‹ La religion aux États-Unis d'AmériqueChapitre 11 sur 185 · COLONISATION DE L'INTÉRIEUR · texte numérisé non relu

COLONISATION DE L'INTÉRIEUR

Il s'écoula, comme on a pu le voir, cent vingt-cinq ans depuis la fondation de la Virginie jusqu'à celle de la Géorgie. Les premiers développements des treize provinces coloniales se firent d'ailleurs avec une extrême lenteur. Il fallait dix à vingt ans pour qu'on pût regarder une colonie comme définitivement assise. Celle de Virginie, la plus ancienne, manqua plusieurs fois se dissoudre, et l'on doit vraiment admirer la persévérance des colons, qui, ravagés par les épidémies et les attaques des Indiens, voyaient encore une partie des leurs se rembarquer pour l'Angleterre.

Il n'y avait parmi eux que peu de gens riches. D'ailleurs , ce n'était pas le temps des paquebots somptueux ou des vaisseaux marchands confortablement disposés; en sorte que le voyage se faisait sur de petits navires où s'entassaient les passagers. Les nombreux inconvénients de la traversée n'étaient guère propres à fortifier l'âme contre les dangers et les peines de l'avenir. A mesure qu'on approchait des côtes, les émigrauts ne voyaient devant eux que de noires forêts. Tout leur offrait l'aspect le plus étrange. Nulle apparence de culture dans le pays, pas un village, point de maisons où trouver un abri, et pardessus tout cela, des habitants d'un extérieur aussi

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terrible que repoussaiil. Plusieurs arrivèrent dans la mauvaise saison, alors que la nature a son asj)ect le plus sombre. Pour leur premier gîte, ils durent se contenter de pauvres cabanes dressées à la hâle ; et durant bien des semaines, ils ne comptèrent qu'un pelil nombre de jours favorables aux travaux qu'exigeait leur établissement. Les habitants les plus pauvres de la mère-patrie goûtaient les jouissances du luxe, à côté des privations infinies que s'imposaient nos pèlerins. Et il leur faudra des années avant qu'ils aient suffisamment éclairci les forêts qui obstruent le pays, qu'ils se soient construit des maisons tant soit peu commodes, et qu'ils les aient entourées d'un petit jardin. Cependant, les maladies et la mort ne cesseront d'assiéger chaque famille. Le pèlerin déposera successivement dans la tombe ses amis les plus chers, ceux qui partagèrent ses labeurs et ses sollicitudes. Puis viendront les attaques des sauvages, dont les coups meurtriers décimeront plus d'une fois la colonie. Les semaines et les mois vont se prolonger, et le soir, aprè^ les fatigues de la journée, le pauvre colon ne saura pas, en commençant le repos de la nuit, si le terrible cri de guerre de l'Indien ou l'incendie de sa case ne le réveilleront pas en sursaut. Hélas! quelle plume pourrait décrire les cruelles alarmes de tant de familles, dans toutes les colonies et durant de si longues années? Qui dira l'agonie d'un père qui, recevant le coup mortel, voit le tomahawk levé sur sa femme et sur ses enfants, ou ceux-ci traînés dans une captivité mille fois pire que la mort? En de telles cir-

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conslances, il n'est certes pas surprenant que les établissements européens ne fissent pas des progrès fort rapides.

Toutefois ils se fortifiaient peu à peu. A l'époque de la révolution d'Angleterre, en 1688, c'est-à-dire, qualre-vingl-un ans après l'occupation de la Virginie et soixante-huit ans après celle de Plymoulh, on évaluait à 200,000 âmes environ la population des douze colonies : la Géorgie n'existait pas encore. Le Massachusets, y compris le Maine et Plymouth, pouvait en compter. . . . 44,000 Le New-Hampsliire et Rhode-Island ,

chacun 6,000, soit 12,000

Le Conneclicut. ... de 17,000 à 20,000 Ce qui fait , pour la Nouvelle-Angleterre, un total de 76,000 New-York n'en comptait pas moins de 20,000

New-Jersey 10,000

Pensylvanie et Delaware 50,000

Les deux Curolines et leurs dépendances, environ 8,000

Après avoir, pendant maintes années, tenu leurs établissements serrés le long des côtes, ou du moins à une certaine proximité de la mer, les colons se mirent à explorer les forêts de l'intérieur et à s'y porter aussi loin qu'ils le pouvaient, sans trop de danger de la part des indigènes. Là où leurs attaques étaient le plus à redouter, on s'éloignait les uns des autres le moins possible, et l'on se groupait de manière à former des villages. C'est ce qui eut lieu surtout dans la Nouvelle-

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Ani^lolerrc, où, le sol n'étant pus tn\s-fcrlile, on dut s'adonner au commerce et à. l'industrie. Et comme d'ailleurs la poche était une des principales ressources des colons de celte contrée, ils furent lents à s'écarter des côtes et des points qui leur offraient les meilleurs ports.

11 n'en fut pas de même vers le sud. La Virginie s'occupait essentiellement de la culture du tabac, et trafiquait avecles indigènes. Dans la Caroline, la plupart des bras étaient employés à manufacturer le goudron, la térébenthine et la résine, ou à cultiver le riz, l'indigo, puis le coton. Il en résulta que leurs établissemenls se dirigèrent vers l'intérieur, autant que le leur permettaient les dispositions des Indiens; mais, d'un autre côté, l'on ne vit point s'élever chez eux de ville un peu considérable. A présent même, les cinq Etals allanliques du sud ne renferment que deux cités dont la population excède vingt mille âmes: Baltimore dans le Maryland, et Charleslon dans la Caroline du Sud.

A l'époque de la guerre de la révolution, en 1775, les colonies avaient à peine atteint les monts Apalaches, et leur population tout entière se mouvait sur la bande de terre qui descend de ces montagnes jusqu'à l'océan Atlantique. Il est vrai qu'après le traité de Paris de 1762, traité par lequel l'Angleterre acquit les deux Canadas et la vallée du Mississipi, moins la Louisiane, un petit nombre d'aventuriers passèrent au-delà des monts. Quoique cette émigration à l'ouest ait continué durant la guerre de la révolution, je

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doule fort qu'à la paix de 1783 il y eût plus de vingt mille Anglo-Américains dans la Pensylvanie occidentale, dans le Kentucky et le Tennessee. C'étaient les postes avancés de la grande armée qui devait suivre, et, toutefois, pendant plusieurs années après la paix, la colonisation de l'intérieur fut beaucoup moins rapide qu'on n'eût pu le supposer.

On ne connaît pas au juste le montant de la population des treize provinces au commencement de la révolution, mais il ne paraît pas qu'il excédât trois millions et demi, en y comprenant les esclaves. L'accroissement de la population le long des côtes fut considérable et rapide. L'Etat de Vermonl ne tarda pas à s'ajouter aux treize Etals primitifs; et depuis 1820, l'on compte quinze Etals sur l'Atlantique, à raison de ce que le Maine, province en quelque sorte du Massachusets, constitua dès cette époque un Etal à part. Il est à remarquer, d'ailleurs, qu'après la guerre tout danger disparut de la part des aborigènes, dans la conlrée entière qui s'étend des Alleghanys à rOcéan. Les restes des diverses tribus qui la parcouraient précédemment s'étaient retirés vers l'ouest, où plusieurs d'entre elles se confondirent avec d'autres tribus, comme je l'ai dit ailleurs. Il faut excepter un certain nombre d'indigènes qui occupaient encore quelques districts dans les Etats de la Nouvelle-Angleterre, dans ceux de New-York et des Carolines.

Il en allait tout autrement de l'autre côté des Apalaches. Les Indiens y étaient en force; et les colons avaient d'aulanl plus sujet de les redouter, qu'on les

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supposait excités par le gouvernement anglais du Canada. Sauf en quelques points de la Pensylvanie occidentale et du Tennessee oriental, il y eut peu de sûreté pour les Américains jusqu'en 1795. Ceux qui émigrérenl les premiers dans l'Ohio souffrirent considérablement de la part des Indiens, qui taillèrent en pièces les deux armées qu'on envoya contre eux, sous le commandement des généraux Harmer et Saint- Clair. Pour établir une paix un peu solide, il fallut la victoire remportée par Wayne sur la rivière de Miamidu-Lac. Plus lard, et comme prélude à la guerre que les Américains durent soutenir contre l'Angleterre, de 1812 à 1815, les Indiens recommencèrent les hostilités avec une nouvelle fureur. Les Crîks (Creeks), puissante tribu qui habitait l'Indiana et l'Alabama, causèrent aux Etals-Unis de sérieuses difficultés, et il fallut de nombreux combats pour les réduire. Mais, depuis cette époque, les Américains sont maîtres de la Grande-Vallée, comme du littoral de l'Atlantique.

Il y a maintenant (1842) soixante années que commença proprement l'émigration vers le Mississipi. Pendant trente-cinq ans les progrès furent peu considérables; mais dès lors, et malgré d'immenses difficultés que je ne m'arrête pas à décrire, ils ont été vraiment merveilleux. On pourra s'en convaincre par le tableau suivant, résumé du recensement de 1840 :

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