‹ La religion aux États-Unis d'AmériqueChapitre 146 sur 185 · ECOLES DU DLM ANCHE · texte numérisé non relu

ECOLES DU DLM ANCHE

De tous les moyens de faire du bien, il n'en est pas de plus simple , ni à la fois de plus puissant que les écoles du dimanche, institution dont l'histoire est trop connue pour que j'essaie de la refaire.

Ce fut à la fin du siècle passé qu'un Anglais de Glocester, M. Robert Raikes établit une école du di-

* Le président actuel de cette université, Josiah Quincy, D' en droit, vient d'en publier une histoire volumineuse et fort intéressante.

manche qui devint en quelque sorte le germe et le modèle de toutes celles qu'on fonda plus tard.

Le premier essai qu'on en fit aux Etats-Unis , eut lieu en 1790, sous l'impulsion des méthodistes; mais par une raison quelconque, cette tentative n'eut pas de suite. Peu après, il se forma, à Philadelphie , une société dont l'évoque White fut le promoteur, et l'on établit au profit des pauvres un petit nombre d'écoles dont les directeurs recevaient une légère indemnité. Dès le commencement du siècle on vit, en divers lieux, des chrétiens réunir spontanément et gratuitement des écoles de cette nature; et vers 1816, le nombre en devint assez considérable pour attirer l'attention du public. Alors se formèrent à Philadelphie, à New-York et ailleurs, des associations ayant pour but d'imprimer des livres d'épellalion et de cantiques, et des catéchismes bibliques. Quelques individus se firent remarquer par le zèle qu'ils apportèrent à cette œuvre, entre autres M. Divie Béthune esq. qui fit les frais d'un grand nombre de livres destinés aux enfants des écoles du dimanche.

En 1823, il fut question de fonder une société nationale qui se proposât la tâche d'étendre à toutes les portions du pays le bienfait de ces institutions. C'est de là que naquit l'Union Américaine en faveur des écoles du dimanche. Cette société se compose d'hommes excellents appartenant à toutes les dénominations, en sorte qu'aucune secte proprement n'y est représentée. Le comité d'administration est tout entier de laïques habiles et dévoués, membres de diverses égli-

SCS. La plupart résident à Philadelphie ou dans le voisinage , attendu que c'est le centre des opérations de la société.

Elle se propose d'ailleurs un double objet : de fonder des écoles du dimanche partout où c'est possible, et de publier des livres propres k servir de manuels, ou à former les petites bibliothèques annexées aux écoles. Pour atteindre le premier de ces buts, elle a des missionnaires spéciaux , ordinairement ministres de l'Évangile, lesquels parcourent le pays en tous sens, tenant des assemblées publiques, afin d'exciter l'intérêt en faveur des écoles du dimanche et d'en solliciter la fondation immédiate. Puis ils les mettent en train ; et après avoir choisi les personnes qu'ils jugent les plus propres à la chose, ils leur donnent les directions nécessaires pour continuer sans eux.

En 1830, la société résolut d'établir une école du dimanche dans tous les lieux des États occidentaux de la vallée du r-slississipi qui n'en étaient point encore pourvus. Trois ans après, elle prit une résolution pareille en faveur des Etats du Sud. On conçoit quel déploiement d'activité il fallut. Le nombre des missionnaires alla jusqu'à cinquante. Que d'écoles ils eurent à relever, à fonder, à encourager !

Pendant ce temps la société ne perdait pas de vue ses publications et elle les continua sans relâche. Outre les livres d'école proprement dits, cartes géographiques, tableaux, elle a pour les bibliothèques de l'enfance 430 volumes dont la collection coûte environ 75 dollars. Parmi les ouvrages qu'elle a publiés il vaut 1. 27

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la peine de noter une Géographie de la Bible, une Histoire Naturelle de la Bible , un Dictionnaire de la Bible, les Antiquités de la Bible , des Biographies extraites de l'Ecrilure, une carte de la Terre-Sainte et un Livre de Questions, en plusieurs volumes. Tous ces livres sont franchement protestants , mais ils ne renferment rien qui puisse effaroucher les membres d'une communion particulière. C'est un grand avantage ; car la société se trouve ainsi en mesure de soutenir des écoles dans des localités où nulle église ne serait assez considérable pour en avoir une à elle seule. Elle publie de plus un journal qui paraît tous les quinze jours et qui est rédigé de manière à intéresser également les enfants, les instituteurs et les parents.

A côté de cette grande association, il existe, en faveur des écoles du dimanche, d'autres sociétés non moins actives , qui se rattachent à quelques églises particulières. Ainsi , les épiscopaux , les baptistes , les méthodistes, les luthériens, ont chacun la leur. Les presbytériens seuls n'en possèdent point ; ce qui n'empêche pas qu'ils ne publient de leur côté des livres destinés aux bibliothèques des écoles du dimanche. Naturellement, ces sociétés spéciales exposent dans leurs livres les doctrines et les points de discipline qui distinguent leurs éghses , et il n'y a nul mal à cela, puisque leurs écoles ne sont fréquentées que par des enfants qui appartiennent aux membres de leurs troupeaux. Cela ne veut pas dire pourtant que chacune de ces publications porte le cachet de la secte d'où elles émanent, ni que les sociétés spéciales n'achètent ja-

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mais aucun des livres émis par la Sociélé Américaine.

Il est impossible de dire combien le goût des bonnes lectures doit se répandre au moyen des bibliothèques enfantines dont je viens de parler. Chaque dimanche, les élèves reçoivent un ou deux volumes qu'ils lisent pendant la semaine et qu'ils rapportent le dimanche suivant. La vente des livres faite par l'Union Américaine, pendant l'année 1841, a produit 55,506 dollars, et, si l'on y ajoute celle des autres sociétés, on aura bien un total de 100,000 dollars au moins. Puis il faudrait encore tenir compte de ceux qu'on achète chez les libraires.

Nous avons dit que la collection des ouvrages publiés par la grande association est de 430 volumes ; mais il ne faut pas oublier ceux qu'on doit aux autres sociétés et dont le nombre est bien aussi fort. La collection des livres méthodistes monte elle seule à 240 volumes; en sorte qu'on peut hardiment évaluer à 850 volumes la collection complète des livres excellents que nous pouvons mettre dans les mains des enfants. L'on n'y a épargné ni peines ni argent; et toutefois je ne prétends pas qu'aucun de ces livres ne laisse rien à désirer, quoiqu'il n'y ait peut-être nulle part de recueil meilleur. C'est une tâche difficile que d'écrire convenablement pour les enfants. Des personnes de grands talents s'y sont dévouées ces dernières années; mais, d'un autre côté, la demande de livres pour l'enfance est devenue si générale , que les libraires en font une spéculation, et s'ils produisent

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quelques bons ouvrages , il en est d'autres auxquels un comité de révision n'eût sûrement pas laissé voir le jour.

Les écoles du dimanche se réunissent en différents lieux. Quelquefois c'est à l'église, ou dans les salles qui en dépendent et qu'on y a ménagées exprès. Quelquefois aussi c'est la maison d'école , ou une maison particulière qui sert à cet usage. En été , l'on prend, s'il le faut, une simple grange ; et j'ai moi-même dirigé une école du dimanche qui se tint, plusieurs mois, dans la grande cuisine d'une ferme ; c'était au New- Jersey.

Pour ce qui est des heures de réunion, elles varient beaucoup , suivant les localités. Dans les villes , les écoles ont ordinairement lieu deux fois par dimanche, à huit ou neuf heures le matin et a deux heures ; elles durent une heure et demie environ. Dans les villages, elles se prolongent volontiers pendant deux heures et ont lieu immédiatement avant ou après le culte public. J'ai connu un pasteur dont la paroisse s'étendait à plusieurs milles à la ronde. Comme il avait beaucoup d'écoles4;lu dimanche, il réunissait en classe biblique les membres adultes de son troupeau et leur expliquait la portion de l'Ecriture qui devait servir de texte dans toutes les écoles. Cela se faisait avant le service du malin. Après quoi, le pasteur employait son après-midi à visiter l'une ou l'autre des dix ou douze écoles que ses paroissiens dirigeaient en divers lieux. Alors il s'adressait aux enfants et aux maîtres

avant tout, mais aussi aux parents et à la multitude réunie pour l'entendre.

Si d'ailleurs je dois dire un mot de la manière dont on dirige ces écoles , je remarquerai que chacune d'elles a d'abord un directeur, ou une directrice, suivant que l'école réunit les enfants des deux sexes, ou qu'elle renferme seulement des filles. Les écoliers sont, d'après leur âge et leur capacité, divisés en classes, qui apprennent toutes la même portion de l'Ecriture, j'entends, c'est bien clair, les classes dont les enfants savent lire. L'école, ayant été ouverte par une prière que prononce le directeur ou quelque autre personne, chaque classe, composée ordinairement de six ou huit individus, récite à son répétiteur particulier la leçon du jour. Puis le répétiteur prenant le Livre de questions, que tous les élèves possèdent, leur adresse celles qui se rapportent au passage récité. Les enfants doivent avoir préparé leurs réponses durant la semaine, ou par leur propre travail, ou avec l'aide de leurs parents. A ces questions prévues, le répétiteur ajoute les questions supplémentaires qu'il juge utiles pour faire mieux comprendre le sujet traité. C'est une heure environ qu'on emploie à cet exercice. Après quoi les enfants vont rendre au bibliothécaire les livres qu'on leur avait prêles huit jours auparavant et on leur en donne d'autres. Cela fait, le directeur, ou le pasteur, s'il est présent, adresse à toute l'école une courte allocution sur l'ensemble du passage qu'ils ont étudié. On chante un cantique et l'école se termine parla prière.

S'il est des enfants qui ne sachent pas lire, on les prend à pari cl on leur donne une leçon de lecture. Souvent on a vu des personnes âgées se joindre à cette étude des petits ^ étude, hélas! qu'elles n'avaient pas encore faite , et se mettre ainsi rapidement en état de lire la parole de Dieu.

Il existe des écoles du dimanche pour les hommes de couleur, même dans les Etats à esclaves, là du moins oii l'on permet de donner quelque instruction à ces malheureux. Aucune loi du reste ne peut empêcher qu'on leur parle de l'Evangile. Aussi voit-on en Géorgie, à la Caroline du Sud et ailleurs peutêtre, des propriétaires pieux qui réunissent les esclaves le dimanche , et qui leur disent et redisent quelques passages de la Bible jusqu'à ce qu'ils les sachent par cœur; puis ils prient et chantent avec eux. Ces écoles, qui ont commencé seulement il y a quelques années , se multiplient sensiblement , et déjà elles ont fait un bien immense, surtout celles où l'on peut enseigner la lecture. Il est des milliers et des dix milliers d'esclaves maintenant qui lisent la Bible et font de grands progrès dans la connaissance du salut.

Les écoles du dimanche ont assez souvent pour directeurs des anciens d'églises ou des diacres ; quelquefois des avocats pieux et d'autres hommes instruits. Dans le voisinage des collèges et des séminaires théologiques, ce sont aussi des étudiants bien disposés, et ceux surtout qui se vouent au ministère. On prend en général pour répétiteurs des jeunes gens de l'un et de l'autre sexe appartenant aux églises. Sans

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doute qu'on appelle de préférence à cet office ceux qui se distinguent par leur piété ; mais s'il ne s'en trouve pas, on se contente du sérieux dans l'esprit et d'une vie régulière, et il arrive presque toujours qu'en enseignant les autres, ces honnêtes jeunes gens se forment eux-mêmes à la parole du Seigneur. Ce qui est à regretter, c'est que la plupart du temps, en devenant femmes et mères, celles qui s'occupaient avec le plus de zèle et de succès d'une école du dimanche, se laissent empêcher par les soins domestiques de continuer ces belles fonctions. Il en est pourtant dont le dévoûment sait triompher de tous les obstacles.

Quant aux jeunes hommes, il leur est plus facile de poursuivre leur œuvre jusqu'au bout, et c'est ce que plusieurs d'entre eux ne manquent pas de faire; en sorte que nous avons souvent parmi nos répétiteurs des hommes d'âge et d'expérience, qui aident à ce travail leurs jeunes collègues. Il n'est même pas trèsrare de voir des hommes haut placés dans l'Etat , qui emploient une partie de leur dimanche à instruire les enfants d'une de ces écoles. J'ai connu plusieurs gouverneurs, des membres du congrès, des législateurs, des juges, des légistes distingués, des maires denoscités, qui étaient et sont encore à présent d'humbles répétiteurs dans des écoles du dimanche.. Le chancelier actuel de l'université de New-York dirigeait une école pareille dans le temps oii il était procureurgénéral de son Elat, et plus tard encore lorsqu'il fut appelé à siéger au sénat de la nation. Maintenant, il est simple répétiteur, et c'est une joie pour lui que de

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s'associer aux humbles jeunes gens qui fout celle œuvre vraimenl célesle.

L'honorable Benjamin Buller, actuellement décédé, faisait les fonctions de répétiteur dans une école du dimanche, alors même qu'il était revêtu de la charge élevée de procureur-général des Etats-Unis. Le grandjuge Marshall et le juge Washington , membres de la cour suprême , furent de chauds partisans de ces institutions. L'un et l'autre acceptèrent la vice-présidence de l'Union Américaine en faveur des écoles du dimanche. Cinq ans avant sa mort, j'ai vu, dans un jour de fêle, le grand-juge Marshall traverser la ville de Richmond , en Virginie, à la lêle de toutes les écoles du dimanche. Enfin , le Président Harrisson , qui fut, en sa jeunesse, un soldai à mœurs rudes et sûrement peu religieuses , mais qui, vers la fin de sa vie , avait pris goût aux choses de Dieu, s'employa pendant plusieurs années comme répétiteur d'une classe de jeunes femmes dans une chétive école du dimanche, sur les bords de l'Ohio. C'est là, pour ainsi dire, que les suffrages du peuple allèrent le chercher; car le dimanche même avant le jour où, devenu le premier magistrat du pays, il quitta sa demeure pour se rendre à Washington, et hélas ! un mois avant sa mort prématurée, il avait, selon sa coutume, dirigé sa petite classe biblique!

Si je me suis arrêté longuement sur ce sujet, c'est à raison de sa grande importance. Une école du dimanche est quelque chose de si simple qu'on peut en commencer une partout où deux ou trois personnes

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s'y sentent disposées. J'ai même connu un individu qui faisait tout le travail à lui seul, passant plusieurs heures du dimanche à instruire quelques douze ou vingt enfants qui se groupaient autour de lui. Je sais une dame que sa santé empêchait de suivre hors de chez elle une école du dimanche , et qui y suppléa durant des années, en recevant dans son salon une classe de jeunes demoiselles. Que tous les pays chrétiens voient se manifester un esprit semblable , et ils ne tarderont pas à présenter un aspect bien différent de celui qu'ils offrent actuellement à nos yeux attristés.

Il est naturellement impossible de donner le nombre exact des écoles du dimanche qui existent aux Etats- Unis. On en comptait 16,000 il y a sept ans , de 130,000 à 140,000 répétiteurs, et un million d'écoliers, en y comprenant environ 100,000 adultes. Ces chiffres doivent être maintenant bien plus considérables. Quoiqu'il en soit, quels heureux effets n'est-on pas en c>roit d'attendre d'une institution qui met chaque dimanche un si grand nombre d'âmes en contact direct avec la parole de celui qui a dit : « Ma parole » lie retournera point à moi sans effet ! »

C'est par milliers et par dizaines de milliers que l'on compte les enfants et les répétiteurs qui ont été éclairés et sauvés au moyen des leçons reçues et données par eux dans les écoles du dimanche. Mais un volume ne suffirait pas pour raconter les bénédictions dont ce système d'instruction religieuse a été l'instrument. C'est bien à lui qu'on peut justement appliquer, et à double titre, ce que le célèbre Adam Smilh dit de l'instruc-

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lion du peuple- en général : qu'il n'y a pas pour les nations de sauve-gardes plus infaillibles ni moins dispendieuses.

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