RETRAITE DU MOIS D'AOUT
PREMIER EXERCICE
Modestie religieuse.
Premier prélude. Celte vertu, de toutes la plus apparente et la plus propre® édifier, est éminemment la vertu de la Religieuse institutrice, dont les gestes sont examinés et imités par ses élèves.
Deuxième prélude. Se représenter Jésus-Christ conversant avec les hommes, plein de grâce, de bénignité, de douceur et d'humilité.
Troisième prélude. Demander la grâce de comprendre l'excellence et de suivre les règles de la modestie.
1° Excellence de cette vertu.
La modestie est une vertu qui, par respect pour la présence de Dieu, pour l'édification du prochain, et dans un sentiment de dignité personnelle, règle avec bienséance tout l'extérieur de l'homme, son maintien, ses regards, ses gestes, ses discours, ses démarches ; elle ordonne et compose tout conformément à l'âge, à la condition, sans affectation ni singularité ; c'est le reflet, sinon de la sainteté, du moins de la probité et de la décence qui doivent être au dedans. Saint Bernard en donne cette définition, dont chaque mot veut cire pesé :« La modestie est la « perle des mœurs, la tutrice de la discipline, la « sœur de la continence, l'état d'une âme pure, le
« fléau du vice, la nourrice de la pudeur naturelle, « la gloire spéciale de la conscience, La sauvegarde « de la réputation, L'honneur de la vie, le siège des « vertus, L'indice el les prémices de tout ce qui est « bon et honnête. On pourrait même ajouter qu'elle « est L'ornement et la beauté du visage par cette rou- « geur el cette teinte délicate qu'elle y fait quelque fois monter. » (Serm. 86 in Cant.)
Avec quelle grâce saint Ennodius relève la modestie de saint Epiphane! «Ce qui frappait d'abord « en lui, c'est la modestie, mère des bonnes œuvres. « Son visage si beau indiquait une âme plus belle « encore. Le sourire, comme une fleur, s'épanouis- « sait sur ses joues, et la blancheur de ses lèvres fai- « sait ressortir la grâce de ses discours, qui s'en « échappaient comme un miel exquis. Quelque part « qu'il tournât les yeux, son regard révélait la séré- « nité de son cœur. Sa vie se lisait sur son front, « car sur ce front calme et candide on voyait comme « un rayon de soleil et une teinte toute céleste, » ( Vit a S. Epiph.)
L'Eglise, dans l'office de saint Stanislas Koska, a cru devoir appliquer cet éloge à celui dont elle venait de dire: « Encore enfant, il porta l'amour de « la virginité si loin, qu'une parole peu mesurée, « prononcée à la table de son père, le faisait éva-. « nouir. »
Avec quel enthousiasme saint Grégoire de Nazianze exalte la modestie de saint Gorgon ! « Qui « jamais fut plus digne de paraître en public, et « pourtant qui s'y montra plus rarement? Qui sut « mieux que lui mettre un frein à ses yeux et une « porte à ses oreilles? Qui eut plus d'empire sur sa « langue ? Une seule rougeur lui plaisait, celle que « donne la pudeur. Une seule blancheur lui était
c chère, celle qu'engendre L'abstinence. » (Orat. de « S. Gorg.) Plus tard, saint Bernard a dit presque dans les mêmes termes de saint Malachie : « Il ré- « glait son extérieur, en tout temps et en tout lieu, c avec tant de décence et de modestie, que rien ne « pouvait offusquer les regards. L'œil le plus scrutateur et le plus jaloux de le surprendre ne dé- « couvrit jamais en lui ni parole oiseuse, ni geste « inconsidéré, ni mouvement des mains ou des pieds € inutile. Dans sa manière de converser, d'envisa- « ger, de se vêtir, de marcher, tout portait l'em- « preinte de la raison, de la vertu, de la perfection. « Ainsi était-il maître de lui-même et répandait-il « l'édification autour de lui. » (In Yita S. Mal.)
L'Eglise encore, dans l'office de saint Louis de Gonzague, n'hésite pas à appliquer ce double éloge à celui dont elle a dit : « Il modéra si bien ses sens « et surtout ses yeux, qu'il ne regarda jamais en «face ni Marie d'Autriche dont il était page, ni sa « propre mère : digne d'être appelé un homme sans « corps ou un ange revêtu d'un corps. »
2° Ses r è g les.
Saint Ignace les résume .dans ce tableau, qui donne à la fois le signalement de l'homme bien élevé et du bon Religieux.
1° Mu Invite religieuse. « Ce qu'on peut dire en « général sur la manière dont il faut se conduire à « l'extérieur, c'est que la modestie et l'humilité, « jointes à une maturité religieuse, doivent paraître « dans toutes les actions. » C'est bien là l'image qu'on se forme de Jésus vivant sur la terre, la modestie et l'humilité se reflétant sur un fond de religieuse gravité.
2° Tète. « Qu'on ne tourne point la tête ça et iâ « par légèreté, mais qu'on le fasse avec gravité
« quand il sera nécessaire ; si cela n'est pas néccs- « saire, qu'on la tienne droite et un peu inclinée sur « le devant, sans la pencher ni d'un côté ni d'un au- « tre. » Légèreté et raideur, arrogance et pusillanimité ; autant de défauts qu'il faut bannir de sa physionomie et de sa tenue.
3° Yeux. « Qu'on tienne d'ordinaire les yeux bais- « ses, évitant de les lever trop haut ou de les tour- « ner ça et là. » En d'aulres termes, garde des sens, surtout du plus perfide, et mortification continuelle.
4° Regard. « En parlant, principalement à des <( personnes de considération, qu'on ne fixe point la « vue sur leur visage, mais plutôt au dessous des ayeiix.» L'homme modestefut toujours respectueux; ûxer le regard sur le visage serait d'ailleurs, dans certains cas, une sorte d'outrage.
5° Front. « Qu'on ne ride point le front, et beauci coup moins le nez, afin que la sérénité extérieure « du visage soit une marque de celle qui est dans «l'intérieur» Donc sérénité intérieure parla victoire sur les passions : le calme ne peut être sur le front, si le trouble est au fond de L'âme.
6° Lèvres. « Que les lèvres ne soient ni trop serrées ni trop ouvertes. » Ce serait se donner des airs précieux ou afficher l'ineptie.
7° Visage. « Que tout le visage respire plutôt la « joie que la tristesse ou quelque autre affection peu « réglée. » Enfants de Dieu, il vous est ordonnné de vous réjouir dans le Seigneur, et, par le spectacle de votre joio spirituelle, de rendre la vertu aimable.
8° Habits. « Que les vêtements soient propres et « dans la bienséance religieuse. » Ni recherche ni négligence. Jésus et Marie, au rapport de la tradition, avaient des vêtements très convenables.
9" Mains. « Que les mains soient décemment ar- « rêtées, si ce n'est qu'il faille s'en servir pour sou- « tenir les habits. » C'est ici que se révèle en partie la première éducation, soignée ou négligée ; une contenance embarrassée, l'agitation des bras, aux yeux de certaines personnes qui se piquent du bon ton, déprécient singulièrement une Religieuse.
10° Démarche. « Qu'on marche posément, et qu'on « évite la précipitation, à moins de quelque néces- « site pressante, et alors même il faut avoir égard à « la bienséance autant qu'il se pourra. » Le sage, par sa prévoyance, règle son temps, et, par l'empire qu'il a sur lui-même, domine toute sa conduite.
11° Gestes. « Enfin que tous les gestes et mouve- « ments soient si bien réglés, qu'ils puissent édifier « tout le monde. j> Les yeux sont si observateurs, surtout à l'endroit des Religieuses, et les cœurs sont si faibles !
12° Conversation. « S'il faut parler, qu'on se sou- « vienne de la modestie et de l'édification qu'on doit « donner, soit dans le sujet du discours, soit dans la « manière de s'exprimer ou dans le ton de la voix. » L'opportunité, le sujet, les termes, la modestie règle tout pour l'édification.
Colloques : 1e Avec Saint Ignace. Demander, par son intercession, la grâce de pratiquer ces règles si sages.
2° Avec saint François d'Assise. Oh ! quelle modestie devait éclater dans son attitude, lorsqu'il marchait clans les rues avec le Religieux à qui il avait dit : « Allons prêcher ! »
3° Avec la Sainte Vierge. Au rapport de saint Denis l'Aréopagite, il y avait sur toute sa personne tant de grâce, tant de beauté céleste, quelque chose
à. la fois de si simple et de si noble, qu'où l'eût prise pour une divinité.
DEUXIEME EXERCICE
Joie spirituelle.
(8 Ce QUE C'EST ET EN QUOI ELLE DIFFÈRE DE LA VAINE JOIE.
La joie, dit Bossuet, est l'acte, le plus parfait d'un amour heureux et jouissant. Nous ne jouissons pas encore de la claire vue, mais nous jouissons en énigme et à travers un voile, et comme par le réfléchissement d'un miroir. Nous n'aimons pas encore parfaitement comme on aime dans le ciel, mais nous tendons à aimer de tout notre cœur et de toutes nos forces. Là-haut les élus louent parce qu'ils aiment, et ils aiment parce qu'ils voient. Ici-bas nous croyons ce qu'ils adorent, nous espérons ce qu'ils possèdent, nous aimons ce qu'ils aiment. De là notre joie, avant-goût de la joie céleste. Nous sommes au crépuscule du beau jour qui ne connaît pas de nuit ; nous avons notre tente dressée au vestibule du temple de la Bienheureuse Sion ; nous entendons comme un écho lointain des chants séraphiques, et nous essayons de les bégayer dans notre langage mortel ; nous entrevoyons le trône et la couronne qu'on nous prépare. Que le rideau se tire, et notre joie est consommée.
Puisque la joie spirituelle n'est autre chose qua l'écoulement qui se fait en nous de la joie du ciel* te retentissement qu'a dans nos cœurs l'éternel Atêe-
luia, il est aisé de voir eu quoi (lie diffère de la vaiuejoie. L'une est le fruit de l'Esprit saint et se renferme souvent dans des actes imperceptibles aux 6ens ; l'autre est comme une ébullition de la nature, qui fuit parler haut, rire avec éclat, et livre celui qui en est possédé à toutes les saillies inconsidérées de l'imagination. La première nous laisse dans la paix, favorise le recueillement, dilate l'âme et fait trouver un doux repos en Dieu, la seconde ouvre toutes les portes de nos sens, dissipe l'onction intérieure, et la componction, obscurcit l'intelligence, dessèche le cœur, nous rend en peu de temps méconnaissables à nous-mêmes.