LA HCUGION EN AMÉRIQUE. LIV. VII
loul ce qu'elles veulent c'est une morale telle quelle.
Nous n'avons pas beaucoup de gens qui s'avouent athées, et s'il en est, c'est parmi les habitués des tavernes encore existantes.
Quant aux déistes, en rangeant sous ce nom tous ceux qui ne croient pas au christianisme , il en existe un nombre considérable , surtout à New-York et dans nos grandes cités. Beaucoup d'entre eux au surplus sont étrangers.
Le déisme moderne en Amérique est très-différent de ce qu'il était il y a cinquante ans. L'incrédulité française, après s'être répandue au loin parles écrits habiles d'une nuée d'auteurs renommés, avait pris corps, pour ainsi dire, dans la grande révolution de 1788. S'altribuant la gloire de ce qu'eut de bon une rénovation politique qu'elle ne fit après tout que corrompre, elle devint à la mode parmi les admirateurs de la liberté. En Amérique comme eu Europe, les hautes classes donnèrent dans cet égarement. A leur tôle nous eûmes le célèbre Jefferson , qui, président des Etats-Unis, de 1801 à 1809, contribua plus que personne, par sa conversation et par ses écrits, à propager l'irréligion dans les rangs des hommes les plus influents de l'Etat. A peu près à cette époque, Thomas Paine et plus tard Thomas Cooper, animés du même esprit, tendirent au même but. Ce dernier, entre autres, s'efforça d'entraîner loin de Dieu, par ses sophismes et ses sarcasmes, une jeunesse qu'on lui avait confiée pour qu'il lui enseignât sans doute de meilleures choses.
CHAP. IX. ATHÉES, DÉISTES, SOCIALISTES, FOCRRIlhllSTES. 339
Aujourd'hui , ceux qui ne veulent pas de l'Evangile ont à leur service des systèmes qui, sous le nom de christianisme, exigent moins de délicatesse de conscience et moins de sévérité de conduite. L'incrédulité déclarée est donc maintenant descendue dans les rangs inférieurs de l'ordre social. Elle se cache au fond des rues étroites et sombres de nos villes, oh elle va séduire et perdre l'ignorance et le vice.
L'owenisme, le socialisme et le fourriérisme sont d'origine étrangère et ne diffèrent pas sensiblement entre eux. Les deux premiers nous viennent d'Angleterre, le troisième de France. Ce ne sont au fond que des systèmes économiques et politiques, où l'incrédulité, voulant se réaliser d'une manière durable, fait des intérêts matériels de la vie une sorte de religion. Robert Owen, originaire d'Ecosse, et Miss Francis Wripjht d'Angleterre % tâchèrent, il y a quelques années, de fonder une société incrédule sur la base sociale adoptée aussi par les shakers et les mormonites. Ils s'étaient mis dans l'esprit de faire accueillir de la classe ouvrière de New-York et d'autres grandes villes leur système de colonies agricoles, mais naturellement ils y échouèrent. Ailleurs même, malgré mille efforts, malgré des assemblées, des associations, des publications nombreuses, ils n'ont pu obtenir que des auditeurs, et encore la plupart d'entre eux sont-ils étrangers.
1 Dans une de ces assemblées, et au plus fort de sa popularité, Miss Francis Wright fut sifflée à deux ou trois reprises , parce qu'elle prétendait que Washington avait été un incrédule î