‹ La religion aux États-Unis d'Amérique (volume 2)Chapitre 71 sur 167 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

l'église luthérienne.

* Les premiers luthériens qui émigrèrent eu Amérique y vinrent de Hollande et se fixèrent à New-York, vers l'an 1626, c'est-à-dire deux années après l'occupation du pays par les Hollandais. Mais ils étaieliten petit nombre, et, sous la domination hollandaise, ils ne purent exercer leur culte qu'en maison particulière. Lorsque la colonie passa aux mains de l'Angleterre, il leur fut permis d'ouvrir un local consacré au culte public , et ils eurent pour premier ministre .Tacob Fabricius, l'an 1669.

Peu après ces luthériens de Hollande, arriva la colonie suédoise du Delaware. Comme église, elle eut d'abord une certaine prospérité; mais ne recevant pas de la métropole de nouvelles recrues, elle adopta peu à peu la langue anglaise. Or il n'y avait dans son sein aucun ministre luthérien qui pût prêcher en cette langue, de sorte que l'église luthérienne suédoise finit par s'absorber daiîs l'église épiscopale anglicane. Mais sous cette forme même elle a conservé l'ancien nom que lui donnait la charte de sa fondation.

Pour troisième émigration luthérienne aux Étals- Unis, nous avons enfin celle qui sortit d'Allemagne. Ce fut dans la Pensylvanie, l'an 1680, que les colons firent leurs premiers établissements. Cette province

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venait justement d'être concédée à William Penn. De là ils se propagèrent de proche en proche dans le Maryland, la Virginie, l'intérieur de l'Etat de New- York , et, depuis la révolution , dans les États de l'Ouest.

Ce n'est proprement qu'en 1710 que cette émigration commença sur une grande échelle. Elle naquit , ainsi que nous l'avons dit ailleurs, des désastres du Palatinat et de la persécution. Dès lors, elle n'a cessé de nous fournir presque chaque année des colons par dizaine de milliers.

Les premiers émigrants n'amenèrent pas de pasleurs avec eux; mais ils avaient de pieux maîtres d'école qui tenaient des réunions le dimanche, lisaient les Ecritures, le Vrai Christianisme de Arndt et d'autres bons livres. Dans les premiers temps aussi les ministres suédois visitaient ces petits troupeaux épars et leur administraient les sacrements.

Parmi les ministres allemands qui, les premiers, prêchèrent l'Evangile à leurs coreligionnaires d'Amer rique, on peut nommer les révérends Bolzius et Gro— nau. Us remplirent leur ministère auprès d'une colonie que la persécution avait chassée de Salzbourg et conduite en Géorgie. A peu près dans le même temps, d'autres émigrants arrivèrent à la Caroline, où maintenant les églises luthériennes sont fort nombreuses. En 1742, le révérend Henry Melchior Muhlenburg, homme profondément savant, plein de zèle et de bonheur dans ses entreprises, vivifia ces contrées par son activité, et pendant une carrière de cin-

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qualité années, il lui, (.'titre les mains de Dieu, l'ins- Iruinent de grandes bénédictions pour la population allemande; si bien qu'on peut-l'envisager réellement comme un des fondateurs de l'église luthérienne en Amérique.

Cette église , déjh considérable à l'époque de la révolution, eut aussi beaucoup à souffrir de la guerre ; mais dés lors, et surtout depuis l'organisation de son synode général en 1820, elle a fait de rapides progrès. On peut s'en convaincre par le résumé suivant, que me fournit l'Almanach luthérien de 1843, et sur l'exactitude duquel on peut compter :

423 ministres et licenciés.

l,37i congrégations.

446,303 communiants.

Outre leur synode général, les luthériens ont 19 synodes provinciaux; 12 d'entre eux se rattachent au synode général. Ils comptent 4 séminaires théologiques, un collège et 4 écoles classiques; une maison d'orphelins, une société d'éducation, une société de missions étrangères, une autre pour la publication de bons livres. Pendant l'année 1841 , l'église luthérienne s'est accrue de 58 ministres, de 9,022 nouveaux membres par la confirmation, et de 9,000 par l'émigration: il y eut 17,776 enfants et adultes de baptisés. Trois synodes nouveaux, l'érection de 76* temples, et l'organisation de 88 églises, complètent le tableau des progrès de cette même année.

Ce sont des résultats dont il y a lieu d'être infiniment reconnaissant envers l'auteur de toutes grâces.

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Je ne connais, pour ma part, rien de plus réjouissant, quand on regarde à l'avenir, que ces progrès de la vraie foi parmi l'immense population allemande qui se presse sur le territoire américain. Le changement qui s'est opéré, sous ce rapport, dans les vingt dernières années, est vraiment merveilleux!

Au nombre des moyens dont Dieu s'est servi, nous devons faire une mention spéciale du collège de Pensylvanie, près de Gettysburg. Soutenu par la législature de l'Etat, dont il reçoit 10,000 dollars par an, cet établissement a 5 professeurs habiles, outre le directeur ou président, et environ 150 étudiants. Il est d'ailleurs sous le patronage du synode général. A côté du collège, un séminaire théologique a 3 professeurs, et de 20 à 30 élèves. Il n'eut d'abord qu'un professeur, le révérend Samuel Schmucker, docteur en théologie. Fondé par lui en 1826, ce séminaire a facilité les études à plus de 150 jeunes gens. L'établissement est extrêmement bien situé ; il possède une très-bonne bibliothèque, dont les livres, pour la plupart, ont été recueillis en Allemagne par le révérend docteur Benjamin Kurtz. Outre l'école théologique de Gettysburg, les luthériens en ont trois autres,* où 61 élèves faisaient leurs éludes en 1841. A cette même époque, les collèges et académies appartenant aux luthériens comptaient 115 jeunes gens qui se préparaient à entrer dans les séminaires.

Parmi les hommes distingués que cette église a

'Voir hv. IV, ch. 18.

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fournis, je nommerai les révérends Bolzius, Gronau, deux Muhlenbiirg, Kunze, Schmidt, Kurlz, Helmuth, Melsheimer, Lochman, Schœtter, Shober, Geissenhainer, Schmucker (le \)(\re du professeur). Un grand nombre de ces minisires du temps passé durent à Tins, titutde Franke, à Halle, leur développement scientifique et religieux. Cette école célèbre est en quelque sorte la mère des églises luthériennes dans une bonne partie des Etals-Unis ; et il faut dire que ses filles ne l'oublient pas. En 1814-^ elles s'empressèrent de venir à son secours en lui faisant passer un subside de 2,334 dollars.

Les luthériens d'Amérique professent au fond les mêmes doctrines que leurs frères évangéliqucs qui sont en Europe : « La trinité en Dieu, la divinité éternelle du Seigneur Jésus-Christ, la totale dépravation du genre humain, l'expiation par le sang de Christ et ses mérites infinis, la justification gratuite pour l'amour de Christ par la foi, la Parole et les sacrements moyens de grâce, le jugement à venir, une vie éternelle et bienheureuse pour les justes , et une misère éternelle pour les méchants. » Quant à l'élection , à la prédestination, etc., chacun sait qu'ils sont plutôt arminiens que calvinistes.

L'église luthérienne d'Amérique se sert d'une liturgie courte, mais excellente. Cependant les ministres sont libres d'en faire usage ou non. Elle observe quelques jours de fêtes, savoir Noël, le Vendredi- Saint , Pâques, l'Ascension et la Pentecôte. Comme les épiscopaux et les réformés allemands, elle admi-

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