CHAPITRE m
LES UMTAIRES.
On s'étonne beaucoup en Europe que les doctrines unitaires ou sociniennes aient pu se produire et se propager dans la terre sainte des puritains, comme il n'est que trop sûr qu'elles l'ont fait. Je me crois, en conséquence, obligé d'expliquer ce phénomène avec tous les détails que comporte la nature de cet ouvrage.
Pour le comprendre, il faut d'abord que le lecteur se fasse une juste idée des principaux usages ecclésiastiques des puritains et des dogmes fondamentaux de leur foi.
Les puritains croyaient que l'homme est, par sa nature, destitué de toute piété véritable; que son développement naturel se fait dans le péché, et que nul ne devient religieux sinon par le changement entier de ses pensées habituelles , de ses affections et de sa conduite, changement dont ils voyaient la source surnaturelle dans l'opération spéciale du Saint-Esprit. Ils estimaient ensuite que, pour l'ordinaire du moins, les hommes vraiment pieux ont la conscience de ce qui se passe en leur âme lorsque ce changement s'effectue, et qu'ils sont à même d'en rendre compte , bien que peut-être ils ignorent que ce changement dont ils ont la con^science soil ce ([u'on appelle la régénération.
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Et s'il se peut que leur conversion s'effectue sans qu'ils en aient la perception intérieure, il ne se peut toute- Ibis que, plus tard , ils n'en reconnaissent les effets. Ces expériences de la grâce de Dieu sont précisément . ce qui les dislingue de l'homme irrégénéré, et ils doivent être en état de les raconter à leur tour. Il est des individus que le Saint-Esprit régénère dans leur enfance, et il est permis d'espérer que c'est là ce qui arrive à ceux qui meurent avant d'avoir pu profiter des moyens extérieurs de la grâce. Si, convertis dès leur bas âge, ils parviennent, au contraire, à la maturité, sans doute qu'ils ne se souviendront pas des circonstances de leur conversion, mais ils auront infailliblement la conscience de leur amour pour Dieu et pour la sainteté, de leur repentance, et en général des développements de leur piété; et il est manifeste qu'ils doivent pouvoir rendre compte de tout cela. Les puritains établissaient, en conséquence, que le pécheur converti , arrivé à l'âge de raison , possède une expérience chrétienne dont il peut parler, et d'après laquelle les gens pieux qui l'écoulent déterminent son état spirituel. Et si sa conduite de tous les jours est en harmonie avec le témoignage intérieur de sa conscience, alors, mais seulement alors, on doit le tenir tout à fait pour un homme de Dieu.
Une église, selon la définition admise par eux, une église est une société de personnes fidèles, qui, ayant convenu de se réunir en congrégation pour rendre à Dieu un culte public et s'édifier mutuellement, manifestent que telle estbien leur volonté, en s'assetnbianl
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ré^uli<^rement dans un m<^mc lieu el en se soumettant religieusement iiV ordre divin qui y est établi.* Cette soumission religieuse s'entend d'une soumission volontaire, fondée sur des motifs tout spirituels; puis il ne faut pas oublier que les puritains accordaient le nom de fidèles aux individus seuls qui, étant régénérés, avaient la véritable foi, source du salut.
Par un effet de ce principe , il fallait, pour devenir membre d'une église , en faire soi-môme et volontairement la demande ; mais s'il eût suffi de cette formalité , l'église eût été exposée à voir dans son sein des hommes méchants, étrangers à la connaissance el au sentiment du devoir. Avec de tels hommes, le congrégationalisme, comme forme ecclésiastique, était impossible. Les récipiendaires devaient donc fournir la preuve qu'ils remplissaient certaines conditions; il fallait qu'ils rendissent compte de leurs expériences chrétiennes; après avoir fait cela d'une manière satisfaisante , ils étaient proposés à la congrégation , et au bout de quelque temps, celle-ci prononçait ou refusait l'admission ; c'est à ce moment que le candidat cuntraclàit alliance avec l'église et avec Dieu.
Sur quoi il importe d'observer que, au point de vue puritain, la conversion se prouve et ne se suppose pas. Tout homme étant né dans le péché , si quelqu'un ne donne pas des signes évidents de repentance , il y a présoniption légale en quelque sorte qu'il est encore dans ses péchés. Les puritains traitaient donc d'irré-
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générés les individus qui ne fournissaient pas de preuves de leur régénération; jusque-là, ils les classaient parmi ceux qui doivent ou se convertir ou périr.
Or, à l'époque de la colonisation de TAmérique , et au sein de la chrétienté tout entière, on privait absolument des droits politiques, et les juifs , et les turcs, et les païens et les excommuniés : il fallait nécessairement appartenir à la communion de l'église établie. On adopta dans la Nouvelle-Angleterre le même principe , mais il y produisit des effets tout autres qu'ailleurs. Comme les églises ne recevaient à leur communion que les régénérés, il restait eu dehors un grand nombre d'individus contre la moralité de^^quels il n'y avait rien à dire, etmême des hommes très-orthodoxes; mais par cela même que leur orthodoxie ne paraissait pas assez vivante pour qu'on les admît à la Cène, ils se trouvaient, par le fait, déchus aussi des droils du citoyen , puisqu'ils ne pouvaient ni exercer la magistrature, ni prendre part aux élections.
Produit du sol anglais, le système puritain ne prit tout son développement qu'après sa transplantation en Amérique. Ce fut Tannée 1648 qu'on l'y formula nettement , et qu'il fil règle pour les chrétiens de la Nouvelle-Angleterre. Mais en 1662 les opinions s'étaient déjà tellement modifiées que , de l'avis du synode général, on adopta un système de juste-milieu, d'après lequel les individus baptisés dans leur enfance furent envisagés comme membres de l'église à laquelle leurs parents appartenaient. Il fallait bien toujours, pour les admettre à la Cène, qu'ils parussent régénérés;
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mais, d'un autre C(5lé, lorsque, arrivés à l'âge de raison, ils faisaioni, une déclaration publique de leur foi, en promettant de se donner au Seigneur et de se soumettre au gouvernement de Christ dans son église , ils acquéraient dès ce moment le droit de faire baptiser leurs enfants. Il faut dire aussi qu'ils s'engageaient à les consacrer au Seigneur, et, de plus, que si la vie des jeunes gens , une fois baptisés , devenait immorale , on ne leur permettait pas de ratifier l'alliance. Quoi qu'il en soit, c'était une véritable révolution ; pour devenir membre de l'église , on n'avait plus à faire preuve de sa piété, mais c'était l'église qui devait convaincre le candidat , ou de mauvaises mœurs ou d'hérésie. Du reste, comme le synode n'avaitqu'un pouvoir consultatif, sa décision ne fut pas universellement adoptée par les congrégations de la Nouvelle- Angleterre.
Il restait encore un pas à faire , et il se fit. L'an 1704, le vénérable Sloddard, comme on l'appelle, avoua l'opinion oii il était que les irrégénérés devaient participer à la cène du Seigneur; et trois ans après , il publia un sermon qui justifiait cette doctrine. A ses yeux, la sainte Cène est un moyen de régénération. Les hommes mêmes qui s'estiment non convertis et que l'église envisage comme tels , sont tenus de l'utiliser dans l'intérêt de leur conversion spirituelle. Il est d'ailleurs impossible de distinguer les régénères de ceux qui ne le sont pas; pour admettre les uns et exclure les autres, il faudrait avoir un discernement des esprits qui nous est refusé. Telle fui la Ihèse que
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soutint Stoddard. Apràs une assez courte controverse, celle doctrine finit par être généralement admise dans les églises qui avaient accueilli le système mitigé dont je parlais tout à l'heure; d'oii il résulta que les règles et les principes d'admission furent entièrement renversés. L'église dut recevoir à sa communion tous ceux qu'elle ne pouvait accuser d'hérésie ou d'immoralité.
Sloddart était un calviniste prononcé, et toutefois son système favorisait grandement l'arminianisme. 11 enseignait aux impénitents que, pour obtenir la grâce qui sauve, ils avaient quelque chose à faire avant de se repentir. En communia il, le pécheur irrégénéré se flattait de marcher dans la voie môme que Dieu avait préparée pour des hommes tels que lui. En conséquence, il ne lui venait pas à l'esprit d'envisager son état actuel comme funeste en soi, et il entretenait le vague espoir que Dieu ne le retirerait pas de ce monde, sans l'avoir aupara\ant préparé pour le ciel. Ajoutez à cela l'opinion devenue populaire qu'il n'y avait pas moyen de discerner, par leurs expériences personnelles, le régénéré d'avec l'irrégénéré ; et vous comprendrez comme tout ce système était de nature à endormir les consciences.
Vinrent enfin les travaux du grand Edwards et le réveil de 1740, dont il fut le principal instrumenl. Edwards était petit-fils de Stoddard et son successeur à Nortbampton. L'arminianisme poursuivait ses conquêtes, et avec lui s'augmentait le nombre de ceux qui croyaient pouvoir faire quelque chose pour le ciel , bien qu'encore dans l'impénilence. Edwards
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pr^'^cha une suite de sermons sur la justiricalion par la foi, et sur queUjues sujets analop!;ues. CV^lait en 1735, et les efl'els de ces prédications s'étendirent de Northamplon k grand nombre de villes du Massachusels et du Connecticut. Dans le réveil qui eut lieu, la plupart des convertis savaient parfaitement analyser ce qui s'était passé dans leur âme; on les voyait convaincus de péché, soumis à Dieu et pleins de confiance en Jésus-Christ, seul et loul-puissant sauveur. Il y eut là de quoi ébranler la thèse deStoddard sur l'impossibilité prétendue de distinguer les régénérés d'avec ceux qui ne le sont pas. Les ministres comprirent qu'il fallait travailler à produire des conversions évidentes par leurs effets. Les individus qui n'avaient aucun signe de leur conversion , commencèrent à craindre d'être encore irrégénérés. A la demande qu'on lui en fit, Edwards écrivit le récit de ces «conversions surprenantes,» et on l'imprima à Londres, avec une préface des docteurs Watts et Guise. Réimprimé k Boston, ce livre eut un nombre considérable de lecteurs et fit une grande sensation des deux côtés de l'Atlantique.
Dans les réveils subséquents, réveils dont nous avons donné l'histoire abrégée, on obtint toujours les mêmes résultats en partant du même point de vue. Whitfield, entre autres, consacré en 1736 et arrivé à Boston l'an 1740, insistait fortement sur la doctrine de la régénération. Avec les anciens puritains et avec Edwards , il croyait que f homme est né dans le péché, et que, s'il n'y a preuve du contraire, on doit envisager chaque individu comme appartenant au péché
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et comme héritier de la perdition. Cette doctrine avait eu constamment de nombreux et de notables adhérents au sein du cle.rgéetdes églisesde laNouvelle- Angleterre ; et chez la plupart de ceux qui ne la recevaient pas, il y avait plutôt oubli qu'opposition. Or, voici qu'à l'époque de Whitfield et d'Edwards, on l'entendit proclamer avec une force nouvelle. Chacun sait quelle était l'éloquence du premier de ces prédicateurs; et celle d'Edwards, quoique d'un autre ordre, n'était pas moins puissante ni moins propre à produire des effets permanents. D'ailleurs, ils ne se trouvaient pas seuls. Ils eurent pour associés dans cette grande œuvre , bon nombre de pasteurs fidèles de la Nouvelle-Angleterre, entre autres les deux Tennent.
Partant de la vérité généralement admise que la régénération du pécheur a ses signes caractéristiques, ils s'adressaient à ceux en qui ce changement n'était pas manifeste, non comme à des chrétiens qui n'ont besoin que d'instruction, mais comme à des ennemis de Dieu et de la justice, comme à des pécheurs impénitents, obligés de se convertir, s'ils ne voulaient aller à la perdition. Ce fut par milliers que, à l'ouïe de cette prédication , les âmes se réveillèrent de leur sommeil et se tournèrent vers le Seigneur. Un grand nombre de gens furent ajoutés aux églises, et parmi ceux qui ieur appartenaient déjà, il y en eut une multitude dont le cœur connut enfin le vrai repentir.
Mais tout cela ne se fit pas sans résistance de la part de ceux qui voulaient qu'on opinât favorablement de quiconque ne s'était flétri ni par l'hérésie ni par une
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vie scandaleuse. Là où l'on s'élail relâché dans les condilions d'admission à la sainte Cène, on s'irrila contre les prédicateurs dont tout l'effort se portait à démontrer ce qu'il y a de futile et de funeste en des espérances qui ne se fondent finalement sur quoi que ce soit. On leur reprocha ce qu'on appelait leur esprit de condamnation; on les accusa de manquer de charité ; on prélendit qu'ils usurpaient le droit que Dieu s'est réservé, celui de juger les cœurs; en un mol , c'étaient des fanatiques qui se plaisaient à troubler sans nécessité la paix des chrétiens. Tel fut le langage des membres du clergé qui inclinaient vers l'arminianisme, et celui de leurs sectateurs et de bien d'autres encore. Sur quoi je dois convenir que plusieurs des conducteurs du réveil méritèrent quelques-uns de ces reproches; et certes leurs ennemis ne se prévalurent que trop de leurs fautes , pour contrecarrer et arrêter enfin ce beau mouvement.
Dès les premières années, Edwards vit avec tant de clarté ce qu'avait de défectueux le système d'admission à la Cène introduit par son aïeul , qu'il ne put se décider à le suivre plus longtemps. C'est ce qui lui fît publier son Traité sur les qualités requises chez un communiant, et, par un effet du changement survenu dans ses opinions , il donna sa démission en 1750. Cependant sa doctrine était soutenue par d'autres que par lui. Elle se répandit rapidement chez les hommes du réveil , et maintenant il n'est aucune église congrégationnelle de la Nouvelle-Angleterre qui ne la reçoive et ne la pratique, à l'exception toutefois des unitaires.
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Je ne sais si le système de Stoddarl et celui que j'ai appelé du juste-milieu ( half-way covenant) furent abolis par une décision expresse ; mais ce qu'il y a de sûr, c'est qu'ils tombèrent en désuétude , et qu'on en revint purement et simplement aux anciens usages des puritains.
Quantaux a'dversairesdu réveil, comme ils n'avaient cessé de crier contre le défaut de charité de ses promoteurs, et de se plaindre du trouble qu'ils excitaient, on les vit épuiser tous leurs efforts pour qu'il en allât autrement dans leurs paroisses, et partout où leur influence pouvait s'étendre. Ils parvinrent à ramener en beaucoup de lieux ce qu'ils honoraient du beau nom de calme et de paix , mais ce qui n'était que de l'indifTérence et de la torpeur. Pour ne condamner personne , ils admirent tout le monde à la Cène, sauf en cas de scandales éclatants dans la doctrine ou dans la vie ; et voilà comment se forma le trait caractéristique, l'élément fondamental de l'unitarianisme américain. Éviter tout ce qui peut éveiller l'intérêt d'un homme sur son état spirituel ou sur celui des autres, c'est ce que veulent par-dessus tout les unitaires.
Avec cette disposition d'esprit bien arrêtée, tout le reste vint en son temps de la manière la plus aisée et la plus naturelle. Quand ou fait consister sa religion à ne juger personne et à espérer bien de tous dans tous les cas , on ne saurait s'opposer avec beaucoup de vigueur à l'altération de la foi , ni surveiller avec beaucoup de sollicitude les empiétements de l'erreur. Alors aussi, il faut un système de doctrine qui n'ait rien d'à-
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larmanl ni (rinqiii(''taiit pour les hommes du parti. La révolte (lu genre humain contre Dieu et le salut purement gratuit, la nécessité d'une expiation par le san"; de Christ et d'une régénération opérée par l'influence spéciale du Saint-Esprit; ces doctrines qu'Edwards et d'autres avaient prôchées, et qui avaient produit tant de mouvement dans les consciences, devaient donc ôtre mises de côté. Il s'agissait pourtant d'éviter toute controverse, attendu que la controverse aurait pu faire quelque sensation. On laissa donc oublier peu à peu que le Fils et le Saint-Esprit ont quelque chose d'important à accomplir dans l'œuvre du salut , et l'on en vint insensiblement à faire comme s'ils n'existaient pas du tout. C'est ainsi que l'unitarianisme eut un parti longtemps avant que les doctrines en fussent ouvertement avouées, et, selon toute apparence, longtemps avant qu'un certain nombre de personnes les eussent systématiquement accueillies.
Telle étant l'origine de cette hérésie, il n'est guère possible, on le conçoit, de décrire les phases de son développement. Les chefs du réveil de 1740 affirmaient qu'alors déjà lesocinianisme existait dans le pays. On repoussa leur assertion comme calomnieuse; mais les unitaires de nos jours reconnaissent, sans se faire presser, que plusieurs des individus qui dirigèrent l'opposition, étaient bien véritablement unitaires, ou qu'ils le devinrent peu après. L'erreur, toutefois , ne fit pas à cette époque des ravages fort étendus. La plus grande partie de ceux qu'on donne comme ayant formé le parti libéral, n'étaient qu'arminiens, ou tout au plus
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pélagiens ; il yen avait même parmi eux qui appartenaient décidément au calvinisme.
Les circonstances politiques de nos colonies, depuis 1744 à 1783, permirent au mal de se propager à petit bruit. Ce ne fut pas cependant sans qu'on s'en aperçût d'aucune sorle.L'an 1768, le révérend docteur Hopkins, ayant prêché à Boston sur la divinité de Jésus-Christ, publia son sermon, pour répondre, dit-il, à un besoin du moment; et de loin en loin, nous avons quelque fait de ce genre.
La première congrégation qui arbora franchement l'unitarianisme , fut celle de King's Chapel à Boston. C'était une église épiscopale. Se trouvant sans pasteur, elle employa comme lecteur M. Freeman , connu plus tard sous le nom du docteur Freeman. En 1785 , trois ans après qu'il eut été appelé par cette congrégation, il parvint à faire admettre une liturgie révisée , d'oiî l'on avait retranché la doctrine de la trinité. S'élant inutilement adressé à quelques évêques américains , pour obtenir d'eux l'ordination , il fut consacré en 1787 par les marguillers, ou anciens de la paroisse. Pendant plusieurs années, il entretint une correspondance suivie avec les unitaires de la Grande-Bretagne, servant d'inlermédiaiie entre eux et les personnes qui , en Amérique, adhéraieni secrètement à leur doclrine.
Ce fut aussi à Boston, en 1803, que parut le premier écrit unitaire sorti de la plume d'un Américain. Je veux parler du traité de M. Ballon sur l'expiation. M. Ballon était pasteur de la société universaliste de
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Boston. Mais il l'aul savoir que Yimiversalismc en Aiîu'iriquc,esl autre cliose que ce qu'on appelle de ce nom en Europe. Chez nous, il consiste à croire que les ôlres intelligents , hommes et démons (à supposer qu'il y ail des démons), seront tous sauvés. Quelques universalisles pensent que, à leur mort, tous les hommes entrent dans le ciel, d'autres, qu'une partie d'entre eux subiront dans l'enfer, ou plutôt dans un purgatoire, une punition dont la durée seraproporlionnée au nombre et à la gravité de leurs crimes, mais , quoi qu'il en soit, une punition temporaire. S'il s'est trouvé parmi les partisans de cette doctrine des hommes dignes de respect par leur savoir et leur moralité, toujours est-il que c'est surtout des ignorants et des vicieux qu'elle a été bien accueillie, et l'on ne vil jamais un seul pécheur réformé par elle. Quant à M. Ballou, c'était un homme de quelque talent, mais de peu de science. Ses écrits eurent pour efîél de répandre les opinions unitaires parmi les universalisles.
Après lui un M.Sherman fit, en 1805, unepublication semblable ; mais environ dans le même temps il se vil congédié de sa place de pasteur, el peu d'années ensuite il abandonna tout à fait le ministère. En 1810, Thomas etNoë Worcester mirent au jour leur «Arianisme modifié ; » c'était dans le New-Hampshire. La même année l'église deCovenlry, Conneciticut, soupçonna de sociniatiisme son pasteur, le révérend Abiel Abbol. Elle porta celle affaire devant la consociaiion, et le pasteur fut congédié.
Juscju'alorsil n'y avait, ni à Boston, ni dans les alen-