‹ La religion au temps du duc de Saint-Simon d'après ses écrits. Rapprochés de documents anciens ou récents avec un commentaire et des notesChapitre 8 sur 12 · II · texte numérisé non relu

II

Matières Religieuses.

Agitations des Catholiques opposés à la Constitution.

Malgré les idées libérales du Duc d'Orléans, et ses promesses au début de la Régence, cette période de notre Histoire fut remplie de nouvelles agitations religieuses et de conflits incessants entre le Pouvoir et les Catholiques opposés à la Constitution Unigenitus.

Les Protestants. — Rentrées en France.

(XIIÏ-83). — La situation des Protestants ne changea guère. Beaucoup rentrèrent en France, sous de feintes abjurations, dès 1716. Ils s'assemblèrent clandestinement, surtout en Poitou, Saintonge, Guyenne, Languedoc mais ces réunions furent dissipées. Le Régent entretint Saint-Simon de toutes les contradictions et de toutes les difficultés dont les Edits et Déclarations de Louis XIV sur les Huguenots étaient remplis, sur lesquels on ne pouvait statuer par impossibilité de les concilier et d'autre part, les exécutera l'égard de leurs mariages, testaments, etc.

Saint-Simon combat le projet du Duc d'Orléans de les rappeler tous.

Le Duc d'Orléans annonça à Saint-Simon son désir de rappeler les Protestants ; il avait Tespoir de se concilier, par ce moyen, l'amilié des puissances maritimes comme FAngleteire et la Hollande, attachées à la Religion réformée.

Comme nous l'avons précédemment indiqué (p. 300), Saint-Simon combattit cette proposition, en déclarant que le feu Roi avait fait la faute beaucoup plus dans la manière de l'exécution que dans la chose m.ême de la Révocation de l'Edit de Nantes.

Le projet du Régent n'aboutit pas. Il est probable d'ailleurs que le Duc d'Orléans, déjà préoccupé des dissensions existant dans le parti catholique, et aux prises avec des embarras incessants que la Cour romaine causait à l'Etat, par ses prétentions, ne voulut pas aggraver cette situation en rappelant les Protestants, mesure qui aurait réuni contre lui des adversaires de toute sorte, et servi au dehors les menées ambitieuses de Philippe V, qui n'aurait pas manqué de se poser en défenseur de la vraie Foi catholique.

Indifférence personnelle du Duc d'Orléans sur ces matières.

Le Duc d'Orléans, personnellement indifférent aux questions religieuses, n'osa pas réparer le mal qui

avait été fait, et il ne répondit pas à ce qu'on pouvait attendre d'un Prince comme lui, soit à Tégard des Protestants, soit même dans les controverses entre les Catholiques. Plus d'une fois, il se laissa entraîner à des mesures oppressives, contraires à la liberté du culte et au respect des convictions religieuses. Le Saint-Siège, de son côté, persistait dans les résolutions précédemment arrêtées, notamment en ce qui touche la Constitution UnigeniUis.

Oppositions nombreuses à la Constitution « Unigenitus ». Appels au futur Concile.

Quinze prélats français avaient refusé de recevoir celte Constitution et, le 17 mars 1717, quatre d'eux en appelèrent au futur Concile. Ce furent : Pierre de La Broue, évêque de Mirepoix; Soanen, évoque de Senez; Colbert de Croissy, évêque de Montpellier; Pierre de Langle, évêque de Boulogne. L'opposition à la Constitution se répandit; partout en France, au début de la Pxégence, elle prit la même forme : celle d'un Appel au futur Concile. Les Parlements se montrèrent favorables à ces Appels qui furent reçus à l'Officialilé de Paris et enregistrés par elle. Le Cardinal de Noailles, la Sorbonne et les Curés de Paris, les Communautés religieuses se prononçaient en grand nombre en faveur de l'Appel, et, si le Saint-Siège ne se décidait pas à accueillir les représentations qui lui étaient faites, un schisme était à redouter, dans l'Église de France.

Le Père Quesnel maintenu en exil.

Toulefois, le Père Quesnel ne put revenir en France; Mademoiselle de Chartres sollicita en vain de son père le retour de ce religieux, qui fit lui-même le 15 juin 1717, son Appel au futur Concile. L'abbé Petitpied écrivait au Père Quesnel le 14 mars 1718 : « J'ai vu le Cardinal de Noailles. Il m'a dit que cinquante évêques de France menaçaient d'une rupture de communion. Il me parla de vous avec beaucoup de bonté et me dit : Nous nous sommes fait bien des affaires » l'un à l'autre sans y penser. »

Disgrâce de Roilin.

L'ami du Cardinal de Noailles, Piollin, forcé en 1712 de quitter la direction du Collège de Beauvais, était maintenu dans son exil. Il était accusé d'avoir distribué des brochures des Jansénistes et d'en partager les opinions. Il employait dignement cette retraite forcée à la rédaction de son célèbre Traité des Études.

Bulle « Pastoralis Officii » excommuniant les Appelants.

Le 28 aoiit 1718, Clément XI publia la Bulle Pastoralis officii , qui excommuniait les Appelants. Le Cardinal de Noailles, en renouvelant un Appel déjà fait par lui, protesta auprès des Parlements contre cette nou-

velle violation des droits de l'Église gallicane. Le Régent voulait tenir la balance égale entre les deux partis; Dubois, dans l'intérêt de son ambition, désirait satisfaire le Saint-Siège de la façon la plus complète, en écrasant ses adversaires en France.

Déclaration du Roi prescrivant le silence pendant un an.

Une Déclaration du Roi du 3 juin 1719 interdit, pendant un an, les discussions sur la Constitution. On défendit à la Sorbonne de se réunir, de publier aucun écrit sur les controverses pendantes; on raya sur ses Registres ce qui concernait les anciennes discussions, et on y inséra la Déclaration du Roi prescrivant le silence sur ces matières.

instruction pastorale du Cardinal de Noailles condamnée par le Pape.

Le Cardinal de Noailles avait publié une Instruction 'pastorale sur la Constitution; un Décret du Pape la condamna, et le Parlement, de son côté, ordonna la suppression du Bref pontifical. Le refus des Bulles à certains Évêques, l'élévation propHo motu au Cardinalat de l'Archevêque de Reims de Mailly, les intrigues de certains Constitutionnaires à l'époque de la conspiration de Cellamare, avaient irrité le Régent.

Accommodement provisoire du Corps de Doctrine, en 1720.

Dubois désirait toujours un accommodement; il employa dans ce but le Cardinal de Rohan; des conférences furent tenues au Palais- Royal. On arriva à rédiger un Corps de doctrine qui expliquait le sens des points douteux et la portée des condamnations prononcées par la Constitution Unigenitus. Le 14 mars 1720, un accommodement fut signé par les Cardinaux et prélats se trouvant à Paris, et parle Cardinal de Noailles, dont les hésitations, les fluctuations et les revirements ne sauraient être comptés. Cet acte reçut le nom de Corps de Doctrine.

Mathieu Marais attribue le Corps de Doctrine au grand vicaire

du Cardinal de Ncailles.

Mathieu Marais (t. I, p. 320), attribue la rédaction du Corps de Doctrine à l'abbé Couet, grand vicaire du Cardinal de Noailles. Il ajoute : « L'Évêque de Rlois, Caumartin, dans une lettre, traite de l'acceptation de la Constitution. Il dit, en parlant du Corps de Doctrine : Il est tombé du Ciel un écrit entre les mains de M. le Régent et de l'abbé Dubois. Toute la Théologie de la Constitution y est traitée à fond, le dogme de l'Église mis hors d'atteinte, les sentiments approuvés dans les écoles en sûreté pareillement, le point de la condamnation fixé et déterminé sur quelques excès vé-

ritablement condamnables; nulle imputation de ces excès au livre de Fauteur; attribution certaine et perpétuelle d'un bon sens et d'une bonne entente dans le Pape qui condamne et dans l'Église qui acquiesce. »

Refus d'approbation de onze Evêques.

Onze évêques, cependant, refusèrent d'approuver et de signer le Cor f s de Doctrine^ cinq parce qu'ils trouvaient dans cet acte trop de ménagements pour les adversaires de la Constitution, et six pour demeurer fidèles à leurs principes d'opposition. Malgré tout, le Parlement ne voulut consentir à enregistrer la Constitution qu'avec certaines réserves, notamment en ce qui touche les Appels faits au Concile.

Le grand Conseil, saisi de la question par le Duc d'Orléans, refusa d'abord d'admettre la Déclaration, mais à la fin il céda.

Déclaration du Roi sur la Constitution (août 1720).

Mathieu Marais (t. I, p. 443), résume la Déclaration du Roi sur la Constitution : a Elle est du 4 août 1720, elle contient quatre principaux articles : 1° La Constitution Unigenitus sera observée par tout le Pioyaume, avec défense aux Universités et Facultés de Théologie de rien écrire, distribuer, ni produire qui y soit contraire, non plus qu'à V I iistruction 'pastorale et aux explications données par les Evêques et les Arche-

vêques; 2° défense d'Appel au futur Concile de la Constitution, et déclaration que les Appels passés sont déclarés de nul effet; 3° la connaissance et le jugement de la doctrine déclarés appartenir aux Évêques et aux Archevêques; injonctions aux Parlements, Chancelier, etc. de s'y conformer; 4° défense de s'attaquer l'un l'autre par les termes de : schismatiques, Jansénistes, novateurs, hérétiques, etc. La Déclaration renouvelle tous les Édits et Arrêts contre le Jansénisme. »

Enregistrement de la Constitution.

Le Régent ordonna alors l'enregistrement de la Constitution, sans réserves, par le Parlement; ce Corps repoussa cette demande, il fut exilé à Pontoise. Le 3 décembre 1720, seulement, le Parlement céda, et fit, avec quelques modifications peu importantes, ce qu'on exigeait de lui. x\u cours de la lutte, le Pouvoir ne craignit pas de recourir à des mesures rigoureuses.

Disgrâces et exils des Opposants.

Les Evêques qui avaient refusé leur adhésion furent éloignés de leur siège et disgraciés; le Syndic de la Sorbonne fut exilé ainsi que vingt-deux docteurs de la Sorbonne; l'École de la Sorbonne fermée quelque temps et les notaires qui avaient signé les actes mis à la Bastille.

Persécution contre Soanen, Evêque de Senez. — Sa vie.

Le plus maltraité des opposants fut Jean Soanen, né en 1647 à Riom, mort en 1740. Cet Oratorien, après avoir prêché à la Cour avec succès, devint en 1714 évêque de Senez. Il refusa de recevoir la Constitution Unigenitus\ il fut exilé en 1717, et, en 1720, il fit et renouvela son Appel au futur Concile général. En 1726, il publia une Instruction pastorale où il expliquait et justifiait sa conduite. En 1727, le Concile d'Embrun, présidé par Tencin, condamna son livre, le priva de ses fonctions sacerdotales, l'exila à l'Abbaye de la Chaise-Dieu en Auvergne, où il mourut. Il signait : « Jean Soanen, évêque de Senez, prisonnier de J.-C. » Massillon tenta en vain, à la demande du Cardinal Fleury, de le faire renoncer à ses anciennes opinions. Ses partisans en firent un Saint et lui attribuèrent des miracles. Ce fut incontestablement un modèle achevé de science, de piété et de vertu.

Dubois et la paix de l'Eglise.

Lemontey dit que Dubois, par un mélange de douceur et de sévérité, rétablit la paix dans l'Eglise. La défection du Cardinal de Noailles et du Parlement avaient porté le trouble et la rage chez les Jansénistes et les Appels recommencèrent.

Arrêt du Conseil contre les Appelants.

Mathieu Marais (t. II, p. 43), nous renseigne bien à cet égard : « Un arrêt du Conseil du 31 décembre 1720, dit-il, a supprimé trois mandements des évêques de Senez, de Montpellier et de Boulogne, et les actes d'Appels joints comme injurieux au Pape, contraires à la paix de l'Église et à Tautorité royale. Parmi les motifs de cet Arrêt on lit : Qu'il est dû des actions de grâce au Roi et au Régent pour avoir 'prévenu un schisme funeste. On reproche aux Evêques d'avoir soutenu que les disputes sur la Constitution ne pouvaient être terminées que par un Concile général. Les motifs furent rédigés par Daguesseau. Le Parlement se formalisa de cet Arrêt. »

Protestations. — Poursuites diverses contre les Appelants.

Marais écrit encore (11-91) : « Les évêques Appelants ne se taisent pas, quoique le silence soit imposé sur la Constitution. Il paraît une requête au Roi au sujet de l'Arrêt ci-dessus. La 'paix n'est nidui'a'ble, 'ni solide, il ne 'peut ij en avoir, entre la vérité et le mensonge. On a distribué une liste de trois cents ecclésiastiques Appelants et nouveaux.

» Le gouvernement du Régent, de son côté, agissait contre les Opposants par des lettres de cachet, des perquisitions, des poursuites diverses.

» Un Commissaire alla, le 23 février 1721, interroger les Appelants : l'abbé d'Asfeld, le Père Duquel et le Père Bernard, de l'Oratoire, trois chanoines de Saint-Honoré, le Curé de Sainte-Marguerite, au sujet de leurs actes. Ils déclarèrent tous : Recevoir la Buïïe c'est apostasier.

» Des listes nouvelles d'Appelants circulèrent, elles comprenaient l'une les Appelants de Paris au nombre bre quatre-vingt-douze, l'autre ceux qui ont renouvelé leur Appel environ au nombre de trois cent quatrevingts.

» Le siège de la résistance était toujours à Utrecht, pour ce Jansénisme nouveau. »

Le Concile d'Embrun, en 1727. — Condamnation des partisans de l'appel et du silence respectueux.

En 1727, le Concile d'Embrun frappa les Appelants et les partisans de la théorie du silence respectueux. Malgré l'acceptation de la ConstiUction par le Cardinal de Noailles, le Parlement n'abandonna pas toute résistance.

Résistances du Parlement. — Conflits nouveaux.

La lutte s'eng^gca sur le refus des Sacrements aux Jansénistes, sur l'obligation des billets de Confession imposés pour rechercher si les mourants n'avaient pas fait, à des prêtres Jansénistes, une confession nulle,

religieusement. La vie du diacre Paris, qui fut celle d'un Saint, pon inflexible attachement, jusqu'à sa mort, à son Appel à la Constitution, les faits prétendus miraculeux dont sa tombe fut le théâtre, les ardeurs fanatiques des Convulsionnaires, tout contribua à entretenir le feu des passions religieuses, même après la fin de la Régence.

Ordonnance royale de 1730 imposant à tout prêtre l'acceptation formelle de la Constitution.

En 1730, Louis XV ordonna que tout ecclésiastique serait tenu d'accepter formellement la Bulle Unigenitus.

Le Parlement s'opposa de toute son énergie à ces mesures et, dans ce nouveau conflit, il alla, en 1732, jusqu'à donner sa démission de ses fonctions.

Mémoires de Saint-Simon.

A raison des emprunts que nous avons déjà faits aux Mémoires, dans les passages que nous avons consacré, aux principaux personnages du monde religieux sous la Régence, ce que nous rapporterons ici de l'ouvrage de Saint-Simon sera fort bref.

Silence de Saint-Simon sur les affaires de la Constitution.

(XIII-246). — Saint-Simon déclare que l'aflaire de la Constitution n'entre pas dans le cadre de ses Mé-

moires. Il ne parle à ce propos que de certains faits qui lui sont particuliers. Les affaires de la Gonslitution se traitaient dans le cabinet du Régent avec Effiat, le premier Président, les gens du Roi, TAbbé Dubois, le Maréchal d'Uxelles, plutôt qu'au Conseil de Régence. Saint-Simon ajoute qu'il fut prophète quand il annonça que la Constitution ferait belle fortune, et, de proche en proche, parviendrait à devenir dogme et article de foi.

Mémoire de Daguesseau.

Saint-Simon nous apprend qu'en 1717 Daguesseau, Procureur général, lut au Cardinal de Noailles et à luimême un Mémoire sur la Constitution Unigenitus. L'objet de ce Mémoire était de montrer qu'il n'y avait aucun moyen de recevoir une Rulle aussi contraire que l'était la Constitution Unigenitus à toutes les Lois de l'Eglise et aux Maximes et usages du Royaume fondés sur les libertés de l'Eglise Gallicane. La conclusion était de renvoyer la Bulle au Pape. Saint-Simon fut charmé de celte pièce, dont le Cardinal de Noailles ne fut pas moins satisfait. La Religion et la vérité n'avaient pas été le gouvernail de cette malheureuse affaire.

Tendances du Pape à faire de la Constitution un acte de foi.

(XII 1-343). — « Le Pape raidi, contre l'usage de ses plus grands et plus saints prédécesseurs, à ne vouloir

donner aucune explication de sa Bulle, ni à souffrir que les Evêques en donnassent aucune de peur d'attenter à sa prétendue infaillibilité, encore plus dans rembarras de donner une explication raisonnable ou d'en admettre une, ne voulait ouïr parler que d'obéissance aveugle, et son Nonce, à la tête des Jésuites et des Sulpiciens trouvait l'occasion trop belle d'abroger les Libertés de l'Eglise Gallicane et de la soumettre à l'esclavage de Rome, comme celles de l'Italie, de l'Espagne, du Portugal, des Indes, pour en manquer l'occasion. Il se mit donc à lonneter les Evêques, par lui, par les Jésuites et les Sulpiciens, pour faire déclarer la Constitution règle de foi. Le Maréchal d'Huxelles, Ministre nécessaire dans cette affaire, y variait souvent. Tout lui en montrait la friponnerie et le danger en croupe de l'anéantissement des libertés de l'Eglise Gallicane. »

Entretien, à l'Opéra, du Régent et de Saint-Simon sur la question religieuse.

(XIII-347). — Saint-Simon travaillait avec le Régent une ou deux fois par semaine; celui-ci lui dit un soir qu'il allait à l'Opéra et qu'il voulait l'y mener pour lui parler de choses importantes. Saint-Simon se récria sur le choix du lieu. Le Duc d'Orléans lui répondit qu'il ne voulait pas s'exposer à être écouté, mais bien montrer aussi qu'enfermé là, avec lui, qui n'était pas un homme de spectacle et de musique, il y était moins à

rOpéra, que dans un Cabinet en affaires. La question religieuse fut la matière de cet entretien. Le Régent se montra frappé du nombre de Oonstitutionnaires] Saint- Simon répondit qu'on devait leur approbation à la peur, qu'après un éclat, des palinodies se produiraient. Il mit en relief les qualités des opposants à la Bulle : Prélats doctes et vertueux, Curés de Paris, Parlements, le gros de la Cour, du monde, du public ; il engagea le Pvégent à laisser faire les Appelants, à ne pas tolérer une atteinte aux libertés de l'Eglise Gallicane, à entraver ceux qui veulent mettre le feu au Royaume, à avertir le Nonce d'être sage, à faire peur au Pape, à ouvrir les prisons. Saint-Simon ajoute que le Régent ne pouvait devenir, comme Philippe V, l'homme de Rome et des Jésuites. « Le Régent parut convenir de la vérité des raisonnements de son interlocuteur, il ne fit aucune réponse à cette argumentation, toutefois il parut être un homme dans les douleurs de l'enfantement. » Saint-Simon lui dit qu'il redoutait les discours du Nonce, car, avec le Duc d'Orléans, le dernier qui parlait avait raison.

Le duc d'CrIéans emballé par les partisans de la Bulle.

« Le Prince fut si bien veillé, relayé, tourmenté ensuite par les partisans de la Bulle, qu'ils l'emballèrent, et l'amenèrent à arrêter les Appels et autres mesures défavorables au Pape. »

Sentiments de Pierre-le-Grand sur le Catholicisme et l'infaillibilité papale.

(XIV-G9). — Saint-Simon rapporte une opinion curieuse de Pierre le Grand sur le Catholicisme. « Le Czar dit au Maréchal de Tessé qu'il ne s'éloignerait pas de reconnaître le Pape pour premier 'patriarche orthodoxe^ mais aussi qu'il ne s'accommoderait pas de certains assujettissements que la Cour de Rome prétendait imposer aux Princes, au préjudice de leur souveraineté, qu'il voulait bien croire le Pape infaillible, mais à la tête du Concile général. C'est que la vérité et la raison sont de tous pays, et ce Monarque, presque encore barbare, nous faisait une excellente leçon. »

Destinées du Jansénisme postérieures au XVIII^ siècle.

Les querelles si ardentes qui avaient divisé le monde religieux pendant la fin du xvn'' siècle et durant le cours du xviu% étaient en partie apaisées en 1789. Après le Concordat, les Jansénistes essayèrent de relever leur doctrine et de faire de nouveaux prosélytes. Charavay, dans sa Revue des Documents Historiques (Année 1877, p. 31), publie à ce sujet un document aussi curieux que rare. C'est un acte de Foi souscrit à Paris par un prêtre Janséniste. On y lit, sur le bord d'une gravure représentant le Concile général et les

quatre évêques appelants, ce qui suit, formule imprimée d'avance, sauf les noms écrits à la main :

Die Ecclesie (Dites-le à l'Église) : (Mathieu, 18.17) Au nom du Seigneur : Amen.

« Je soussigné... voulant laisser un témoignogne certain de mes véritables sentiments au sujet des contestations si intéressantes qui agitent aujourd'hui l'Eglise et y causent tant de maux, déclare que je ne puis, en aucune façon, accepter la Constitution Unigenitus du Pape Clément XI, cette Constitution condamnant cent une propositions qui contiennent des vérités essentielles, et capitales, qui sont l'âme de la Religion, vérités immuables que j'ai apprises de l'Eglise, dès mon enfance. En conséquence, je déclare que je veux vivre et mourir, attaché à l'Appel interjeté le l^"" mars 1717, par Messeigneurs les Evêques de Mirepoix, de Senez, de Montpellier et de Boulogne de la dite Constitution ou Concile général, comme aussi j'adhère aux Appels de Messeigneurs les Evêques de Rodez et de Montpellier, au sujet du violement de la paix de Clément IX, concernant le Formulaire. Protestant que je demeure inviolablement attaché à l'unité de l'Eglise Catholique à la chaire de Saint Pierre, et que je ne me départirai jamais du respect qui est dû selon ses Saintes Règles à N. S. Père le Pape... Je donne par les présentes tout pouvoir à la personne qui en sera dépositaire d'en faire tel usage qu'il jugera utile et nécessaire, pour la dé-

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fense et la manifestation de la Vérité. Fait et signé à Paris, le l*"" janvier de l'an de grâce 1806, /. L. Rondeau, prêtre. — Maxime constante ; l'Appel au futur Concile lie tellement la puissance du Juge duquel on appelle que les censures qu'il fulmine et tous les actes qu'il peut faire au préjudice de Tappel sont absolument nuls. »

Le Jansénisme n'a pas tout à fait disparu de nos jours.

Une petite Eglise existe encore en Hollande, elle est composée d'un Archevêque résidant à Utrecht et de deux Évêques, établis à Deventer et à Haarlem.

Il reste, de même, en France, en petit nombre il est vrai, des particuliers et des groupes de fidèles attachés à la doctrine de Jansénius. Cette doctrine peut, sinon par ses théories sur la liberté humaine, au moins par sa conception de la vie et des devoirs de l'homme et par la grandeur de certains souvenirs du passé, séduire les âmes délicates que les Gasuistes et les Ultramontains ont éloignées de l'Eglise, telle que les événements l'ont faite au xix* siècle et au nôtre.

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