‹ La religieuse en retraiteChapitre 32 sur 45 · GG · texte numérisé non relu

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yeux affreusement fixés vers la (erre, le cœur plein d'angoisse et de désespoir, elle altenddans un morne et lugubre silence que Jésus-Christ prononce la fatale et irrévocable sentence.

2° Si elle est sauvée. Plus ses œuvres ont été cachées ou contredites, plus sa gloire sera éclatante» Ne faut-il pas que sa vertu, si longtemps calomniée, soit enfin justifiée; qu'on en connaisse la sincérité, après qu'on 1 a si souvent accusée d'imposture; qu'on en admire la force et la sagesse, après l'avoir si méchamment traitée de faiblesse et de folie ? Soulevez, ô mon Dieu, le rideau qui dérobait la vue dece sanctuaire, tirez cet or pur des entrailles de la terre où il était enfoui. Laissez contempler dans tout son lustre ce trésor de sainteté jusque là si peu connu: tant d'oraisons ferventes, tant de mortifications secrètes, et cette patience à toute épreuve, et cette charité sans bornes. Qu'on découvre à la fois la gloire qu'elle a rendue à l'Eglise triomphante, le soulagement qu'elle a procuré à l'Eglise souffrante, les grâces innombrables qu'elle a méritées à l'Eglise militante. Venez voir le fruit qu'ont produit ses exemples et ses leçons sur des centaines d'enfants, par ces enfants sur des familles, par ces familles sur des générations entières. O vous que le monde regardait comme les balayures de la terre, qu'il traversait dans vos pieux desseins, qu'il dépouillait de vos humbles demeures, vous dont le monde n'était pas digne, et qui souteniez par vos vertus les colonnes du ciel toujours prêtes à s'écrouler sur la tôle des pécheurs, le temps est venu de fouler aux pieds le monde, et de lui renvoyer ses traits.

Colloque Avec Jésus-Christ. « Souvenez-vous, ô « Jésus plein de miséricorde, que pour moi vous êtes « descendu sur la terre ; ne me perdez pas en ce jour.

« Vous von? (Mes lassé en me cherchant, vous m'avez a rachetée par votre -croix.; qu'un si grand travail « ne soi! pas inutile. Je gémis, je suis coupable, ma « faute fait rougir mou front ; j<4 vous en suonlie, ù « mon Dieu, pardonnez-moi. Vous avez absous la « pécheresse, vous avez exaucé le bon larron, et à « moi vous m'avez donné l'espérance. Mes prières « sonl sans mérite ; mais vous êtes clément, faites que « je ne sois pas livrée au feu éternel. » (Dics irx.)

MBUXU5ME EXERCICE.

Fortune spirituelle.

« Amassez-vous des trésors clans le ciel, » a dit Jésus-Christ. Pour eelte fortune, il est permis d'être cupide et avare. Tous y peuvent, prétendre, car elle ne demande ni une santé parfaite, ni une longue vie, ni un talent extraordinaire, ni des amis puissants, ni des parents possesseurs de grands biens. Elle s'acquiert facilement, seconservesansbeaucoup de peine, n'est point exposée à la rouiile, aux voleurs, à l'impôt, aux faillites ; et tandis qu'à la mort la fortune terrestre passe forcément à des héritiers, e'est surtout alors qu'on commence à jouir de celle-ci

\° En quoi consiste la fortune spirituelle ?

En quatre fruits infiniment précieux que produit dans le juste toute œuvre méritoire.

Le premier est une augmentation de grâce sanctifiante, une communication plus abondante de l'Esprit et delà vie do Jéeus-Ghrist, une habitation plus intime et plus efficace do Dieu en nous. N'y a-t-il pas une grande différence entre la splendeur du crépuscule, et celle de l'aurore et celle du jour en son mi-

di ; entre la beauté d'une violette, et celle d'une rose et celle d'un lis ; entre l'amour du prince pour ses sujets, son amour pour ses favoris et son amour pour sa famille ! Telle est la différence qui existe, pour la splendeur, la beauté, l'amour du Roi des rois, entre des âmes plus ou moins riches en bonnes œuvres, ou dans la même âme à des moments différents.

Le deuxième est une remise plénière ou partielle de la peine temporelle due aux péchés, une satisfaction otïerle à la divine justice, l'abrègement et quelquefois l'aiïranchissement du purgatoire : comme un créancier qui remettrait une partie plus ou moins étendue de la somme à ses débiteurs, ou un juge qui retrancherait de leur peine un temps plus ou moins considérable à des condamnés, chaque fois qu'ils font certaines actions convenues.il est même des actions qui ont pour effet immédiat d'éteindre toute la dette, de déterminer une amnistie complète.

Le troisième est un droit à recevoir des grâces actuelles au moment favorable, de vives lumières, des secours puissants, tantôt pour accomplir un précepte, tantôt pour vaincre une tentation, tantôt pour croître en ferveur. Tel un riche Seigneur qui nous dirait : Vous êtes souvent attaquées, et vous ne pouvez vous défendre ; vous avez de lourds fardeaux à porter, et vos épaules plient sous le faix. Je m'offre à vous fournir un défenscuret un aide, aune condition : c'est que vous vous efforcerez de m'honorer et d'èlie au besoin utiles à ma famille... Ce riche seigneur, c'est Dieu ; nos ennemis, ce sont les démon > et nos passions ; les lourds fardeaux ce sont les préceptes et les vœux ; l'aide et 1? défenseur, c'est la grâce actuelle ; la famille de Dieu à qui nous pouvons être utiles par toute sorte de bonnes œuvres, c'est son Eglise.

Le quatrième est un degré de gloire et de félicité (.•Mu en réserve pour L'éternité, le fondement d'une plus magnifique espérance, un titre à une plus claire vue et à une plus délicieuse possession de Dieu, (Ju'on se représente un banquier distribuant des billets à ordre- payables au porteur, d'une valeur plus ou moins élevée, à quiconque travaille à gagner son amitié par de bons offices ; un général promettant des distinctions pour chaque trait de bravoure; un empereur récompensant la fidélité aux loiseUes services rendus à la patrie par des intendances sur des villes et des provinces.

C'est à noire entrée dans le ciel que ces billets à ordre seront acquittés, que ces distinctions seront décernées, que ces intendances seront données.

Et telles sont les quatre valeurs jetées dans notre trésor à chaque œuvre méritoire.

2° D'où dépend la fortune spirituelle*!

1° De l'excellence des œuvres. Il en est de bonnes, il en est de meilleures, il en est de parfaites ; le Fils de l'homme, juste appréciateur des moindres nuances, rendra à chacun selon son mérite. (Matth., c. xvi.) Exploiter une mine d'or, ou une mine d'argent, ou une mine de plomb, les lingots étant d'ailleurs égaux en nombre et en poids, est-ce la même chose ? Faire un tissu avec de l'or, ou avec de la soie, ou avec de la laine, l'ouvrier déployant d'ailleure une égale habileté, est-ce encore la même chose ? Qu'on prenne au hasard les actions qui remplissent les («Mu nées d'une Religieuse institutrice et celles qui remplissent les journées d'une femme du monde : n'y a-t-il pas, quant àl'excellence de l'objet, une énorme différence?

2° De leur nombre. Dans le champ qu'arrose la grâce et que cultive la bonne volonté, les uns se-

mont pou, les autres sèment beaucoup ; la récolte, conclut l'Apôtre, ne saurait être la même. (II Cor., c. vi.) Au surplus, à quantité égale, selon la culture, le grain donne trente, ou soixante, ou cent pour un. Ne voyons-nous pas, dans la parabole des talents, relui qui en avait peçn cinq, en gagner encore cinq, celui qui en avait reou deux en gagner deux autres, et celui qui n'en avait reçu qu'un IVnfouir et le laisser inutile?

3° De la ferveur qui anime en les faisant. Ce qu'est la chaleur du soleil pour la fécondité des plantes, la vapeur condensée pour la force de la locomotive, la ferveur Test pour l'augmentation du mérite. De même que le soleil du printemps féconde plus que le soleil d'hiver, et le soleil d'été plus que celui du printemps ; de même encore qu'une locomotive peut être chauffée à différente degrés et que son impétuosité varie selon ces degrés : ainsi la fer- . en proportion de son intensité, féconde plus ou moins les œuvres et communiqueà la volonté unélan plus ou moins rapide pour tendre à sa fin dernière. Au dire de Suarez.uno àme correspondant pleinement aux grâces actuelles et agissant selon toute laplénitude de la grâce habituelle qui est on elle, à chaque acte de vertu doublerait, comme Marie, la somme totale de sa charité et de son mérite ; en sorte que sa fortune spirituelle, par des accroissements sans bornes et des multiplications sans fin, s'élèverait d'heure en heure, de moment en moment, à un degré que Dieu seul connaît : tel l'immense Océan, se doublant en profondeur, en largeur et en étendue à chaque flux et reflux, et se doublant encore, et se doublant toujours.

3° Quels motifs avons-nous d'accroître noire fortune spirituelle'}

1° La gloire do Dieu. Nous sommes créées pour glorifier Dieu dans le temps ei dans l'éternité ; et JJiou est d'autant plus glorifié qu'il est plus connu, plus aimé, plus possédé par ses saints. Mais tous les saints ont-ils la même faculté de connaître, el d'aimer, de posséder Dion ? et ce quiétablit ladilïéronce dans cette faculté, n'est-ce pas l'inégalité qui se trouve dans le mérite ? Donc, si nous avons quelque souci de la gloire de Dieu, nous devons travailler à augmenter notre mérite pour augmenter du même coup notre faculté de connaître, d'aimer et de posséder Dieu.

Notre propre intérêt. Intérêt de l'intelligence, d'autant plus béatifiée dans le ciel qu'elle contemple plus clairement les perfections divines; intérêt du cœur, dont la félicité se mesure sur son degré d'union avec le souverain Bien ; intérêt de l'être tout entier, plus ou moins perdu et submergé dans le torrent des chastes voluptés. Qu'on se figure des astronomes regardant, de plusieurs points du globe, les constellations avec des télescopes d'inégale puissance: croit-on que le spectacle admirable de l'univers s'étale à leurs yeux avec la même netteté? Qu'on se figure encore des individus allant puiser à une fontaine d'où s'échappe une liqueur odoriférante et vivifiante, mais s'y présentant avec des vases d'inégale grandeur : croit-on que chacun en rapporte la mêmequanlité? C'est ainsi qu'au ciel l'ceil de l'intelligence découvre les perfections divines dans un jour plus ou moins lumineux, le cœur s'unit plus ou moins étroitement au souverain Bien, l'élu goûte et reçoit dans tout son être un bonheur plus ou moins parfait, selon son mérite et sa capacité, mérite et capacité qui dépendent de la fortune spirituelle.

Contempler Dieu dans un ravissement plus cm

moins extatique, posséder Dieu par un cœur plus ou moins vaste et élargi ; une couronne plus ou moins brillante, un trône plus ou moins élevé ; les yeux plus ou moins agréablement fixés sur les perspectives célestes, les oreilles plus ou moins délicieusement frappées des mélodies angéliques ; se plonger plus ou moins ineffablement dans l'océan de la lumière et delà charité pour une éternité: est-ce là une chose à laquelle on puisse rester insensihle, quand on s'aime soi-même, quand on aime Dieu?

Ah! puisque chaque moment peut me valoir un degré de gloire et de félicité céleste, et que la perte d'un seul moment est plus que la perte du monde entier, je veillerai à mettre à profit jusqu'à la moindre parcelle du temps, ce don inappréciable ; je sèmerai le matin et le soir, je sèmerai à pleines mains, pour faire un jour une récolte abondante. Je ne veux pas, selon la pensée d'un saint, qu'en arrivant sur les rivages de l'éternité, mon cœur ressemble à cette barque de papier qu'un enfant envoie à la mer, après y avoir déposé une fleur flétrie, un centime, quelques graviers ; je veux qu'il ressemble à l'un de ces immenses navires qui reviennent des Indes, chargés d'une cargaison splendide, fruit et récompense de longs et intelligents labeurs.

TROISIEME EXERCICE

Surveillance.

1° Qui vous en fait un devoir ? 1° Jésus- Christ. Ce divin Pasteur vous établit bergères sous haute

protection, gardiennes de ses petits agneaux, de ce qu'il a dans son troupeau de plus cher et de plus faible, de plus inexpérimenté el «le plus convoité par les loups. Les hommes aujourd'hui abandonnent à l'envi sa sainte loi ; ii ne peul plus guère compter que sur les femmes (tour reconstruire la société chrélienneou du moins l'empêcher de crouler tout à l'ait. C'est l'avenir de son Eglise qu'il remet entre vos mains. S'il déclare à celui qui scandalise un de . es petits enfants quai eût mieux valu pour lui être jeté au fond de la mer une meule de moulin au cou, que dira-t-il à celui qui, chargé de prévenir le scandale, ne l'a pas fait ?

2° Les parents des enfants. Comme la mère de Tobie le disait avec tant de larmes, c'est la lumière de leurs yeux, Je bâton de leur vieillesse, la consolation de leur vie, l'espoir de leur postérité, leur plus précieuse fortune, qu'il vous ont confiée en vous confiant leurs enfants ; et, au lieu que le père et la mère de Tobie ignoraient que le conducteur de leur tils fût un ange, c'est précisément parce qu'on vous regarde comme des anges terrestres qu'on place l'innocence de ces enfants sous votre sauvegarde. Vous êtes investies de l'autorité paternelle et de l'autorité maternelle, de tout ce que la première a de ferme, de tout ce que la seconde a de tendre, pour protéger cette innocence. Les parents espèrent que vous remplirez leur tâche aussi bien et mieux qu'eux ; car, avec la même autorité, vous avez, de plus, les bénédictions attachées à la vie religieuse et le temps qu'ils n'ont pas toujours.

3° La congrégation dont vous êtes membres. Ce que les colonnes sont à l'édifice, la surveillance l'est à l'œuvre dont elle s'est chargée. Sans surveillance il n'y a ni éducation ni instruction possible, parce

•que, où la surveillance manque, la discipline cesse d'exister. Comme le semeur de L'Evangile, on jette le bon grain, mais une partie tombe sur le bord du chemin, et les oiseaux du ciel l'enlèvent ; une autre dans un endroit pierreux, et il se dessèche aux ardeurs du soleil ; une troisième dans les épines, et il est bientôt étouffé. Ces oiseaux rapaces, ce sont les démons qui ravagent à l'aise un pensionnat où les sentinelles s'endorment; ce soleil dévorant, ce sont les passions qui, grâce à l'impunité, consument en peu de temps tout ce qu'il y avait de bon dans un jeune cœur ; ces épines meurtrières, ce sont les idées mondaines que les enfants livrées à elles-mêmes se communiquent et opposent à toutes les maximes ■chrétiennes qu'on s'efforce de leur inculquer. En vous recommandant la surveillance, c'est donc son ■œuvre, sa réputation, sa vie, que la Congrégation vous recommande.

2° Quelles conditions exige-t-elle de vous ? 1° La mortification des passions. Les enfants ont un talent merveilleux pour découvrir les défauts de leurs maîtresses, ceux surtout auxquels elles-mêmes peuvent être sujettes. Etes-vous portées à l'impatience ? Vous laissez- vous prendre aux flatteries? Gardezvous au fond de votre cœur contre vos compagnes un levain de jalousie, d'antipathie? Avez-vous une affection particulière, une préférence pour une élève ? Soyez assurées que tout est deviné, remarqué, divulgué. En vain essaveriez-vous de vous contraindre ou de vous contrefaire, vous ne parviendrez à vous contraindre ou à vous contrefaire qu'en certains temps et sur certains points ; tôt ou tard on découvrira quelque contradiction de conduite, et tout ce que vous aurez gagné à ce jeu de courte durée sera de vous être trompées vous-mêmes et d'avoir perdu une

partie de votre crédit auprès de celles dont vous espériez faire des dupes. El non seulement votre autorité seracompromise par la diminution d'estime et de confiance, mais pour des âmes si fragiles la vue de vos défauts sera un scandale permanent, un encouragement à s'y abandonner, du moins une permission facile de s'en pardonner de semblables. Les enfants écoutent peu les leçons, mais copient volontiers les exemples; la plupart ne vivent que d'imitation.

2° Le dévouement. Souvent, pour faire la surveillant e, on devra renoncer à une occupation plus attrayante, une étude, une lecture, un travail manuel, une visite, une récréation prise avec la Communauté. Souvent aussi on devra faire ou continuer certains exercices de piété au milieu du tumulte, lutter vainement contre les distractions inévitables, parler en même temps à Dieu et aux hommes, faire entendre à la fois la supplication et la menace. Encore si les efforts étaient toujours couronnés du succès, si les ordres étaient suivis d'une prompte obéissance! Mais à iliaque iostant une maîtresse et une surveillante se voient à bout de moyens, ne rencontrent qu'ingratitude, insubordination, moquerie et mépris. L'accusée prend le rôle d'accusatrice, il n'est pas rare que le blâme passe de l'élève à la maîtresse. Comment, sans un dévouement qui ait le pur amour de Dieu pour principe et l'abnégation la plus entière pour base, conserver la patience, l'obéissance et même sa vocation? Le dévouement dans la surveillance peut être regardée comme la vraie pierre de touche de la sainteté, et il est tel ordre enseignant où les défections ont pour cause la plus ordinaire L'absence de celle condition.

3° La prudence. Nulle part cette vertu n'est plus nécessaire. Prudence pour saisir le fort et le faible

des caractères, s'accommoder aux différentes humeurs et se servir des bonnes qualités contre les défauts. Prudence pour s'assurer des faits avant de les reprocher, et, après avoir recueilli les pièces du procès, écarter de l'accusation toute exagération et de la sentence toute injustice. Prudence pour interroger le sujet inculpé sans lui donner l'idée d'une faute ou d'une circonstance qu'il ignorerait, et les témoins sans les compromettre auprès de lui et allumer des haines peut-être irréconciliables. Prudence pour attendre le moment où la correction sera profitable, le moment où la passion est tombée, où le calme règne dans le cœur de l'enfant et de sa surveillante. Prudence pour se faire craindre et aimer, craindre sans s'aliéner les cœurs, aimer sans les ravir. Prudence pour se défier du penchant naturel qui porte à regarder, rechercher, mettre en évidence les enfants qui se recommandent par le talent, le travail et la vertu, quelquefois les mieux vêtues, les plus riches, les plus agréables. La jeune fille trop regardée se regarde, trop recherchée se recherche ; elle finit par se trouver, mais pour sa perte. Combien qu'on a rendues ainsi molles, vaines, sensuelles, ingouvernables!

3° Sur quoi doit-elle s'étendre? 1° Sur la discipline. Elle se résume en deux points principaux : l'exactitude et le silence. Une minute est une demiheure là où se trouvent trente élèves. Dix fois au moins chaque jour cette demi-heure est perdue ou gagnée, selon que l'exactitude est maintenue ou négligée par la surveillante. C'est dans ces circonstances où le gain ou la perte se généralisent, qu'il faut prendre pour soi cet avertissement de l'Esprit saint : >.< Ne laissez pas échapper une parcelle du « temps si précieux dont se compose la journée. »

(Eccli., xiv.) Le silence plus encore que l'exactitude contribue au maintien de la discipline el au bon emploi «lu temps. Chaque parole prononcée est une distraction en classe, en étude, pendant ies prières, au moins pour deux personnes ; si trente élèves profèrent chacune une parole par heure, voilà soixante distractions au moins, el une heure entière perdue, en supposant que la distraction ne dure qu'une minute. On ne saurai! veiller à l'exactitude et au silence avec un soin trop scrupuleux.

2° Sur l'application au travail. De même que dans une Communauté il est des Religieuses tièdes et lâches, qui font sémillant de prier et ne prient pas, qui mangenl le pain des pauvres de Jésus- Christ et ne croissent pas en sainteté ; ainsi dans un pensionnat est-il des élèves indolentes et paresseuses, qui sont en élude sans étudier, en classe sans profiler, et qui consument en vain le fruit des sueurs et des épargnes de leurs parents. Il y a obligation stricte, rigoureuse, obligation de justice, de conscience, pour une surveillante, de stimuler les élèves, de se rendre compte moment par moment de l'usage qu'elles font du temps, et, pour avoir l'œil incessamment sur elles, de suspendre, s'il le faut, les études particulières et les occupations même les plus chères.

3° Sur les bonnes mœurs. On ne saurait énumérer toutes les inventions, toutes ies industries des jeunes tilles pour se pervertir mutuellement : questions curieuses pour apprendre ce qu'elles ignorent encore, mots cherchés dans le dictionnaire, aventures des vacances racontées, romans prèles, chansons légères, paroles à double sens, regards et sourires provocateurs, gestes inconvenants, rendez-vous donnés dans les lieux les plus secrets, etc. ; c'est encore

un problème à résoudre, si deux enfants peuvent rester seuls un demi-quart d'heure sans se porter au mal. A vous donc de tout voir, de tout entendre, de vous multiplier en quelque sorte pour vous trouver partout à la fois, sans donner jamais néanmoins à la surveillance l'apparence de l'espionnage et de la taquinerie ; à vous d'éventer les complots, de rompre les amitiés particulières, de deviner à l'inspection des yeux et du visage ce qui est au fond de l'àme. Le démon rode de son côté, à vous de veiller du vôtre.

IlETRAITE BU MOIS DE DÉCEMBRE

PREMIER EXERCICE

Jésus notre Roi.

Premier prélude. « Pilafe lui dit : Vous êtes donc « coi? Jésus Lui répondit : Vous ie dites, je suis roi ; « < Ysl pour Gela que je suis né, et que je suis venu « dans le monde, afin de rendre témoignage à la vé- « rite. » (Joan., xvm.)

Deuxième prélude. Se représenter Jésus au prétoire, travesti en roi de théâtre ; se tenir à ses pieds; le proclamer notre Roi.

Troisième prélude. Demander la grâce de cornnrendre et de reconnaître la royauté de Jésus.

1° Ses titres.

Il est Roi 1° par nature. Être Dieu, subsister éternellement et par soi-même, c'est avoir la royauté sur toute créature, sur tout ce qui a eu un commencement, sur tout ce qui n'a l'être que par emprunt.

2° Par le don que lui a fait soïi Père de V Empire du monde. « Son Père lui a remis toutes choses en- « tre les mains, » dit saint Jean (xm). « Il a mis « toutes choses sous ses pieds, » dit saint Paul (Hehr., i). Au jour de son ascension, il a reçu solennellement, en présence delà cour céleste, l'investiture de l'univers qu'il domine aujourd'hui et qu'il jugera à la fin des temps. 3° Par droit de conquête et de rachat. Le genre humain s'était entièrement, irréinissiblement perdu. Jésus seul pou-

vait le racheter, car il faut un Dieu pour racheter un homme, dit saint Augustin ; et it l'a racheté lui seul. « Dès lors, conclut saint Paul, vous ne vous <( appartenez plus, car vous avez été rachetés à grand « prix. » (I Cor., vi).) 4° Par élection. Au baptême en devenant ses membres, à la confirmation en recevant le sceau et le gage de son divin Esprit, à la première communion en nous incorporant àlui, à la profession religieuse en nous vouant à sa gloire, nous Pavons prié de régner sur nous. De plus, chaque fois que nous répétons ces paroles : Que votre règne arrive, nous crions : Vive Jésus, notre Roi!

Que si l'hérédité, la conquête ou le suffrage de la majorité fondent un droit sacré à la couronne, que penser d'un roi à qui chaque sujet a mille fois donné son suffrage, et sur lequel se réunissent tous les titres possibles à la royauté?

2° Son empire.

Ce n'est proprement ni le ciel où les élus partagent son diadème, ni la terre où les potentats exercent son autorité, c'est nous-mêmes.

La capitale de cet empire où il établit son trône, son lit de justice, son palais accessible à lui seul, c'est notre cœur ; car, disait saint Cyprien à Fortunat, Dieu n'a pas consacré notre tète, notre poitrine ou nos mains par la présence de son Esprit, mais notre cœur, ainsi que le déclare saint Panl aux Corinthiens et aux Galates (11 Cor., t ; Gai., iv). C'est là qu'il donne ses ordres, qu'il approuve ou condamne, récompense ou châtie, caresse ou réprimande. Donc, ô sujet d'un si grand et si bon Roi, entre avec un saint respect dans ce cœur ennobli et divinisé, pour t'y recueillir. Tiens-toi dans un religieux silence, attentif aux moindres signes de ton Roi. Viens assidûment lui faire la cour, puisque,

bien différent des empereurs terrestres, il donne audience aussi souvent et aussi longtemps qu'on le veut, sans intimider par l'éclat de sa majesté et les épées Dues de ses gardes, et sans exiger qu'un se introduire par quelque favori. Ton introducteur, c'est ton ange.

Les places for les, ce sont les puissances de l'Ame ; la mémoire, l'imagination, l'entendement, la volonté.

Les frontières, c'est le corps avec ses sens et les actes qu'ils produisent.

Le gouverneur chargé d'exiger le tribut, de contenir dans le devoir et de protéger contre l'ennemi, c'est notre àme.

3° Sa //tanière de régner.

Trois traits caractérisent son règne. 1° II sanctifie les opérations de nos facultés et de nos sens. Pour régner dans notre entendement, il y répand ses divines lumières ; pour régner dans notre volonté et notre cœur, il en réforme les inclinations et les attaches ; pour régner sur nos sens, il en combat les appétits déréglés. Non qu'il veuille réduire nos puissances à une stérile oisiveté; mais quand il les a vidées, dépouillées, purifiées de tout ce qui est naturel et humain, il s'en sert pour accomplir des merveilles de grâce.

2° Il jette sur tout notre être les chaînes d'une douce captivité : sur nos sens, et nous ne voulons plus regarder, ouïr, parler, agir, que par un mouvement surnaturel ; sur notre cœur, et nous n'aimons plus rien que pour Dieu ; sur notre volonté, et elle se conforme en tout à la volonté divine ; sur notre entendement, et il n'y a plus que des pensées et des vues célestes. Ce n'est pas que l'àme sur laquelle règne Jésus perde son libre arbitre ; mais,

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tout en le conservant, elle est tellement ravie et éprise des charmes de son vainqueur, que, comme autrefois l'Egypte gouvernée par Joseph, elle ne saurait plus remuer le pied ou la main sans la permission de Jésus. Il nous laisse volontiers tout le reste, pourvu qu'il ait notre liberté. Dieu seul peut ainsi régner, mais c'est véritablement régner en Dieu.

3° Il substitue insensiblement sa vie humiliée et souffrante à notre rie. Notre Roi a deux trônes : celui que les Juifs lui ont dressé sur le Calvaire, et celui que son père lui a préparé à sa droite. Il veut partager ses deux trônes avec ses sujets, mais on doit mériter le second en acceptant le premier. Telle est la fin et le terme de sa eonquête.

Je vous considère dans votre Passion, ô mon Roi: pour trône, une croix; pour diadème, une couronne d'épines ; pour sceptre, un fragile roseau; pour manteau royal, un Lambeau de pourpre ; pour tribut, des crachats et des soufflets ; pour hommages, des blasphèmes et des génuflexions dérisoires. Or vous avez passé le premier, afin que je vous suive ; votre apanage doit être mon apanage; je dois reproduire, ou plutôt continuer voira vie de douleurs et d'opprobres. En régnant en moi, vous prétendez garder tous les insignes du Roi crucilié.

4° Nos infidélités.

La première est de le bannir ignominieusement du cœur par le péché mortel; de rompre ses chaînes glorieuses pour reprendre l'usage d'une liberté perverse ; de secouer son joug aimable pour courber la tète sous le joug tyran nique de Satan. Après tant de biomails de sa part et tant de protestations de la nôtre, quel outrage !

La deuxième, de lui refuser nos services dans des

choses d'ailleurs moins importantes ; de nous né terver quelques pensées de notre esprit, quelques affections de notre cœur; d'agir par amour-propre, intérêt, humeur, sensualité. C'est l'infidélité du fermier qui s'approprie quelques fruits.

La troisième, de repousser sa croix et son calice; d'accepter le Roi du Thabor, et de méconnaître celui du Calvaire ; d'adorer et d'aimer le Crucifié sur lesimages, et de s'en faire un scandale, dès qu'il veut nous associer à ses humiliations et à ses souffr a uces.

Ame religieuse, comprends-tu bien cette triple infidélité ? Comme Sauveur, Jésus, revendique un droit absolu sur toutes les actions de ceux qu'il a rachetés ; comme Chef, il a un droit d'influence sur tous les mouvements de ses membres ; comme alimenit dans l'Eucharistie, il acquiert un droit incorrtestaMe d'animation sur ceux qu'il nourrit et qui n'uni plus d'autre vie que la sienne. Mais c'est par son Esprit qu'il exerce ces droits, qu'il possède notre âme, qu'il règne dans son domaine spirituel ; il n'est notre Roi qu'autant que son Esprit nous anime, nous dirige, opère en nous ce que l'âme opère dans le corps. Quelle félonie, de chasser ignominieusement de notre cœur ce divin Esprit par le péché mortel! Quelle injustice, de limiter son action, de lui faire sa part, en laissant la nature sesubslituer à la grâce, sinon dans l'ensemble, du moins dans quelques détails de nos journées ! Quel affront, quand il veut nous rendre plus conformes à Jésus-Christ par la participation à ses opprobres et à ses douleurs, de nous retirer en arrière, de ne vouloir toucher à aucun des instruments delà Passion, et de contrarier ainsi ses desseins tout miséricordieux !

Colloques: 1° Avec V Esprit saint. Puisque ma perfection est de vous avoir pour principe de ma nouvelle vie, à Esprit saint, venez régner dans mon cœur ; dirigez, vivifiez tout ; soyezpour moi ce que l'àme est pour le corps. L'âme anime le corps entier jusqu'en ses moindres parties et dans ses moindres mouvements ; animez en moi universellement et sans exception l'extérieur et l'intérieur, pour sanctifier l'un et l'autre. L'àme anime incessamment le corps, elle ne peut s'en séparer un instant, sans quoi il mourrait ; qu'il n'y ail aussi aucun instant, ô Esprit de mon Dieu, où je ne sois animée par vous, car je veux vivre de la vie surnaturelle, de la vie de Jésus- Christ, et je ne le puis qu'en vous.

2° Avec Jèsus-Christ. 0 Jésus, je désire être à jamais votre sujet fidèle et dévoué, liez-moi de mille chaînes, enlevez-moi le reste de ma liberté qui fait tout mon malheur. Entrez, entrez clans mon cœur avec votre couronne d'épines et votre croix. Peut-on dire qu'on vous aime, quand on rejette vos insignes ? Le monde aujourd'hui les méprise, ces insignes, parce qu'il méprise votre doctrine. Votre dernier refuge est dans les Communautés religieuses ; commej autrefois aux apôtres, vous leur dites: «Et vous, vou- « lez-vous aussi m'abandonner ? » Ah ! Maître, puisque nul ne veut de vous et que vous ne savez à qui avoir recours, venez ; il ne sera pas dit que je vous aie délaissé. C'est me faire trop d'honneur que df m'accepter. Que j'agisse, que je parle, quejesouf^ freen Jésus, avec Jésus, comme Jésus, pour Jésus.

DEUXIÈME EXERCICE

Catéchisme.

Continuer l'œuvre de Jésus-Christ et des apôtres en enseignant aux enfants La science du salut, cette fonction sainte el sublime, bul de la vocation de l'institutrice religieuse et terme de tous ses travaux. iliii être sa fonction de prédilection, celle qu'elle voit revenir chaque jour avec le plus déplaisir et h laquelle elle se prépare par une étude de toute la vie. Un bon catéchiste est au moins aussi difficile à former qu'un bon prédicateur. Pour instruire, plaire et toucher, il faul qu'il connaisse à, fond la doctrine chrétienne, qu'il possède l'art d"a!lacher les enfants, qu'il parle au cœur en même temps qu'à l'esprit, qu'il réunisse la méthode dans la répartition du sujet, la brièveté dans les formules, la clarté dans l'expression : toutes choses plus rares qu'on ne pense.

On a donné sur la manière de bien faire le catéchisme un grand nombre d'excellents avis. LesprineipatiX, que la Religieuse institutrice ne peut perdre de vue, se résument dans ceux qui suivent.

Préparez toujours, selon la règle, la leçon du catéchisme, convaincue que de là dépend le ï\-\ùt qu'en retireront les enfants et aussi leur attention. Question, explication, comparaisons, histoires, morale, que tout soit prévu à l'avance. Si, sous prétexte que vous ne parlez qu'à des enfants, ou comptant sur votre facilité, vo us négligez la préparation du catéchisme, vous donnerez des mots pour des choses, quelquefois même l'enseignement sera inexact, et les pauvres enfants qui se croiront nourries s'en retourneront à jeun.

Que les enfants, pendant le catéchisme, soient assises, les bras croisés ou les mains posées sur le bord de la table, et les yeux modestement fixés sur leur maîtresse. Il suffit que les enfants se lèvent pour répondre, quand elles sont interrogées. Qu'il n'y ait devant elle ni livre ni papier capable de les distraire. La maîtresse sera toujours sur son siège, assise ou debout, donnant aux enfants, par la modestie de son maintien et la gravité de son langage, la plus haute idée de l'exercice qu'elle préside.

Les enfants s'interrogeront de cette façon : la première du banc désigné par la maîtresse fera la première demande de la leçon ; sa voisine répondra et fera la deuxième demande à la suivante, qui à son tour fera la demande d'après, et ainsi de suite. Dans les petites classes où les enfants ne savent pas lire, la maîtresse fera une demande à une enfant, celleci répondra si elle en est capable, ou répétera mot à mot la réponse, à mesure que la maîtresse la fera ; la suivante et toutes celles du même banc ou d'une même section feront ainsi jusqu'à ce qu'elles possèdent parfaitement cette réponse. Après cela, la maîtresse fera une nouvelle demande, et les enfants répondront de la même manière.

Faites apprendre si bien la lettre du catéchisme, qu'on récite toutes les leçons presque sans faute : ces mêmes leçons récitées aujourd'hui machinalement éveilleront plus tard dans l'esprit des enfants devenues raisonnables une foule d'idées et de sentiments. Exigez que la réponse soit faite d'un seul trait et non à mots détachés ; mieux vaut, si l'enfant ne peut la dire en entier, la partager en deux ou trois repos, puis la faire dire couramment. Qu'il ne soit permis à personne de suggérer la réponse ou de la taire pour celle qui est interrogée ; seulement

celles qui se croient en état de satisfaire à la de-

mande proposée pourront lever l'index, sans bruit ni empressement.

Adressez toujpurs les mêmes demandes et clans les mêmes termes, en faisan! répéter la leçon, el que ies enfants fassent toujours les mêmes réponses el dans les mêmes mois, renfermant la demande dans laréponse:sans cela, tout s'embrouille el se confond dans leur mémoire. L'interrogation doit être vive et animée, de sorte qu'il y ait toujours quelqu'un qui parle, ou la maîtresse en interrogeant, ou l'enfant en répondant.

Quand une réponse a plusieurs membres, faites de chaque membre la matière d'autant de questions adressées a autant d'enfants différentes. Que nulle ne puisse se plaindre, après lecatéchisme, que vous ne lui avez rien demandé. Pour tenir tout le monde continuellement en haleine, passez rapidement d'un banc à un autre banc ; interrogez souvent les enfants dissipées, el, pour les rendre forcément attentives exigez la réponse, sans réitérer la demande.

Pour l'explication, soyez aussi claire que possible. L'explication doit se faire par sous-demandes simples et courtes, et non par forme de discours. Parlez peu, et failes parler beaucoup : presque tous les catéchistes sont de grands parleurs ; c'est un abus du premier ordre : tes longs arguments el les démonstrations interminables lassent et endorment les enfants. Proportionnez-vous au degré d'intelligence de voire auditoire, sans le surcharger jamais d'une nourriture qu'il ne peut ni prendre ni digérer : pour cela, ayez en vue non les premières delà section, mais les médiocres. Ecartez les points controverses ou trop subtils, les points oiseux ou de pnre curi* site.

Tant que la vraie réponse aux sous-demandes n'a pas été donnée, passez d'une enfant à l'autre, des moins instruites aux plus instruites, et s'il v a partage dans les sentiments, tenez l'auditoire un moment en suspens, pour qu'on écoute et qu'on retienne mieux votre décision. Faites ensuite dire et redire à plusieurs votre réponse, jusqu'à ce qu'elle soit devenue familière et intelligible à toutes. Répétez vous-même fort distinctement les bonnes réponses faites à vos sous-demandes, afin que toutes les entendent et les saisissent. Règle générale : ne passez à un second point qu'après vous être bien assurée que chaque mot du premier a été compris.

Quand une enfant est timide ou bornée, ayez la délicatesse d'en interroger avant elle trois ou quatre; puis proposez-lui la même demande, louez un peu la réponse pour l'encourager, accordez quelque récompense, et ne soutirez jamais qu'on se moque d'elle. Si vous en avez d'hébétées, de stupides instruisez-les par voie d'acquiescement : Vous croyez bien qu'il n'y a qu'un Dieu ?... Assez souvent ces enfants répondent faux, tout en concevant juste.

Quand la demande ou la réponse renferme une petite morale, développez-la, mais brièvement et en la rapportant soigneuse ment au sujet. C'est un grand art, pour graver dans la mémoire des enfants la doctrine chrétienne, de lier les vérités qui dépendent les unes des autres et d'appuyer le précepte sur le dogme. Ces leçons morales données dans un catéchisme solide sont des semences de vertu pour toute la vie et une source de remords pour les enfants qui seraient tentées de s'écarter du devoir.

Ne parlez jamais des péchés opposés à la pureté, sans beaucoup de réserve, de gravité, et un grand choix de paroles : l'intégrité matérielle de la eonfes-

sion est un bien moindre que l'heureuse ignorance d'un crime.

Terminez le catéchisme par un trait d'histoire intéressant, édifiant et tiré d'auteurs dignes de foi ; le plus souvent empruntez-le à la Bible, surtout à la vie de Jésus-Christ ; laites connaître Jésus-Christ, faites aimer Jésus-Christ. Promettez l'histoire en commençant à titre de récompense, et ne craignez pas de la faire un peu durer.

N'omettez aucun moyen d'exciter l'émulation : places d'honneur, bons points, images, médailles, etc. Ayez fréquemment recours aux répétitions.

Ne négligez pas les cantiques, cela électrise les enfants ; toutefois que le cantique ne répande aucune dissipation sur la prière qui précède et sur la prière qui suit le catéchisme.

Ne parlons point de voies de fait ou de punitions corporelles : une Religieuse assez peu modérée pour s'en permettre s'exposerait à maints désagréments. Evitez, s'il se peut, de faire une correction publique à une enfant pendant le catéchisme, de peur de fermer son cœur à la vérité et de distraire ses compagnes.

Voulez-vous faire le catéchisme avec goût et presque infailliblement avec fruit? aimez tendrement les enfants en Dieu et pour Dieu ; elles vous aimeront, si vous les aimez ; il ne faudra pas les punir pour obtenir l'attention et le silence. On fait bien le Catéchisme, quand on peut dire avec Jésus- Christ: « Combien de fois, ô Jérusalem, ai-je voulu « rassembler tes enfants, comme la poule rassemble « ses petits sous ses ailes ! » et avec saint Paul : « Nous nous sommes faits petits au milieu de vous, « comme la nourrice qui caresse ses enfants. »

Mais si, au lieu d'attirer les enfants par votre affa-

bilité, votre visage gai et ouvert, je dirai même; une certaine familiarité tempérée par la gravité religieuse, vous les effrayez par une humeur chagrine, des paroles injurieuses, des reproches et des menaces, elles ne viendront au catéchisme qu'à regret, vous-même ne serez à leurs yeux qu'un tyran redoutable, et du mépris de l'institutrice au mépris de la doctrine qu'elle enseigne il n'y a qu'un pas.

TROISIEME EXERCICE

L'habitude du plus parfait.

Saint Paul écrivait aux Romains : « Réformez- « vous dans vos idées et vos sentiments, afin de « connaître quelle est la volonté de Dieu bonne, « meilleure et parfaite. » (Cap. xn.) Voilà donc trois degrés d'excellence dans nos actes: « le bien, dit « saint Anselme, qui convient aux commençants ; « le mieux, où s'exercent ceux qui profitent ; le « plus parfait, qui est le point culminant où nous « puissions viser, » L'Apôtre proposant le second et même le troisième degré à de simples fidèles récemment convertis du paganisme, peut-on craindre de proposer l'un et l'autre à des Religieuses nourries dans la piété et spécialement engagées à ia perfection ?

1° En quoi consiste l'habitude du plus parfait?

A choisir, entre deux choses ou entre deux manières de faire la même chose, la plus parfaite. Nulle obligation pour la Religieuse, en certains cas,, de faire ceci qui est bien ou cela qui est mieux, de préférer telle manière d'agir meilleure à telle autre

manière simplement bonne : quelque parti qu'elle prenne, elle restera irrépréhensible; son action ne sera même pas sans mérite, Mais, pour se conformer au conseil de l'Apôtre, elle laisse habituellement te bien pour le mieux, elle laisse même le mieux pour le plus parfait.

2° Que peut-on, dans le détail de la vie religieuse, appeler le plus parfait ?

Dans les devoirs envers Dieu, c'est ce qui lui procure plus de gloire, vu le prix de la chose que l'on fait pour lui et la ferveur dont on est animé en la faisant. Dans les devoirs envers le prochain, c'est ce qui lui est le plus avantageux, vu la grandeur et les conséquences des services temporels et surtout spirituels qu'on lui rend. Dans les devoirs envers soi-même, c'est ce qui contrarie davantage la nature corrompue, vu les sacrifices qu'on lui impose et l'impuissance où on la met de résister à la grâce. En général, c'est ce qui se rapproche le plus de l'esprit des conseils évangéliques dans l'Institut que l'on suit et la position où l'on se trouve. 3° Le plus parfait est-il absolu et invariable? Il dépend assez souvent des circonstances : telle chose sera plus parfaite pour l'un et moins parfaite pour l'autre, à raison du caractère différent, des tentations opposées, des obligations diverses ; telle chose sera plus parfaite dans un temps et moins parfaite dans un autre temps, parce que les événements auront amené des besoins nouveaux, ou que les desseins de Dieu mieux connus auront changé ou modifié la situation. Inutile d'avertir que le plus parfait se combine avec l'ensemble des devoirs et ne doit jamais préjudicier à aucun, que la perfection, comme le dit saint François de Sales, ne consiste pas dans la multiplicité des actions que nous

faisons, mais dans la perfection avec laquelle nous les Taisons.

4" Est-il facile de discerner en toute chose le plus pariait?

Oui, si l'on est attentif à écouler la voix intérieure de l'Esprit saint et à consulter la droite raison éclairée par la foi. Dans le doute, on peut s'adresser les questions suivantes : Quels sont sur ce point les exemples de Jésus-Christ et des saints? — Quelles sont leurs maximes? — Que feraient-ils à ma place ? — Que voudrais-je avoir fait à l'heure de la mort et du jugement particulier? — Quel parti prendraient un saint ou un réprouvé renvoyés sur la terre, l'un pour embellir sa couronne, l'autre pour expier ses crimes ? — Quel consoil donneraisje, dans le cas présent, à une Religieuse dont j'aurais à cœur la perfection ? — Au reste, la Religieuse a d'une part ses règles qui lui fournissent sur la perfection propre de son état les notions les plus claires et les plus sûres, de l'autre sa Supérieure établie de Dieu pour lever ses doutes et éclaircir ses difficultés.

5° Est-il avantageux de s'exercer à la pratique du plus parfait ?

Les avantages sont inappréciables, et il suffit de les indiquer. Affranchissement des péchés délibérés, puisqu'on ne choisit plus entre le bien et le mal, mais entre le mieux et le parfait. — Nulle attache aux moindres imperfections, puisqu'on tend à s'éloigner de l'ombre même du péché. — Pureté d'intention, conformité à la volonté de Dieu, soin des petites choses, puisque, dans toute circonstance, on se propose et l'on s'etforce de rendre à Dieu la plus grande gloire. — Où sera la ferveur, si elle n'est là? — Attention continuelle à la présence de Dieu,

dont on cherche à chaque instant à connaître le bon plaisir. — Mortification incessante, par la réduction de ! >us les appétits déréglés de la nature. — Efficacité du zèle, car Dieu a coutume de bénir les travaux uY ceux qui se dévouent sans réserve à son service. — Sainteté portée en peu de temps au degré le plus sublime, par L'habitude contractée de Ion les les vertus. — Trésors incalculables de satisfactions et de mérites. — C'est-à dire que la pratique du plus parfait est la voie du salut la pins sûre, puisqu'elle arrache à tous les périls ; la plus courte, puisqu'elle fait monter en un instant au faîte de la sainteté ; la plus méritoire, puisqu'elle résume tout le bien possible dans son état, sans parler de l'abondance des grâces obtenues, de la paix du cœur, de l'onction de l'Esprit saint, de l'assurance morale de la prédestination, des consolations que Dieu ne peut manquer de prodiguer à ceux qui s'immolent à sa gloire constamment, par le motif le plus pur et de la manière la plus excellente.

6° Est-il convenable à la Religieuse de tendre au plus parfait?

C'est demander s'il est convenable qu'un voyageur, pour arriver à son but, prenne le chemin le plus direct ; qu'un débiteur, pour s'acquitter, fasse toute la diligence dont il est capable ; qu'un général d'armée ne laisse échapper aucune occasion d'étendre le royaume de son prince et de mériter pour luimême de nouveaux triomphes. La Religieuse, par le fait seul de son entrée en religion, ne tend-elle pas à la perfection ? Ses vœux ne sont-ils pas comme une dette rigoureuse de vertus angéliques et une profession solennelle de vie toute céleste? Ne s'estelle pas enrôlée sous l'étendard du Roi des cieux, pour lui conquérir lésâmes? A qui s'adresseront

ces paroles : « Soyez saints, parce que je suis saint, » et ces autres: « Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait, » si ce n'est aux Religieux? Gomment les Religieux pourront-ils engendrer Jésus-Christ dans les âmes et le conduire à la plénitude de l'âge, si Jésus-Christ ne vit en eux par la perfection de la sainteté ?

Sainte Thérèse semble faire dépendre de cette tendance au plus parfait le succès et même l'importance de la mission confiée : Si celui qui commence « fait, avec l'aide de Dieu, de magnifiques etforts « pour s'élever au sommet de la perfection, jamais, « à mon avis, il ne va seul au ciel. Il y mène après « lui une troupe nombreuse ; comme à un vaillant « capitaine, Dieu lui donne des soldats qui mar- « client sous sa conduite. » (Sa Vie, chap. xi.)

Faut-il s'étonner si tant de saints, pour s'enchaîner indissolublement à Jésus-Christ, doubler leur mérite et retrancher brusquement à la nature tout espoir de se satisfaire, après s'être exercés longtemps à la pratique du plus partait, poussés par l'Esprit de Dieu et autorisés par leurs Supérieurs, s'y étaient engagés par vœu ? Les uns comprenaient dans le vœu quelques règles ou quelques vertus particulières, d'autres toutes les règles et toutes les vertus religieuses. Quelques-uns se liaient pour toute la vie, d'autres pour un laps de temps déterminé ; ceux-ci sous peine de péché mortel, ceux-là sous peine de péché véniel et seulement pour une tendance. Quelle énergie ce vœu communiquait à leur volonté ! et quelle grâce Dieu, qui le leur avait inspiré, leur donnait pour l'accumplir l

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