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CHAPITRE II

PRKMIEKES MISSIONS INDIENNES.

Les fondateurs de la colonie de Plymoulh s'occupèrent, dès les premiers jours , de la conversion des Indiens qui les entouraient et ils leur ouvrirent des écoles. Aussi y en eut-il plusieurs parmi eux qui vécurent et moururent dans la foi chrétienne. Toute pauvre que fut cette petite colonie, nous la voyons, en 1636 , malgré les difficultés immenses de sa position, voter un subside pour faciliter la prédication de l'Evangile aux indigènes et instituer des tribunaux qui devaient punir les délits dont ils |)ourraient être les victimes.

En 1646, la législature du Massachusets encouragea par un décret les missions chrétiennes parmi les Indiens; et la même année, le célèbre John Eliot commença ses travaux àNonantum, lieu qui forme à présent une partie de la ville de Newton, à six milles de Boston. Du cap Cod jusqu'à Worcester, dans une étendue d'environ 100 milles , on le vil faire de continuelles courses missionnaires, prêchant aux tribus sauvages dont il possédait parfaitement la langue. Il leur traduisit les Ecritures et quelques autres livres chrétiens. Ce fut à Cambridge près de Boston qu'on imprima, en 1663 et en 1685, deux éditions de la

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Bible iiKlieiiiio, l'une à 1500 exemplaires, l'autre .ï 2000. Il est à remarquer que ee furent longtemps les seules Bibles imprimées en Amérique. Eliot, nommé dès lors l'Apôtre des Indiens, mourut en 1690 k l'âge de quatre-vingt-cinq ans, en prononçant ces belles paroles : «0 joie du ciel! sois la bienvenue. >> Ses travaux et ceux des ouvriers qu'il enrôla dans celle bonne œuvre, eurent pour résultat la conversion de bien des âmes; et ces «Indiens priants», comme on les appelait, formèrent divers établissements autour de Boston.

Mais Eliot ne fut pas le premier à prêcher avec succès l'Evangile aux aborigènes. Thomas Mayhew commença près d'eux sa carrière missionnaire, l'an 1643, dans l'île appelée Marlha's Vineyard. En 1646, il partit pour l'Angleterre, où il allait solliciter des secours. Le vaisseau périt sur mer. Son père, propriétaire de l'île, bien qu'âgé de soixante-dix ans, voulut remplacer le fils qu'il venait de perdre ; il lui fut donné d'annoncer l'Evangile jusqu'en 1681, qu'il mourut âgé de quatre-vingt-treize ans. Son petit-fils lui succéda ; et pendant cinq générations, c'esl-à-dire jusqu'à Zacharie Mayhew, mort en 1803, âgé de quatre-vingt-sept ans, cette respectable famille fournit des pasteurs aux Indiens qui vivaient à Marlha's Vineyard.

Parmi les chrétiens qui, du temps d'Eliot, annoncèrent l'Evangile aux naturels du pays, il faut nommer Treat,ïupper,Cotton, de la colonie de Plymoulh; puis Goskin, Thatcher et Rawson, du Massachusels; Fitch elPierson , du Connecticul^Par leur ministère on put

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compter en 1675, clans quatorze établissements d'Indiens priants, vingt-quatre congrégations, et autant de prédicateurs indigènes. Outre l'instruction religieuse, on formait les Indiens à l'agriculture et aux arts les plus nécessaires à la vie.

Ce fut cette même année que le roi Philippe , chef de la tribu des Pokanokets, excité par sa haine pour l'Evangile et plus encore peut-être par la jalousie que lui inspirait le pouvoir croissant des colons anglais, porta la guerre sur leur territoire, sans y avoir été nullement provoqué. Le résultat en fut l'extermination de son parti ; et cela ne put avoir lieu sans dommage pour les établissements des Indiens priants. L'on conçoit tout ce que les progrès de l'Evangile en souffrirent. Cependant l'œuvre des missions reprit bientôt après une nouvelle vie; si bien qu'en 1696 il y avait, dans la colonie du Massachusets trente églises d'Indiens; et deux ans après on y évaluait à 3000 le nombre des âmes converties.

ARhode-Island, au Conneclicut et à Long-Island, les travaux missionnaires furent moins heureux. Il y eut toutefois des conversions opérées parmi les Narragansetts, les Pequods, les Nanticks, les Mohegans. et les Monlauks. Ces sauvages, amenés à l'Evangile, formèrent longtemps des établissements chrétiens dont on voit encore quelques restes aujourd'hui.

Tout cela se faisait sans qu'il y eût de société de missions en Amérique. L'an 1762, la législature du Massachusets reconnut lég'.lement une société qui venait de se former à Boston, pour la propagation du

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christianisme parmi les Indiens du Nord ; mais la couronne refusa de ratifier cet acte colonial. L'Amérique devait en toutes choses subir l'intluence de la métropole; or, il existait à Londres des sociétés de missions auxquelles il fallait se rattacher. La première de ces sociétés était née, en 1649, des succès obtenus parles travaux missionnaires des colons. Il s'en forma d'autres encore ; mais une portion considérable de leurs ressources provenait des Américains eux-mêmes, et il y avait, soit à Boston, soit à New-York, des comités qui agissaient au nom des sociétés de la mère-patrie.

En 1734, John Sergeant commença ses travaux parmi les Mohegans, qu'il recueillit autour de lui, à Slockbridge dans le Massachusets. C'est de là qu'on les a nonmiés les «Indiens Stockbridge.» A cet homme excellent, mort en 1749, succéda le célèbre Jonathan Fldwards, qui avait été pasteur àNorlhanipton. H vaquait à ses humbles travaux de Stockbridge, lorsqu'il écrivit ses chefs-d'œuvre sur le libre arbitre el sur le péché originel. Après avoir passé six ans avec les Indiens, il fut appelé à la présidence du collège de Princetown, New-Jersey. Lors de la révolution américaine, les Indiens Stockbridge , dont un grand nombre étaient devenus chrétiens, se retirèrent dans les contrées centrales de l'Etat de New-York, de là dans rindiana, puis à Green-Bay, et finalement à l'est du lac Winnebago, où ils sont maintenant fixés. Ils y possèdent une église et un missionnaire.

Pendant queSergeanl évangélisait à Slockbridge, les Moraves commençaient une mission en Géorgie, d'où

ils furent, par les difficultés qu'on leur fil, conlraints de se retirer bientôt en Pensylvanie. A leur demande, il leur vint de Herrnhul plusieurs missionnaires, dignes serviteurs de Dieu, qui, en 1740, mirent la main à l'œuvre parmi les Mohegans des frontières du Couneclicul et de New-York. Mais, poursuivis par la méchanceté des blancs, ils durent se réfugier à Bethléhem en Pensylvanie, emmenant avec eux tous les Indiens qui consentirent à les accompagner. Ils y demeurèrent plusieurs années et souffrirent beaucoup durant la guerre de TAugleterre et de la France de 1755 à 1763. Delà, ils se transportèrent sur les rives du Haut-Susquehanna, puis au-delà des frontières occidentales de la Pensylvanie, oiî ilsjoignirent quelques Indiensconverlis par l'excellent David Leisberger , de l'Alleghany. Ils n'étaient pas au bout de leurs migrations; car en 1772 ils transférèrent leur établissement au bord duMuskingum (Ohio), oii ils jouirent pendant quelque temps d'une grande prospérité spirituelle. Du Muskingum ils allèrent au Sandusky, autre rivière de l'Etat dOhio. Après bien des souffrances, occasionnées par la guerre delà révolution, ils plantèrent enfin leurs tentes près de la Tamise, dans le Haut-Canada, où ils bâtirent la ville de Fairfield , leur résidence actuelle.

Ce fut en 1743 que David Brainerd coamiença sa belle mais trop courte carrière parmi les Indiens. Mort à l'âge de trente ans, il fut remplacé par son frère John. Depuis l'an 1783, que ce dernier remit son àme au Seigneur , les Indiens amenés à la foi par son

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ininislèro reçurenl les soins pastoraux des ecclésiasliques de leur voisinage; les choses allèrent ainsi jusqu'en 1802, époque où les Indiens de Brainerd se joij^niirent à ceux de Slockbridge.

L'an 1748 , le révérend Éléazar Wheelock ouvrit à Lebanon , dans le Conneclicut, une école pour les jeunes Indiens. C'est là que furent instruits le prédicateur indigène Occuni, etBrant, ce célèbre chef. Le collège de Lebanon fut plus tard transporté à Hanovre, New-Hampshire , oii il existe encore confondu , je crois, avec le collège de Darnioulh ; mais son vrai nom« est l'École de charité de Moor. »

Un des missionnaires les plus remarquables que nous ajons eus parmi les Indiens, est le révérend Samuel Kirkland qui commença, l'an 1764, ses prédications aux Onéidas de l'Étal de New-York, et les continua durant quarante ans environ.

Tels sont les anciens travaux missionnaires des chrétiens de l'Amérique du Nord. Sans prétendre qu'ils n'eussent pu être plus considérables, on voit pourtant qu'ils ne furent pas absolument nuls, et qu'on est fort injuste envers les Etats-Unis quand on les accuse de n'avoir rien fait pour éclairer les Indiens. On oublie d'ailleurs les difficultés que les colons eurent à vaincre; les guerres entre la France et l'Angleterre, qui les mirent eux-mêmes en hostilités continuelles avec les indigènes, luttes à la Ibis longues, sanglantes et cruelles, qui ne pouvaient que laisser une profonde exaspération en des cœurs non chrétiens ; car si toute guerre est affreuse , rien n'est horrible comme une

guerre avec ces peuples sauvages , el l'on ne s'en fait pas une juste idée, quand ou ne les connaît que par oui dire. Aussi ne faul-il pas trop s'étonner qu'il y ait eu de la part des colons mômes, une irritation et des ressentiments qui les aient empêchés de songer aux missions. Je ne m'arrête pas à décider de quel côté se trouvaient les premiers torts; mais qu'il me soit permis de le redire en passant, l'on se trompe gravement lorsqu'on s'obstine à les imputer toujours aux Américains.

On oublie encore que les églises des colonies n'étaient ni riches, ni nombreuses; de sorte qu'à tout prendre, celles de la Nouvelle-Angleterre, el peutêtre aussi de New-York et de New-Jersey , firent pour les missions autant de sacrifices qu'à présent, toute proportion gardée.

On oublie enfin la longue guerre de la révolution, et celles qui suivirent, d'abord avec la France, puis avec l'Angleterre. Durant ces époques de trouble, les chrétiens des États-Unis pouvaient-ils diriger leur activité du côté de l'évangélisation des Indiens, de ces Indiens qui, pendant tout ce temps, se montrèrent si peu bienveillants envers nous, pour ne rien dire de plus. Ce n'est donc que depuis 1815 qu'on a vu se rétablir entre eux et les Étals-unis des relatiotis amicales. Alors il s'ouvrit réellement auprès des naturels une porte à l'Évangile. Grâces à Dieu , nos églises n'ont pas manqué d'utiliser celle heureuse circonstance, et elles continuent de le faire avec un zèle croissant.

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Ce n'csl |»as d'ailleurs unepelile lâche que celle de christianiser el de civiliser des sauvages (jui, de temps immémorial, ne connaissent d'autres occupations que la chasse el les combats, et qui, lorsque ces occupalions leur manquent, ne savent faire autre chose que de s'étendre, comme leurs chiens, près de leurs misérables huttes, tandis que les femmes cuUivenl une chélive plantation de mais, apprêtent les animaux tués à la chasse et l'ont k elles seules tous les travaux doinesti(jues. Leur aversion pour l'activité régulière de la vie civilisée est telle qu'on ne saurait le croire sans l'avoir vu. Il ne semble pas que leur âme soit jamais traversée par une pensée quelque peu élevée ; tout ce (ju'il leur faut, c'est de dissiper leur vie comme le firent leurs pères, pour mourir ensuite au milieu des vagues et obscures visions d'un monde inconnu. En un mot, aussi longtemps que leurs forêts seront debout et qu'ils y pourront trouver du gibier, il ne saurait leur venir à l'esprit d'adopter les habitudes de la civilisation.

Il est des personnes qui ne cessent de faire entendre leurs complaintes sur ce que les tribus aborigènes de l'Amérique du nord disparaissent de plus en plus. Mais que signifient ces lamentations? Vaudrait-il mieux peutêtre que ce vaste continent fût occupé par quelques cent mille barbares, rôdant au sein des forêts et se faisant une guerre perpétuelle, plutôt que d'être couvert d'une population chrétienne el civilisée? Ignorel-on que la vie sauvage est non-seulement la plus mi-

sérablequi se puisse, mais encore qu'elle est nécessairement destructive de l'humanité.

On n'a pas encore montré comment il faut s'y prendre pour que les hommes civilisés se partagent un même continent avec les peuples barbares, sans que ceux-ci finissent par être supplantés et finalement détruits. Un nouveau monde étant donné, monde riche en productions naturelles et possédant tout ce qui est propre à attirer sur ses rives des nations policées, il est aisé de calculer l'époque oij celles-ci, par l'accroissement naturel et par l'émigration, rempliront ce monde nouveau et déplaceront les peuplades errantes qui l'habitaient sans l'occuper. En de telles circonstances, et pour préserver ces peuplades d'une extinction totale, il faut opérer la fusion des deux races, ce qui ne peut guère avoir lieu tant que l'une des deux demeure étrangère à la civilisation, si ce n'est qu'on la réduise en une sorte de servitude ; ou bien il faut permettre à la race sauvage de continuer, sur un territoire déterminé, ses habitudes vagabondes et désordonnées. Ce fut le premier de ces systèmes que les Espagnols adoptèrent à Mexico et dans l'Amérique du sud ; mais les colons anglais y eurent une répugnance invincible, en sorte qu'il ne leur resta d'autre parti à prendre que de laisser aux Indiens leur existence propre.

Or cela même ne fut pas aussi facile qu'il peut le

sembler à première vue. Si les hommes étaient tous ce

qu'ils devraient être, l'on eût vu les Indiens demeurer

paisibles possesseurs de la portion du sol qu'ils n'a-

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