CHAP. VII. APTITUDE COLONISATRICE, ETC
santé aux deux époux, la famille ne lardera pas trop à connaître une honnête aisance. La loge du désert fera place à une habitation meilleure, construite en plateaux ou en briques , même en pierres. Un vaste champ, bien clos, l'entourera; de bons greniers regorgeront de froment, les écuries se rempliront de chevaux et de vaches, enfin des troupeaux démontons et de porcs attesteront le bien-être croissant des propriétaires. Les enfants qu'ils élèveront sur ce domaine suivront la même carrière, ou telle autre plus conforme à leurs goûts : il y en aura même qui se voueront peut-être aux professions savantes.
D'une origine anglo-saxonne moins pure , et modifiés en toutes choses par l'esclavage qu'ils tolèrent chez eux, les Etats du sud présentent, dans les développements de leurs colonies, un tout autre spectacle. L'émigrant qui part du sud pour le « fond de l'ouest, » comme ils disent, prend avec hii ses chariots, son bétail, ses enfants et une trou{îe d'esclaves, ressemblant assez, en ce point, au père des Hébreux, lorsqu'il vint habiter le pays de Canaan. Arrivé dans la forêt, il met ses esclaves à défricher et à fouiller le sol. Mais comme tout cela marche péniblement! Jamais l'esclave imprévoyant et stupide ne fut un bon colon. Aussi le pays, sous de telles mains, ne saurait prendre cette riante physionomie qu'offrent les Etats atlantiques plus au nord , et que les parties septentrionales de la grande vallée de Mississipi acquièrent de jour en jour. L'esclavage, il faut le dire, semble flétrir tout ce qu'il touche !
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Après les Auglo-Saxons venus des rives de l'Aiiglelerrc, il n'est pas de meilleurs colons pour les vastes forôls de l'Amérique que les Ecossais. Leurs voisins de l'Irlande ne les valent sûrement pas. Ils n'ont pas appris dans leur pays natal à tenir les cornes de la charrue, ni à conduire le cheval ou le bœuf. Nul, il est vrai, ne manie mieux la bêche, et ils ne manquent pas d'industrie; mais, à leur arrivée, on les voit hésitant sur ce qu'ils entreprendront. Ils redoutent la forêt, et, cherchant une occupation qui soit un peu d'accord avec leurs habitudes, ils s'arrêtent trop longtemps autour des grandes villes. Ceux d'entre eux qui connaissent les arts mécaniques trouvent avec facilité l'emploi de leurs talents, si du moins ils savent renoncer à l'usage des liqueurs spiritueuses; mais pour bons cultivateurs dans les bois, c'est ce qu'ils ne seront jamais. Peut-être les enfants y réussiront-ils mieux quêteurs pères! — Les Gallois en petit nombre qu'on rencontre en Amérique sont, sOus ce rapport, bien supérieurs aux Irlandais.
Les Allemands, auxquels on peut reconnaître les qualités qui distinguent la race anglo-saxonne, ont suffisamment de persévérance et de frugalité pour réussir assez bien , même dans la forêt; toutefois ils préfèrent en général acheter de seconde main une ferme à moitié défrichée. Je range les Suisses sur la même ligne que les Allemands. Quant aux Français et aux Italiens, ils sont absolument inhabiles à coloniser les déserts. Rien n'est plus contraire à leurs habitudes. Il leur faut de la société. En France, lapo-
CHAP. VIII. CARACr. NATION. DES AMER. M
pulatiou se condense presque partout dans des villes et des villages. Où qu'ils aillent, les Français affectionnent cette forme d'établissement, comme on le voit sur les rives du St-Laurent et du Bas-Mississipi; aussi leurs colonies ne prennent-elles que rarement de l'extension et de la force.