‹ La religieuse en retraiteChapitre 42 sur 45 · D'OU ELLE RÉSULTE · texte numérisé non relu

D'OU ELLE RÉSULTE

1° De notre foi. Dieu, dit saint Basile, nous a appelés du néant à l'existence ; il nous a formés à son image et placés dans l'univers comme dans un temple où reluit la magnificence de ses attributs. Le péché nous avait séparés de lui, et voici, que, par la mort de son Fils unique, il nous a rapprochés de sa miséricorde et délivrés de l'enfer. Nous croyons ces choses, et il n'y aurait pas là de quoi exciter notre allégresse ?

2° De notre espérance. Dans l'origine, il est vrai, la joie devait être avec la sainteté ; la révolte de nos premiers parents nous avait dépouillés de l'une et de l'autre. Mais puisque Jésus-Christ nous a rendu la sainteté, pourquoi refuserions-nous la joie qui en est l'apanage ? X'avons-nous pas le serment qu'a fait Jésus-Christ de nous ressusciter à la gloire, le gage de la félicité future dans son Esprit, hôte de nos cœurs, le témoignage de la conscience qui nous avertit que nous sommes ses frères bien-aimés etsescohé il îpis? X'avons-nous pas surtout la tribu lation, qu. .in <ii .■ .Ip^ainl Paul, produit la patience, puis

l'épreuve, et enfin l'espérance, qui est un juste motif de joie.

3° De notre charité, non seulement pour Dieu, ainsi que nous l'avons vu dans la définition de la joie, mais encore pour le prochain. Combien ces pensées sont-elles capables d'apporter de contentement à l'âme d'une Religieuse ! Je suis avec des Sœurs comme moi enfants de Dieu, membres de Jésus-Christ, temples vivants du Saint-Esprit ! Mes Sœurs ont leurs anges qui sourient à mon ange ! Ce matin nous étions toutes assises au banquet eucharistique ; nous nous y retrouverons encore demain et mille fois peut-être ' Un jour mes Sœurs seront dans le ciel, et j'y serai avec elles 1 Après avoir travaillé, souffert, prié ensemble, nous serons couronnées ensemble, formant la même légion, marchant sous la même bannière !

4° Des vœux de religion. Par le vœu de pauvreté, nous sommes délivrées de la sollicitude des biens terrestres ; par le vœu de chasteté, des embarras du ménage ; par le vœu d'obéissance, du souci de notre propre conduite. Or, quand le cœur est libre, la joie n'y entre-elle pas à grands flots ? Et peut-on concevoir un cœur plus libre que celui qui est affranchi des trois principales servitudes de la vie ?

3° Ses fruits et combien elle nous est recommandée.

La joie spirituelle peut »e comparer à une eau abondante et vive, cachée dans les flancs d'un rocher ; au moment où elle s'échappe et forme une fontaine limpide, on la voit comme tressaillir et bouillonner, et le ruisseau auquel elle donne naissance, en répandant au loin une délicieuse fraîcheur, fait éclore partout sur son passage les fleure les plus belles et les plus odoriférantes. Qu'il nous

suffise d'indiquer quelques eiîets plus faciles à reconnaître : 1° obéissance franche et amoureuse ; rien ne coûte au service de Die j, on vole au moindre désir des Supérieurs, tout joug est doux, tout fardeau est léger ; 2° amour de la vocation : le cœur épanoui et dilaté, se sent à l'aise et comme dans son centre, il n'imagine pas dans le monde entier une position plus heureuse que la sienne ; 3° charité entretenue : par l'air attable du visage, par l'agrément et la suavité des conversations, on se rend aimable à tous, on concilie même l'estime à la dévotion et à la vertu qui apparaissent avec tant de charmes ; 4° forces réparées : tandis que la tristesse mine l'âme et le corps, et donne sur nous au démon un immense avantage, la joie n'influe pas moins sur la santé que sur l'esprit, et nous communique une vigueur qui nous rend invincible à l'ennemi ; 5° gage de prédestination : car, au témoignage de saint Bonaventure, la marque la plus certaine de la présence de Dieu dans une âme, c'est la joie spirituelle.

Faut-il s'étonner de l'insistance avec laquelle cette joie est recommandée ? « Réjouissex-vous dans « le Seigneur, écrivait saint Paiil aux Philippiens ; « je vous le répète : réjouissez-vous toujours, x Et « aux Colossiens : Que la paix de Jésus-Christ fasse « tressaillir vos cœurs. » « Que le cœur de ceux qui « cherchent Dieu se réjouisse, dit à son tour David <( dans ses Psaumes. Justes, livrez-vous à la joie « dans le Seigneur, ajoute-t-il ; chantez devant lui « des cantiques de jubilation : c'est aux justes que convient l'allégresse. » Et encore : « Que toute la <( terre bondisse de joie devant le Seigneur. » Priant pour lui-même, il s'exprimait en ces termes : « Sei- « gneur, vous donnerez à mon âme la joie et l'allé- * gresse. » Jésus-Christ ne disait-il pas à ses apô-

très: « Réjouissez-vous et tressaillez d'allégresse, « parce que votre récompense est abondante dans « les cieux » ?(Mallh., v. )

TROISIÈME EXERCICE

L'habit religieux.

C'est 1° une livrée glorieuse. Au lieu que la livrée dont le prince revêt ses courtisans et le seigneur ses laquais les laisse toujours à une grande distance du mailre, la livrée dont Jésus revêt la Religieuse l'approche de lui et la place à ses côtés, puisque c'est la robe nuptiale solennellement revêtue au jour de ses noces. Entre l'époux et l'épouse tout est commun ; s'ils ne sont, au dire de l'Ecriture, qu'une seule et même chair, à plus forte raison ne sont-ils qu'un seul et même cœur, qu'uu seul et même esprit. Or ce qui a été la marque distinctive de Jésus-christ sur la terre, son mérite, sa gloire et le principe de son éternel triomphe, c'est son humilité rendue sensible par l'ignominieux manteau de notre humanité dont il s'était couvert, son obéissance rappelée par le titre de serviteur de son Père qu'il se donnait sa mortification représentée par la croix sur laquelle il est mort. Telle sera aussi la marque dislinctive de l'épouse de Jésus- Christ, son mérite, sa gloire et le principe de son éternel triomphe : l'humilité rendue sensible par son vêtement noir, signe de deuil ; l'obéissance rappelée par son voile, symbole de sujétion ; la mortification représentée par son crucifix, vrai portrait de Celui qu'elle fait profession d'imitef et de suivre.

Par son humilité, Jésus-Christ a condamné notre orgueil, et c'est ce qui a valu à son humanité les honneurs que lui rendent et que lui rendront à jamais le ciel et la terre ; par son obéissance, il a condamné nos révoltes, et c'est pour cela que Dieu a changé son litre de serviteur en un nom qui est au dessus de tout nom, par sa mortification, il a condamné nos criminelles délices, et voici que sa croix est devenue le trône splendide où il se repose éternellement à la droite du Père. Et non seulement Jésus-Christ a condamné notre orgueil, nos révoltes, nos criminelles délices, mais il en a triomphé en les expiant.

Telles sont tes destinées, ô Religieuse, épouse de Jésus-Christ. A toi dans le ciel des honneurs, un nom, un trône, qui ne sont autres que les honneurs, le nom, le trône du divin Roi. Mais, en attendant et comme condition, à toi sur la terre les livrées de l'humilité, de l'obéissance delà mortification. Ne te plains pas, n'aie point de honte : en les portant dignement, tu prends rang dans la phalange des vierges qui suivent l'Agneau partout où il va, tu marches sous la bannière des apôtres, de Joseph et de Marie, tu foules aux pieds le monde, et, par tes exemples, tu le sauves.

2° Un mémorial permanent. Au moment même où le Fils de Dieu s'incarna, il connut tous les opprobres, tous les assujettissements, tous les supplices qui lui étaient réservés ; il les accepta intégralement, universellement, et, pour ne point les perdre de vue, il voulut à chaque instant sentir le poids honteux de sa chair qui l'écrasait, entendre la voix de son Père qui lui signifiait ses volontés, contempler de loin le gibet où il devait être attaché. Et parce que l'intelligence et la perspective des maux

futurs ont la propriété de les rendre pour ainsi dire actuels et de les faire souffrir par avance, Jésus- Christ, dès son entrée dans le monde, a bu tout entier et jusqu'à la lie le calice amer que la justice divine approchait de ses lèvres, sans toutefois l'épuiser ni même le diminuer jamais.

Quelque chose de semblable doit se passer pour la Religieuse jalouse de se conformer à son Epoux. 11 faut qu'elle réalise ce que symbolisent son vêtement noir, son voile, son crucifix. Chaque fois qu'elle touche ces objets, qu'elle les envisage, qu'elle les baise, l'Eglise, qui les lui a donnés sur sa demande, lui crie: Sois humble dans le deuil qui te couvre, sois obéissante sous le joug qui pèse sur ta tête, sois mortifié*- à la vue du crucifix que tu portes sur ta poitrine. N'oublie jamais les promesses qui signalèrent ta consécration : on te parla de tout ce qui t'attendait dans la carrière religieuse, on te fit pressentir les difficultés, on te montra les épines, on sembla même prendre plaisir à t'elïrayer. Et toi, pleine d'une noble ardeur, à l'exemple de Jésus- Christ, après avoir étudié les dimensions du calice et en avoir mesuré la profondeur, tu le pris à deux mains et juras de le boire jusqu'à la dernière goutte. Dès ton lever, le matin, lorsque tu prends le costume et les insignes de ta profession, renouvelle du fond du cœur tss saints engagements ; dans la journée, puisque ce costume el ces insignes te sont toujours présents, veille à ne point te démentir ; et ie soit, en Les déposant examine avec soin si tu en as rempli tes significations. Ton habit est tout à ia fois u^i docteur qui instruit, un témoin qui accuse et un juge qui condamne.

3° Une sauvegarde puissante. Ennemis du dehors et ennemis du dedans sont également tenu3 à

l'écart par l'habit religieux. Le monde le révère et le craint ; à son aspect, il se compose, cesse certains discours, réprime certains gestes ; on dirait presque qu'une vertu secrète sort de cette habit, comme autrefois de celui de Jésus-Christ, pour guérir ou du. moins pour arrêter momentanément les écarts de la langue et l'insolence de l'attitude. Les plus éhontés n'échappent pas à cette influence ; ils comprennent et sentent que cet habit est le symbole de la modestie, et que si la pius grande réserve est due à l'enfant innocent et pur, comme l'affirme un ancien, une plus grande réserve encore est due à la Religieuse. Que la Religieuse porte son habit avec gravité et décence il lui sera comme un bouclier qui la rendra invulnérable.

A ses propres yeux même, cet habit sera un admoniteur éloquent, pour la retenir au moment de la tentation. Comprend-on ce qu'il doit en coûter à un guerrier en uniforme et sous les armes, pour faire un acte de lâcheté; à un magistrat en toge et siégeant sur son tribunal, pour rendre une sentence injuste ; à un courtisan portant les livrées du prince et les décorations qu'il en a reçues, pour le trahir ? Ah ! si jamais la Religieuse hésitait entre le devoir et la prévarication, comme son habit lui crierait : Arrête, épouse de Jésus-Christ; ne te souvient-il plus de tes serments, des larmes de joie dont tu as baigné ta robe nuptiale au jour de ta profession, du bonheur avec lequel tu as courbé la tète sous ton voile, des doux baisers que tu as mille fois prodigués à ton crucifix ? Dépouille cette robe, arrache ce voile, jette ce crucifix, si tu t'obstines à être infidèle. Mais non : prête de nouveau l'oreille aux paroles si touchantes que t'adressa l'Eglise en me donnant à toi ; compte, si tu peux, les immenses méri-

tes que nous avons amassés ensemble; songe qu'à ta mort je t'envelopperai encore pour l'heure do la résurrection. Si ces considérations le retiennent aujourd'hui, elles te retiendront demain, après-demain, toute la vie.

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