CHAP. III. ÉGLISES CONGUÉGATIONNELLES
Hooke de New-Haveii, n'avaient cessé jusqu'à l'émigration d'exercer en Angleterre un ministère officie! et régulier. Mais, une fois parvenus au bout du monde, comme on disait, ils se crurent affranchis d'un esclavage qu'ils avaient subi à contre cœur ; et, se mettant à étudier leur Bible , ils y cherchèrent dos directions sur la manière dont l'église doit être organisée et disciplinée. Leurs recherches les conduisirent au congrégalioiîalisme , système qui s'éloigne autant du Brownisme, ou de rindépendance absolue, que du presbytérianisme.
Après que les puritains d'Amérique eurent organisé leurs églises, ceux d'Angleterre, ayant obtenu la majorité dans le parlement, prétendirent donner ài'église nationale la forme presbytérienne ; et ce fut seulement plus tard que, favorisé par Croniwell, le congrégationalisme , ou plutôt le système des indépendants, commença de se faire jour. D'oiî il suit que le congrégationalisme américain ne doit point son origine au congrégalionalisme anglais : ce serait plutôt le contraire. Nous avons des ésrlises cons;ré2;alionnelles dont les documents remontent à deux siècles, tandis que, selon toute apparence, il n'en exista point en Angleterre avant l'acte d'uniformité de 1662.
Il faut observer ensuite qu'on ne saurait envisager les congrégationalistes d'Amérique comme des dissidents proprement dits, et qu'ils ne le furent jamais. Pendant longtemps, on l'a vu plus haut, leurs églises constituèrent, dans la ?Nouvelle-Angleterre , l'église nationale officielle, l'église établie par ia loi, tout
i:{6 LA HEIJGION EN AMKRIOUK. Î.IV, VI
ooiiiiiic léj^lise presbylt'rieiine est acluellemeiil l'église nalioiiale tic l'Ecosse. C'est mùme dans l'intérêt (le ces éi^lises que fut conçue l'organisation politique (lu pays; et il n'y a rien là qui doive étonner, puisque l'Etat y était né de l'église, et l'on peut dire aussi les déCrichenients du désert. Non-seulement le congrégalionalisme américain ne fut pas une dissidence, mais encore il eut horreur de la dissidence plus que nulle autre secte ; car il ne toléra d'abord dans le pays aucune assemblée difTérenle des siennes ; «les anglicans euxmêmes n'y auraient pu célébrer leur culte. Si, plus tard, on permit aux dissidents de s'y établir, si même ou les dispensa de contribuer aux frais du culte national, si la loi les reconnut à leur tour et autorisa les taxes qu'ils s'imposaient pour l'entretien de leurs églises, toujours est-il que les congrégationalistes conservèrent la prééminence. J usqu'au moment oii il fut reconnu que l'Etat n'a pas à s'occuper des dépenses du culte, ils jouirent du privilège considérable d'appliquer à leurs églises les contributions de tout individu qui n'appartenait pas expressément à une autre communion. Le congrégationalisme des Etats-Unis ne fui donc en aucun temps une dissidence, et il y a de quoi lever les épaules quand on voit les membres d'une certaine secte de la Nouvelle-Angleterre, accuser de dissidence les congrégationalistes au milieu desquels ils vivent. Il saute aux yeux que, s'il y a là des dissidents, ce sont les épiscopaux, les baptistes et les méthodisles, et non pas les chrétiens dont l'église y est aussi ancienne que le pays lui-môme!
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Un point sur lequel les congrégalionalisles diffèrent de presque toutes les autres communions, c'est qu'ils n'ont point de formulaires authentiques de doctrine et de discipline auxquels leurs églises se soumettent d'un commun accord. La Sainte-Ecriture est leur unique règle. Cela n'empêche pas qu'entre eux ils ne sachent très-bien ce qu'ils croient et ce qu'ils veulent; ni qu'ils n'aient mis les autres églises en mesure de connaître leurs principes. C'est ce que fit, entre autres, dès l'année 1644-, un de leurs hommes d'élite, John Cotton, le premier pasteur de la première église fondée à Boston. Son livre est intitulé : Les Clefs du Royaume des deux. De son côté, John Norton, d'abord pasteur à Ipswich, puis à Boston, donna aux églises réformées de l'Europe un exposé complet du système ecclésiastique de la Nouvelle-Angleterre. Il le fit dans une lettre latine, écrite l'an 1646, en réponse à des questions que lui avaient adressées sur ce sujet les théologiens de laZélande^ par l'organe du Hollandais Apollonius. Deux années après, les autorités civiles du Massdchusets ayant convoqué un synode de pasteurs et d'églises à Cambridge, près de Boston, celte assemblée rédigea toute une organisation ecclésiastique à laquelle on donna le nom de « Plan de Cambridge. » Mais jamais ce règlement ne prit force de loi, bien qu'il ait joui d'une grande estime et qu'on s'y réfère encore quelquefois; il y a d'ailleurs plusieurs de ses dispositions qui sont tombées en désuétude. En 1708, la législature du Connecticut réunit k Saybrook, un synode «ju'elle chargea de revoir le plan !le Cambridge.
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Dii là ii}i(|uil iiii nouveau r»''î?Icrnent ({u'oii appelle «le Plan (le Saybrook.» Adopté j)ar loules les églises du Conueclicul et révolu de la saricliou légale, il servit pendant maintes années comme code de la foi et de la discipline. Souvent amendé par la législature, ce plan a subi dans la pratique bien des modifications, et il ne saurait fournir à lui seul une idée complète du système ecclésiastique du Connecticut.
Voici quelques données au moyen desquelles mes lecteurs pourront, je i)ense, comprendre le congrégatiotialisme actuel de la Nouvelle-Angleterre.
1 . D'après ce système, l'église ne forme pas un corps organisé à la manière des corps politiques, c'est une simple congrégation de fidèles, réunis dans le but exprès et unique de rendre un culte à Dieu et de resserrer les liens de la communion fraternelle. Pour arriver à cette notion, il a fallu s'arrêter au sens littéral et primitif du mot grec £///.>.ri(Tta, ou du mot latin cœtus.
Dans le système papiste, l'universalité des chrétiens forme un seul corps visible et organisé, avec ses magistrats, son pouvoir central et son chef sur la terre. Répudiant celte idée, les premiers réformateurs attribuèrent à chaque église nationale une existence indépendante; et, considérant chacune de ces églises comme faisant une unité organique, ils lui supposèrent quelque pari une autorité qui avait le droit d'imposer ses lois à l'ensemble : là c'était le clergé, ici les troupeaux, ailleurs le gouvernement civil. Les congrégalionalisles rejellent également l'église universelle des papistes, et les églises nationales que la ré-