CHAPITRE VIII
RAPPISTES. SHAKERS, MORMONITES, ETC.
On désigne sous le nom de rapptstes une petite corporation de prolestants allemands qui arrivèrent du Wurtemberg aux États-Unis, vers l'an 1803, sous la
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coiiduilo de leur pasleur, M. George Rapp. Ils s'établireiil en un lieu qu'ils appelèrent Econoniy, sur rOhio, quinze milles au-dessous de Pitlsbourg. Quelques-uns d'entre eux, M. Rapp à leur lêle, passèrent de là dans l'Indiana, et formèrent sur les bords du Wabash l'établissement de Ilarmony , établissement qu'ils vendirent ensuite au fameux Robert Owen , et ils retournèrent à Economy, en Pensylvanie. Ils ont pour principe fondamental l'entière communauté des biens, à l'exemple, pensent-ils, des chrétiens de la primitive église. Cette petite association compte seulement quelques centaines d'individus, et bien qu'on y observe les cérémonies du culte, il est assez évident qu'elle a pour objet essentiel des intérêts matériels et la mise en œuvre d'un système économique.
Les shakers ou tremhleurs sont des fanatiques d'origine anglaise. Vers l'an 1747, un quaker nommé Jacques Wardley, écoulant des songes et des visions qu'il prenait pour des révélations divines, fonda une secte qu'on appela trembleurs, ou quakers trembleurs, à raison de certains mouvements du corps, d'une sorte d'agitation physique à laquelle ils se livrent parfois dans leur culte. Malgré le nom qu'ils portent, il n'y a rien de commun entre eux et la société respectable des quakers, ou amis. Anne Lee, ou plutôt M"™® Standley, fille d'un forgeron de Manchester, en Angleterre, entra dans les idées de Wardley. Elle passa, dit-on, neuf ans dans toutes sortes de jeûnes, de convulsions et de macérations. Ce fut en 1770 qu'elle se mit à prêcher contre le mariage. Elle se nommait elle-même «Anne
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la Parole, » donnant à entendre par là que la Parole habitait en elle. Ses sectateurs disent encore aujourd'hui que l'homme Jésus et la femme Anne forment les deux colonnes de l'église ; et qu'à eux deux ils sont l'Oint de l'Eternel.
Au mois de mai 1774, Anne Lee, ou plutôt M'"*' Standley, avec trois anciens et quelques membres de la secte, émigrèrent en Amérique, où deux ans après ils s'établirent à Niskayuna près d'Albany, dans l'Etat de New- York. De là ils se ramifièrent assez pour fonder une quinzaine d'établissements ou de villages en divers points des États-Unis. La population réunie de ces villages est de six à huit mille âmes. Quant à leurs doctrines, c'est un mélange confus d'erreurs grossières et de vérités évangéliques. En somme, ce serait faire un étrange abus des mots que de leur donner le nom de chrétiens. Ils s'appellent eux-mêmes «l'Eglise du millennium. » Cette ère glorieuse a commencé, disent-ils; ils sont la seule vraie église, et ils possèdent les dons apostoliques. Les points sur lesquels ils insistent particulièrement, c'est que le baptême et la sainte Cène ont dû cesser avec les apôtres ; que les méchants ne subiront qu'une peine momentanée , à l'exception toutefois de ceux qui se retirent de leur secte; que le Seigneur Jésus-Christ ne reparaîtra pas dans ce monde, attendu qu'il y est dans la personne des shakers ses disciples; que le mariage est un état de péché, 011 il est impossible d'atteindre la pureté et la félicité des cieux;que tout péché commis contre Dieu est commis contre eux-mêmes,, et qu'à eux seuls appar-
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lient de pardonner pour l'amour de Christ. La discipline s'exerce dans leurs églises essenliellement par le ministère des anciens et suivant les instructions que leur a laissées la «Mère Anne Lee. » Quand ils s'assemblent pour le culte, ils s'alignent sur plusieurs rangs en laissant quelque intervalle entre chaque individu, puis ils font de légers sauts en l'air ; maisl'excitation devient telle par moments, qu'ilsenléventleur vêtement de dessus et qu'ils s'élancent comme s'ils voulaient toucher au plafond. C'est ainsi, disent-ils, qu'ils se réjouissent dans le Seigneur. Cela fait, ils prennent tranquillement leurs sièges pour écouter la prédication , jusqu'à ce que, fatigués de prêter l'oreille, ils recommencent leurs gambades.
De même que lesrappistes, ils ont tous leurs biens en commun. Les hommes et les femmes vivent à part. Quand il leur arrive un prosélyte avec des enfants , ils séparent aussitôt ces derniers, les uns des autres, en plaçant les petits garçons dans l'appartement des hommes, et les petites filles dans celui des femmes. On comprend, sans qu'on le dise, qu'une telle communauté n'a pas d'autre moyen de recrutement.
Les shakers passent en général pour des gens honnêtes et industrieux ; mais je n'ai pas été à portée de savoir ce qu'ils sont dans l'intimité. Toujours est-il que bon nombre d'entre eux les ont quittés avec dégoût et qu'ils ne parlent pas trop bien de leurs coutumes.
Mes lecteurs ont pu remarquer combien leur nombre est insignifiant; et toutefois, si l'on en croyait quelques voyageurs européens, les Etats-Unis seraient