CHAPITRE VI
REDRESSEMENT DE QUELQUES ERREURS DONT LES ÉTATS-UNIS SONT l'objet.
Je ne saurais me proposer, on le conçoit, de redresser tous les jugements erronés qu'on a portés sur la condition religieuse et morale de l'Amérique du Nord. Je me restreins donc à quelques points particuliers.
i . Une des objections qu'on fait le plus communément à nos institutions religieuses, c'est qu'elles n'ont pas été capables de prévenir la banqueroute et autres manques de foi qui ont souillé notre histoire, ces dernières années surtout. Mais ce reproche à nos insti-
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lutions religieuses est-il vraiment raisonnable? Peuton imputer aux églises le mauvais système de législation qui est la cause première de ces opérations commerciales hasardées^ dont la réaction a été si terrible? Peut-on leur imputer l'avidité avec laquelle les négociants, les fabricants et les capitalistes éiraiigers ont excité l'esprit aventureux de nos Américains, et ont placé des sommes considérables dans nos fonds publics, sans trop s'informer quelquefois de ceux qui offraient le plus de garanties? Peut-on exiger d'elles qu'elles mettent un terme à toute espèce de friponneries, soit de la part des Américains, individuellement ou pris en masse, soit de la part des vagabonds de l'Ancien-Monde qui viennent ici dans le but exprès de se soustraire à leurs créanciers? Quant à ceux de nos négociants qui font le commerce avec l'étranger, je ne crains pas d'affirmer que la généralité d'entre eux se sont conduits avec autant de bonne foi que l'eussent fait d'autres négociants placés en des circonstances aussi difficiles. Combien n'en est-il pas qui se sont ruinés par les emprunts les plus onéreux, afin de faire face à leurs engagements du dehors. Je ne dis pas qu'il n'y ait eu aussi des exemples de mauvaise foi ; mais qui pourrait s'en étonner?
Le gouvernement général des Etats-Unis a toujours payé ses dettes, et il n'est pas probable qu'il y manque jamais. Pour ce qui est des vingt-neuf Etats et Territoires dont se compose l'Union , il en est plus d'un tiers qui ne doivent rien; plus d'un tiers encoie (lui ont constamment payé à l'échéance:
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el si les autres ont refusé monienlanémcnl de salisl'uire leurs créanciers, il n'en est qu'un seul qui ail ou recours à la doctrine de « la répudiation » : encore faut-il dire que la législature de cet Etal soupçonnait qu'il y avait eu fraude dans la manière dont s'était effectué l'emprunt. Mais qu'on le sache pourtant, cette doctrine de larcpiuliaiion s'est vue elle-même répudiée avec indignation sur tous les points de l'Union, et elle finira certainement par l'être dans l'Elat oij elle a pris naissance. Si d'ailleurs quelques Etals sont actuellement dans l'impossibilité de faire honneur aux engagements énormes qu'ils ont contractés au dedans et au dehors, en des années d'une prospérité extraordinaire, il est incontestable que leur intention est de s'acquitter plus tard et qu'ils le feront. Ce fragment d'un sermon prêché à Philadelphie dans une solennité publique, par le Rév. M. Rood, fera connaître ce que pensent sur ce point tous les ministres de l'Evangile aux Etals-Unis.
« La doctrine de la répudiation, dont on a fait tant de bruit en Europe , à notre grand discrédit, n'a, je suis heureux de le penser , que bien peu d'avocats dans notre république. I! y a une grande différence au point de vue de l'honneur et de la moralité, entre admettre la justice d'une réclamation, tout en déclarant l'impossibilité où l'on est d'y satisfaire, el nier l'existence du droit. Des hommes dont l'honnêteté est audessus du soupçon, peuvent être dans une gêne momentanée el se voir incapables de tenir leurs engagements. Pourquoi n'en serail-il pas de môme d'une