‹ La religion aux États-Unis d'Amérique (volume 2)Chapitre 97 sur 167 · CHAP. III. UNITAIRES · texte numérisé non relu

CHAP. III. UNITAIRES

tours, aucune église congrégationnelle qui se fût déclarée unitaire. Au commencement de ce siècle, le collège de Harward avait encore un président et un professeur de théologie orthodoxes. Ce fut en 1804, qu'à la mort du professeur Tappan, le révérend docteur Ware lui fut donné pour successeur. Comme on s'occupait de son élection, le bruit se répandit qu'il partageait les opinions unitaires, et, pour le faire nommer, il fallut que ses amis déclarassent que c'était une calomnie. Même eu 1812, à l'élection du président Kirkland, on assure qu'on ne l'aurait pas élu, s'il eût été connu pour un défenseur de l'unitarianisme, circonstance qu'on tient d'un homme qui fait autorité parmi les unitaires.

Il n'y avait non plus alors aucun des pasteurs congrégalionalistes de Boston, ou des contrées voisines, qui eût avoué l'unitarianisme, ni en chaire, ni par la voie de la presse. Cependant la prédication d'un grand nombre d'entre eux en portait une forte teinte ; plusieurs journaux se constituaient les défenseurs de ce système, et l'on importait ou imprimait une masse d'écrits unitaires. Lorsque des ministres orthodoxes devaient prêter leur concours à l'ordination d'un pasteur, on ne souffrait pas qu'ils s'enquissent trop à fond de ses vues théologiques. Diverses circonstances signalaient la présence de l'erreur et les progrès sourds qu'elle faisait, ma!s on manquait de preuves suffisantes contre les individus. En attendant, on prêchait et l'on écrivait avec une force croissante contre l'unitarianisme. LePanopliste, journal mensuel dunl le pre-

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mier numéro parul à Boston en 1806 , til de cet objet son alîairc essentielle ; mais on l'accusait de calomnier le clergé. Cependant, les faits devinreiU bientôt trop nombreux cl trop palpables pour être cachés plus longtemps.

En 1812, Bcilsham ayant publié à Londres la vie do Lindsay, un petit nombre d'exemplaires de cet écrit parvinrent en Amérique. Pendant prés de trois ans, on réussit à les soustraire au public : mais entin le docteur Morse, après plusieurs mois de recherches lu- Iructueuses, en obtint un exemplaire. Ce fut l'éclat d'une bombe. On tira de ce livre des détails sur l'unitarianisnie en Amérique et on les imprima dans une brochure à part. C'était la correspondance des principaux unitaires de Boston, surtout du docteur Freeman, à dater de 1795, ou environ, jusciu'à 1812 ; correspondance où l'on s'exprimait sans détour sur les moyens qu'on mettait en usage pour semer l'hérésie. Dès lors il n'y eut pas moyen de rester dans l'ombre, elquand on se vit démasqué, illallut bien montrer ce qu'on était.

Il est bon dénoter ici les résultats qu'eut celle découverte, sous le rapport ecclésiastique proprement dit. Chaque église congrégalionaliste , c'est-à-dire chaque congrégation de fidèles formant association, dirige ses propres affaires sans ressortir à aucune aulorilé terrestre. 11 était donc impossible d'obliger une congrégation devenue infidèle , à renvoyer son pasteur unitaire. D'autre part , les pasteurs et les troupeaux demeurés orthodoxes avaient la pleirie li-

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berlé de rompre toute relation chrétienne avec ceux qui ne leur inspircaient plusde confiance. Aussi vit-on les ministres orthodoxes refuser leur chaire à ceux qu'ils estimaient entachés d'unitarisme; ils ne voulurent plus siéger avec eux dans les conférences ecclésiasti- ({ues, ni en aucune manière les reconnaître pour des ministres de Christ. Cet état de choses , toutefois, ne se forma qu'insensiblement. Bien des orthodoxes répugnèrent longtempsà qualifier d'unitaire tel ou tel pasteur de leur voisinage; d'autres, par manque d'énergie, évitaient de prendre un parti, voulant demeurer en bons termes avec tous. Mais à la longue les différences se tranchèrent de plus en plus, et la séparation complète s'opéra sans qu'il y eût d'excommunication prononcée de part ni d'autre. Maintenant, il n'y a plus qu'un seul lien qui unisse les unitaires et les orthodoxes : c'est une caisse en faveur des veuves des ministres. Chaque année la convention générale des pasteurs congrégationaiistes se réunit eu session, mais c'est dans le but unique de régler les intérêts qui se rattachent à celte fondation, riche d'environ 100,000 dollars.

Lorsqu'on eut publié les révélations contenues dans le livre de Belsham , on acquit la cerlitude que toutes les églises congrégationnelles de Boston étaient devenues unitaires, à l'exception de deux seulement: celles de Old-South et de Parkslreel. La dernière avait été réceniment fondée par quelques Irinitaires zélés. On estima d'abord à soixante-quinze le nombre des églises unitaires de la Nouvelle-Angleterre, presijue II. 20

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lou les dans laparlie orienlaleduMassachusels.Mais de nouvelles découvertes nionlrèrenl que le nombre eu était réellement plus considérable. Le collège de Harward leur apjiartenait presque en entier • et par un changement eneclué dans sa charte, changement longuement discuté, mais brusquement voté par la législature, ils assurèrent à leur parti la direction de cet établissement.

Un grand nombre d'églises du Massachusets possédaient des fonds que les hommes pieux des précédentes générations leur avaient donnés pour l'entretien du ministère et pour les autres frais du culte. L'intention des donateurs fut manifestement d'assurer à leur postérité les services de pasteurs instruits, pieux et orthodoxes; aussi avaient-ils confié ces fonds à l'église et non à la paroisse, parce que î' église ne devait, semblait-il, renfermer jamais que des hommes d'une piété reconnue. En 1818, la majorité de la parois^eavec laquelle l'église de First Church, à Dedham, étaitunie, choisit pour pasteur unniinistre unitaire. L'église refusa de le recevoir. Mais un petit nombre de ses membres s'élant retirés de l'église, acceptèrent pour leur compte le pasteur nommé par la paroisse, et firent un procès à l'église pour qu'elle eût à leur céder les fonds qu'elle administrait. En mars 1821 , la cour suprême du Massachusets prononça un arrêt qui leur donnait gain de cause, établissant en principe que, dans tous les cas semblables, ceux qui marchent avec la majorité de la paroisse sont l'égiise et qu'à eux appartiennent les dotations. C'est par cette décision que

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plusieurs églises se sont vu<3s dépouillées de leurs biens, de leurs temples, de leurs vases sacrés, et beaucoup d'églises unitaires ne doivent pas à autre chose leur existence/

Après une pareille révolution , il n'y eut plus, chez les unitaires, de distinction réelle entre l'église et la paroisse. Les intérêts temporels de l'église furent entièrement au pouvoir de la paroisse, bien que la première continuât de les gérer. D'ailleurs, commeil n'entre pas dans leur esprit que les pécheurs irrégénérés n'appartiennent point à l'église , il était pour eux sans importance de la maintenir distincte du reste de la population. En général, si l'on n'a pas jugé à propos de licencier, pour ainsi dire, les églises, il se trouve par le lait que, dans la plupart des cas, elles n'existent plus; il n'y a plus que la paroisse et le pasteur, et celui-ci administre les sacrements à tous ceux qui le désirent, sans faire aucune différence. Selon quelquesuns de leurs écrivains , il est résulté de là que ces cérémonies sont tombées en assez grand discrédit , et que peu de personnes se soucient d'y participer. Il n'y a donc plus de discipline sur le troupeau ; il n'y en a guère davantage sur les membres du clergé. Si quel- ({ue pasteur mène une vie entièrement immorale, on

' C'est une observation générale qui a été faite et qui est pleine d'instruction; savoir, que l'unitarisme, socinien ou arien, n'importe, ne subsiste en corporation, que dans les lieux où, à défaut du Seigneur Jésus-Christ qu'il renie, il a pour soutien, ou le trésor public, ou des dotations destinées prinfiitivement à soutenir le pur évaiigile. (Traducteur.)

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