‹ La religion aux États-Unis d'Amérique (volume 2)Chapitre 163 sur 167 · CHAP. VI. REDRESSEMENT DE QUELQUES ERREURS · texte numérisé non relu

CHAP. VI. REDRESSEMENT DE QUELQUES ERREURS

que celui qui se rapportait à la traite des nègres. «Le roi d'Angleterre, » y était-il dit, «a fait une guerre cruelle à la n^ature humaine elle-même, en violant les droits sacrés de la vie et de la liberté, dans la personne d'un peuple éloigné qui ne lui avait jamais fait aucune offense'; en liant ces malheureux et en les transportant dans une autre hémisphère pour y être esclaves, si toutefois ils ne périssaient pas durant ' la traversée. Cette guerre de pirates, rop])robre des puissances infidèles, est la guerre qu'a faite le roi chrétien de la Grande-Bretagne. Décidé qu'il était à tenir un marché toujours ouvert où l'on pût acheter et vendre des hommes, il a avili sa prérogative royale en arrêtant toutes les tentatives que la législation a voulu faire pour prohiber ou seulement restreindre cet exécrable commerce. Et afin que le tableau ne manquât d'aucune des touches sombres dont il est susceptible , il excite maintenant ce même peuple à s'armer contre nous. C'est lui qui l'a privé de sa liberté , et il l'encourage à la reconquérir en massacrant ceux auxquels il a imposé ce terrible fardeau; payant ainsi les crimes contre la liberié des uns, par le crime qu'il les presse de commettre contre la vie des autres.» Cet article ne passa pas, parce qu'on avait à cœur d'être unanimes, et qu'il rencontra quelque opposition dans l'assemblée.

La guerre de l'indépendance trouva donc l'esclavage établi dans les treize colonies, sans exception. Pendant le cours de cette guerre, ou peu après, les quatre Etals primitifs de la Nouvelle-Angleterre , le

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Massachusels, le New-Iïampshire, le Conneclicut cl Rhodc-Island aholirenl l'esclavat^edans leur territoire. Quelques années plus tard, la Pensylvanie, New-Jersey et New-York les imilèrent : ainsi, plus de la moitié des treize colonies primitives. Lorsque, dans la suite, Vermonl elle Maine (Nouvelle-Angleterre) , l'Ohio, l'Indiana, l'illinois etleMichigan devinrent des Etats, ils proscrivirent expressément cette abominable institution. A quoi nous devons ajouter les territoires de Jowa et deWisconsin. D'un autre côté, six des anciens Etats ont maintenu l'esclavage : le Delaw^are, le Maryland, la Virginie, la Caroline du Nord, la Caroline du Sud et la Géorgie ; puis sont venus, dans l'ouest et le sud-ouest, sept nouveaux Etats et un territoire, savoir, le Kentucky, le Tennessee, l'Alabama, leMississipi, la Louisiane, le Missouri, l'Arkansas et la Floride. De 600,000 qu'était le nombre des esclaves à lafin de la révolution, il s'est élevé à près de trois millions. Quand et comment l'esclavage sera-t-il aboli dans ces treize Etats et ce territoire, c'est ce que personne, hélas ! ne saurait dire. Quoi qu'il en soit, j'ose bien affirmer que cette transformation ne peut s'opérer paisiblement, par aucune autre voie que par l'influence du christianisme. C'est à lui déjà qu'appartient la gloire d'avoir détruit l'esclavage dahs six Etats et de lui avoir fermé l'entrée de sept ou huit autres. On lui doit l'abolition de la traite par les Etats-Unis avant toutes les autres nations; et c'est éclairés par la Bible, que nous avons assimilé ce trafic à la piraterie, et que nous lui infligeons la même peine. Aussi quelque désespérée que paraisse la

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lutle, ue croyez pas que le peuple américain se relire du champ de bataille.

Le noble exemple qu'a donné l'Angleterre en abolissant l'esclavage ne sera pas perdu pour nous. 11 a imprimé une forte impulsion au mouvement moral qui marche d'un pas ferme dans le sein de la communauté américaine. Il faut bien dire que la constitution laissant à chaque Etat le soin de régler l'esclavage de la manière qu'il l'entend, on ne saurait l'abolir d'un seul coup, comme on l'a fait dans les possessions britanniques. Et puis, il est au milieu de nous, et nonpasà dislance. Enfin, ce sont les propriétaires d'esclaves eux-mêmes, ceux dont la fortune entière y est intéressée, qui ont à prononcer; point important que les étrangers oublient quelquefois.

Je suis de l'opinion qu'il faudra de longues années pour effacer de dessus nous cette horrible tache. Cela exigera de la part des hommes de bien de longs et persévérants efforts, avec une abondante mesure de «la sagesse qui vient d'en-haul. » Mais une chose dont je suis parfaitement sûr, c'est que, malgré les imprudences des uns et la froideur ou la timidité des autres, malgré les reproches qu'ils s'adressent mutuellement, et peutêtre avec raison, de relarder l'œuvre, ceux-là en allant trop loin et ceux-ci en ne faisant pas assez, celte lèpre nationale inspire chaque jour un nouveau dégoût, et l'on s'affermit dans la conviction qu'il faut l'extirper le plus promptement possible, en respectant les droits de chacun. Or c'est un acheminement manifeste. Quand est-ce qu'on arrivera? Je l'ignore; mais le

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christianisme ne peut manquer de conduire au but. Qu'on invoque avec plus de ferveur le Dieu de nos pures, et sa providence saura bien nous ouvrir des voies inattendues.

Si donc on veut remporter la victoire, c'est aux chrétiens des Etats-Unis de livrer cette grande bataille ; et pourtant je n'entends pas que nos frères des autres pays du monde y doivent demeurer indifférents. Je leur propose, au contraire, l'exemple d'un homme excellent, M. Gurncy, de la Société des Amis, qui, avec son respectable frère cl sa sœur M""*^ Elisabeth Fry, sont l'honneur de l'humanité. Que beaucoup de philanthropes viennent aux Etats-Unis, animés du même esprit que M. Gurney, et ils y pourront faire un bien immense. Il a traversé tous nos Etals en parlant « de la justice, de la tempérance et du jugement à venir, » et, bien qu'il ne négligeât aucune occasion de plaider la cause des esclaves, partout il fut écouté avec un profond respect par les propriétaires mêmes, car il leur adressait des discours pleins de sagesse et d'amour. Sa mission achevée et de retour en son pays, il adressa à l'un de nos principaux hommes d'état une suite de lettres sur le sujet de l'esclavage, et notamment sur les effets de l'abolition dans les possessions britanniques, écrit qu'on a beaucoup lu et dont l'influence ne peut être que salutaire.

Que nos amis chrétiens nous aident donc comme M. Gurney. Nous avons tout au moins besoin de leur sympathie et de leurs prières. Nous leur demandons aussi de ne pas oublier les difficultés particulières de

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notre position. Qu'ils blâment nos délais el qu'ils stimulent noire zèle, à la bonne heure! mais qu'ils le fassent dans l'esprit de Christ, non-seulement parce que la religion que nous professons le réclame, mais encore parce que c'est le plus sûr moyen d'exercer quelque influence sur les propriétaires d'esclaves, dont le plus grand nombre, hélas! ne sont pas des hommes pieux. Il est aisé de s'indigner contre nous à raison de l'esclavage, facile également de qualifier en ternies durs les torts qu'on nous reproche ; mais « la colère de l'homme n'accomplit pas lajuslice de Dieu.» Il est, à l'étranger, des individus qui ne voient pas les difficultés de notre position; qui ne veulent pas considérer que l'esclavage se trouve maintenant lié à l'existence d'une moitié environ de notre population, el qui, en conséquence, imaginent toutsimj)le de demander que les propriétaires affranchissent immédiatement leurs esclaves. Ce serait en effet une voie sommaire qui serait de toutes la meilleure, pourvu qu'elle fût praticable. De même, si les hommes s'entendaient pour cesser tous à la fois leur révolte contre Dieu el pour lui donner leur cœur, le monde se verrait délivré du péché, sans qu'il y eût besoin de tant de prédications, ni de tant d'autres institutions religieuses qui sont maintenant nécessaires. De même encore, si tous ceux qui s'occupaient, il y a vingt ans, à fabriquer et à débiter des liqueurs spiritueuses, eussent, de leur propre mouvement ou à première réquisition, cessé leur malfaisante industrie, et si tous ceux qui buvaient ces liqueurs eussent de la môme manière renoncé à leurs

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pernicieuses habiludes, il n'eût pas fallu tant de travaux et de frais pour combattre l'intempérance. Mais qui ne sent la vanité de ces suppositions? Encore une fois, la destruction de l'esclavage aux Etats-Unis est une a3uvre immense; la plus grande et ta plus difïicile, je n'hésile pas à le dire, que l'homme ait jamais tentée. Les lumières et la charité de l'Evangile pourront seules l'effectuer; mais encore faut-il beaucoup de patience et de prudence pour que cela se fasse sans que la paix publique en soit compromise.

Aussi avons-nous souvent éprouvé de la peine en voyant de quel ton nos frères d'Europe parlaient des églises d'Amérique, en ce qui touche l'esclavage. Je ne prétends pas qu'elles aient fait tout ce qu'elles devaient, ni qu'elles sentent un si grand mal autant qu'il le faudrait. Bien plus, il est très-probable qu'il n'est pas de devoir qu'elles soient plus exposées à négliger que celui-ci, par un effet môme de leur position. Mais accuser toutes les églises des Etals-Unis d'approuver l'esclavage, parce que, en quelques endroits du pays, elles se croient obligées de tolérer un mal que les circonstances actuelles ne leur permettent pas de détruire, c'est, qu'il me soit permis de le dire, ce que la charité chrétienne ne saurait approuver. Après quoi, accuser toutes les églises d'Amérique, celles de quinze Etats et territoires sans esclaves, comme celles des quatorze Etats et territoires à esclaves, les accuser, dis-je, toutes également de « brigandage », de « piraterie » , etc. , c'est se rendre coupable de quelque chose d'autre encore que d'un manque de charité. .

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«Que l'Amérique» , disait, il y a quelques années, devant une assemblée de missions, dans une des grandes capitales de l'Europe, un ministre de Christ pour lequel nous avons tous de l'affection ; <r que l'Amérique lave le pan de sa robe des souillures de l'esclavage, et pour lors elle sera digne de se joindre à nous dans la grande œuvre de la conversion du monde. » Eh ! quoi, il faudra que les Etats-Unis, parce qu'ils sont coupables en un point, le soient aussi volontairement dans un autre; qu'ils négligent le commandement formel que le Seigneur a donné après sa résurrection; qu'ils se privent du moyen qui peut le mieux suspendre , si ce n'est détourner tout à fait, la colère divine? Mais s'il est permis de nousimputer, à nous chrétiens d'Amérique, des crimes nationaux qu'il n'a pas été en notre pouvoir de prévenir, où sont les églises qui jetteront les premières la pierre contre nous? Seront-ce celles d'Angleterre, de France ou de Hollande ? Ah ! grâces lui en soient rendues, notre Père céleste ne nous tient pas un tel langage. Malgré nos nombreux péchés, il daigne bénir les humbles efforts que nous faisons pour porter son Evangile aux nations, et il ne nous empêche pas de joindre notre coopération aux entreprises de ceux qui, en d'autres pays, aiment son nom et veulent sa gloire. Bien plus, il consent, dans sa miséricorde, à visiter nos églises des effusions de son Saint-Esprit. Hélas! sans cela, que deviendraient, en effet, nos contrées?

Ce qui vaudrait mieux que tant d'accusations et de récriminations, ce serait donc que, en tout pays, ceux

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qui aiment Dieu, s'aimassent aussi cordialement, qu'ils eussent compassion les uns des autres, qu'ils se tendissent une main d'association. Puisqu'ils forment une grande confrérie, ils devraient mettre en commun leurs épreuves, leurs Iravaux et leurs espérances. Rien ne devrait être capable de les diviser, ni la différence des langues, ni la vaste étendue des océans, ni la diversité des institutions politiques et ecclésiastiques, ni les variétés du culte. Ils ont tous leurs difficultés particulières à surmonter et leurs œuvres à faire. Comme ils devraient s'encourager les uns les autres, se réjouir mutuellement de leurs succès, se reprendre quand cela est nécessaire, mais avec douceur et non point avec amertume ! C'est ainsi qu'ils hâteraient les triomphes que leur Seigneur et leur Roi doit remporter enfin sur l'ennemi du genre humain.

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