I. Déterminons d'abord les causes et les influences
auxquelles on doit la diversité des doctrines religieuses qui se remarque aux Etats-Unis.
1. Elle provient en grande partie de la différence de no's origines. Il suffit de rappeler les faits en peu de mots. D'abord nous avons les églises congrégationnelles de la Nouvelle-Angleterre. Fondées par des émigrés puritains, elles suivirent toutes les phases par où passèrent les dissidents anglais, du moins jusqu'à l'époque de la révolution. Puis, l'église presbytérienne dans toutes ses branches, grandes et petites. D'origine écossaise et irlandaise essentiellement, on l'a vue aspirer sans cesse à se modeler sur le patron de l'église d'Ecosse. Puis encore l'égliseépiscopale, fille de l'église anglicane, reculant avec effroi devant tout ce qui ne lui venait pas directement de la métropole. Après cela, l'Église réformée hollandaise, qui reçut longtemps de Hollande ses ministres et qui se fait encore honneur du catéchisme d'Heidelberg et des décrets du synode deDordrechl. Enfin, les luthériens, les réformés alle- Oiands et autres sociétés chrétiennes de cette nation, qui conservent leur caractère propre, par une organisation distincte et par l'immigration constante de ministres et de fidèles venant de la vieille patrie. Or, si les Étals-Unis eussent été, dans le principe, colonisés par une seule classe d'hommes professant un seul système religieux , il serait permis de leur demander actuellement plus d'uniformité en matière de foi. Mais comment attendre d'une union purement fédérale entre des hommes si divers, ce que les États de l'Europe même les plus homogènes ne savent produire?
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2. Remarquons en outre que nul de nos ministres ne peut exercer sur d'autres églises que la sienne, une mWuance directe propre à changer l'amour fraternel en intimité, et à produire enfin l'amalgame des diverses dénominations. Chacune d'elles a ses collèges et ses séminaires Ihéologiques particuliers ; chacune ses journaux hebdomadaires, mensuels ou trimestriels; quelques-unes même, on peut le dire, possèdent leur littérature religieuse à elles , littérature qui se compose en majeure partie de livres édités et publiés par leurs agents responsables. Il n'y a de contre-poids à tout cela que le rapprochement qui se fait entre les étudiants, membres de diverses églises, dans les institutions scientifiques où ils se préparent aux éludes spéciales du saint-ministère.
3. La liberté dont jouissent aux États-Unis toutes sortes d'investigations et de discussions produit nécessairement une grande diversité de vues, non-seulement entre les différentes dénominations , mais encore entre les membres d'une même église. Il n'existe pas une seule convention ecclésiastique , je pense , oii il n'y ait au moins deux partis dont la diversité d'opinions amène quelquefois des discussions assez vives : il est vrai que l'objet n'en est pas d'une importance fondamentale. Pour ce qui est des points vitaux ou essentiels, il est bien rare qu'ils soient mis en question. L'harmonie est très-grande dans les communions évangéliques, par la raison qu'elles prennent rcellement la Bible pour leur seul guide infaillible et suprême.
4. Il ne faut pas oublier non plus que la tournure d'esprit particulière à certaines provinces influe nécessairement sur la manière d'envisager la vérité. Un bon citoyen de l'est du Connecticut , et un bon citoyen de l'ouest , né et élevé vers les bords de l'Ohio, ne sauraient raisonner exactement de la même manière sur les points douteux de la théologie , pas plus que sur les autres sujets qui off'rent matière à contestation. Ainsi en est-il des habitants du nord comparés à ceux du sud; mais c'est précisément ce qu'on voit ailleurs, et par exemple, dans la Grande-Bretagne.
II. Au milieu de tout cela, il n'est pas trop difficile de tracer une ligne entre les diverses sectes non évangéliques , et les dénominations évangéliques. Dans les premières, et en commençant par celle qui a pour ainsi dire enseveli la vérité sous un monceau de corruptions d'origine toute païenne, nous comptons les catholiques romains , les unitaires, les chré-tiens, les universdlistes, les quakers-hicksites, les swedenborgiens, les tunkers, les juifs, les shakers, et ainsi de suite jusqu'aux mormonites. Or, je prie d'observer que, à l'exception des deux premières, ces sectes n'ont guère d'éléments de stabilité. Leurs ministres sont en général des hommes peu cultivés, qui, concentrant sur leurs doctrines distinctives le peu qu'ils savent, dénaturent les Écritures, s'adressent aux préjugés de leurs auditeurs, tordent les doctrines de leurs adversaires et les tournent en ridicule, au lieu que ceux-ci atlaqueutleurs subtilités parles déclarations évidentes de la Parole et par les déductions d'une saine logique.
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Les uiiiversalisles el les chrétiens, qui sont les uns et les autres de véritables anabaptistes unitaires, forment la secte non évangéli(jue la plus nombreuse après les catholiques romains. Cependant ils sont loin de faire masse nulle pari. On ne les trouve en certain noDibre que dans quelques-unes des grandes villes de la Nouvelle-Angleterre ; encore arrive-t-il souvent, qu'au bout de peu d'années, ils se fondent en quelque sorte devant les progrès des communions évangéliques. A l'époque d'un réveil religieux, deux ou trois semaines suffisent pour qu'un prédicateur, fidèle à l'évangile, anéantisse les espérances du ministre universalisle qui semblait sur le point de réunir autour de lui une société de sa dénomination. Et comme il n'est aucune église non évangélique, pas même les catholiques romains, qui ose interdire d'une manière absolue à ses adhérents d'aller entendre les prédicateurs évangéliques du voisinage, il n'y a de ce côté nulle barrière contre la vérité.
Si les étrangers avaient une connaissance plus exacte de l'état de la société en Amérique, ils comprendraient mieux d'oii vient le nombre, la variété et la force relative de quelques-unes de nos sectes non évangéliques, et ils reviendraient de la surprise que ce spectacle leur occasionne. Il faut d'abord se rappeler que, si l'on en excepte la population de couleur, il n'existe nulle part autant de monde, non-seulement qui sache lire, mais qui lise effectivement et qui recherche l'instruction par tous les moyens possibles. Il en résulte que la nouveauté est d'un grand attrait pour nos
Américains. Eusuite il n'y a au monde que l'Ecosse oii le repos du dimanche soil observé comme aux Élats- Unis. Ce n'est point parce que la loi le requiert, mais parce que le peuple l'entend ainsi. El comme il n'est pas d'humeur à passer ce jour dans l'indolence , chacun profile des facilités qu'il peut avoir pour arrivera un culte public et entendre ce qu'on y dit. La religion étant d'ailleurs un sujet à l'importance duquel tous rendent hommage, c'est celui dont les Américains aiment surtout à discourir le dimanche. Si donc ils n'ont, dans leur voisinage, point de prédication évangélique, grand nombre d'entre eux, surtout ceux qui n'ont pas encore de conviction religieuse bien arrêtée, vont au prédicateur universalisle ou infidèle, plutôt que de n'aller nulle part. C'est curiosité , si l'on veut, mais enfin ils écoulent. El, en dernière analyse, comme il y a, devant la loi, liberté religieuse absolue, le peuple peut se procurer la prédication qu'il lui plaît d'entretenir à ses frais. En conséquence, ceux qui n'aiment pas l'Évangile fidèlement annoncé, s'entendent souvent pour organiser une congrégation oîi quelque ministre hétérodoxe vienne leur prêcher des doctrines plus en rapport avec leur goût . Dans les grandes villes , les congrégations ainsi formées peuvent bien subsister quelques années, ou même devenir permanentes ; mais la plupart du temps elles se dissolvent, soit à raison du déplacement de ceux qui en étaient les principaux soutiens, soil parce que ceux-ci finissent par se convertir à la foi orthodoxe qui règne tout autour d'eux.
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De qui donc se composent essentiellement les sectes non ôvancjéliques des États-Unis? De personnes qui , en d'autres pays, demeureraient stupidement indifférentes h la religion, passant leurs sabbats dans les occupations ou dans les amusements du siècle. Mieux vaudrait cela, dira-t-on, que de « s'attacher à des doctrines de démons ; » vu que l'absence de religion est préférable à une religion fausse. Mais s'il est des cas où ce principe soii vrai, il ne l'est pas d'une manière constante. L'expérience prouve sans réplique aux États- Unis, que ceux qui occupent leurs pensées de sujets religieux, de quelque façon qu'ils le fassent, soit en doutant, soit en niant, sont plus accessibles à la prédication fidèle de l'Évangile, que ceux qui sont tombés dans la slupide indifférence d'une grossière incrédulité. D'ailleurs, comme je l'ai dit, Terreur dans nos contrées n'offre pas les conditions de durée qu'elle peut avoir autre part. J'excepte toutefois le romanisme , espèce de mosaïque où la vérité et l'erreur se marient avec tant d'art , qu'il exerce sur les âmes qui l'ont une fois reçu, un charme qu'il est presque inutile de vouloir rompre.
Après le catholicisme romain , l'unilarisme est de toutes les erreurs qui se parent du nom du christianisme celle qui a le plus de chance de durée. Le foyer en est, comme nous l'avons vu, dans la portion orientale du Massachusels , d'où il rayonne au loin par le moyen des émigrants que cet État, comme tous ceux de la Nouvelle-Angleterrre, envoie incessamment vers l'ouest. Cependant il paraît Irès-cer-
tain qu'à Boston môme et dans le voisinage il est en déclin. C'est comme le rationalisme d'Europe. Celle forme de l'incrédulité a pris bien plus d'extension dans l'ancien monde , que l'unilarisme ne l'a fait en Amérique; mais on peut voir dans l'un et dans l'autre les effets d'un même mal. Ce sont les miasmes de l'épidémie sceptique du XIX* siècle; scepticisme qui, dans les deux hémisphères , se transforme actuellement en panthéisme mystique, La carrière de l'unilarisme, qu'un de ses partisans, le révérend Brownson, appelle une mode plutôt qu'une religion ; sa carrière, dis-je, comme secte ou parti, tend manifestement à son terme; et c'est bien là, me paraît-il, l'idée ques'eu font les hommes éminents qui en sont les chefs. On commence à voir l'impuissance où il est de se propager. Les trente années qui se sont écoulées depuis qu'il a son organisation distincte me confirment tout à fait dans cette pensée. Je dis plus; quand on connaît l'état actuel des choses en Amérique et la disposition des esprits , on ne saurait songer à pronostiquer aux unitaires une force et une extension autres que celles qui résulteront de l'accroissement naturel de la portion du peuple américain soumise à leur influence : il est même à savoir s'ils marcheront de pair avec le chiffre de la population.
On ne saurait prétendre que les sectes non évangéliques n'exercent aucune bonne influence sur le pays; mais on peut sans scrupule en excepter les congrégations universalisles; or on a vu qu'elles sont nombreuses et même que plusieurs de celles qui portent
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un autre nom rentrent dans celle catégorie. Quant aux athées, aux déistes, aux socialistes de toutes les couleurs, ce n'est pas les calomnier que de déclarer leur action décidément pernicieuse.
Les succès des shakers, des mormons, et d'autres agglomérations pareilles, s'expliquent, à mon avis, par ces deux principes : d'abord , l'aveuglement de la nature humaine qui, dans sa dépravation, préfère à la connaissance du vrai Dieu toutes sortes d'absurdités, pourvu qu'on les pare du nom de religion ; ensuite, ces associations ont toujours en vue des avantages temporels qui tentent bon nombre de gens, plus encore que les apparences religieuses dont on les couvre. Demandera-t-on , par exemple, comment il se trouve des adhérents à la doctrine des shakers, lesquels, voyant dans le mariage un péché, obligent leurs prosélytes mariés à rentrer dans le célibat? Mais il est des gens que les nœuds du mariage fatiguent, ou, du moins, qui sont las de la personne à qui le mariage les a unis, et l'on comprend qu'ils cèdent à la tentation de se faire du divorce un devoir religieux. De même en est-il des parents qui consentent à ce qu'on leur Ole leurs enfants. Ils ne sont que trop satisfaits de se décharger sur d'autres de la responsabilité qu'impose la qualité de père= Cet égoïsme méprisable et dénaturé est la base du socialisme sous toutes ses formes.
III. Pour revenir aux communions qu'on peut envisager dans leur ensemble comme évangéliques , et reprenant quelques points que j'ai déjà touchés, mais
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qui doivent reparaître ici sous un nouveau jour, je ferai d'abord observer qu'elles s'accordent généralement à retenir les doctrines professées jadis par les églises réformées de France et de Suisse, exposées dans les calécbismes de l'assemblée de Westminster, et formulées par les articles de l'église anglicane. Ainsi, elles reçoivent les Écritures comme règle souveraine de la foi, estimant qu'on doit croire sans hésiter toute doctrine qui peut se prouver par la Bible , indépendamment de la tradition, et de plus qu'on ne saurait envisager comme faisant partie essentielle du christianisme , ce qui ne peut se prouver de la sorte, Ils admettent l'inspiration des Écritures; l'unité divine en trois personnes; la sainteté de nos premiers parents dans leur étal primitif ; leur chute et l'apostasie du genre humain tout entier , contenue dans la chute même ou conséquence de cette première révolte ; la nécessité d'une expiation à cause de la justice de Dieu et pour que le péché puisse être pardonné; cette expiation opérée de fait par l'humiliation , les souffrances et la mort de Jésus-Christ, Dieu et homme tout à la fois ; le pardon offert à tous par la miséricorde de Dieu en Jésus-Christ; la justification gratuite du fidèle , non en vertu de ses œuvres passées ou prévues , ni même en retour de sa foi, mais pour l'amour de Jésus-Christ seul ; la nécessité d'un renouvellement spirituel et intérieur, afin d'être sauvé; renouvellement qui est le fruit non des efforts de l'homme, mais de l'opération du Saint-Esprit, par laquelle, agissant sur l'àme, il donne eiïîcace aux appels de la Pa-