‹ La religion aux États-Unis d'Amérique (volume 2)Chapitre 70 sur 167 · CHAPITRE Xll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xll

Nqus avons d'abord l'église dite associée, puis l'église réformée-associée, enfin l'église réformée-presbytérienne; trois communions qu'on désigne aussi quel(|uefois sous le nom d'églises de la sécession d'Ecosse.' Fidèles à leur origine, elles ne se composent guère que d'Ecossais et d'Irlandais. La première et la troisième étaient primitivement des. branches détachées des églises d'Ecosse qui avaient rompu leurs liens avec l'Etat; et la troisième est née des tentatives infructueuses qu'on a faites pour réunir les deux autres. Voici en peu de mots toute leur histoire.

L'an 1733, les révérends Ebenezer Erskine, Alex. Moncrieff, Willam Wilson et James Fisher, se retirèrent de l'église nationale d'Ecosse, où ils exerçaient leur ministère. Le motif de leur retraite, ou sécession n'était point qu'ils se trouvassent en désaccord avec la doctrine, ni avec la discipline de leur église, mais ils avaient à cœur de protester contre des instilu-

1 Les Seceders d'Ecosse, ou chrétiens de ]& sécession, se distinguent, par ce titre, des Disseniers, ou dissidents proprement dits. Ce qui donna4)aissance à leur église fut en effet plutôt une retraite qu'une séparalion. Ils conservèrent la doctrine, le culte et la discipline de l'église nationale, moins l'union avec l'Etat. En somme, ils firent, il y a un siècle, précisément ce que vient de faire, à l'applaudissement général des chrétiens, l'église libre d'Ecosse. [Traducteur.)

lions qui les compromettaient l'une et Tautre. Quelques minisires s'étant encore joints à eux, ils organisèrent un presbytère sous le nom de presbytère associé, et bientôt leur association devint une des provinces les plus importantes du royaume de Christ en Ecosse.

Dix-sept ans après l'acte de sécession dont je viens de parler, des colons écossais, résidant en Pensylvanie, s'adressèrent au synode associé pour en obtenir des pasteurs qui vinssent leur distribuer le pain de vie. On leur envoya donc, en 1753 et 1754, deux ministres, MM. Gellatly et Arnot, avec pouvoir de former d'autres églises, de consacrer des ministres et de constituer un presbytère. Les travaux de ces dignes frères furent couronnés de succès; ils organisèrent bientôt plusieurs congrégations et formèrent un presbytère dans la portion orientale de la Pensylvanie. Et comme il leur vint d'Ecosse quelques collègues encore, ils étaient au nombre de huit ou dix à l'époque de la révolution. Mais, en 1782, on fut obligé d'en destituer deux, quelques autres se joignirent à plusieurs ministres de l'église presbytérienne réformée pour se constituer en église réformée-associée, et il résulta de tout cela que les pasteurs de I'Eglise associée, celle qui nous occupe, se retrouvèrent à leur nombre primitif de deux seulement.

Cependant ces deux ministres et leurs congrégations ne perdirent pas courage. Soit par des recrues d'Ecosse, soit par le zèle qu'ils déployèrent a former des jeunes gens pour le ministère, ils comptaient, en

236 r.A HKLIGION F.N AMKRIOIIR. IIV. VI

1801, quatre presbyU'ires , dont les députés se réunirent cette année même en Synode Associé de l'Amérique du Nord , et dès cette époque ils tiennent chaque année leur assemblée synodale. Si je ne me trompe , le nombre de leurs presbytères a maintenant quadruplé, et ils s'étendent au loin dans l'Est, le Sud et l'Ouest. Suivant un rapport assez récent, ils ont

plus de 200 c'glises.

plus de 100 ministres, outre deux missionnaires dans l'île de la Trinité, et environ 15,000 communiants.

A dix-huit milles de Piltsburg, dans laPensylvanie, ils possèdent une école de théologie où se trouveni de vingt à vingt-cinq étudiants, sous la direction de deux bons professeurs.

Cette église a pour organe auprès du public le Moniteur religieux, journal mensuel qui a de la valeur.

Les doctrines de l'église associée sont celles du plus pur calvinisme ; son organisation est toute presbytérienne. Elle a eu dans son clergé des hommes fort capables.

Il s'est passé depuis peu au sein de celte église quelque chose de semblable à ce qu'on a vu dans la grande église presbytérienne des Etats-Unis. D'où il suit qu'il y a maintenant deux synodes indépendants l'un de l'autre pour l'église associée. Le plus petit ne compte encore que 15 ministres.

Église associée-réformée. Cette église doit son existence, ainsi qu'on vient de le voir, à l'essai qui se fit

en 1782, de réunir en un seul corps lepelil nombre d'églises associées el réfof'mées presbytériennes qui se trouvaient alors aux Etats-Unis. Mais comme il n'y eut nulle part l'unanimité nécessaire . tout ce que l'on gagna par cette tentative, ce fut de créer une troisièm.e église aux dépens des deux autres.

L'église associée réformée fil de rapides progrès. A (]uelle dislance en effet n'est-elle pas maintenant de 1782, avec ses quatre synodes, dont le plus considérable est dans l'F^lat de New-York, avec son séminaire théologique de New-Burgh, séminaire qui a trois professeurs et une vingtaine d'étudiants, et de plus celui de Pittsburg, où les élèves sont aussi nombreux, <luoiqu'il n'y ait encore qu'un professeur.

Pour la doctrine et la discipline, cette église ne diffère pas sensiblement de la précédente; seulement, les associés se tiennent plus à part des autres communions, ils n'ont pas d'autres chants d'église que les psaumes de David selon la version de Rouse, et ils conservent scrupuleusement la coutume de célébrer, avant lacomujunion, un jour de jeûne et d'actions de grâces, etde [irendre la cène assis autour d'une table.

500 églises au moins.

165 ministres.

26,000 communiants.

Il y a vingt ans qu'une partie des membres de celle église se joignirent aux presbytériens proprement dits. Parmi eux il faut noter le docteur John M. Mason, qui fut pendant la majeure partie de sa carrière un de

î^ I A KKLKJION EN AWRIUQUE. IJV. VI

leiirs minisires les plus distingués, el ils en ont beaucoup de fort respectables.

Le, Magasin ('hrètien, journal nncnsuel, se publie sous les auspices des associés réformés.

A chacun de leurs synodes Se rattache une société en faveur des missions domestiques. Pour ce qui est des missions chez les païens, ils se rattachent au conseil presbytérien de l'assemblée générale.

L'église presbytérienne réformée, ou du Covenant, coniprend :

94 églises.

S7 ministres consacrés 10 licenciés.

20 étudiants en ttiéologie.

10,300 communiants.

Cette classe de chrétiens descend des presbytériens écossais qui, eu 1688, ne voulurent pas reconnaître l'organisation érastienne,^ que la révolution imposa à leur église , et qui se séparèrent non-seulement de l'église, mais en quelque sorte de l'État.

Ce qui les caractérise, c'est leur adhésion rigide aux doctrines de la confession de foi de Westminster, au grand et au petit catéchisme de l'église d'Ecosse. Ils demeurent aussi fermement attachés au « Covenant national i> et à la « Ligue solennelle » de leurs pères, estimant que ces actes conservent toute leur valeur, hors même des limites de la Grande-Bretagne. Eu

^'^L'eraslianisme est l'hérésii' qui attribue à l'Etat le gouvernelîiént de l'Èglisé. ( Traducteur. )

conséquence, ils soutiennent que les peuples qui jouissent du bienfait de la révélation sont tenus d'y conformer leurs institutions politiques; et partout où la Bible est connue, ils refusent de prêter serment aux Etats qui ne reconnaissent pas le Seigneur JésUs- Christ pour leur roi, et la Bible pour la loi suprême du pays.

Cependant leur opposition aux lois civiles n'a rien d'insurrectionnel. Ils n'emploient d'autres armes que le raisonnement et la prière. Vivant paisiblement avec tout le monde, ils s'intéressent au bien de la société, se conforment à l'ordre eu ce qui est juste, et supportent patiemment les charges que la providence de Dieu leur impose. Dans la dernière guerre que les Etals-Unis eurent à soutenir avec la Grande-Bretagne, personne ne se montra mieux que les presbytériens réformés.

Dès l'an 1752, ils eurent quelques congrégations dans l'Amérique du Nord ; mais, soit par la défection de quelques-uns de leurs ministres, soit par la distance où ils vivaient les uns des autres, ou enfin par suite des troubles de la révolution , ce fut seulement en 1798 qu'ils s'organisèrent, en fondant à Philadelphie le presbytère réfordié des Etats-Unis de l'Amérique du Nord.

En 1807, ils publièrent une déclaration de principes, à laquelle ils donnèrent le nom de témoignage^ ou étproiestaiion, parce qu'ils y rendaient témoignage contre les vices de l'organisation politi(iuc du pays, et contre ceux des constitutions des églises qui les

2V0 I.A RKI.IGION EN A.XÊHIQIJE. I,IV. VI

cnlourilicnl. Jusqu'en 1830, ils rnainlinreiîl, leur 16niuignage eu se leuant éloignés de la eoiuniuniou des autres églises, en refusant toute fonction civile, en s'abslenant de voter aux élections et en repoussant de leur sein tout propriétaire d'esclaves. Mais à cette époque, leur nombre s'étant considérablement accru, plusieurs de leuis ministres commencèrent à manifester, en doctrine et en discipline, des opinions quelque peu nouvelles pour eux, au sujet des devoirs du chrétien envers la société politique. Ce fut l'origine d'une controverse dite de la nouvelle lumière, qui agita dès lors toute la famille des presbytériens réformés, et se termina par la division du synode en deux synodes rivaux. J.e plus faible des deux est actuellement en pourparlers avec l'église associée, et il y a toute apparence qu'il s'y réunira sous peu.

En attendant, toute celte affaire a singulièrement affaibli le vieux synode. Tandis que bien des ministres partageaient les nouvelles vues, le peuple restait attaché aux anciennes, et il en résulta que beaucoup de congrégations se virent dénuées de pasteurs. Le séminaire de théologie demeura fermé pendant quelque temps, et il ne fut plus question de missions élrangères. Toutefois, les travaux d'évangélisation à l'Ouest ne furent pas interrompus, et maintenant tout va mieux au sein de cette église. Le séminaire d'Alleghany-Town, en Pensylvanie, s'est rouvert. Il a deux professeurs: MM. Willson et Sproull;. quatorze étudiants et une belle bibliothèque. Le synode se propose de fonder cette année même (1844) une mission

à Saint-Thomas, dans les Indes occidentales. Du reste nous avons pour cette section des presbytériens réformés :

50 églises organisées.

33 ministres.

5 licenciés, environ 6,000 communiants. -,

Les synodes des presbytériens réformés d'Ecosse et d'Irlande soutiennent des relations amicales et fraleruôlles avec celui d'Amérique.

Quant au nouveau synode, il compte :

M églises organisées.

24 ministres.

5 licenciés.

8 étudiants en théologie.

4,500 communiants.

Il a cinq presbytères, et, de concert avec le Conseil des Missions étrangères ressortissant à l'assemblée générale des presbytériens de l'ancienne école, il entretient deux missionnaires dans l'Inde. Il ne néglige pas, d'un autre côté, l'œuvre des missions à l'intérieur.

Toute proportion gardée, il n'est pas d'église aux Etats-Unis qui ait eu dans son clergé autant d'hommes remarquables. L'un d'entre eux, Alexandre M'Leod, docteur en théologie, marchait de pair avec les docteurs Mason, Grifîin etDwight.

il. 16

Page 1