‹ La religion aux États-Unis d'AmériqueChapitre 10 sur 185 · CHAP. V. LES CHARTES ROYALES · texte numérisé non relu

CHAP. V. LES CHARTES ROYALES

rapport elles sont du plus parfail ridicule. Ainsi, la charte de Virginie, qui, de même que la plupart des autres, accordait une zone s'étendant de l'Atlantique à l'océan Pacifique, comprenait non-seulement les vastes régions où se trouvent de nos jours les Etats d'Ohio, d'Indiana, d'Illinois et de Michigan ; mais, en suivant la ligne de limite du nord et celle du sud, la première se serait terminée à l'océan Paciflque et la seconde à la baie d'Hudson , bien que par les termes de la charte l'une et l'autre dussentaboutiràlamer du Sud, comme on appelait alors l'océan Pacifique.

Les chartes du Massachusets et du Connecticut, pareillement, leur conféraient un territoire qui devait aller jusqu'à la mer du Sud, et il n'était venu à l'esprit de personne que cet octroi empiétât sur celui qu'avaient obtenu les propriétaires de la Virginie !

Ces exemples suffisent pour expliquer les longues contestations qui s'élevèrent entre les colonies au sujet de leurs limites respectives. Plusieurs de ces difficultés subsistaient encore à l'époque de la révolution, et il y a peu de temps seulement qu'elles se sont terminées. Les différends avec l'Angleterre, relativement aux frontières du Maine, provenaient de la même source.

Mais les chartes royales ont été pour nous l'occasion d'embarras et de luttes bien plus graves sous un autre rapport. Chacun sait combien peu elles respectèrent les droits des Indiens. Le pape avait donné l'exemple. Il adjugeait à sou grêles aborigènes avec leur pays, ou, si l'on aime mieux, il adjugeait le ter-

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riloirc sans s'inquiélcr de ses anciens habitants. Les rois d'Angleterre suivirent ses traces, et bien que nos ancêtres, j'entends les Anglais d'Amérique, eussent le sentiment que les Indiens avaient sur ces contrées les droits de premiers occupants, ils purent facilement se persuader que les chartes royales leur conféraient, à eux, un droit supérieur. Les colons n'étaient pas plus à l'abri que les autres hommes de l'influence qu'exerce l'intérêt personnel. Il ne faut donc pas trop s'étonner s'ils mirent tant d'insistance à ce que la population rouge fût expulsée des pays que les chartes leur donnaient et qu'ils étaient habitués à considérer comme leur propriété.

Dans aucun cas, il est vrai, les nouveaux venus ne se mirent en possession du sol sans l'avoir, de manière ou d'autre, acheté des anciens maîtres. Mais, pour les engager à vendre, souvent on employa d'indignes moyens : l'on usa de captation , l'on suborna les chefs et môme on menaça. Yoilà malheureusement ce qui se fit en plus d'une rencontre. Aussi, bien qu'à l'exception des territoires conquis par la guerre, les Indiens aient toujours reçu quelque compensation pour ceux qu'ils cédaient, on ne saurait dire, hélas! que, dans ces transactions, on ail suivi la règle d'or qui veut que nous fassions à autrui ce que nous voulons qui nous soit fait. C'est dans la Pensylvanie et dans la Nouvelle- Angleterre que les choses se passèrent de la manière la plus convenable ; et là même je ne pense pas qu'on ait toujours été parfaitement juste.

Pour tout dire cependant, il faut convenir qu'en

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beaucoup de cas il n'était pas facile de déterminer ce que la justice exigeait réellement. Il s'agissait de sauvages qui erraient en d'immenses contrées sans songer seulement aies cultiver, et qui, même pour leurs chasses, avaient en général plus d'espace qu'il ne leur en fallait. Leur ôter quelques centaines ou quelques milliers de milles carrés ne semblait pas leur imposer de grandes privations, et c'est ainsi que la conscience des colons se tranquillisait. Or, sans prétendre les excuser, il s'agit pourtant de savoir si d'autres à leur place en eussent usé mieux.

Malheureusement aussi l'on peut accuser les colons d'avoir, par leur impatience, suscité de grands embarras au gouvernement central. Ainsi, dans l'affaire de la Géorgie, il y a peu de temps, le congrès avait résolu de traiter avec les Indiens qui habitaientencore cet Etat, afin qu'ils s'en retirassent et que les Géorgiens eussent de la sorte une compensation pour les territoires qu'ils cédaient à l'ouest. Mais il était entendu que le traité se ferait à l'amiable et que, dans aucun cas, on n'userait de la contrainte. Cependant le temps s'écoulait, la population de la Géorgie s'accroissait, les établissements des hommes blancs touchaient ceux des hommes à peau rouge, et l'on pressait vivement ces derniers de vendre leurs terres et de se reculer à l'ouest. Comme ils s'y refusaient avec ténacité, la Géorgie invita le gouvernement central à remplir ses engagements. Celui-ci, tout en activant les négociations, ne cessait de recommander la douceur; mais cela n'empêcha pas que les colons , et indirectement l'Etat

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(le Géorgie lui-môme, ne se laissassent aller à bien des mesures vexaloires. Kiilin l'on vendit à des prix élevés les domaines des Indiens; ils reçurent en outre un territoire au-delà du Mississipi, et je ne doute pas qu'ils n'y soient mieux après tout que dans leurs anciennes demeures.

Pour en finir avec les embarras de cette nature, embarras qui naissaient tous des anciennes chartes, le gouvernement de l'Union , cédant aux instances d'hommes excellents, a pris, il y a quelques années, la résolution de réunir, dans une vaste contrée à l'ouest du Missouri et de l'Arkansas, tous les Indiens épars dans les Etats. Ces contrées, n'étant réclamées par aucun d'eux, furent considérées comme appartenant au domaine public. Là se sont déjà rassemblés les Chérokies, les Chocklaws, les Chickasas, les Crîcks et plusieurs moindres tribus. Bientôt, il n'y aura plus sur le territoire des États-Unis que les Indiens qui , préférant y rester, s'incorporent aux colons et par là même à la république en qualité de citoyens. Je nourris, pour ma part, l'espérance que la grande communauté d'indigènes qui se forme à l'ouest du Missouri et de l'Arkansas constituera tôt ou tard un des Etals de l'Union et enverra ses représentants au Grand-Conseil de l'Amérique du Nord.

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