‹ La religion aux États-Unis d'Amérique (volume 2)Chapitre 99 sur 167 · CHAP, III. UNITAIRES. 3Ô · texte numérisé non relu

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qu'il se présente , pour le remplacer, un ministre unitaire qui ait quelque talent de prédication.

Comme nous l'avons dit , l'unilarisme dut ses succès à l'aversion que beaucoup de gens éprouvaient pour l'examen de piété qu'on exigeait des candidats. Cependant , on voulait appartenir à une église et célébrer la Cène; rien donc n'était plus simple que de s'agrégera une société qui n'exige aucune confession de foi et n'exerce point de discipline. Il est vrai que les associations qui se constituent sur celte base se dissolvent aussi aisément qu'elles se forment.

Après cet exposé , que nous nous sommes efforcé de rendre aussi bref que possible, nous avons quelques renseignements encore à donner pour qu'on puisse juger de ce qu'est l'unitarisme aux Etat-Unis.

En 1787, il s'était formé une «Société pour propager l'Evangile parmi les Indiens et autres dans l'Amérique du Nord. » Elle fut légalement reconnue par l'Etal du Massachusets, et posséda bientôt un fonds capital de 9,000 dollars. Comme elle se recrutait ellemême et que la majorité de ses membres passèrent à l'ynitarisme, elle finit par tomber entièrement sous la direction de celle secte. Elle emploie maintenant ses revenus à entretenir deux ou trois prédicateurs parmi les restes des tribus indiennes qu'on rencontre dans la Nouvelle-Angleterre.

Il existe en outre une ou deux sociétés peu importantes, qui se trouvent de la même manière entre les mains des unitaires , bien qu'elles n'aient point été fondées par eux. Ils n'ont d'ailleurs aucune organisa-

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lion pour les missions étrangères. Quant ù la Société hihlifiuc, ils y versent quelques contributions; mais le montant n'en est pas connu.

L'Association unitaire américaine est leur principal centre d'activité. Elle a pour objet, selon ses statuts, de « répandre la connaissance du pur christianisme » et d'en soutenir les intérêts dans tout le pays.» Son seizième rapport annuel donne la liste de 117 ecclésiastiques devenus membres à vie par le paiement d'une contribution de 30 dollars. Le nombre total des membres à vie est de 374. Durant l'année expirant en mai 1841, elle a dépensé la somme de 4962 dollars, savoir, environ 80 dollars en sUs de ses recettes. Les frais d'administration s'élèvent aux trois septièmes environ de la somme totale ; ils se composent de 1,800 dollars pour le salaire de l'agent; 100 dollars pour frais de voyages, et 200 pour loyer du bureau de la société.

Cette association a publié 179 traités divers, dont le prix varie de un à six centimes. Durant l'année 1840-41, elle a aidé de ses subsides seize congrégations pauvres : dix dans la Nouvelle-Angleterre , trois dans l'Etat de New-York et trois dans les Etats de l'Ouest. Le secours le moins élevé fut de trente dollars, et le plus considérable de trois cents. Elle a dépensé en outre 570 dollars pour ses missions, dont 530 dans les portions occidentales de la Nouvelle-Angleterre.

L'exiguilé de ces chiffres n'accuse pas la parcimojue, mais l'indifférence religieuse des unitaires. Ceux

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de Boston jouissent en général d'une grande fortune, et ils savent faire de magnifiques donations aux établissements littéraires et scientifiques, comme à certaines institutions de bienfaisance.

Il y a tout lieu de croire que leurs églises renferment quelques individus vraiment régénérés. Ils leur appartenaient avant que ces églises passassent ouvertement à l'unitarisme. S'ils y demeurent, c'est par habitude , par attachement pour les lieux où leurs pères célébraient leur culte , ou par d'autres causes semblables. Elles ont aussi des hommes d'une moralité sévère et presque puritaine, qui, ayant dès leur enfance une grande vénération pour le christianisme, dont cependant ils ne firent jamais une étude sérieuse, demeurent fidèles k leur église devenue unitaire, comme ils y eussent été fidèles si cette même église fût demeurée orthodoxe.

La philosophie des unitaires américains fut d'abord celle de Locke, d'après laquelle toutes nos idées, ou du moins leurs éléments constitutifs, nous viennent par les sens. Leur apologétique chrétienne était naturellement en rapport avec leurs principes philosophiques. Ils croyaient aux miracles, parce qu'il leur semblait souverainement improbable que les apôtres s'y fussent trompés , ou qu'ils eussent voulu tromper les autres. Ils estimaient non moins improbable que les écrits qui portent leur nom ne fussent pas d'eux, ou qu'on eût pu y interpoler le récit des miracles. Ils envisageaient ces prodiges comme un témoignage

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(jue Dieu avuil rendu à la vérilc de l'Evangile, léinoignage de la force duquel les sens étaient juges. Toutefois, ils n'admettaient pas l'infaillibilité des écrits apostoliques, tels que nous les possédons. Les auteurs du Nouveau-Testament, pensaient-ils, ne furent pas inspirés de telle sorte qu'ils fussent à l'abri de toute erreur dans les faits el dans le raisonnement; et ils envisageaient généralement comme des corruptions du texte sacré, les passages les plus décisifs au sujet de la Trinité, de la divinité de Jésus-Christ, ou de la personnalité du Saint-Esprit. La Bible n'était leur guide que dans la mesure où ils jugeaient euxmômes qu'elle dît la vérité. Leur religion consistait donc à conformer ses pensées et sa vie à des principes qui, selon toute probabilité, viennent de Dieu, mais qui nous sont transmis par un livre d'où l'erreur n'est point exclue.

Il y a dans un tel système grande place pour l'imagination et pour le développement arbitraire du sentimentalisme religieux ; mais il n'est pas possible qu'à la longue il satisfasse pleinement une église. Il laisse à découvert des besoins spirituels qui ne manquent jamais de se manifester en bien des âmes. Aussi y a-t-il eu de la part des hommes sérieux d'entre les unitaires, une tendance constante de retour vers l'orthodoxie, et c'est ce qui a mis des bornes à l'accroissement de la secte. A l'heure qu'il est, la ville de Boston compte presque autant d'églises congrégationalistes orthodoxes que d'unitaires, et ceux qui fréquentent le culte orthodoxe sont de beaucoup

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les plus noQibreux. Il en esl de même des contrées voisines.

Il y a peu de temps que le transcendenlalisme allemand fit son apparition parmi le clergé unitaire ; mais il s'y est répandu rapidement. Ses adhérents ne sont pas en général de profonds penseurs ; je ne sais môme s'ils comprennent bien la philosophie qu'ils ont embrassée et les preuves sur lesquelles s'appuient ses Ihéories. Ils se flattent que, par elle, ils n'auroni plus besoin de fonder leur foi et leurs espérances sur des probabilités, dont les plus forles ne sont après tout que des probabilités, mais qu'ils obliendronl une ♦ connaissance inluitive et infaillible de ce qui est essentiel en religion. C'est un beau champ qu'ils ouvrent de la sorte aux rêveries de la pensée, et il y a là de quoi séduire les esprits contemplatifs et en- Ihousiastes.

La discussion publique de ces nouvelles doctrines commença l'an 1836, par un article du Christian Examiner. On y soutenait que notre foi ne saurait s'appuyer sur les miracles; que le récit des miracles, quelque attestés qu'ils soient, ne prouve rien en faveur d'une religion dont la vérité n'a pas été préalablement démontrée ; qu'il faut donc commencer par établir rationnellement la vérilé de la doctrine chrétienne, avant de croire les miracles qui la recommandent à l'attention du genre humain. Les unitaires de la vieille école crièrent à l'incrédulité, attendu qu'on leur enlevait le seul argument par lequel ils soutinssent le christianisme. La controverse se pro-

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lon^rea, iioii sans amertume ; mais la vieille école ne (il lien pour se séparer d'une cause qu'elle envisage pourtant comme celle de l'incrédulité.

L'unilarisme transcendenlal est ouvertement accusé de panthéisme, et il n'est pas douteux que plusieurs de ses publications n'y aboutissent. Quelques-uns de ses défenseurs, marchant sur les traces de Benjamin Constant, prétendent que toutes les religions, depuis le fétichisme jusqu'au christianisme le plus épuré, ne sont qu'un développement, plus ou moins parfait, du sentiment religieux commun à tous les hommes. Dans leur manière de voir, tout individu qui a des pensées religieuses a reçu quelque inspiration divine. Moïse, Minos, Numa et un petit nombre d'autres furent favorisés d'une inspiration au-dessus de l'ordinaire ; Jésus de Nazareth en a reçu une part plus considérable que personne. Ce n'est pas à dire qu'il ait joui de l'infaillibilité suprême, et il ne serait pas impossible que nous n'eussions tôt ou tard un révélateur plus parfait de la volonté divine. Christ n'est d'ailleurs , en aucun sens, le médiateur entre Dieu et les hommes. Pour être vraiment chrétiens, nous devons , sans aucun intermédiaire quelconque, soutenir avec Dieu les relations que Jésus soutint lui-même.

Les partisans de ces doctrines impies les publièrent de loin en loin dans les journaux et ailleurs. Au printemps de l'année 1841, elles furent exposées sans déguisement dans un sermon de consécration à Boston. Plusieurs des principaux ministres unitaires de la vieille école assistaient à la cérémonie et y prirent

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part. On dit que quelques-uns d'entre eux, parlant à leur tour , prononcèrent des paroles où les auditeurs attentifs pouvaient voir un désaveu des doctrines du sermon ; mais ni alors ni plus tard ils ne songèrent à les condamner d'une manière explicite. Cependant il y avait eu parmi les auditeurs trois ministres évangéliques qui avaient pris des notes durant le sermon. Quelques semaines après, ils les publièrent dans plusieurs journaux religieux, en sommant les ecclésiastiques présents à la consécration , de déclarer s'ils envisageaient le prédicateur comme un ministre de Jésus-Christ. L'attention publique s'éveilla. Plusieurs laïques éclairés, appartenant aux unitaires, appuyèrent la demande. Un plus long silence devenait impossible. Les journaux se remplirent d'articles où des ministres unitaires désavouèrent le sermon et déclarèrent que les doctrines en étaient celles du déisme. Quant à la question de savoir s'ils reconnaissaient à l'auteur le caraclère de ministre chrétien, ils l'éludèrent avec une grande habileté. D'autres prêchèrent et écrivirent en sa faveur. Du reste, il n'y eut rien de changé dans sa position ecclésiastique. Quelques-uns de ses collègues se plurent à le justifier publiquement en lui confiant leur chaire. De tout cela résulte que l'aveu formel de doctrines comme les siennes, n'est point un obstacle à ce qu'on appartienne régulièrement au clergé unitaire.

Telle est l'histoire de celte secte. Si l'on me demandait maintenant pourquoi les progrès n'en furent

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pas uitAIl's par l'aulorilô ecclésiastique, ma réponse serait facile.

Dans le Conneclicul, où il n'y eul qu'un ou deux ministres qui embrassèrent l'unitarisme, tandis que l'église demeurait orthodoxe, il fut aisé de couper court au mal , en conjj^édianl ceux qui l'eussent propagé. Dans le Massachusels, les choses durent se passer autrement. La contagion gagna peu à peu et de proche en proche, sans qu'on pût, à l'origine, convaincre personne de la receler dans son sein ; et quand elle finit par se manifester, la majorité des corps ecclésiastiques l'avait contractée. 11 n'y avait alors plus moyen d'écarter de la masse ceux qui pouvaient achaver de la corrompre.

Ce qui sauva la Nouvelle-Angleterre d'une apostasie universelle, ce fut, à en croire les congrégationalistes, leur doctrine sur l'indépendance réciproque des églises. Si le synode de 1662, au lieu d'être simplement consultatif, avait eu autorité sur toutes les congrégations, il leur eût imposé le half-way covenant, ou le système de juste-milieu dont j'ai parlé plus haut; tandis qu'un grand nombre d'églises purent le rejeter.* De même, un demi-siècle après, le synode leur

* Ne serait-on pas beaucoup mieux fondé à dire que, si les pasteurs et les troupeaux de la Nouvelle-Angleterre eussent été unis par un lien plus étroit, l'on eût signalé l'erreur bien plus vite, et qu'on eût pu on arrêter aussi plus aisément les progrès ? C'est comme en Angleterre, où beaucoup d'églises presbytériennes, richement dotées, ont passé au socinianisme ; mais elles n'étaient presbytériennes que de nom ; et, par le fait, elles possédaient une grande indépendance les unes à l'égard des autres.

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eût imposé les principes de Stoddard, principes en vertu desquels on aurait reçu à la Cène les pécheurs irrégénérés; car celle opinion avait pour elle le plus grand nombre el les hommes les plus influents. Et quand Edwards, après le réveil de 1740, proclama de nouveau l'ancienne doctrine sur les qualités requises pour être membre d'une église, s'il y eût eu un pouvoir ecclésiastique central, et lui et sa réformation eussent à la fois succombé. Voyez enfin ce qui se passe en 1815, Au moment où l'unitarisme se montre ouvertement, il a pour lui la majorité des corps ecclésiastiques, et s'il y avait eu quelque part dans ces corps une autorité suprême, toutes les églises eussent subi, et pour longtemps, les doctrines unitaires. Sans doute qu'avec un corps représentatif réunissant les délégués des églises de toutes dénominations, la majorité eût été orthodoxe ; mais les unitaires étaient assez puissants pour rejeter sa juridiction et se suffire à eux-mêmes, comme ils le font maintenant. Supposez enfin que le gouvernement eût possédé le droit d'intervenir, il eût pu empêcher tout au moins une partie du mal. Mais il ne l'eût pas fait; car les principaux pouvoirs de l'Etat se trouvaient alors dans les mains des unitaires, et ils le sont encore, sauf un petit nombre d'exceptions.

L'indépendance mutuelle des églises permit aux plus orthodoxes de retenir la vérité, en théorie et en pratique, tout comme elle facilita les travaux auxquels ils se livrèrent pour la défendre et la propager. C'est par là que l'erreur ne cessa d'être tenue en échec,

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jusqu'à ce que la véi'il6 pûl euliii rallier ses forces et reprendre le dessus. Ainsi penseul les congrégalionalisles.'

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