‹ La religion aux États-Unis d'Amérique (volume 2)Chapitre 18 sur 167 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

i° Leur histoire.

Dèsles premiers temps de leur existence, les églises d'Amérique ont eu des époques où l'intérêt pour la religion se réveillait d'une manière extraordinaire. La cause de ce phénomène moral se trouve en grande

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partie dans le caractère et les circonstances des premiers colons. C'étaient, nous l'avons dit, des puritains anglais qui avaient soufï'erl de rudes persécutions à raison de leur foi, et qui avaient fui dans les déserts pour y professer librement leurs principes, avec tout le développement dont ils étaient susceptibles.

Le point dominant de la controverse qui s'agitait entre nos pères et le gouvernement anglais, c'élait la liberté de conscience, le droit de se faire prêcher l'Évangile dans toute sa force , sans l'intervention du pouvoir humain et sans aucun mélange des doctrines de l'homme. Pour s'assurer ce privilège ils firent volontairement la perle de « toutes choses » , et il n'est pas étonnant qu'ils aient continué d'y attacher le plus grand prix. Aussi pouvons-nous donner comme un des traits caractéristiques des premiers colons de la Nouvelle-Angleterre, leur zèle pour le culte public, et la confiance qu'ils avaient en la prédication de la Parole, comme au moyen principal qui, sous la bénédiction de Dieu , devait convertir leurs enfants et les gens de leur maison. D'une rigidité sévère dans la direction de leur famille, ils obéissaient littéralement à cette ordonnance du Seigneur : « Tu inculqueras » ces choses à tes enfants, et tu en parleras quand lu » te tiendras dans ta maison , quand lu te mettras en » chemin, quand tu te coucheras et quand tu te lè- » veras ; d mais ils sentaient toutefois que rien ne pouvait remplacer la prédication de la Parole « dans la grande assemblée. » C'est là, pensaient-ils, que la vérité, secondée par les plus vives sympathies et par le

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sentiment solennel de la présence divine, devenait, sous l'influence du Saint-Esprit, « la puissance de » Dieu pour le salut » des âmes. Leurs habitudes et leurs institutions publiques se ressentirent fortement de cette conviction. Au lieu de plantations éparses, comme celles des colons du Sud, ils se groupèrent autour de leurs maisons de prières et formèrent ainsi des villages; ils eurent deux conducteurs spirituels pour chacune de leurs églises naissantes; ils fondèrent des collèges dans lesquels les jeunes gens se pussent préparer au saint ministère, ils instituèrent un enseignement religieux où l'on se rendait régulièrement un jour par semaine, de six à huit milles à la ronde ; en un mot, ils multiplièrent les services publics le plus possible et la prédication en faisait toujours la portion essentielle.

Ce qu'il y a de remarquable encore dans les colons de la Nouvelle-Angleterre, c'est la foi qu'ils avaient en l'efficace de la prière. Les puritains anglais ne l'envisagèrent jamais comme un simple canal par lequel coule la grâce, mais, ainsi qu'elle l'est réellement, comme un moyen de loucher Dieu, et d'obtenir de lui ce qu'autrement il n'accorderait pas. Non content de penser que des bénédictions en quelque sorte générales récompenseraient infailliblement leurs prières, ils attendaient avec confiance que Dieu les exauçât d'une manière spéciale, selon leursbesoins du moment. Nos ancêtres apportèrent dans leurs déserts celle foi puissante. Elle fui leur force et leur consolation quand la famine, les épidémies et les guerres des sauvages

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les menacèrent delà destruction. Plus d'une fois, leurs cris à Dieu reçurent des réponses extraordinaires ; plus d'une fois le bras de l'Élernel se déploya pour leur délivrance, d'une manière non moins remarquable que s'il eût agi par de vrais miracles. Aussi peuton dire que l'esprit des chrétiens de la Nouvelle-Angleterre était au plus haut point un esprit de prière. Quelles que fussent leurs circonstances, ou celles de leur famille et de leur église, ils assiégeaient le trône de la grâce avec l'assurance d'être entendus. 'Pour comprendre comment ces deux traits caractéristiques des chrétiens de la Nouvelle-Angleterre durent faciliter les réveils religieux, il n'y a qu'à se représenter ce qui se passe lorsque, dans une église quelconque, il se fait un de ces mouvements dont on a dû être témoin partout oi!i l'Evangile est fidèlement annoncé. Une alarme soudaine donnée par la Providence; une calamité publique qui, pour un moment du moins, désenchante de ce monde; un sermon frappant, quelques exemples de conversion subite, viennent saisir les consciences et réveiller chez plusieurs à la fois le sentiment de leurs péchés et du danger qui les menace. Quelle grâce alors pour un ministre du Seigneur s'il se sent assisté par les prières ferventes des vrais membres de l'église, et s'il peut réunir les autres autour de lui en de fréquentes assemblées, pour les maintenir dans la contemplation des choses divines, loin des bruits du monde et devant la présence de l'Eternel ! N'est-il pas vrai que, delà sorte, l'intérêt pour la religion pourrait bien devenir

universel au sein de la congrégation, qu'il pourrait s'élever même à quelque chose de plus qu'à un simple intérêt; que le Saint-Esprit pourrait produire en beaucoup de cœurs une vive componction et les transformer à l'image de Dieu ? N'esl-il pas vrai qu'en peu de semaines ou de mois il pourrait se faire plus de choses pour le salut des âmes, qu'il ne s'en fait en temps ordinaire durant des années? Or, que serait tout cela, si ce n'est un réveil religieux, et une effusion du Saint-Esprit accordée aux prières et aux efforts du peuple de Dieu ?

Telle est l'histoire de la Nouvelle-Angleterre. La prière et la prédication furent les principes vivifiants des institutions de nos ancêtres; la prière adaptée à leurs circonstances spéciales et accompagnée d'une parfaite confiance ; puis une prédication claire et pénétrante, qui roulait sur les doctrines de la grâce, ces doctrines si propres à humilier l'homme , en l'élevant à Dieu, et qu'on vil, dans tous les temps, pleines de puissance pour <r abattre les forteresses de Satan.» Ajoutez encore qu'à l'origine de leurs établissements, ils formaient un monde à part. Leur pauvreté même et leur situation isolée les privaient des jouissances de la vie qui, dans un état social plus avancé, absorbent le cœur des hommes non-convertis. Ils avaient tous une même foi. Nul d'entre eux ne songeait à nier la nécessité de l'œuvre du Saint- Esprit; et, par une éducation religieuse commencée de bonne heure, leurs enfants s'étaient préparés à subir les saintes influences de la grâce de Dieu. Qu'il était

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naturel alors, et dès que la multitude semblait devenir plus sérieuse, de multiplier les moyens d'édification, de se presser avec un nouveau zèle autour du trône des miséricordes, d'exhorter les membres de sa famille à saisir l'occasion favorable pour <r affermir leur élection et leur vocation, » de mettre autant que possible de côté toute affaire et toute distraction, de concentrer enfin l'attention des communautés entières sur un seul objet, je veux dire sur le salut des âmes ! Quoi de plus naturel ensuite que ces travaux et ces prières aient été bénis d'en-Haut, que la vérité prêchée en de telles circonstances ait été «comme un feu») et «comme un marteau qui brise la pierre, » que l'Esprit-Saint se soit communiqué largement; qu'il y ait eu, en un mot, dans nos contrées de fréquents réveils religieux !

Le célèbre Jonathan Edwards, auteur du Traité sur le Libre Arbitre, rapporte que son grand' père, qui fut avant lui pasteur de Norlhampton ( Massachusets), eut la joie de voir, durant les quarante années de son ministère, cinq manifestations pareilles de la grâce de Dieu. C'est ce qu'il appelait ses moissons. Il dit encore que son père vit quatre ou cinq de ces réveils parmi le peuple qui lui était confié, et il ajoute qu'il en fut de même pour un grand nombre de ministres d'aulrefois. En conséquence on ne saurait dire proprement à quelle époque commencèrent les réveils religieux de la Nouvelle-Angleterre : ils datent d'aussi loin qu'elle-même.

Quelques-uns des Etats plus au sud furent en partie

colonisés par des presbytériens de l'ouest de l'Ecosse et du nord de l'Irlande, qui avaient aussi essuyé des persécutions. Ils y apportèrent en somme un esprit pareil à celui de leurs frères de la Nouvelle-Angleterre ; et puis, ils avaient le souvenir encore frais de phénomènes semblables dont leur pays natal avait été le théâtre; de sorte qu'ils pouvaient bien, sans présomption, solliciter ces grâces du Saint-Esprit en faveur de leurs jeunes églises. Aussi en jouirent-elles de bonne heure, et c'est ainsi qu'elles léguèrent à leurs descendants ce qu'on pourrait appeler V esprit des réveils.

Il paraît que les réveils dont nous avons parlé tout à l'heure, eurent généralement quelque chose de calme et de peu bruyant; il arriva rarement que deux congrégations voisines l'une de l'autre en fussent favorisées à la fois. Mais, l'an 1735, les choses prirent une tournure différente. L'effusion du Saint-Esprit se fit avec plus de puissance et plus d'extension. Durant cette année et la suivante, il y eut, dans une portion considérable du pays, de grands mouvements, auxquels on donna pour la première fois le nom de

Celui dont je parle prit naissance à Northampton , par l'effet des prédications de Jonathan Edwards. A cette époque, et malgré les réveils précédents, il y avait dans cette ville, et en général dans la Nouvelle- Angleterre , un déclin religieux très-alarmant. On avait insensiblement adopté l'usage funeste d'admettre à la pleine communion de l'église tout individu

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dont la conduile était morale, sans examiner avec soin s'il avait réellement expérimenté la religion, et s'il était renouvelé par le Sainl-Espril. De tristes conséquences s'en firent bientôt sentir. Le ton général de la piété s'abaissa de proche en proche; on vit se relâcher les prières et les elForls qui se faisaient jadis pour la conversion des pécheurs impénitents, et pendant plus de trente années, il y eut, dans toute la Nouvelle-Angleterre, une suspension manifeste de la grâce de Dieu.

La prédication d'Edwards, comme toute prédication qui amène une réforme, était essentiellement dogmatique. Il insistait, avec une grande force d'argumentation, sur les principales doctrines de la grâce, notamment sur la justification par la foi, et sur la nécessité des influences du Saint-Esprit ; et d'ailleurs il interpellait de la manière la plus directe la conscience de ses auditeurs.

A la puissance de cette prédication vint s'ajouter, au commencement de 1735, des menaces soudaines de la Providence, et bientôt la ville tout entière se sentit saisie d'un intérêt extraordinaire pour les vérités de la religion. Pendant six mois, le réveil prit un développement inouï jusqu'à ce jour. On eût difficilement trouvé une famille qui ne comptât des personnes alarmées à la vue de leurs péchés, ou réjouies par l'espérance du salut. Toutes les pensées s'étaient tellement concentrées sur ce seul point, que le bruit courut, dans le pays, que les gens de Northampton avaient laissé de côté leurs affaires de ce monde

pour ne songer qu'à la vie éternelle. C'était une exagération sans doute ; mais il est sûr néanmoins qu'Edwards se vit dans la nécessité de rappeler à plusieurs personnes leur condition temporelle. Comme il s'agissait là d'une population éclairée, car les plus pauvres mêmes fréquentaient les écoles publiques, tout ce mouvement fut en somme exempt de fanatisme. Du reste, il ne se restreignit pas aux personnes d'une certaine classe, ou d'un certain âge. L'homme respectable dont Dieu se servit pour le produire, atteste que, parmi ceux qui furent convertis, il y en eut dix qui avaient plus de quatre-vingt-dix ans ; cinquante au moins avaient dépassé quarante ans; trente environ étaient entre dix et quatorze ; il y en eut même qui n'avaient que quatre ans. En définitive, ce réveil eut pour fruit l'accession à l'église de 300 membres nouveaux, ce qui porta le nombre des communiants à 620, c'est-à-dire, la population adulte presque tout entière, car la ville ne renfermait que 200 familles. Et cependant on sait avec quelle sage vigilance le digne Edwards conduisit cette œuvre. Il ne cessait de prémunir ses auditeurs contre les illusions qu'ils pouvaient se faire sur l'état réel de leur àme. Il conversait séparément avec chaque individu, non-seulement pendant le travail de la conscience, mais encore après que la conversion semblait opérée, s'efforçant de faire bien comprendre la nature et les signes de la vraie piété. C'est, du reste, la méthode qu'on a constamment suivie, en pareil cas, dans les églises de la Nouvelle-Angleterre ; d'où il résulte que, ni à l'époque de

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cet ancien réveil, ni dans les réveils plus récents, il n'est nullement à présumer qu'il y ait eu, plus qu'en temps ordinaires, des personnes qui se soient trompées sur leur état spirituel.

Les scènes dont Northampton était le théâtre, avaient quelque chose de si merveilleux, que le pays s'en émut. On y accourut en foule; mais plusieurs, il faut le dire, par pure curiosité. Frappés cependant de l'ordre, de la solennité, de la vérité profonde des sentiments qui se manifestaient sous leurs yeux, atteints dans leur conscience par les appels énergiques du prédicateur, bon nombre de ces visiteurs reconnurent aussi leurs péchés. De retour chez eux, ils donnèrent des preuves manifestes de leur repentance, et ils ne contribuèrent pas faiblement à provoquer le réveil. Poussés par de meilleurs motifs , des hommes appartenant aux églises voisines et des pasteurs de localités assez distantes, se rendirent à Northampton , afin d'y être témoins des triomphes de la grâce de Dieu, de s'animer de l'esprit du réveil, et de le porter dans leurs propres villes. Le Seigneur bénit en plus d'un lieu leurs charitables efforts. Avant la fin d'une année, le réveil avait gagné dix villes du Massachusets et dix-sept villes du Connecticut; il s'étendit à d'autres Etats par le moyen des natifs de la Nouvelle- Angleterre qui y avaient (orme des établissements, et par les presbytériens d'Ecosse dont j'ai parlé plus haut. Des milliers de personnes donnèrent, pendant tout le reste de leur vie, des preuves incontestables que leur conversion fut une réalité.

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En 1740, de nouveaux réveils se manifestèrent presque en même temps à Norlhampton , à Boston et ailleurs. Dans une période de dix-huit mois ils se communiquèrent à toutes les colonies anglaises. Ce fut, quelque temps, une œuvre magnifique de l'Esprit de Dieu, pleine de calme et de puissance. Un témoin oculaire écrivait, en mai 1741, que, depuis Philadelphie jusqu'aux établissements les plus reculés vers le nord, dans un rayon de 500 milles, on manifestait presque partout le plus vif intérêt pour la religion. « Des collèges entiers pleurent sur leurs péchés, et beaucoup d'étudiants se sont convertis à salut. Notre ministre (M. Pemberton de New-York), ayant été envoyé au collège de Yale, où bien des âmes éprouvent une sorte de détresse, a prêché deux fois par jour durant son voyage, et il se voyait suivi dans son logis, même par des enfants vivement préoccupés de leur salut. » Mais la beauté de ce réveil fut ternie par des excès de zèle qui excitèrent l'opposition et produisirent de grands débats. Aussitôt Edwards se mit en avant avec son habileté ordinaire, pour défendre l'œuvre contre les attaques du dehors, et tout à la fois pour la purifier des maux internes qui en compromettaient l'existence. Cent soixante ministres, des plus respectables de la Nouvelle-Angleterre, de New-York et de New-Jersey, attestèrent par une déclaration collective la réalité et l'excellence du réveil dans la plupart des lieux, et se joignirent d'ailleurs à Edwards pour condamner les choses peu convenables qui s'étaient faites çà et là. Mais il avait soufflé un esprit

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