plus je dois, comme créaiure raisonnable, comme chrétienne, comme Religieuse institutrice, la réformer et la sanctilier, pour la réformer et la sanctifier, encore.

2° Je puis persévérer.

1° Parce que Dieu ne me reiusera jamais sa grâce sans laquelle je ne purs rien, avec laquelle je puis tout.

Mon Dieu, j'ai une ferme confiance que vous me donnerez votre grâce, tout indigne que j'en suis, par les mérites de Jésus-Christ. Voilà ce que Dieu me permet, m'ordonne de dire, ce que je dis chaque jour, ce que je puis dire à chaque instant du jour. Donc à quelque furieuse tempête que je sois en proie, si près que je me trouve du naufrage, l'occasion fùt-elle cent fois plus vive et cent fois plus saisissante, eussé-je déjà cédé du terrain à l'ennemi, du moment que je me tourne vers Dieu, et que du fond de ma misère je lui crie: Mon Dieu, j'ai une ferme confiance que

vous me donnerez votre grâce,... je suis certaine qu'il viendra à mon secours; car il est bon, puissant el fidèle. Il va même jusqu'à me menacer de Tanathème pour une pensée contraire à l'espérance.

2° Parce que les moyens d'obtenir la grâce sont toujours à ma disposition.

Ces deux grands canaux de la grâce, la prière et tcrements, sont-ils fermés pour moi depuis la retraite? M'a-t-on ôté l'oraison, le saint sacrifice, la communion, l'office divin, la confession, la visite au Très-Saint-Sac rement, el lis autres exercices pieux V N'ai-je plus la grâce spéciale de la vocation, la grâce qu'obtient à celle qui l'exerce le ministère si méritoire de l'éducation chrétienne, la grâce qui résulte de l'édification commune? Ah I si le salut et la perfection sont faciles à quelqu'un, n'est-ce pas à la Religieuse ? Si la persévérance n'est impossible à personne, n'est-elle pas impossible à personne moins qu'à moi ?

3°«/e veux persévérer.

1° J'ai fait ma retraite, donc je veux persévérer.

Sans doute la grâce ne me fera jamais défaut : c'est moi seule qui puis être infidèle à la grâce. Toutefois, en interrogeant ma conscience, en sondant mes dispositions actuelles, ne suis-je pas autorisée à affirmer que je veux persévérer? Quand j'ai suspendu mes études et mes emplois pour me renfermer dans le cénacle, quand j'ai repassé mes obligations et déploré mes fautes, avais-je une autre pensée que celle de travailler à ma sanctification et d'y travailler tbute ma vie? Et si quelques motifs moins purs m'avaient accompagnée dans ma retraite, si quelques négligences s'étaient d'abord glissées dans mes exercices, ces motifs n'onl-ils pas fait place à d'autres, ces négligences n'ont-elles pas disparu, et aujour-

d'hui n'ai-jc pas la conviction intime et profonde qu'après avoir commencé l'œuvre il faut l'achever, sou à peine de perdre le prix de mes elîorts et de mes larmes ? Mon dessein formel, arrêté, n'est-il pas non seulement de ne pas déchoir, mais d'aller constamment de vertu en vertu jusqu'au faite de la perfection ?

2° J'ai dressé un mémorial de ma retraite, donc je veux persévérer.

Dans la première partie, j'ai consigné quelques fortes maximes, capables de me rappeler à moi-même lorsque mon unie, par l'eilet de la routine ou de la tentation, sera exposée à tomber dans la tiédeur ou le péché. Dans la deuxième, j'ai tracé des résolutions spéciales et bien motivées, tâchant de fermer toutes les brèches, d'opposer des barrières à tous mes ennemis. Dans la troisième, je me suis comme enchaînée au devoir par trois sanctions puissantes. En face de Dieu et sans craindre de me faire illusion, je puis donc dire hautement: Je veux persévérer. Et puisque, d'après les saints, tout dépend des commence- ,ments, et que quiconque débute bien, continue bien et termine bien, je vais immédiatement m'exercer à la pratique du plus parfait dans tout ce qui touche à mes vœux, à mes règles, à mes emplois.

Bénissez, o mon Dieu, ces dispositions qui sont le fruit de votre grâce, conlirmez-les, conservez-les, rendez-Les de jour en jour plus excellentes encore. A . vous tout l'honneur aux siècles des siècles. Amen.

rethaite du mois de novembre

PREMIER EXERCICE

La Religieuse jugée.

Premier prélude. « Quelle terreur, quand le Juge « viendra pour examiner toute chose selon la rigueur « de sajustii e ! On produira le livre écrit où est con- « lenu tout cequi doitservir au jugement. Tous les seront révélés, nul péché ne restera sans « vengeance. » (Dies iras.)

Deuxième prélude. Je me représente, au tribunal suprême, mon âme seule avec ses oeuvres sous l'œil de Dieu, soudainement éclairée des lumières de l'éternité, et embrassant d'un regard l'ensemble et les détails de sa vie.

Troisième prélude. « Alors, infortunée, que dirai- « je? Quel protecteur invoquerai-je, quand à peine « le juste sera rassuré? Roi d'une majesté t'ormida- « ble, qui sauvez gratuitement vos élus, sauvez-moi, « sourie de bonté. » (/Jlcs ira?).

1° LA PiELlGlECSE JUGÉE A LA MORT.

1° Si elle est en état de pêche mortel, n'en eûtelle qu'un seul sur laconscience, elle est condam lée. J'ai vain, pendant la plus longue vie, a-t-elle pratiqué les vertus les plus sublimes, mortifié sa chair par le vœu de chasteté, immolé la cupidité en renonçant biens, soumis sa volonté au joug de l'obéissance, lait monter vers le Ciel l'encens des plus ardentes prières ; en vain son enfance a-t-elle été marquée

par une innocence angélique, sa jeunesse par le goût de la retraite et le généreux combat des passions, son noviciat par l'accomplissement exact des règles et l'élude assidue de la perfection, le temps de sa profession par mille travaux entrepris pour la sanctification de ses élèves, sa vieillesse par la patience la plus inaltérable au milieu des plus cruelles souffrances ; en vain compte-t-elle parmi les élus une foule d'àmes préservées ou ramenées par son zèle : sacrifices, victoires, mérites, rien de tout cela n'est capa- J ble de faire contre-poids à un seul péché mortel jeté i dans la balance. Par ce seul péché mortel commis après tant de faveurs, au milieu de si vives lumières, dans l'assemblée des saints et pour ainsi dire au vestibule du ciel, elle a été foudroyée dans sa vie surnaturelle et dépossédée de l'amitié de Dieu ; ce n'est plus qu'un a na thème, une esclave de Satan, la proie de Te n fer.

2° Si elle est en état de grâce, n'eût-elle eu que l'intervalle d'un soupir pour se tourner vers Dieu, elle est absoute. Sa vie, depuis plusieurs années peutêtre, n'était qu'un cercle de pénitences et de rechutes ; elle se donnait tour à tour à Dieu et au démon; elle déplorait le péché et s'y livrait avec la même facilité. Nulle régularité dan s sa conduite, absence complète de piété, Fégoïsme à la place du dévouement. Sa persévérance dans sa vocation pouvait paraître un mystère. N'importe : par un de ces coups de grâce que Dieu n'accorde que rarement et à un petit nombre, sa volonté a brisé ses chaînes et adhéré à son Créateur, au moment même où la sentence allait sortir de la bouche de Jésus-Christ, et où les esprits infernaux s'apprêtaient à saisir leur victime longtemps convoitée. Ce seul acte, si court et presque imperceptible, accompli sous l'empire d'une grâce victo-

rieuse, sans rendre, il est vrai, la vie aux œuvres mortes qu'elle a produites, la t'établit ou possession de tous ses mérites perdus, H pèse plus lui seul dans la balance que cet effroyable amas d'infidélités et de prévarications, sinon encore expiées dans le purgatoire, du moins radicalement remises quanta la peine éternelle.

0 profondeur des jugements de Dieu ! 0 nécessite d'opérer son salut avec crainte et tremblement! 0 folie de commettre le péché mortel qui ruine tout, et, après l'avoir commis, de se refuser à un acte qui peut tout réparer !

2* La Religieuse jugée au dernier jour.

1° Si elle est damnée. Plus elle devait être sainte et passait pour telle, plus sa honte sera accablante, lorsque l'Ange gardien, étalant la série des grâces qu'il lui a distribuées, en demandera compte une à une ; lorsque le démon, énumérant les iniquités qu'il lui a arrachées, osera se confronter avec une épouse de Jésus-Christ et se dire moins criminel qu'elle ; lorsque de tous cotés retentira ce cri sinistre : Oiez le masque à celte Religieuse ; plus de peaux de brebis qui déguisent les loups, plus d'hypocrites travestis en anges de piété. 0 vices mal cachés ! 0 honte mal évitée ! Qu'on sache enfin ce que c'était au fond que cet air ingénu, ces yeux si modestes, cet habit de pénitence ; lorsque sa conscience, à toutes ces accusations, répondra : Oui, c'est vrai, c'était tel jour, en tel lieu, à telle heure. Alors, éperdue, interdite, immobile ; ayant au dessus d'elle un Juge irrité, au dessous d'elle des abîmes entr'ouverts pour l'engloutir, autour d'elle des accusateurs irrécusables ; portant écrite sur son front l'histoire de sa vie et déjà marquée au sceau de la réprobation ; investie de la gloire terrible de Dieu qui la pénètre ; les

Page 1